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Le pessimisme ?

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Le pessimisme ?

Message  -Ren- le Ven 12 Jan - 17:27

Je lance ce sujet suite à un message de Madhyamaka sur un autre fil... (j'y réponds dans le message suivant)
Je dis régulièrement sur ce forum que je suis pessimiste de nature, c'est l'occasion pourquoi pas d'en discuter... et de le faire dans le cadre de nos diverses spiritualités ?

"Etre pessimiste", est-ce compatible avec nos convictions spirituelles ? Si oui, comment, de quelle façon ? Si non, pourquoi ?

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Re: Le pessimisme ?

Message  -Ren- le Ven 12 Jan - 17:55

...je poursuis maintenant l'échange plus perso à l'origine de ce fil de discussion :
Madhyamaka a écrit:Toutefois le pessimisme est inutile si il ne permet de produire quelque chose de productif et d'utile alors pourquoi s'y laisser aller ? On se fait de mal et les choses ne changent pas pour autant.
En ce qui me concerne, je ne me pose pas la question du pessimisme en terme d'utilité : je le suis, point. Ce qui ne me fait pas forcément du mal (suis-je blasé de mon pessimisme ?), m'amène à apprécier lorsque je me trompe (j'appelle ça être "déçu en bien"), et ne m'empêche pas d'agir constructivement (disons que j'ai une "philosophie du baroud d'honneur" ?)

L'Eglise me brosse de toute façon à mon sens une vision assez pessimiste de l'avenir : "Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants (cf. Lc 18, 8 ; Mt 24, 12). La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre (cf. Lc 21, 12 ; Jn 15, 19-20) dévoilera le " mystère d’iniquité " sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire celle d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair (...) L’Église n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection (cf. Ap 19, 1-9). Le Royaume ne s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église (cf. Ap 13, 8) selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal"
http://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P1R.HTM

Madhyamaka a écrit:quelques remèdes contre mon propre pessimisme
Mais faut-il y remédier ? Je ne sais.

Madhyamaka a écrit:le monde est pas si pourri que certains veulent nous le faire croire
Pour moi, l'humanité est malade (très biblique, comme point de vue, d'ailleurs).
Ce qui n'empêche pas qu'elle ait été créée bonne.

Madhyamaka a écrit:le compagnon de la soeur de ma compagne est tombé dans la cuve toxique du complotisme
Le complotisme (le vrai ;) ) est à mon sens une tentative, justement, de contrer le pessimisme : en croyant à la responsabilité de personnes qui seraient derrière tout ce qui arrive, on croit que des personnes, quelque part, contrôlent réellement quelque-chose... inconsciemment, on croit donc qu'il serait possible d'agir en agissant contre les responsables présumés, pour changer les choses.

Mon pessimisme est plus large ; en guise de boutade, je me définis comme "terrygilliamiste" ;)
...à savoir : nul être humain ne contrôle réellement quoi que ce soit, chacun a sa petite stratégie égocentrée, toutes entrent en collision.

Madhyamaka a écrit:Plus sérieusement, quand tu étudies l'Histoire comme je l'ai fait un peu, cela peut te rendre sérieusement désabusé et cynique
Et, de fait, j'ai aussi mon côté historien (tradition familiale, d'ailleurs). Ce qui m'a amené à déconstruire toutes ces images d'Epinal que l'on m'avait enseigné en primaire et secondaire. Bien d'autres éléments mon conduit à ce pessimisme ; je sais que l'un d'eux est le fait d'avoir lu dans mon enfance des livres que mes parents ont lu dans leur enfance, livres baignant dans l'euphorie progressiste des années 50/60... sans rapport avec la réalité que je découvrais autour de moi dans les années 90.

Mais je crois aussi réellement, viscéralement au "desseins bienveillant" de Dieu ^^

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Re: Le pessimisme ?

Message  Invité le Ven 12 Jan - 18:22

Pour faire très simple le(s) bouddhisme(s) est parfois taxé de pessimisme parce que le tout premier enseignement du Bouddha, son tout premier "sermon", parle des 4 Nobles Vérités (qu'il a découvertes) et toutes les 4 portes sur une seule chose : "dukkha", traduit par "souffrance". Dans la spiritualité bouddhique on doit commencé par accepter que "dukkha" est partout, imprègne toute la réalité du "samsara", notre monde actuel, notre état d'existence actuel.


Beaucoup de gens pensent que le Bouddha et le bouddhisme sont pessimistes car ils disent que "la souffrance" est partout. Hors cela vient d'une mauvaise compréhension du mot "dukkha" que l'on peut plutôt traduire par "insatisfaction" ou "ne tourne pas rond".


Donc le Bouddha n'invite pas au pessimisme mais au réalisme, et surtout, son message au travers des 4 Nobles Vérités est d'abord de faire preuve de lucidité :


- reconnaître que cette existence est insatisfaisante (pour de multiples raisons très concrêtes qu'il est possible de détailler).

- ensuite on s'interroge : pourquoi cette existence est-elle insatisfaisante, quelles sont les "racines" du "mal" si l'on veut.

- puis quand on a trouver la ou les causes du problème, alors on en tire logiquement le remède, on sait ce qu'il faut faire pour "couper" ces racines et donc, développer la non-souffrance : le bonheur.

- et le Bouddha propose un chemin pour "couper" ces racines (c'est le Noble Octuple Sentier), c'est une bonne nouvelle ! Le Bouddha a trouver le moyen de sauver tous les hommes de "dukkha".


Donc le Bouddhisme n'est pas pessimiste mais réaliste, lucide et plein d'espoir.


D'ailleurs je me suis fait la reflexion qu'il y a un parallèle non négligeable à faire avec Jésus Christ. Pourquoi ?


Parce que, selon les textes sacrés de l'Ancien Testament, depuis Adam et Eve, l'homme est marqué par les conséquences du péché originel, il souffre d'avoir été chassé du jardin d'Eden. Sa vie est limité dans la durée, il doit travailler la terre pour se nourrir, la nature n'est plus une alliée mais une ennemie (intempéries, saisons, bêtes sauvages). Adam et Eve ne connaissaient ni la peur, ni la mort, ni la faim, ni le froid, ni la maladie etc...
Mais le "péché originel" est passé par là. Et depuis les hommes souffrent.
Et justement, Jésus offre sa vie pour changer cet état de fait, et son enseignement transmis par ses disciples donne une voix de Salut. Un moyen de retrouver au de là de la mort l'union pleine de joie, de paix, d'amour et éternelle auprès de Dieu.


Je suis aussi frappé par la notion de "péché" originel. Depuis l'expulsion du Paradis, quelque chose "ne va plus", quelque chose "est cassé", ne "tourne plus rond" entre Dieu et les hommes.
Certes le christianisme a une conception linéaire du temps : création, vie de l'univers, fin des temps/Apocalypse, alors que le bouddhisme, dans la continuation des spiritualités de l'Inde a une conception cyclique du temps.


Mais dans les 2 cas il y a l'idée que "quelque chose" ne va pas dans l'univers.
Pour le christianisme le problème est réduit au rapport de l'humanité à Dieu et la cause est la faute humaine encouragée par le Malin. Pour le bouddhisme c'est la nature même du cosmos qui est, quelque part "mal fichue".


Et dans les 2 cas, Jésus Christ et le Bouddha proposent une remède au "mal"(-être).


Intéressant aussi ce mot de "mal-être". Un chrétien pourrait dire, un homme depuis le péché originel, a le "mal" en lui, il "mal-est" ou il est "est-mal". Et ce "mal-être" occasionne de la souffrance chez l'homme (pour faire le lien avec un autre fil il est en proie à la "tentation"). Evidemment l'homme n'a pas que du mal en lui évidemment. Comme il a le mal il a aussi le bien, depuis qu'il a goûté à l'Arbre de la Connaissance du "Bien" et du "Mal" justement. Donc depuis qu'il a développer une perception discriminante de l'univers qu'il n'avait pas avant.
Et le bouddhisme a pour objet justement la question du "mal-être". On "existe" pas comme on le devrait. Et donc on souffre. Et justement on souffre parce que l'on colle des étiquettes "bien" ou "mal", "j'aime", "j'aime pas" etc... surtout ce qui nous entoure.


Pour revenir au sujet, bouddhisme et christianisme apportent chacun un enseignement d'espoir, optimiste : il y a un moyen de s'en sortir.


D'ailleurs les deux considèrent la "mort" comme quelque chose qui afflige l'homme, Adam et Eve en Eden ne risquaient pas de "mourir". Hors que dit-on de Jésus Christ : "Il a vaincu la mort" et que fit le Bouddha au pied de l'Arbre de la Bodhi : il vainquit Mara, le Démon de la Mort, le "tentateur".


Nous avons donc 2 maîtres spirituels qui s'intéressent chacun à la souffrance humaine et lui propose un remède. Evidemment chacun a sa propre explication de la souffrance et une solution un peu différente, mais au niveau de l'éthique, qui doit mener au Salut, les 2 proposes des conseils de comportement et des façons de penser, d'appréhender la vie, remarquablement semblables.

J'ai forcément un peu caricaturé et simplifié. :jap:

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