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Eugénisme : Hitler inspiré par des américains ?

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Eugénisme : Hitler inspiré par des américains ?

Message  -Ren- le Jeu 17 Aoû - 9:24

(...) Denoncer l’antisémitisme et le judéocide est une des composantes importantes de la culture politique dominante des Etats-Unis aujourd’hui. Tant mieux. Il règne, en revanche, un silence gêné sur les liens, les affinités, les connexions entre personnages importants de l’élite économique et scientifique du pays et l’Allemagne nazie. Ce n’est qu’au cours des dernières années que sont parus des livres qui abordent de front ces questions embarrassantes. Deux de ces ouvrages nous semblent mériter une attention particulière : The Nazi Connection, de Stefan Kühl, et The American Axis, de Max Wallace. Kühl est un universitaire allemand qui a fait des recherches aux Etats-Unis, et Wallace un journaliste américain établi de longue date au Canada.

« Il y a aujourd’hui un pays où l’on peut voir les débuts d’une meilleure conception de la citoyenneté », écrivait Hitler en 1924. Il se référait à l’effort des Etats-Unis pour maintenir la « prépondérance de la souche nordique », pour leur politique relative à l’immigration et à la naturalisation. Le projet d’« hygiène raciale » développé dans Mein Kampf prenait pour modèle l’Immigration Restriction Act (1924), qui interdisait l’entrée des Etats-Unis aux individus souffrant de maladies héréditaires ainsi qu’aux migrants en provenance de l’Europe du Sud et de l’Est. Quand, en 1933, les nazis ont mis en place leur programme pour l’« amélioration » de la population par la stérilisation forcée et la réglementation des mariages, ils se sont ouvertement inspirés des Etats-Unis, où plusieurs Etats appliquaient déjà depuis des décennies la stérilisation des « déficients », une pratique sanctionnée par la cour suprême en 1927.

L’étude remarquable de Kühl retrace cette sinistre filiation en étudiant les liens étroits qui se tissent entre eugénistes américains et allemands de l’entre-deux-guerres, les transferts des idées scientifiques et des pratiques juridiques et médicales (...) A l’encontre d’une partie considérable de l’historiographie dominante, Kühl montre que les eugénistes américains qui se sont laissé séduire par la rhétorique nazie de l’hygiène raciale n’étaient pas qu’une poignée d’extrémistes ou de marginaux (...)

La référence aux Etats-Unis, premier pays à institutionnaliser la stérilisation forcée, abonde dans toutes les thèses médicales de l’époque. Une des explications souvent avancées pour expliquer ce statut d’avant-garde dont jouissait l’eugénisme américain était la présence des Noirs, qui aurait « obligé très tôt la population blanche à recourir à un programme systématique d’amélioration de la race » (...) Avec la montée du nazisme, les eugénistes américains, à l’exemple de Joseph DeJarnette, membre d’un mouvement de promotion de la stérilisation en Virginie, découvrent avec surprise et fascination que « les Allemands nous battent à notre propre jeu… » (...)

Certes la communauté eugéniste ne fut pas homogène, comme le montrent les dénonciations virulentes de scientifiques comme les eugénistes socialistes Herman Muller et Walter Landauer ; celles du généticien progressiste L. C. Dunn et du célèbre anthropologue Franz Boas. Mais, contrairement aux deux derniers, qui étaient critiques envers l’eugénisme, Muller et Landauer menaient une critique « scientifique » du nazisme qui, tout en niant la hiérarchie des races, reconnaissait le besoin d’améliorer l’espèce humaine par la promotion de la reproduction des individus « capables » et la prohibition de celle des individus « inférieurs » (...)

En 1939, Ellinger écrivait dans le Journal of Heredity que la persécution des juifs n’était pas une persécution religieuse, mais « un projet d’élevage de grande échelle visant à éliminer de la nation les attributs héréditaires de la race sémitique ». Et d’ajouter : « Mais quand il s’agit de savoir comment le projet d’élevage peut être réalisé avec la plus grande efficacité, une fois que les politiciens ont décidé de sa désirabilité, même la science peut assister les nazis. » Quelques années plus tard, Karl Brandt, le chef du programme d’élimination des personnes handicapées, déclarait devant ses juges que celui-ci avait été fondé sur des expériences américaines dont certaines dataient de 1907. Il citait pour sa défense Alexis Carrel, dont une de nos universités portait encore récemment le nom (...)

L’ouvrage de Wallace analyse les rapports avec le nazisme de deux icônes américaines du XXe siècle : le constructeur automobile Ford et l’aviateur Charles Lindbergh (...) Comme le montre très bien Wallace –c’est un des points forts de son livre– The International Jew (1920-1922), de Ford (...) a eu un impact considérable en Allemagne. Traduit dès 1921 en Allemand, il a été l’une des principales sources de l’antisémitisme national-socialiste et des idées de Hitler (...) Dans Mein Kampf (...) l’auteur rend hommage à Ford, le seul individu qui résiste aux Juifs en Amérique, mais sa dette envers l’industriel est bien plus importante. Les idées de The International Jew sont omniprésentes dans le livre, et certains passages en sont extraits presque littéralement, notamment en ce qui concerne le rôle des conspirateurs juifs dans les révolutions en Allemagne et en Russie (...) Outre le prestige associé au nom de l’industriel, il semble que trois raisons peuvent expliquer cet intérêt pour The International Jew : la modernité de l’argument, son vocabulaire « biologique », « médical » et « hygiéniste » ; son caractère de synthèse systématique, articulant dans un discours grandiose, cohérent et global, l’ensemble des diatribes antisémites de l’après-guerre ; enfin, sa perspective internationale, planétaire, mondiale (...)
https://histoireetsociete.wordpress.com/2017/08/17/precurseurs-et-allies-du-nazisme-aux-etats-unis/

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Re: Eugénisme : Hitler inspiré par des américains ?

Message  -Ren- le Dim 20 Aoû - 18:05

(...) En 1936, alors que le régime nazi avait déjà promulgué ces lois [de Nuremberg] et procédé à plusieurs milliers de stérilisations forcées, l'université de Heidelberg décernait un doctorat honorifique au professeur Harry Laughlin, un des plus réputés parmi les sélectionnistes américains, directeur du Centre de Recherches Eugénistes à Cold Spring Harbor. Dans son discours de remerciement, il se déclarait honoré d'une telle reconnaissance qu'il considérait comme « la preuve que les scientifiques allemands et américains comprennent l'eugénisme de la même façon » (...)
https://books.google.fr/books?id=q50NCwAAQBAJ&pg=PT118&#v=onepage&q&f=false

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Re: Eugénisme : Hitler inspiré par des américains ?

Message  -Ren- le Dim 20 Aoû - 18:19

André Pichot, L’eugénisme ou les généticiens saisis par la philanthropie (extraits) :
(...) On a récemment découvert (!?) que L'Homme, cet inconnu (1935) d'Alexis Carrel, prix Nobel de médecine en 1912, contenait des idées eugénistes […] La « redécouverte » des idées eugénistes de Carrel tient beaucoup à ce que celui-ci fut vichyste pendant la dernière guerre (il était donc « naturel » qu'il eût des idées de ce genre) […]

Carrel était tout à fait dans la norme des années 30 sur cette question. […] Hermann Müller écrivit en 1935 un ouvrage -Hors de la nuit, vues d'un biologiste sur l'avenir- dont il faudrait citer tout le dernier chapitre. […] Extrait : « Ainsi, en contrôlant le développement, la gémellité, la taille, etc., de l'embryon, la durée et les autres conditions de la grossesse et du travail, on déterminerait des changements considérables dans nos méthodes et dans nos habitudes relatives à la production des enfants, - ce qui permettrait d'en mieux contrôler le choix, en attendant que se réalise la condition idéale de l'ectogenèse complète, où le développement de l'oeuf s'effectuerait entièrement en dehors de la mère ». […]

Les États-Unis furent les premiers à se doter d'une législation sur la stérilisation de divers malades et criminels. Tout d'abord, l'Indiana en 1907 (à cette date, Hitler voulait entrer à l'Académie des beaux-arts de Vienne pour y apprendre la peinture) ; l'État de Washington, le Connecticut et la Californie en 1909, etc. […]

Contrairement aux apparences, Müller n’était ni un nazi ni un savant fou. Il était américain (d'origine juive allemande), et il reçut le prix Nobel de médecine en 1946 pour ses travaux de génétique. Il était communiste et, à l'époque où il écrivait ce livre, il travaillait en URSS […] Dans son ouvrage, il critique le nazisme, le racisme et les lois eugénistes allemandes (datant de 1934 et fondées sur un eugénisme négatif), mais c'est pour proposer son propre programme eugéniste qui est, lui, essentiellement positif (la reproduction réservée aux éléments « supérieurs » de la population). […] Malgré le (ou à cause du) succès international de son livre Müller se heurta à Lyssenko, qui commençait à régner sur la génétique russe et qui était hostile à l'eugénisme. […] peu avant la guerre, il regagna les États-Unis, où il défendit, jusqu'à la fin de sa vie, en 1967, les idées eugénistes […]

La spécificité de l'antisémitisme nazi tient, outre le caractère massif de l'extermination, à ce qu'il a été greffé sur des principes inspirés de la génétique (la terminologie nazie est d'ailleurs calquée sur celle de la génétique). Le racisme nazi s'est voulu « scientifique », non seulement dans la mise en oeuvre de l'extermination, mais aussi dans la théorie justifiant cette extermination. Plus que l'antisémitisme en soi (connu dès l'Antiquité, et courant dans la Mitteleuropa du début du siècle), c'est cette prétention « scientifique », ce biologisme, qui caractérise le nazisme. Il vise tout ce qui ne correspond pas à une norme (biologique, psychologique, intellectuelle, sociale, voire esthétique), et il vient tout droit de la biologie de l'époque qui, en promouvant l'eugénisme et en en faisant une question de santé publique, a confondu la politique avec la gestion d'un troupeau. Hitler n'a rien inventé en ce domaine, il s'est contenté de mener à leur terme et de mettre en oeuvre les préceptes des généticiens : « La reconnaissance par le chef politique de ces données scientifiques et l'emploi qu’il en fait est une circonstance capitale dans la vie d'un peuple. L’histoire de notre science est liée de la façon la plus intime à l'histoire allemande la plus récente. Le chef de l'ethno-empire allemand est le premier homme d'État qui ait fait des données de la biologie héréditaire et de l'eugénique un principe directeur de la conduite de l'Etat » […]

Après la guerre, en raison de son association aux atrocités nazies, le discours eugéniste s'est raréfié. Il n'a pas disparu immédiatement, mais il a alors pris soin de préciser qu’il n'était pas raciste et ne visait que les tares biologiques (ou supposées telles). C'est-à-dire qu'il prétendait demeurer acceptable parce qu'il ne se référait pas explicitement à une idéologie et se voulait purement scientifique. […]
http://www.b-a-m.org/wp-content/uploads/2016/12/A.-PICHOT-Leug%C3%A9nisme-extraits-f%C3%A9v-2016.pdf

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Re: Eugénisme : Hitler inspiré par des américains ?

Message  -Ren- le Dim 20 Aoû - 18:30

(...) Lors des procès de Nuremberg, l'un des avocats des dignitaires nazis alors jugés invoqua la décision Buck v. Bell comme précédent à la stérilisation de deux millions de personnes dans le cadre de la politique d'hygiène raciale du régime (...)

Dans cette décision, la Cour suprême des Etats-Unis a considéré comme constitutionnelle une loi adoptée par l'Etat de Virginie en 1924 permettant la stérilisation forcée des jeunes femmes considérées comme "inaptes à se reproduire" ("unfit to continue their kind"), "faibles d'esprit", ou "inadaptées à la vie en société" ("socially inadequate persons"). L'inspiration de cette loi doit être trouvée dans les travaux du médecin hygiéniste américain Harry H. Laughlin, qui considérait la stérilisation obligatoire comme étant "l'application pratique des principes biologiques et sociaux fondamentaux qui déterminent l'amélioration raciale ainsi que la santé raciale - physique, mentale, et spirituelle - des futures générations" (...)

Emma Buck, veuve ayant à sa charge trois enfants en bas âge, survit en se prostituant et en bénéficiant de la charité publique. En 1910, ses enfants lui sont retirés et sont placés dans des familles d'accueil. Emma est transférée dans un établissement psychiatrique (...) Sa fille de trois ans, Carrie, est recueillie par la famille Dobbs, qui lui fait quitter l'école à son dixième anniversaire pour la faire participer aux tâches ménagères (...) A l'âge de 17 ans, Carrie est violée par l'un des fils de la famille Dobbs et se retrouve enceinte. Les Dobbs demandent alors l'internement de Carrie en institution psychiatrique, la prétendant débile, comme sa mère. Dès la naissance de l'enfant porté par Carrie, celle-ci est internée tandis que les Dobbs recueillent sa fille et l'élèvent comme leur enfant. Lorsque Carrie arrive au sein de la colonie psychiatrique de Lynchburg (Virginie), le médecin principal de l'établissement, le Dr. Priddy, entend procéder à la stérilisation de Carrie afin d'améliorer l'espèce humaine (...) La décision de stériliser Carrie Buck est donc prise par une cour de l'Etat de Virginie, après une procédure contradictoire (...)
http://indianapolis.canalblog.com/archives/2006/06/23/2157466.html

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