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Débats sur la mise par écrit des Evangiles

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Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  -Ren- le Ven 18 Fév - 9:29

...Un fil incontournable sur un forum tel que celui-ci... Entre les sources chrétiennes, l'étude et la datation des plus anciens manuscrits, les hypothèses des chercheurs, le sujet est vaste :!:

Sujet miroir :
:arrow: http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t46-debats-sur-la-mise-par-ecrit-du-coran


Dernière édition par -Ren- le Sam 19 Fév - 20:29, édité 2 fois

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Premiers éléments de réponse

Message  Roque le Sam 19 Fév - 14:31

Le Codex D05 ou Codex de Bèze est assez connu. Il est sauvé d’un incendie en 1562 en même temps que les reliques de Saint Irénée de Lyon sont jetées dans le Rhône. Le Codex de Bèze est une copie des quatre Evangiles et des Actes des Apôtres en grec. La copie dont la calligraphie remonte à 400, est celle d’un texte évangélique antérieur puisqu’il est précisément cité par Justin de Rome (mort en 165) et par Irénée de Lyon (mort vers 200). Finalement, ce Codex D05 est un témoin du texte évangélique en grec antérieur à la recension anti-marcionite de 140. Ce texte est une copie de l’évangéliaire d’Irénée de Lyon, transmettant la tradition de Polycarpe de Smyrne, disciple direct de l’Apôtre Jean.

Parmi les textes latins anciens, on note que seul le manuscrit dit Brixianus est homogène à D05. En araméen que c’est le Vat Syr12 (conservé au Vatican), le plus ancien texte de la Psytta, qui est homogène à D05.

Ce qui est intéressant maintenant c’est d’analyser la filiation de ces trois textes : D05, Brixianus et Vat Syr12. L’analyse montre non seulement que les textes grecs et latins proviennent tous les deux d’un texte araméen, mais encore que le texte latin (manuscrit Brixianus) est la traduction d’un araméen plus dialectisé donc plus ancien que celui qui a servi à élaborer le D05. En Luc 24,13 la traduction de « oulamaous » (araméen) par « Emmaüs » ne peut s’expliquer que par une erreur de lecture du scribe grec de la graphie araméenne ancienne (carrée) d’Antioche ou d’Edesse. En araméen moyen, plus tardif, l’écriture Estrangelo devient cursive et ce genre de confusion est tout à fait improbable. (Source : Evangiles de l’oral à l’écrit. Les colliers évangéliques. Ed. Sarment. p 770 à 772. ISBN : 2-8667-9358-7)

La dépendance du texte grec du Codex D05 par rapport à la Peshitta araméenne peut être appréciée même par des non spécialistes, comme nous, sur : http://eecho.fr/?p=1391. On voit également facilement dans cet exemple que les textes sont de facture « orale » : chaque membre de phrase commence pas « Et » : 10 fois en araméen, 9 fois dans la version grecque (mais seulement), mais seulement 4 fois dans la traduction française - de style écrit - qui nous est parvenue (Mc 7,32-35).

Petite remarque incise, le Codex D05 bien attesté comme version grecque la plus ancien est sensiblement différent du texte grec issu au XXème siècle de la critique textuelle et reconnu par l’ensemble des Eglises chrétiennes.

Premières conclusions : 1°) Il existe des témoins du texte évangélique pré-recensionnels (avant 140) en grec, latin et araméen. 2°) L’analyse de la filiation de ces textes montre que les textes en grec et en latin pré-recensionnels sont dépendants d’un texte antérieur en araméen, plus ou moins dialectisé (araméen de Galilée ou de Jérusalem).

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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  -Ren- le Sam 19 Fév - 14:37

Merci d'avoir répondu à mon appel pour nous faire profiter de tes contributions ! :D

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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  bonhenry le Sam 19 Fév - 14:48

Roque a écrit:Le Codex D05 ou Codex de Bèze est assez connu. Il est sauvé d’un incendie en 1562 en même temps que les reliques de Saint Irénée de Lyon sont jetées dans le Rhône. Le Codex de Bèze est une copie des quatre Evangiles et des Actes des Apôtres en grec. La copie dont la calligraphie remonte à 400, est celle d’un texte évangélique antérieur puisqu’il est précisément cité par Justin de Rome (mort en 165) et par Irénée de Lyon (mort vers 200). Finalement, ce Codex D05 est un témoin du texte évangélique en grec antérieur à la recension anti-marcionite de 140. Ce texte est une copie de l’évangéliaire d’Irénée de Lyon, transmettant la tradition de Polycarpe de Smyrne, disciple direct de l’Apôtre Jean.

Parmi les textes latins anciens, on note que seul le manuscrit dit Brixianus est homogène à D05. En araméen que c’est le Vat Syr12 (conservé au Vatican), le plus ancien texte de la Psytta, qui est homogène à D05.

Ce qui est intéressant maintenant c’est d’analyser la filiation de ces trois textes : D05, Brixianus et Vat Syr12. L’analyse montre non seulement que les textes grecs et latins proviennent tous les deux d’un texte araméen, mais encore que le texte latin (manuscrit Brixianus) est la traduction d’un araméen plus dialectisé donc plus ancien que celui qui a servi à élaborer le D05. En Luc 24,13 la traduction de « oulamaous » (araméen) par « Emmaüs » ne peut s’expliquer que par une erreur de lecture du scribe grec de la graphie araméenne ancienne (carrée) d’Antioche ou d’Edesse. En araméen moyen, plus tardif, l’écriture Estrangelo devient cursive et ce genre de confusion est tout à fait improbable. (Source : Evangiles de l’oral à l’écrit. Les colliers évangéliques. Ed. Sarment. p 770 à 772. ISBN : 2-8667-9358-7)

La dépendance du texte grec du Codex D05 par rapport à la Peshitta araméenne peut être appréciée même par des non spécialistes, comme nous, sur : http://eecho.fr/?p=1391. On voit également facilement dans cet exemple que les textes sont de facture « orale » : chaque membre de phrase commence pas « Et » : 10 fois en araméen, 9 fois dans la version grecque (mais seulement), mais seulement 4 fois dans la traduction française - de style écrit - qui nous est parvenue (Mc 7,32-35).

Petite remarque incise, le Codex D05 bien attesté comme version grecque la plus ancien est sensiblement différent du texte grec issu au XXème siècle de la critique textuelle et reconnu par l’ensemble des Eglises chrétiennes.

Premières conclusions : 1°) Il existe des témoins du texte évangélique pré-recensionnels (avant 140) en grec, latin et araméen. 2°) L’analyse de la filiation de ces textes montre que les textes en grec et en latin pré-recensionnels sont dépendants d’un texte antérieur en araméen, plus ou moins dialectisé (araméen de Galilée ou de Jérusalem).

Bravo pour cette recherche, pleine d'érudition.

J'ai par ailleurs abordé cette question sur Datation et langues des Evangiles
en me référant en particulier (en dehors de Pierre Perrier) aux livres de:
Vittorio Messori, Jean Carmignac, Claude Tresmontant, Marie-Christine Ceruti-Cendrier, C. Thiede, Robertson ...

Ces différents chercheurs (fin du XXième siècle) semblent tous convenir d'une écriture précoce des Evangiles synoptiques (en particulier celui de Matthieu, 37-40 de notre ère, écrit d'abord en hébreu ou en araméen) et d'une langue sémitique (l'Evangile de Marc étant la simple "traduction en grec" de l'Evangile qu'aurait pu lui dicter Simon-Pierre).
Affaire à suivre peut-être, même si cela remet en question tout ce que l'exégèse "critico-historique", en grande partie protestante ou athée, a tenté de faire croire depuis 2 siècles, jusque vers 1960.


Dernière édition par bonhenry le Sam 19 Fév - 14:49, édité 1 fois (Raison : orthographe de datation)

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Second éléments de réponse

Message  Roque le Dim 20 Fév - 19:49

La découverte des textes araméens va nous obliger à changer de paradigme, c'est-à-dire d’horizon mental. Le texte évangélique n’est qu’un élément d’un ensemble plus vaste.

En premier lieu, la civilisation hébraïque-araméenne du premier siècle est une civilisation de la tradition orale. C’est une caractéristique éventuellement surprenante étant donnée l’importance, actuellement, au « livre » qu’est la Bible (succès d’édition jamais démenti et patati, et patata …). A cette époque, lorsqu’on récite la Bible à la synagogue, on ne la lit pas. Le récitant qui récite par cœur fait face à celui qui tient le rouleau. Celui qui a le rouleau devant lui sert seulement d’aide mémoire ou de correcteur en cas de mémoire défaillante. C’est lui le « paraqlita » (en araméen), d’où le terme Paraclet repris par Jésus dans le sens concret « d’aide mémoire » ou de « souffleur ».

En second lieu, c’est toute une société, tout l’art de vivre qui sont mobilisés pour maintenir le système d’apprentissage, de maintien de la mémoire et de récitation correcte de la Parole de Dieu. « Les paroles des commandements que je te donne aujourd'hui seront présentes à ton cœur ; tu les répéteras à tes fils; tu les leur diras quand tu resteras chez toi et quand tu marcheras sur la route, quand tu seras couché et quand tu seras debout; tu en feras un signe attaché à ta main, une marque placée entre tes yeux; tu les inscriras sur les montants de porte de ta maison et à l'entrée de ta ville » (Dt 6,6-9).

Dans une telle société quel peut être le système d’apprentissage de la Parole de Dieu ? C’est simple : c’est tout le système d’enseignement de la Bible - à trois degrés – de l’époque qui commence dans l’enfance, se poursuit au-delà de la Bar mitsvah et qui, pour les plus doués, se poursuit au niveau par la formation de Rabbis. Jésus a utilisé se système éprouvé sans rien y changer.

Quels sont les méthodes et moyens utilisés pour garantir l’unité et la cohérence des éléments à enseigner, puis à réciter ?

A. LES PERLES ET LES COLLIERS DE RECITATION : http://www.dailymotion.com/video/xdj17x_qu-est-ce-qu-un-collier-evangelique_school. Les principes d’identification d’un collier de récitation évangélique sont au nombre de quatre. Ils sont tous ensembles nécessaires, ce qui fait que cette définition est très spécifique :
1. Décompte. L’idée fondamentale est que le collier sert de décompte. Pour identifier un collier, il faut donc identifier un processus de décompte, on doit pouvoir démontrer qu’on a une organisation ou une succession de nombres. La perle vient s’intégrer à la succession numérique du collier. Cette succession des perles n’est que celle indiquée dans le texte évangélique et ne peut être modifiée. Cette succession des perles est nécessairement identique dans tous les Evangiles où on prétend retrouver le collier ;
2. Théme. Un collier correspond à un thème. Il faut que les perles soient homogènes les unes par rapport aux autres. Un collier doit posséder un thème bien déterminé qui permet de rassembler les perles. La composition de la perle est influencée par le thème. En effet la structure de la perle est matricielle : matrice binaire ou ternaire. Le thème dans lequel doit s’intégrer la perle doit intervenir dans la matrice (en général à la fin de la matrice de la perle) ;
3. Ordrage. La succession des perles d’un collier doit être expliquée par un principe clair. Deux types de principe de succession : le type chronologique ou le type didactique (volonté de démonstration, c'est-à-dire le parcours mental). L’ordrage peut être parfois à la fois chronologique et didactique (voir la vidéo sur internet) ;
4. Symétrie interne. Ces colliers sont des textes très travaillés. Si le collier est linéaire simple, par exemple : la perle 1 correspond à la perle 7, la perle 2 correspond à la 6, la perle 3 correspond à la 5 et la perle 4, centrale, donne le thème de l’ensemble des perles du même collier. Si le collier est « à pendentifs », par exemple 3 groupes de 5 perles (« quinquénaire »), la perle 1 du premier quinquénaire, correspond à la perle 1 du second quinquénaire, la perle 2 du premier quinquénaire, correspond à la perle 2 du second quinquénaire, etc … (voir la vidéo sur internet). Dans un collier, il y a toujours une correspondance organisée des perles entre elles.

Il semble que cette découverte a été faite par Pierre Perrier vers 1990. Il a fallu ensuite une vingtaine d’années de recherche pour conclure que les quatre Evangiles araméens étaient constitués à partir de 18 colliers de base. Cette « texture » ou ce « tissage » du texte sont spécifique de la tradition orale rabbinique. Elle se retrouve dans les premiers chapitres des Actes des Apôtres, mais est pratiquement totalement absente des apocryphes (sauf 2). C’est une marque d’authenticité du texte araméen de tradition orale, impossible à restituer à partir d’une traduction à partir du grec ou du latin.

B. L’ORGANISATION DES GESTES ET DU SOUFFLE. Ce point peut être un peu difficile à appréhender « intellectuellement ». La récitation par cœur de tradition orale est gestuée avec un balancement latéral, avant/arrière, en haut/en bas, etc. Il ne faut pas oublier que bon nombre de perles proviennent de la combinaison de témoignages oraux (faute de place nous ne développerons pas ce point). Dans la loi, le témoignage de deux personnes, non apparentées, est nécessaire pour asseoir un témoignage valide. Dans la pratique de l’époque, le témoignage oral impliquait de restituer les gestes même de l’événement. Depuis les années 1930, le Père Marcel Jousse s’est intéressé à la rythmique et la gestuelle corporelle accompagnant la récitation par cœur. Ces travaux ont conduit à s’intéresser au souffle de la récitation et comprendre la signification de « curieuses astérisques » sur le Manuscrit de Rabbula d’Edesse (5ème siècle). Cette ponctuation marquait les petgames (pitgama en araméen), c'est-à-dire la limite d’un petit membre de phrase à prononcer entre deux reprises de souffle. Grâce au rythme de ses petgames l’Evangile peut être récité sans aucune fatigue, ni pour celui qui parle, ni surtout pour celui qui écoute et qui est ainsi « tenu en haleine », c'est-à-dire obligé à respirer au même rythme que le ré-citateur. On est là en présence d’une anthropologie particulière du témoignage oral où les témoins d’origine sont en quelque sorte restitués par le témoignage. Celui qui écoute, en quelque sorte, « enveloppé » par les paroles et des gestes et « pénétré » du souffle rythmé des témoins initiaux. La découverte des petgames a permis de reconstituer le rythme de récitation des textes araméens les plus anciens. En 2009, le Père Frédéric Guigain a reconstitué « l’Evangéliaire selon la récitation oral des apôtres » en 1990 à partir de la Peshitto par le Père Frédéric Guigain : http://eecho.fr/?p=59&cpage=1. A près de 2000 ans de distance, c’est un résultat sidérant. Plus récemment le même travail a été fait à partir de la Peshitta (2010). Il est impossible de respecter cette rythmique des petgames si on traduit un texte grec ou latin en araméen, parce que la longueur des mots est, naturellement, sans rapport dans ces différentes langues.

C. LES PROCEDES MNEMOTECHNIQUES se résument à trois principales catégories. Ce point peut être, aussi, un peu difficile à appréhender « intellectuellement », mais est expliqué ici par le Père Frédéric Guigain, prêtre maronite, pratiquant la récitation par cœur des Evangiles (en araméen) : http://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?f=142&t=13374.

1°) les principes somatiques, c’est-à-dire les procédés corporels dynamiques de la mémoire : le temps et l’espace, le rythme et l’assonance, la mélodie et le geste, la symétrie et la répétition, la matrice binaire ou ternaire, etc., qui structurent la forme interne du texte et donnent des repères indispensables à son interprétation ;
2° les principes midrashiques, c’est-à-dire les procédés de composition comparée des textes pour une communauté mémorisante, qui définissent un référent commun à la séquenciation et superposition des multiples témoignages accrédités, sous forme de variations sur un même thème ;
3°) les principes du décompte mnémotechnique, c’est-à-dire les procédés d’organisation des récitatifs en collier-compteur, qui offre à la récitation le maximum de précision technique.

LA FORME FINALE DE LA RECITATION EST LA KAROZOUTHA. Une Karozoutha est un récital-litanie de perles à réciter à deux ou plusieurs voix complémentaires. Elle exprime, en civilisation orale, que tout ce qui est récité forme un ensemble cohérent. La récitation d’un Evangile complet ou de l’enseignement d’un an d’un Rabbi est une Karozouhta. C’est aussi un récital gestué comme dit plus haut. Donc, en tradition orale, les Evangiles (araméens) ont été récités en entier, c'est-à-dire que cela prenait des heures, avant même d’être mis par écrit en araméen.

L’idée que seuls des péricopes ou des logias isolées ont été récitées par ci, par là à titre d’essai ou au fil des liturgies – comme on peut le faire en tradition écrite - n’a aucun sens en tradition orale. Par contre la Karozoutha a pu être découpée en fragments correspondant au calendrier liturgique, par exemple sur un an.

La primauté de la récitation orale sur le texte écrit qu’il soit araméen ou grec s’est imposée à l’Eglise de langue araméenne à Jérusalem, puis dans la diaspora araméenne (après 68) dans tout le premier siècle. On voit dans un passage savoureux, le vieux Pierre qui ré-enroule le rouleau de l’Evangile et se lance dans la proclamation de sa Karozoutha : « Alors Pierre entra dans le triclinium et vit qu’on lisait l’Evangile. Il le ré-enroula et dit : « Hommes qui croyez et espérez dans le Christ sachez comme la Sainte Ecriture de Notre Seigneur doit être proclamée. Ce que par sa grâce nous avons assimilé bien que cela nous paraisse « encore faible », nous l’avons fait mettre par écrit selon nos forces » (Actes de Pierre 20).

On peut estimer que jusqu’au 2ème siècle, cette pratique de la récitation orale par cœur à prévalu – même chez un locuteur en grec comme Irénée de Lyon. « Ces choses [le témoignage de Polycarpe sur Jean et Jésus], alors aussi, par la miséricorde de Dieu qui est venue sur moi, je les ai écoutées avec soin et je les ai notées non pas sur du papier, mais dans mon cœur ; et toujours, par la grâce de Dieu, je les ai ruminées avec fidélité … » (Lettre à Florinus. Irénée de Lyon)

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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  -Ren- le Dim 20 Fév - 20:34

Roque a écrit:Cette « texture » ou ce « tissage » du texte sont spécifique de la tradition orale rabbinique. Elle se retrouve dans les premiers chapitres des Actes des Apôtres, mais est pratiquement totalement absente des apocryphes (sauf 2)
Pourrais-tu nous dire lesquels ?

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C'est presque fini !

Message  Roque le Dim 20 Fév - 20:40

@bonhenry, j'ai encore un groupe d'éléments sur les dates à finir (demain j'espère), puis je prends le temps de lire ce que tu as écrit sur le sujet.

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Troisièmes éléments de réponse

Message  Roque le Mar 22 Fév - 0:52

Seconde conclusion (à la suite du post précédent) : 1°) Il existe un processus de tradition orale rabbinique du premier siècle bien identifié. 2°) On peut démontrer qu’il existe dans les Evangiles les indices d’un tel processus : a) la « texture » ou le « tissage » de tradition orale qui existent dans les quatre Evangiles et b) l’existence d’un enseignement à trois niveaux dans les Evangiles : le Sermon sur la Montagne est le premier niveau et l’Evangile de Jean est le troisième niveau. Un second niveau a été identifié comme l’enseignement donné « aux 72 ». Ce point – faute de place - n’est pas développé dans le présent exposé. L’oralité de témoignage est un aspect qui n’a pas non plus été suffisamment développé, c’est pourtant la matière première des perles et des colliers, elle explique, nous l’avons dit, le caractère gestué et à plusieurs voix des Karozoutha. Il ne s’ait pas d’un « style d’écriture » (!), mais il s’agit de la marque d’une pratique vivante passée des synagogues aux premières communautés chrétiennes.

Troisièmes éléments de réponse

Les multiples témoignages sur la confection des Karozoutha orales, puis de leur mise par écrit. Pour ma part j’imaginais que ces témoins allaient être « moins d’une dizaine », un peu comme pour les témoins historiques de la vie de Jésus : Thallus, Josèphe, Suétone, Pline le Jeune, Tacite, Lucien de Samosate, Celse, etc (pour ne citer que les non-chrétiens) : http://www.info-bible.org/histoire/jesus.htm#_Toc2528249.

Il n’en est rien, ces témoignages sont même surprenants par leur nombre. C’est, sans doute, le mérite de Pierre Perrier d’avoir rassemblé SOIXANTE DIX textes décrivant le processus de passage de la tradition orale à la mise par écrit des Karozoutha, puis des « Evangiles » en grec pour les quatre Evangiles canoniques. Il est étonnant de voir comment ces traditions conservées dans des Eglises indépendante se complètent, sans se contredire, si on en respecte soigneusement les nuances. Nous ne pourrons ici – faute de place - que citez quelques uns des ces textes. Le mieux est de les lire directement dans le livre de Pierre Perrier, cité ci-dessous, en prenant garde aux différentes précisions données par ces textes : mettre en ordre, composer, réciter, laisser un écrit, mettre par écrit, éditer ou publier (Evangiles de l’Oral à l’écrit. Les colliers évangéliques. Pierre Perrier. Ed. Jubilé. 2003. Pages 774-803. ISBN : 2-8667-9358-7). Il semble que ce travail de collecte ne soit pas tout à fait terminé, notamment dans les Eglises orientales.

1. MATTHIEU. Ce qu’on peut tirer des traditions : Matthieu a commencé à réciter sa Karozoutha (en araméen) en 37 à Antioche et l’a mise par écrit en araméen pour la publier la même année : en 37. Ensuite la traduction en grec a été laissée libre, le texte araméen restant le texte de référence. La datation du texte grec d’après la nouvelle TOB (p. 2095): « Nombreux sont les auteurs qui datent le premier Evangile des années 80-90, peut être un peu plus tôt ; on ne peut parvenir à une entière certitude sur le sujet ». Le premier Evangile mis par écrit est donc celui de Matthieu, mais en araméen. Point de repère : l’Ascension du Seigneur est en 30 après JC.

- « Aussi Matthieu parmi les Hébreux produisit au dehors aussi dans leur propre dialecte un texte écrit d’Evangile, Pierre et Paul, étant en train parmi les Romains d’évangéliser et de fonder Ecclésia. Après le départ en exil de ceux-ci, Marc, le disciple et traducteur de Pierre, lui aussi nous transmit une mise par écrit de ce qu’était en train de prêcher Pierre. Et Luc aussi accompagnateur de Paul établit dans un manuscrit (rouleau) l’Evangile qu’était en train de prêcher Paul. Après Jean … aussi livra au-delà de son entourage un texte … » (A .H III.1.1) ;
- « Matthieu l’évangéliste a dicté son Evangile sept ans après l’Ascension du Seigneur à Antioche en langue des hébreux » (Abdisho Bar Briha. Marganitha) ;
- « Matthieu se mit à réciter son Evangile pour le publier sept ans après l’Ascension à Antioche » (Ischo dad, morceaux choisis).

Pierre Perrier souligne que la traduction du texte d’Irénée : « après l’exode de Pierre et Paul » par « après la mort de Pierre et Paul » qui situerait le texte araméen de Matthieu après 68 ne peut se justifier sans note explicative. C'est une erreur de traduction. Il insiste sur le fait que ce mot « exodos » n’a jamais cette signification dans les écrits d’Irénée. Ce mot employé au sens hébreu-araméen est celui « d’exode » (galoutha en araméen) qui signifie être forcé à quitter son pays par la persécution. Ce sens désigne la persécution de Pierre en 37 ou 41 ou celle de Paul en 35 ou 60. Il existe par ailleurs des recoupements historiques permettant de situer un original de Matthieu en araméen antérieur à 44 ou 50 (Copie en araméen de Barnabé confectionnée avant 50, copie en araméen de Barthélémy martyrisé en 44, copie pré-recensionnelle en grec sur le trajet de Matthieu en Haute Egypte - en 50 au plus tard (Papyrus d’Oxford sur Mt 26 daté du second siècle).

2. MARC. Ce qu’on peut tirer des traditions : Pierre quitte Jérusalem en 42 (douze an après l’Ascension), arrive à Rome avec Marc en 42, revient à Antioche en 45, puis Jérusalem en 49, revient à Rome en 54 où il proclame sa Karozoutha jusqu’à son martyr en 67. Marc qui connait par cœur la Karozoutha de Pierre la dicte et la met donc par écrit en araméen. Cette opération n’est pas extrêmement complexe étant donné qu’en araméen un script rapide est possible en une seule prise sous la dictée. Puis Marc publie son « évangélion » en grec en 45 également. C’est Marc est l’inventeur du nom « d’Evangile ». Pour la datation du texte grec d’après la nouvelle TOB (p. 2113) : « Comme la ruine du Temple est annoncé en Marc sans aucune allusion à la manière dont les événements se sont produits en 70 (à la différence de Mt 22,7 et de Lc 21,20), rien n’empêche de dater la composition du deuxième Evangile entre 65 et 70 ».

- « Pierre annonçait la Parole publiquement à Rome et proférait l’Evangile sous l’inspiration de l’Esprit. Ceux qui étaient présents, et ils étaient nombreux, demandèrent à Marc, vu qu’il l’accompagnait depuis longtemps et savait par cœur les choses dites de les mettre par écrit. Il le fit et donna « l’Evangelion » à ceux qui le demandaient. Ce qu’ayant appris, Pierre ne fit rien pour empêcher, ni pour pousser ce projet. » (Clément d’Alexandrie dans Eusèbe H.E III).
- « Marc l’évangéliste a dicté son Evangile à Rome, 15 ans après l’Ascension du Seigneur en langue de l’empire romain. » (Ischo dad, morceaux choisis) ;
- « Marc a été mis par écrit dans la langue des Romains à Rome. » (Manuscrit de Mardin, morceaux choisis).

3. LUC. Ce qu’on peut tirer des traditions et des analyses complémentaires du texte araméen de Luc par Pierre Perrier : Etienne meurt en 31, lapidé sous les yeux de Paul. Il se convertit en 32/35 et est catéchisé à Damas par Ananie (sans doute un des « 72 »). Paul en compagnie de Barnabé va soumettre son Evangile pour obtenir l’approbation de Pierre en 49 à Jérusalem. Luc finit la composition du texte araméen en 55 qu’il envoie à Théophile. Luc finit la traduction du texte en grec à Troas en 60. Il le soumettra à Paul à Rome. Paul meurt martyr en 68. Pour la datation du texte grec d’après la nouvelle TOB (p. 2168): « Il semble que Luc a connu le siège et la ruine de la cité tels que les accomplirent les légions de Titus en l’année 70. L’évangile serait donc postérieur à cette date. Les critiques actuels situent souvent sa rédaction vers les années 80-90 ; mais plusieurs lui attribuent une date plus ancienne ».

- Paul : « Frères, il faut que vous le sachiez, l’Evangile que je proclame n’est pas une invention humaine, ce n’es pas non plus un homme qui me l’a trans mis ou enseigné, mon Evangile vient d’une révélation de Jésus-Christ » (Gal 1.11-12)… « Au bout de trois ans, je suis monté à Jérusalem pour faire la connaissance de Pierre et je suis resté quinze jours avec lui » (Gal 1.18). « (Ne passez pas) à un autre Evangile. En fait il n’y en a pas d’autre. » (Gal 1.6-7) – « je l’ai exposé à la communauté (de Jérusalem) afin de ne pas risquer de courir pour rien ni avoir couru pour rien jusqu’à présent. » (Gal 2.1) ;
- « Théophile était juif converti d’Antioche ami de Luc à qui furent adressés les Actes des Apôtres en araméen. » (Bar Koni) ;
- « Luc l’évangéliste a dicté son Evangile en langue des Grecs trente ans après l’Ascension du Seigneur. » (Isho dad, moreaux choisis) ;
- « Luc l’évangéliste a dicté son Evangile trente ans après l’Ascension du Seigneur à Alexandrie en langue des grecs. » (Abdisho bar Briha).

4. JEAN. Ce qu’on peut tirer des traditions et des analyses complémentaires du texte araméen de Jean par Pierre Perrier : Jean a d’abord composé une Karozoutha à deux voix avec Pierre (Jean 0) autour de la Résurrection dans l’année suivante (31). Ensuite fixation du texte de catéchèses supérieure de Jean en araméen en 37 (Jean 1), fixation de la catéchèse complète de Jean en 44 (Jean 2). Dernier texte évangélique à être fixé par écrit – texte araméen de référence en 60 (Jean 2) et la version finale de Jean en araméen, puis en grec après l’accession au pouvoir de l’empereur Trajan (98), soit vers 100 (Jean 3) (Source : Evangiles de l’oral à l’écrit. Les colliers évangéliques. Ed. Jubilé. Pierre Perrier. 2003. Tableau résumé de la p. 691-692. ISBN : 2-8667-9358-7). Pour la datation du texte grec d’après la nouvelle TOB (p. 2296) : « Quant à l’auteur et la date de composition du quatrième évangile, on ne trouve dans l’ouvrage lui-même, aucune indication précise. […] La publication d’un fragment du quatrième évangile (18,31.33.37-38) découvert en Egypte que les meilleurs connaisseurs datent des années 110-130, a imposé aux critiques le retour à une donnée traditionnelle : la publication de l’évangile vers la fin du premier siècle. »

- « Au temps où Luc et Marc éditaient un Evangile par écrit à cause de leur éloignement de leur communauté, Jean continuait encore sa prédication tout le temps sans mise par écrit. » (Eusèbe, H.E. 3, 24, 8) ;
- « La première mise par écrit de l’Evangile de Jean avait été faite à Antioche. » (Ephrem, memra sur Jean) ;
- « Jean l’évangéliste fit mettre par écrit trente ans après l’Ascension du Seigneur à Ephèse. » (Isho Dad) ;
- « Jean a été mis par écrit la 32ème année après l’Ascension de notre Seigneur. » (Codex géorgien 19) ;
- « Jean lui aussi a voulu livrer par écrit la tradition qui manquait aux autres évangélistes, il s’est efforcé de les compléter et de mettre les paroles et les actes dans l’ordre où ils avaient été dits et faits par le Seigneur. Il a par contre laissé de coté beaucoup de choses déjà dites par ses compagnons. » (Théodore Bar Koni, Scholies T. 7).

La seule contradiction entre les 70 textes est donnée ci-dessus : 30 ou 32 ans. L’idée de Pierre Perrier est que le témoin parle de deux phases de mise par écrit en araméen, puis en grec, par exemple entre Ephèse et Antioche et/ou la mise à disposition d’une copie libre à disposition de tous copieur (sorte de copie privée) ou un début de publication à la romaine : remise d’une copie déjà prête à toute personne en faisant la demande.

Troisième conclusion : Ces 70 textes attestent d’un processus de tradition orale, puis de mise par écrit en araméen, puis en grec dans les 20 à 30 ans après l’Ascension. La lecture attentive de ces 70 textes montre que les Apôtres (Matthieu, Pierre, Paul et Jean) ont réellement contrôlé directement : 1°) la composition des Karozoutha, 2°) leur mise par écrit en araméen et 3°) leur mise par écrit en grec. C’est en ce sens qu’est comprise la tradition apostolique.

Discussion générale : la culture de tradition orale existe, elle explique bien comment se sont développées les Karozoutha des Apôtres- en araméen - pendant les 20 ou 30 années suivant l’Ascension dans le sein de l’Eglise judéo-chrétienne, puis dans la diaspora araméenne, notamment à Antioche et à Rome. Contrairement à une idée fausse, cette Eglise judéo-chrétienne n’a pas disparu comme par enchantement après le prise de Jérusalem (70). Pierre Perrier estime, en effet, que les chrétiens d’origine juive (les judéo-chrétiens) ont représenté la moitié de la chrétienté jusqu’à la moitié du 2ème siècle. Ce processus de tradition orale est compatible avec une fixation des textes en grec dans la dernier quart du 1er siècle.

A l’inverse les « théories modernes » - actuellement appréciées - sur la mise par écrit des Evangiles ne prennent en compte que le texte en grec et postulent que la période de 50 à 60 ans après l’Ascension a été consacrée à l’écrit, c'est-à-dire à l’élaboration de textes écrits à partir de sources communes (source Q). L’idée est que pendant cette longue période on a collationné (comment, quand, par qui ?) des logias ou des carnets de citations, etc. des « dits et gestes de Jésus » pour en faire des textes plus vastes.

Quel rôle ont joué l’araméen, la pratique de tradition orale ou l’Eglise judéo-chrétienne de langue araméenne dans ce processus ? Pourquoi ne tient on pas compte des très nombreux texte décrivant le processus de tradition orale des Evangiles, puis de mise par écrit ? De nombreuses questions sont sans réponse. Les livres, comme internet n’en parlent pratiquement pas ... Finalement dans cette approche, la période de 50 à 60 ans entre l’Ascension et les textes en grec est plutôt une « boîte noire » qui n’autorise aucune certitude. La tradition orale, sans qu’on le sache ou le dise clairement, semble être un pis-aller, un défaut rédhibitoire à l’origine notamment des variations du texte grec.

En réalité, ce qu’on ne sait pas c’est que là où l’on compte des milliers de variations entre les copies en grec, dès les premiers siècles, on ne compte pas plus de 50 variantes entre les copies en araméen jusqu’à nos jours. Il n’y a « pas photo » entre les scribes araméens connaissant leur texte par cœur et les copistes grecs ne connaissant pas leur texte par cœur. Ce qui est pernicieux dans cette approche dit « moderne » est qu’elle laisse entendre (par ignorance des vrais mécanismes à l’œuvre) que la collation des logias et citations écrites éparses s’est faite selon une règle inconnue et finalement aléatoire. Cela signifie bien que les scribes ont refait pendant ces 50 à 60 ans leur propre théologie et plus du fait qu’il n’y a pas de tradition apostolique authentique, les Apôtres étant morts depuis longtemps lors de la fixation finale des Evangiles.

Au final, il n’y a pas plus de « Jésus de Nazareth, vraiment mort et vraiment ressuscité » dans ces "Evangiles" que de beurre en broche. Il y a bien une opposition frontale entre la thèse sur la tradition orale rabbinique et les thèses modernes à l’origine de la mise par écrit des Evangiles. Pierre Perrier formule ainsi la question : « Il y a un choix inévitable à faire entre la théorie de la source Q écrite et la théorie des colliers primitifs à deux voix de tradition orale ».


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La tradition orale favorise la pensée « globale » ou polysémique : l’exemple des filets de Jean

Message  Roque le Mar 22 Fév - 11:07

Tout le monde a bien remarqué que l’Evangile de Jean a une approche du récit évangélique complètement différente des trois autres Evangiles, dits "synoptiques". Pour comprendre le fonctionnement global de l’Evangile de saint Jean, il fut se familiariser avec un mode d’écoute qui nous est devenu totalement étranger mais qui était évident pour des hommes appartenant à la civilisation de la tradition orale, capables d’apprendre par cœur la totalité de vastes ensembles de textes.
Revenons à la structure des colliers, la formule la plus simple comprend une structure interne de répétition et de symétrie du type ABC A’B’C’ ou ABC C’B’A’.

Nous omettons, afin d'éviter de compliquer le propos, deux autres structures possibles de colliers. Les colliers de Jean ont une structure infiniment plus élaborée, appelée « filet » du type :

A B C
a 1 2 3
b 4 5 6
c 7 8 9

Que l’on peut réciter soit dans l’ordre 123456789 ou 147258369. Le système de « filet » permet la méditation par exemple de 5 relativement à 4 et 6, mais également de 2 et 8. Il existe encore une structuration possible des colliers en « tresse » (généralement à 3 colliers imbriqués) du type : aa’a’’ bb’b’’ cc’c’’. On notera que le filet et lui seul permet une sous-structuration en mémoire par collier-tronc ou par tresse : ce qui donne au filet toute sa richesse d’évocation.

Il convient de dire un mot sur les difficultés qu’implique pour l’analyse ce caractère « globalisant » du texte en filet. Si les perles d’un simple collier se rattachent en général à une thématique facilement identifiable, celles du filet, celles d’un filet sont imbriquées dans un réseau d’interrelations beaucoup plus complexes qui les renvoient à une pluralité de thématiques. Si cela enrichit leur sens, c’es en, rendant beaucoup plus difficile la saisie rapide de leur contenu. Elles ont un sens « pluriel » auquel il n’est pas toujours facile de faire correspondre un titre qui ne soit pas réducteur. Ainsi nous sommes nous trouvés confrontés à une assez grande difficulté quand il s’est agi de nommer les perles de Jean. En reprenant textuellement les titres employés dans les Bibles usuelles nous risquions d’ignorer leur caractère éminemment polysémique ; en essayant de trouver un titre propre à restituer cette polysémie, nous risquions d’être à la fois imprécis et non exhaustif ; nous avons en général préférés les titres usuels de la tradition araméenne, bien que cette langue ait des mots à sens plus large que le français. D’ailleurs la tradition orientale ne donne pas toujours de titre, mais utilise l’entame du texte.

Source 1 : Evangile de l’Oral à l’Ecrit. Les Colliers Evangéliques. Pierre Perrier. Ed. Sarment. 2003. ISBN : 2 8667 9358 7 (p. 422 et 424-425). Nous soulignons que cette tradition concernant l’intitulé des livres de la Bible est également celle de la Bible hébraïque.

Un autre moyen de rendre la polysémie de la pensée orale. Par exemple, le Magnificat qui ne constitue qu’un pendentif (Lc 1.39-55) du collier de l’enfance renvoie à 50 phrases de la Bible. Pierre Perrier précise que ces citations dessinent un trajet : Galilée – Samarie – Jérusalem – Hébron (la montagne). Le Magnificat est composé en suivant la structure de deux textes : 1°) le Cantique d’Anne qui est le remerciement pour la naissance d’un oint qui sera le dernier prophète-juge avant Saül et David ; et 2°) le Cantique de Tobie qui est un remerciement pour la venue d’un ange.

Source 2 : Evangile de l’Oral à l’Ecrit. Ed. Sarment. Pierre Perrier. ISBN : 2-86679-296-3 (p. 286)


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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  Roque le Mar 22 Fév - 21:44

@bonhenry, j'ai lu votre échange sur la datation et la langue des Evangiles. Je vois que vous avez dans vos références tous les éléments pour découvrir les thèses de Pierre Perrier. Son association est sur : http://eecho.fr/. Il faut y jeter un oeil de temps en temps il font des choses très pointues et intéressantes. Je dois leur renvoyer l'ascenceur car sans eux je ne connais rien sur le sujet.

Trois observations sur votre échange :

1. Tresmontant a vu juste me semble-t-il sur la langue des Evangiles, sur le fait qu'il ne s'agit pas d'un "travail d'auteur" comme dans une loique écrite, mais qu'il y a à la base une collecte auprès des témoins. La force de Pierre Perrier est de partir du texte araméen et il donne de nombreux exemples où le texte araméen à un sens beaucoup plus clair que le traduction en grec ;
2. Aucune traduction issue du grec ne pourra "faire la différence" s'il est vrai que la langue d'origine est l'araméen. Je fais allusion ici à la discussion entre texte majoritaire et texte minoritaire. Ce genre de débat me semble sans espoir en l'abence d'élement nouveaux. Il me semble que la reconstitution - que tu as citée - du Père Frédéric Guigain : http://eecho.fr/?p=59&cpage=1 est intéressante à trois titres : 1°) la reconstitution des perles et colliers araméens, 2°) la reconstitution du rythme de recitation à plueieurs voix et le restitution du texte araméen (Peshitto). On ne pourra savoir ce que vaut notre texte grec criblé par la critique textuelle que lorsqu'on pourra mesurer la distance entre ce texte "aseptisé" et le texte araméen. A priori, le texte araméen est plus près du D05 que de "notre Bible" en grec ;
3. Quelque part un intervenant dit que les postulats de la Renaissance et de la Réforme ont obscurci le débat. C'est aller trop loin. En fait c'est la persécution, l'affaiblissement et la disparition de l'Eglise Mére judéo-chrétienne, fondée par Jacques le mineur, frère de Jésus qui a entraîné le mépris, la méconnaissance de la tradition orale rabbinique héritée des juifs et la marginalisation du texte araméen des Evangiles. Assez rapidement (2ème siècle ?) cette Eglise a été gouvernée par des Evêques parlant grec et ne comprenant plus l'araméen.

Nos frères orientaux qui se sont d'abord un peu fourvoyés en optant pour le Diatessaron (4 Evangiles mélangés), mais n'ont heureusement pas fait disparaître les versions des quatre Evangile. Ils y sont révenus heureusement. On est au XIXème siècle en train de redécouvrir la richesse et l'authenticité orale (structure en perles et colliers + petgames) de ces textes ... je trouve cela tout à fait stupéfiant ! L'ambition de Frédéric Guigain est au final t'établir un texte araméen de référence qui sera le pendant du texte de référence en grec ... rien moins :D

Roque

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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  bonhenry le Mer 23 Fév - 8:18

Roque a écrit:@bonhenry, j'ai lu votre échange sur la datation et la langue des Evangiles. Je vois que vous avez dans vos références tous les éléments pour découvrir les thèses de Pierre Perrier. Son association est sur : http://eecho.fr/. Il faut y jeter un oeil de temps en temps il font des choses très pointues et intéressantes. Je dois leur renvoyer l'ascenceur car sans eux je ne connais rien sur le sujet.

Trois observations sur votre échange :

1. Tresmontant a vu juste me semble-t-il sur la langue des Evangiles, sur le fait qu'il ne s'agit pas d'un "travail d'auteur" comme dans une loique écrite, mais qu'il y a à la base une collecte auprès des témoins. La force de Pierre Perrier est de partir du texte araméen et il donne de nombreux exemples où le texte araméen à un sens beaucoup plus clair que le traduction en grec ;
2. Aucune traduction issue du grec ne pourra "faire la différence" s'il est vrai que la langue d'origine est l'araméen. Je fais allusion ici à la discussion entre texte majoritaire et texte minoritaire. Ce genre de débat me semble sans espoir en l'abence d'élement nouveaux. Il me semble que la reconstitution - que tu as citée - du Père Frédéric Guigain : http://eecho.fr/?p=59&cpage=1 est intéressante à trois titres : 1°) la reconstitution des perles et colliers araméens, 2°) la reconstitution du rythme de recitation à plueieurs voix et le restitution du texte araméen (Peshitto). On ne pourra savoir ce que vaut notre texte grec criblé par la critique textuelle que lorsqu'on pourra mesurer la distance entre ce texte "aseptisé" et le texte araméen. A priori, le texte araméen est plus près du D05 que de "notre Bible" en grec ;
3. Quelque part un intervenant dit que les postulats de la Renaissance et de la Réforme ont obscurci le débat. C'est aller trop loin. En fait c'est la persécution, l'affaiblissement et la disparition de l'Eglise Mére judéo-chrétienne, fondée par Jacques le mineur, frère de Jésus qui a entraîné le mépris, la méconnaissance de la tradition orale rabbinique héritée des juifs et la marginalisation du texte araméen des Evangiles. Assez rapidement (2ème siècle ?) cette Eglise a été gouvernée par des Evêques parlant grec et ne comprenant plus l'araméen.

Nos frères orientaux qui se sont d'abord un peu fourvoyés en optant pour le Diatessaron (4 Evangiles mélangés), mais n'ont heureusement pas fait disparaître les versions des quatre Evangile. Ils y sont révenus heureusement. On est au XIXème siècle en train de redécouvrir la richesse et l'authenticité orale (structure en perles et colliers + petgames) de ces textes ... je trouve cela tout à fait stupéfiant ! L'ambition de Frédéric Guigain est au final t'établir un texte araméen de référence qui sera le pendant du texte de référence en grec ... rien moins :D

Bonjour Roque, et merci de votre éclairage, qui met en valeur que la tradition proche orientale (et orale) n'est sûrement pas à négliger.

Je travaille aussi actuellement avec une personne qui poursuit les travaux de Jean Carmignac. (voir aussi son association) J'espère pouvoir en dire un peu plus bientôt.

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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  -Ren- le Jeu 24 Fév - 9:59

Roque a écrit:A cette époque, lorsqu’on récite la Bible à la synagogue, on ne la lit pas. Le récitant qui récite par cœur fait face à celui qui tient le rouleau. Celui qui a le rouleau devant lui sert seulement d’aide mémoire ou de correcteur en cas de mémoire défaillante. C’est lui le « paraqlita » (en araméen), d’où le terme Paraclet repris par Jésus dans le sens concret « d’aide mémoire » ou de « souffleur »
Tu m'avais déjà expliqué des choses à ce sujet... Mais, comme tu le sais, j'ai perdu toutes mes archives.
Pourrais-tu nous redonner les éléments dont tu as connaissance à ce sujet dans le fil suivant :
http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t64-le-paraclet :?:

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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  Yahia le Sam 5 Mar - 23:17

Voilà une série d'exposés bien passionnants !
Je n'ai pas de connaissances suffisantes pour me faire une idée du bien-fondé de cette théorie. Je n'avais jusqu'à présent connaissance que des théories scripturales classiques, qui laissaient un "vide " peu éclairci sur la première période.
Cette hypothèse-ci semble beaucoup mieux prendre en compte le milieu dont sont sortis ces textes. Effectivement , faire l'histoire de l'établissement des textes écrits en passant outre le passage par l'oralité me semble aberrant.

Ce qui me frappe, c'est que la même erreur est reproduite par les critiques occidentaux vis-à-vis de l'établissement du Coran, dans leur mépris-ignorance de la tradition orale.

Je note que même les écoles alexandrines tardives accordaient la primauté à l'oralité dans leur enseignement de la philosophie grecque. On l'a vue plus tard encore primer dans l'enseignement de la médecine. Depuis l'apparition du papier à la fin du VIII° siècle dans ces régions,puis chez nous,l'usage de l'écrit nous a fait oublier cette oralité primordiale dans la naissance de nos textes sacrés...

Merci de ce partage !':)'
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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  pauline.px le Mer 9 Mar - 12:26

Bonjour à toutes et à tous,
Yahia a écrit:Voilà une série d'exposés bien passionnants !
Je n'ai pas de connaissances suffisantes pour me faire une idée du bien-fondé de cette théorie. Je n'avais jusqu'à présent connaissance que des théories scripturales classiques, qui laissaient un "vide " peu éclairci sur la première période.
Cette hypothèse-ci semble beaucoup mieux prendre en compte le milieu dont sont sortis ces textes. Effectivement , faire l'histoire de l'établissement des textes écrits en passant outre le passage par l'oralité me semble aberrant.

Je confirme tout l'intérêt que suscitent en moi toutes ces contributions érudites.

Ce qui m'a toujours intrigué c'est la question des motifs qui font que l'on passe du témoignage ou de l'enseignement oral au témoignage et à l'enseignement écrit.
Pour moi, s'il est naturel de faire confiance à un maître qui expose oralement son enseignement, je peine à imaginer que cela fut facile pour ceux-ci de se désapproprier au profit d'une classe de lecteurs et de copistes.
Inversement, dans une société orale et sans doute en délicatesse avec la lecture, comment pouvait être reçu une lecture d'un document ?

Il y a à mes yeux un rapport avec la question des images, un texte est l'image d'une parole.
Entre un texte et un autre quelle est la différence ? qu'est-ce qui fait que l'un est une parole vivante et l'autre une parole morte ?

Mon sentiment est que les première communautés chrétiennes n'ont pas pu passer sans heurt et sans inquiétude du monde de l'oralité à celui de l'écrit.

Je ne peux croire que cela devint une sorte d'évidence du genre "L'écrit c'est finalement plus pratique ! " ou bien "Attention ! les Anciens disparaissent, couchons vite par écrit leur mémoires !"
Au fond, on n'est jamais obligé de passer à l'écrit, c'est même la marque de la vraie confiance que de ne pas écrire.

Est-ce qu'il est arrivé un temps où la suspicion étant devenue généralisée il a paru prudent de maîtriser matériellement la mémoire ?

C'est cette anthropologie là qu'il me plairait de mieux cerner.

cordialement

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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  -Ren- le Mer 9 Mar - 13:05

pauline.px a écrit:Mon sentiment est que les première communautés chrétiennes n'ont pas pu passer sans heurt et sans inquiétude du monde de l'oralité à celui de l'écrit
C'est plus qu'un sentiment... Papias, évêque qui fut disciple de Jean, déclarait -selon Eusèbe- que "si quelque part venait quelqu'un qui avait été dans la compagnie des presbytres, je m'informais des paroles des presbytres : ce qu'ont dit André ou Pierre, ou Philippe, ou Thomas, ou Jacques, ou Jean, ou Matthieu, ou quelque autre des disciples du Seigneur ; et ce que disent Aristion et le presbytre Jean, disciples du Seigneur. Je ne pensais pas que les choses qui proviennent des livres me fussent aussi utiles que ce qui vient d'une parole vivante et durable"...


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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  pauline.px le Mer 9 Mar - 14:43

Bonjour à toutes et à tous,

Roque a écrit:Le Codex D05 ou Codex de Bèze est assez connu. Il est sauvé d’un incendie en 1562 en même temps que les reliques de Saint Irénée de Lyon sont jetées dans le Rhône. Le Codex de Bèze est une copie des quatre Evangiles et des Actes des Apôtres en grec. La copie dont la calligraphie remonte à 400, est celle d’un texte évangélique antérieur puisqu’il est précisément cité par Justin de Rome (mort en 165) et par Irénée de Lyon (mort vers 200). Finalement, ce Codex D05 est un témoin du texte évangélique en grec antérieur à la recension anti-marcionite de 140. Ce texte est une copie de l’évangéliaire d’Irénée de Lyon, transmettant la tradition de Polycarpe de Smyrne, disciple direct de l’Apôtre Jean.

Le Codex D05 est souvent cité pour son corpus Lucanien qui préserverait un état "antérieur" du texte évangélique, et pour cause puisque les "variantes" sont très nombreuses.

La curiosité est que pour saint Matthieu et saint Jean, D05 est très proche de la tradition alexandrine, tandis que pour saint Marc il pourrait encore s'agir d'une version archaïque.
Ce Codex n'est-il pas hétérogène ? Ou plutôt : est-il homogène à une tradition ecclésiale locale ou n'est-il qu'une compilation élaborée par un lettré ou une hiérarchie ?

Cela me conduit à penser que nous risquons d'être intoxiqués par l'idée naïve de l'unicité du "récit authentique" qui aurait existé en amont pour chacun des Livres et dont les variantes ne témoigneraient que des aléas de la copie avant que l'on y mette un peu d'ordre.

Il me semble que le caractère un peu anachronique de D05, hésitant entre la "relative modernité" alexandrine et l'archaïsme, suggère que au contraire il y a eu, pour chaque livre, une multitude de récits authentiques qui ont peu à peu convergé vers les deux ou trois vénérables traditions textuelles.

Dès lors, chacun de ces récits authentiques, pour un même livre, a nécessairement sa touche locale mais il ne faudrait pas déduire de la géographie une chronologie, surtout si cette chronologie repose implicitement sur le postulat de l'unicité du récit authentique.

Nous avons une problématique analogue avec le Testament Premier, où les textes samaritains, les traductions grecques et le texte massorétique suggèrent un état multiple de la Tradition.

Enfin, une question provocatrice : une version aussi élaborée que le Textus Receptus des Protestants est-il plus ou moins "authentique" qu'un vénérable manuscrit du IIIème siècle ?

Cordialement
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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  -Ren- le Mer 9 Mar - 15:04

pauline.px a écrit:une question provocatrice
Ce sont elles que font avancer... ;)

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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  -Ren- le Mer 9 Mar - 16:53

Un article sur le sujet :
http://www.revue-resurrection.org/Un-Matthieu-arameen :study:

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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  pauline.px le Jeu 10 Mar - 11:19

Bonjour à toutes et à tous,

-Ren- a écrit:Un article sur le sujet :
http://www.revue-resurrection.org/Un-Matthieu-arameen :study:

Merci pour cette référence !

Toutefois, je relève une contrevérité dans "ce n’est pas une tournure grecque que de dire que « l’ouvrier est digne (axios) de son salaire »

bin si,
l'auteur a-t-il été intoxiqué par l'usage liturgique ?
Le sens de dignité est un sens second, le sens premier est "ce qui pèse" puis "ce qui vaut" puis "ce qui mérite"... et un ouvrier a pu mériter son salaire.

Y-a-t-il d'autres arguments discutables dans cet article ? Difficile pour moi de tout vérifier...

Cordialement
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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  -Ren- le Jeu 10 Mar - 11:30

pauline.px a écrit:je relève une contrevérité dans "ce n’est pas une tournure grecque que de dire que « l’ouvrier est digne (axios) de son salaire »
Merci pour cette remarque critique ; n'ayant pas les compétences nécessaires, j'aurais difficilement pu m'en rendre compte...

pauline.px a écrit:Y-a-t-il d'autres arguments discutables dans cet article ? Difficile pour moi de tout vérifier...
Espérons qu'une autre personne compétente pourra nous en dire plus ? C'est l'intérêt d'un forum de pouvoir croiser les compétences de chacun...

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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  bonhenry le Mer 16 Mar - 19:35

-Ren- a écrit:
pauline.px a écrit:Mon sentiment est que les première communautés chrétiennes n'ont pas pu passer sans heurt et sans inquiétude du monde de l'oralité à celui de l'écrit
C'est plus qu'un sentiment... Papias, évêque qui fut disciple de Jean, déclarait -selon Eusèbe- que "si quelque part venait quelqu'un qui avait été dans la compagnie des presbytres, je m'informais des paroles des presbytres : ce qu'ont dit André ou Pierre, ou Philippe, ou Thomas, ou Jacques, ou Jean, ou Matthieu, ou quelque autre des disciples du Seigneur ; et ce que disent Aristion et le presbytre Jean, disciples du Seigneur. Je ne pensais pas que les choses qui proviennent des livres me fussent aussi utiles que ce qui vient d'une parole vivante et durable"...


Si les catholiques de ce forum veulent bien lire, ou relire, la constitution dogmatique "Dei Verbum" (Vatican 2), ils verront que le Magistère de l'Eglise a été, au moins en partie, institué, pour garantir que le message - la Bonne Nouvelle - du Christ ne soit pas déformé au cours des siècles. C'est bien pour cela que certains pseudo-évangiles n'ont pas été conservés, et que l'Eglise Catholique s'appuie depuis les origines sur 4 Evangiles, plus un certain nombre d'Epitres.

Je crois, par ailleurs, qu'il ne faut pas comparer les Evangélistes à des "professeurs, à des "maîtres, ou à des "mandarins". Leur souhait n'était pas que l'on parle d'eux, ou qu'on les admire, mais que l'on connaisse la vérité, c'est à dire les oeuvres du Christ.

Leur mission était donc d'éviter que cette Vérité ne soit modifiée. Aussi le passage de l'oral à l'écrit était une nécessité absolue.

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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  Roque le Mer 16 Mar - 20:39

@pauline.px : non la forme écrite n'était pas un problème pour les "premiers chrétiens", j'entends précisément par là l'Eglise de Jérusalem, celle de Jacque le mineur, frère de Jésus. C'est à dire les judéo-chrétiens. La forme écrite complètait la récitation par coeur déjà chez les juifs, dont ils sont les héritiers directs. En plus, l'araméen était d'usage courant dans les Targums qui vont progressivement être mis par écrit dès cette période. Donc aucun problème.

Le problème a été plutôt celui de l'ouverture aux Nations. L'Eglise des judéo-chrétiens va être violemment travaillée par des tentations intégristes qui vont mener à la révolte des zélotes suivie de la destruction de Jérusalem, puis à la révolte de Bar

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Message  Roque le Mer 16 Mar - 20:41

de Bar-Kochba qui va conduire à l'élimination des juifs de la région pour des siècles ... et la décapitation complète de l'Eglise judéo-chrétienne, dont les responsabilités vont être réprises par des Evêques héllénophones ne comprenant rien à l'araméen.

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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  bonhenry le Jeu 17 Mar - 10:01

Roque a écrit:@pauline.px : non la forme écrite n'était pas un problème pour les "premiers chrétiens", j'entends précisément par là l'Eglise de Jérusalem, celle de Jacque le mineur, frère de Jésus. C'est à dire les judéo-chrétiens. La forme écrite complètait la récitation par coeur déjà chez les juifs, dont ils sont les héritiers directs. En plus, l'araméen était d'usage courant dans les Targums qui vont progressivement être mis par écrit dès cette période. Donc aucun problème.

Le problème a été plutôt celui de l'ouverture aux Nations. L'Eglise des judéo-chrétiens va être violemment travaillée par des tentations intégristes qui vont mener à la révolte des zélotes suivie de la destruction de Jérusalem, puis à la révolte de Bar

Bonjour.

La locution "judeo-chrétiens" est à utiliser avec précaution. Je pense que vous voulez parler des juifs convertis au christianisme dans les premiers temps de l’Église, qu'il vaudrait mieux appeler, je pense, chrétiens d'origine juive, par opposition aux "gentils" (= non juifs) convertis au christianisme.

En ce qui concerne les évènements historiques, il faut séparer, je pense, la première destruction de Jérusalem et, surtout, du Temple, en 70, de la démolition pierre par pierre de Jérusalem en 132. Il est clair que l'Eglise de Jérusalem, dirigée par "Jacques" le mineur ("frère", c'est à dire parent, du Christ) s'était éparpillée dès 69 ou 70, hors de Jérusalem, d'abord par peur des juifs 'orthodoxes' puis en raison de la destruction de Jérusalem. La destruction de 132 par les troupes d'Hadrien n'a rien à voir avec les agissements des chrétiens, mais est liée au combat des derniers "rebelles" juifs contre l'autorité romaine.

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Re: Débats sur la mise par écrit des Evangiles

Message  Roque le Jeu 17 Mar - 12:27

@Bonhenry, oui la locution "judéo-chrétiens" est à utiliser avec précision. Ce sont effectivement les juifs convertis au christianisme dans les premiers temps de l’Église. Pour moi l'expression est symétrique de "pagano-chrétiens". Dans le propos de Pierre Perrier, ils ont une importance considérable puisque ce sont eux qui ont "traditionné" (je ferai prochainement un petit paragraphe pour expliquer ce terme) les perles témoignages en colliers de récitation orale. Leur points communs sont l'usage de l'araméen, la tradition orale, une théologie et une liturgie directement inspirées de la synagogue, voire du Temple. Cela est progressivement mieux connus depuis un siècle, environ. Un peu avant 70, l'Eglise qui fuit Jérusalem vers Pella est - je pense - pratiquement totalement judéo-chrétienne. Après on les retrouve à Damas, Antioche, Edesse, Rome, etc ... je ne connais pas encore les détails avec précision. Ce qui est de sûr c'est qu'ils restent araméophones. Pierre Perrier pense que ces judéo-chrétiens ont représenté la moitié des chrétiens jusqu'à la moitié du 2ème siècle.

Pierre Perrier soutient que l'ouverture aux Nations a été, pour cette Eglise judéo-chrétienne, très problématique et pénible. Ils n'étaient certes pas des zélotes, mais, dixit Pierre Perrier, ils ont été tentés par le même réflexe "intégriste" (repli sur l'identité juive) qui a entraîné la levée des zélotes aboutissant à la première destruction de Jérusalem et du Temple en 70. Ensuite lors de la révolte de Bar Kochba, Pierre soutient que la totalité de la hiérarchie de cette Eglise judéo-chrétienne a été massacrée. Ils n'ont pas participé au soulèvement, mais en ont été les dommage collatéraux, massacrés par les rebelles intégristes de Bar Kochba ou par les guides religieux du Temple de l'époque (dépendant des pharisiens) - un peu avant l'arrivée d'Hadrien. Je ne connais pas les détails, j'avoue. Pour Pierre Perrier, cette Eglise judéo-chrétienne est l'Eglise Mére. C'est aussi une Eglise martyr, Le déclin de l'Eglise judéo-chrétienne, le recul des araméophones dans l'Eglise (les Eglises) daterait de cette époque. Ensuite c'est le grec qui s'est imposé dans l'Eglise (en parallèle du pouvoir de Rome), d'abord avec Evêques non araméophones dans la région moyen-orientale, puis comme langue de référence des textes du NT.

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