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Salafisme, Jihadisme... ?

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Salafisme, Jihadisme... ?

Message  -Ren- le Sam 1 Oct - 19:56

Nous avons déjà un fil ouvert sur un courant lié à la question : http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t344-sd-le-wahhabisme
Nous avons également un fil pour discuter des premières générations des musulmans : http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t62-les-salaf-salih

...Cependant, le "salafisme" d'aujourd'hui recouvre d'autres réalités. J'ouvre donc ce fil avec un titre emprunté à un ouvrage dirigé par Roel Meijer que l'on m'avait signalé sur un autre forum il y a quelques mois (j'en fréquente tant que je ne sais plus trop où :caf: )

Voici une présentation très instructive de ce livre :
[Global Salafism est] un ouvrage qui représente la première tentative académique collective pour définir cette mouvance dans la pluralité théologique, juridique et politique de ses expressions transnationales (...)

Dirigé par Roel Meijer, arabisant et professeur émérite d’histoire du Moyen-Orient à l’Université de Nimègue, l’ouvrage se divise en cinq parties thématiques. La première intitulée Salafist Doctrine s’ouvre avec un article de Bernard Haykel de l’Université de Princeton (...) intitulé «On the Nature of Salafi Thought and Action» (...) Il précise : «salafi est prestigieux parmi les musulmans, parce qu’il se réfère à la première et consécutivement authentique version de l’islam –celui des “pieux ancêtres”– généralement compris comme étant les trois premières générations de musulmans» et canonisées par un hadith (du recueil de Boukhari) dans lequel le Prophète de l’islam les désignerait comme «les meilleurs de (sa) communauté». En conséquence, ceux qui se réclament de ce minhāj s’inscriraient symboliquement et mimétiquement dans la lignée de ces «pieux prédécesseurs». Haykel relève une autre caractéristique : celle qui s’appuie sur un autre hadith indiquant qu’un seul «groupe» (firqat) de tous ceux qui composent la umma sera sauvé dans l’au-delà, œuvrant ainsi à s’arroger toute la sotériologie islamique (...) Mais en bon philologue arabisant cherchant à historiciser l’usage des termes qui labellisent les groupes religieux, il se demande pourquoi «le terme salafi, qui à la fin du dix-neuvième siècle désignait les réformistes modernistes et rationalistes, en est venu à être identifié aux wahhabis pour qui l’argutie religieuse basée sur la raison (aql) est condamnée» (...)

À cette mise au point d’Haykel, précédée par celle de Meijer, se serait parfaitement articulée cette autre enquête terminologique approfondie de Thomas Hegghammer intitulée «Jihadi-Salafis or Revolutionaries ? On Religion and Politics in the Study of Militant Islamism» (...) L’article de Hegghammer (...) analyse minutieusement les zones de correspondances et les ruptures entre «jihadisme», «takfirisme», et «salafisme» (...) Selon lui, se dégagent de cet «islamisme activiste» cinq catégories (...) Chacune de ces catégories pouvant prendre des formes violentes et non violentes que Hegghammer ne manque pas d’exemplifier (...)
  • l’islamisme « State-oriented » se caractérise par un désir de modifier l’ordre social et politique ;
  • l’islamisme « Nation-oriented » se définit par un désir d’établir la souveraineté sur un territoire spécifique qui est perçu comme étant occupé ou dominé par des non-musulmans ;
  • l’islamisme « Umma-oriented » se distingue par un souci de protéger la Nation musulmane conçue comme un tout, de toute menace (non musulmane) extérieure ;
  • l’islamisme « Morality-oriented » se caractérise par le désir d’infléchir les comportements musulmans dans une direction plus conservatrice et littéraliste ;
  • l’islamisme « sectaire » (sectarian Islam) se manifeste par le désir de réduire l’influence et le pouvoir des mouvements concurrents (chiites ou sunnites)
(...)
:arrow: http://assr.revues.org/22533
...Je vous recommande bien entendu la lecture de la suite de cet article ; je pense cependant que ces extraits sont déjà un bon point de départ :!:


Dernière édition par -Ren- le Jeu 16 Aoû - 7:24, édité 2 fois (Raison : Modification du titre)

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Re: Salafisme, Jihadisme... ?

Message  -Ren- le Sam 1 Oct - 20:21

En poursuivant mes recherches, je suis tombé sur cet autre ouvrage collectif : "Qu'est-ce que le salafisme ?" (2008)

En voici la table des matières :
I - Trajectoires du salafisme : du désert d'Arabie au cyber-espace
1 -- David Commins : Le salafisme en Arabie Saoudite
2 -- Stéphane Lacroix : L'apport de Muhammad Nasir al-Din al-Albani au salafisme contemporain
3 -- Bernard Rougier : Le jihad en Afghanistan et l'émergence du salafisme jihadiste
4 -- Dominique Thomas : Le rôle d’Internet dans la diffusion de la doctrine salafiste

II -- Le salafisme dans l’espace arabe
1. La Péninsule :
1 -- Thomas Hegghammer : Violence politique en Arabie Saoudite, grandeur et décadence d' "Al-Qaida dans la péninsule arabique"
2 -- Carine Lahoud : Koweït, salafismes et rapports au pouvoir
3 -- Laurent Bonnefoy : L'illusion apolitique, adaptations, évolutions et instrumentalisations du salafisme yéménite

2. Le Machrek :
1 -- Arnaud Lenfant : L'évolution du salafisme dans la Syrie contemporaine
2 -- Bernard Rougier : Fatah al-islam, un réseau jihadiste au coeur des contradictions libanaises

3. Le Maghreb :
Abdallah Tourabi : Les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca et l'émergence du salafisme jihadiste

III -- La dynamique salafiste en France
1 -- Mohammed Adraoui : Être salafiste en France
2 -- Samir Amghar : La France face au terrorisme islamique : une typologie du salafisme jihadiste
3 -- Romain Caillet : Trajectoires de salafis français en Égypte
:arrow: http://www.puf.com/wiki/Autres_Collections:Qu'est-ce_que_le_salafisme_%3F

L'avant-dernier auteur de cette liste vient de sortir un ouvrage : "Le salafisme d’aujourd’hui" ( http://www.michalon.fr/Le-salafisme-d-aujourd-hui.html )

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Re: Salafisme, Jihadisme... ?

Message  -Ren- le Sam 1 Oct - 20:26

Une interview de Samir Amghar :
Qui sont les salafistes en France ?
On estime à 12 000 le nombre de personnes qui ont choisi ce type de pratique religieuse en France. Elles sont pour la plupart d’origine algérienne, mais, désormais, entre un tiers et un quart d’entre elles sont des converties. Pour une personne désirant se convertir à l’islam le salafisme constitue en effet la variante qui introduit la plus grande coupure avec le passé, d’autant que ce type de conversion est socialement valorisé dans les quartiers populaires.

Beaucoup de ceux qui choisissent le salafisme connaissent des situations de déclassement, un sentiment de relégation ou une rupture sociale ou familiale. On constate aussi que le salafisme prend peu dans les communautés turque ou comorienne qui ont conservé des modes de fonctionnement familiaux traditionnels. Mais qu’il se développe dans les milieux maliens ou guinéens. En outre une des forces du salafisme est qu’il peut s’installer dans un contexte qui ne lui est pas favorable, petite ville, village, car il fonctionne en réseau et autour d’un leader charismatique.

Quelle est l’incidence du développement du salafisme sur les autres formes d’islam traditionnellement implantées en France ?
L’islam modéré est totalement dépassé par les salafistes. Ses représentants sont en déphasage avec les attentes de ceux qui souhaitent se réislamiser et qui demandent des règles normatives très claires, règles qu’ils trouvent dans le salafisme. Dans ce contexte, les Frères musulmans et le mouvement Tabligh [cf sur notre forum http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t275-djam-at-al-tablgh ], notamment, font figure de mouvements vieillissants.

Souvent aujourd’hui, le musulman de base juge sa pratique à l’aune de la pratique salafie et attend du prédicateur qu’il réponde aux questions basiques sur ce qui est halal (licite) ou haram (illicite). Peu de penseurs sont capables d’esprit critique ou de décentrement par rapport au texte ; et, quand ils existent, ils sont marginalisés.

Quelles sont les évolutions du salafisme en France. Peut-on parler d’une secte ?
La question qui se pose est surtout celle du rapport des salafistes à la société, et de leur mode d’intégration : est-ce naturel ou faut-il faire un effort pour être salafiste en Occident ? Ce qui est certain c’est que les salafistes ont une lecture très critique, parfois violente, de la société, mais, à l’exception des salafistes jihadistes révolutionnaires, ils sont davantage dans une logique contestataire symbolique que dans l’action directe ou l’activisme politique.

Autre caractéristique de ce courant : il développe des idées simplistes et donne aux fidèles une explication globale de l’histoire, qui va de pair avec un sentiment de supériorité de ses membres, vus comme des élus. Le fidèle doit donner des gages à sa nouvelle communauté, notamment à travers sa tenue vestimentaire ; puis s’installe un contrôle social de même qu’un effacement de la vie familiale au profit de la communauté. L’adhésion à ce courant répond aussi à une volonté de rétablir une distinction claire entre hommes et femmes, ce qui permet selon les fidèles de lutter contre la déliquescence des sociétés occidentales.

Dans ce contexte, les oulémas d’Arabie saoudite ont récemment demandé aux salafistes français de montrer plus de souplesse à l’égard des musulmans et non-musulmans français, afin de contrer la mauvaise image de ce courant. Cela contribue à la logique de sortie de secte que l’on observe aujourd’hui. Ainsi certains fidèles, sans alléger la doctrine, semblent prêts à des compromis plus acceptables pour la société. Enfin, ce courant, à la mode, connait un turn over assez important. Il n’y a pas de frontière infranchissable ; cet élément rend le concept de secte plus nuancé.
:arrow: http://religion.blog.lemonde.fr/2011/09/30/secte-ou-pas-secte-plongee-chez-les-salafistes-de-france/

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Re: Salafisme, Jihadisme... ?

Message  -Ren- le Sam 1 Oct - 20:39

Samir Amghar était cité dans l'ontroduction de l'article que j'ai conseillé au début de ce fil. Voici un extrait de son intervention devant les rapporteurs de l'Assemblée Nationale :
Le développement du port du voile intégral en France y est intimement lié à celui du salafisme. Ce mouvement est chez nous d’implantation récente, apparu seulement au début des années 90, sous l’effet de la prédication de quelques jeunes issus de l’immigration musulmane qui étaient partis étudier le Coran et les sciences religieuses dans les universités islamiques d’Arabie saoudite, de Jordanie ou du Yémen, mais aussi de militants appartenant à l’aile salafiste du Front islamique du salut, le parti islamiste algérien.

Qu’est-ce donc que le salafisme ? C’est un courant qui prône une compréhension et une application littérales de l’islam. Ce mouvement, ultra-orthodoxe et puritain, appelle les musulmans à vivre ou revivre l’islam selon les préceptes invoqués par les compagnons du Prophète. Il présente la particularité de n’être pas homogène, mais divisé en plusieurs tendances et sensibilités politiques.
  1. Tout d’abord, le salafisme révolutionnaire, dit djihadiste, lequel non seulement appelle à une pratique ultra-orthodoxe de l’islam, mais prône l’usage de la violence et de l’action directe comme seuls moyens politiques pour peser dans le débat public.
  2. Ensuite, le salafisme politique, appelant lui aussi à une lecture littérale des textes et à une pratique ultra-orthodoxe, mais qui invite les musulmans à ne s’engager dans le débat public que par le biais d’instruments politiques pacifiques – manifestations, pétitions…
  3. Enfin, le salafisme piétiste qui, lui, n’a aucune vision djihadiste ni politique mais se concentre sur la dimension religieuse et missionnaire.


En France, les deux premières tendances du salafisme sont ultra-minoritaires. La très grande majorité des personnes qui s’y réclament du salafisme appartiennent à la troisième. Sur deux mille mosquées présentes sur le territoire français, entre vingt et trente seulement auraient à leur tête un imam salafiste. Une enquête des Renseignements généraux de 2004 estime qu’entre cinq et dix mille personnes appartiendraient à ce mouvement.

Le salafisme dominant en France se définit par son piétisme, son apolitisme et son caractère non-violent, s’inscrivant d’abord dans une logique prédicatrice missionnaire.

Son piétisme tout d’abord : pour ses tenants, l’urgence n’est ni de politiser l’islam ni de s’inscrire dans une logique guerrière, mais de convertir les musulmans sociologiques à une pratique orthodoxe et puritaine de leur religion. Ils se consacrent donc à deux tâches principales : l’éducation religieuse, dans la mesure où ils tiennent les musulmans installés en Europe pour des musulmans égarés, pratiquant un mauvais islam, et la purification d’une religion qui est, selon eux, altérée par des pratiques hérétiques.

Deuxième caractéristique de ce mouvement : l’apolitisme – ce qui n’exclut pas une dimension éminemment politique. Les salafis français s’opposent à toute forme d’engagement politique au nom de l’islam – d’une manière générale, il convient pour eux de délaisser la politique. J’en donnerai plusieurs exemples. En 2004-2005, menant des enquêtes de terrain, j’ai participé à diverses manifestations organisées par des associations musulmanes appelant à s’opposer à toute loi interdisant le port de signes religieux ostentatoires à l’école. J’ai été surpris du faible nombre de personnes se réclamant du salafisme dans ces manifestations. Lors de celles qui ont été ensuite organisées contre les caricatures du Prophète, il n’y avait aucun salafi. Enfin, en janvier 2009, quand des associations musulmanes ont appelé à manifester contre l’invasion des territoires palestiniens occupés par Tsahal, les sites salafis sur Internet ont appelé, eux, à ne pas se joindre à ce mouvement. Plus surprenant encore, les salafis évitent d’intervenir même lorsqu’une question les concerne directement. Assistant l’été dernier à une conférence donnée en banlieue parisienne par un imam salafi sur la bonne pratique de l’islam, j’ai, comme il est de coutume chez les salafis dans ce genre de réunions, demandé par écrit à cet imam quelle était sa position en tant qu’autorité religieuse sur le port du voile intégral. Après avoir répondu à toutes les autres questions, il a lu la mienne et l’a écartée, indiquant qu’il était des questions qu’il ne fallait pas poser, pour éviter de diviser la communauté musulmane. Les salafis vivent dans une sorte de bulle, dressent un cordon sanitaire entre eux et le reste de la société.

Troisième caractéristique : ce mouvement se veut aussi non-violent. Ainsi, ses autorités religieuses, aussi bien en France qu’en Arabie saoudite, en Jordanie ou au Yémen, ont condamné de manière unanime les attentats du 11 septembre 2001, ainsi que les attentats de Madrid en 2004 et de Londres en 2005.

Enfin, pourquoi les femmes appartenant au mouvement salafiste décident-elles de porter le voile intégral ? Trois explications principales me paraissent pouvoir être avancées. C’est une protestation symbolique ; un signe de distinction sociale ; l’expression d’un hyper-individualisme.

Le salafisme séduit un grand nombre de jeunes filles issues de l’immigration musulmane, mais aussi de Françaises de souche. Lorsque celles-ci décident de se salafiser, une minorité seulement opte pour le niqab, la grande majorité choisissant le djilbeb, voile informe mais qui ne masque pas le visage. Lorsqu’on discute avec les premières, elles expliquent que porter le voile intégral est, pour elles, une manière d’exprimer une protestation, de manifester leur désaccord avec les valeurs dominantes de la société dans laquelle elles vivent, de mettre symboliquement cette société à distance. Le voile intégral marque une rébellion symbolique contre l’ordre hiérarchique incarné par leurs parents, critiqués pour pratiquer un mauvais islam, et contre l’ordre social.

Mais le voile intégral est également le signe d’une distinction sociale. Celles qui le portent et le revendiquent en tirent une grande fierté et le ressentent comme un symbole de respectabilité. En se salafisant et en portant le niqab, d’adolescentes elles deviennent des adultes respectées, notamment dans les quartiers populaires.

Le voile intégral est enfin le signe d’un hyper-individualisme religieux. Selon des observateurs, le port du niqab, loin d’être volontaire ou consenti, résulterait d’une contrainte émanant du groupe auquel appartiennent ces jeunes filles ou d’un membre de leur famille. De fait, il y a bien contrainte, mais elle ne résulte pas d’une pression sociale externe exercée par un imam ou leur famille sur ces jeunes femmes. Il s’agit bien plutôt d’une contrainte volontairement intériorisée, parce que ressentie comme légitime. C’est en lisant, en écoutant sur Internet des imams prêcher l’islam et la nécessité de porter le voile intégral que progressivement les jeunes femmes qui s’islamisent en viennent à désirer ou à s’imposer de porter le niqab pour se comporter de manière plus conforme à leur foi. Elles y voient le signe d’une plus grande « islamité », d’une appartenance à une élite, à une avant-garde religieuse appelée à guider la communauté musulmane égarée.

(...) Du point de vue du sociologue que je suis, le salafisme est, en effet, une secte – est en tout cas travaillé par des dynamiques sectaires. Lorsque les sociologues parlent de secte, il n’y a là aucune connotation péjorative. Pour eux, c’est un courant religieux comme un autre. Mais, par opposition à l’église, la secte se définit premièrement par son refus de compromis avec le reste d’une société qu’elle considère comme corrompue ; deuxièmement par la nature charismatique de l’autorité religieuse qui la guide : les groupes salafistes s’organisent ainsi autour de leaders charismatiques ayant souvent étudié en Arabie saoudite, en Jordanie ou au Yémen. La troisième caractéristique d’une secte pour le sociologue est que ses membres l’ont rejointe volontairement. Si on naît musulman, on choisit de devenir salafi.

Le salafisme en France entretient un rapport négatif avec son environnement. Lorsque j’ai commencé à travailler sur ce mouvement il y a quelque six ans, j’ai été surpris de son sectarisme, de son refus de se mêler au reste de la société, de ses critiques de la société française et des valeurs républicaines. Mais force est de constater qu’en dépit de ce sectarisme, les salafis sont contraints de passer des compromis avec leur environnement, quelque insuffisamment islamique qu’ils le considèrent. Alors que, dans les années 1990, il n’était pas question de mariage à la mairie et, pour les salafis étrangers, de naturalisation, cela se pratique de plus en plus. Preuve que les salafis se « désectarisent » et s’ouvrent progressivement à notre société.

(...) le salafisme n’est pas pour moi le courant islamique qui fait de l’entrisme en France, précisément dans la mesure où c’est un mouvement sectaire qui se désintéresse de la politique. La seule urgence pour ses tenants est de garantir leur place au paradis et d’appeler les musulmans à la réislamisation. Je n’ai jamais constaté que les imams salafis ou les salafis eux-mêmes pratiquent l’entrisme ou développent des relations clientélistes avec les maires des communes où se trouvent leurs mosquées. Ils ne se situent pas du tout dans la logique entriste qui peut être celle des Frères musulmans ou de l’UOIF

(...) Le salafisme prépare-t-il les jeunes à s’engager en politique ? Non, bien au contraire : une grande partie du mouvement est constituée de jeunes qui ont été déçus de leur engagement politique antérieur au sein d’associations musulmanes. Beaucoup des salafis actuels étaient proches des Frères musulmans dans les années 90, écoutaient Tariq Ramadan, dans la pensée duquel ils se reconnaissaient. Mais ces organisations, qui n’ont pas, à leurs yeux, tenu leurs promesses, les ont progressivement déçus.

(...) Il y a d’un côté celle défendue par les Frères musulmans selon lesquels l’islam n’est pas seulement une religion, mais un système global, à la fois religieux, politique, philosophique, éthique…, et pour qui être un bon musulman, c’est non seulement fréquenter la mosquée, faire ses cinq prières par jour, mais aussi s’engager au nom de ses valeurs religieuses. Et les mouvements « fréristes » se situent, en effet, dans une logique entriste ou de lobbying. D’un autre côté, il y a les salafis pour qui, en revanche, l’urgence n’est pas de politiser l’islam mais bien plutôt, dans une posture missionnaire et piétiste, d’appeler les musulmans à la pratique de l’islam véritable. Cela étant, il est vrai que les imams professent qu’il faudra ensuite passer à une autre étape, celle de l’organisation, mais cela fait vingt ans qu’ils tiennent le même discours sans avoir rien fait en ce sens – de sorte que ce courant est le seul à n’être pas organisé et hiérarchisé à l’échelle nationale. N’existent que des associations locales, constituées autour d’un imam prédicateur charismatique – et celui de Lille, par exemple, n’a pas de relations avec celui de la région marseillaise. Ces groupes fonctionnent de manière autonome les uns par rapport aux autres et n’ont pas de projet politique. Le seul projet des jeunes salafis est, à mon sens, de quitter la France pour s’installer dans un pays musulman, parce qu’ils estiment que la France manque de respect à l’égard de ses musulmans et que l’on ne peut y vivre pleinement sa religion.

(...) Les salafistes, pensant être les seuls dépositaires du véritable islam, considèrent tous les autres mouvements comme hérétiques, qu’il s’agisse du mouvement Tabligh, mouvement missionnaire d’origine indo-pakistanaise, des Frères musulmans ou d’autres mouvements soufis. Ils se situent dans une logique d’excommunication par rapport à ces autres courants, du moins dans le discours. Car dans les faits, on constate souvent des « accommodements ». Les salafistes fréquentent, par exemple, des mosquées ayant à leur tête un imam de la mouvance des Frères musulmans si c’est la seule dans la ville. De même, beaucoup se rendent au congrès que tiennent chaque année au Bourget les Frères musulmans et qui rassemble entre 20 000 et 50 000 personnes, et ils y tiennent même des stands. La pratique est donc bien plus nuancée que le discours – et relève un peu du bricolage.

S’agissant de l’erreur à ne pas commettre, je me bornerai à relever que la loi de 2004, réaffirmant la primauté du principe de laïcité dans l’enceinte scolaire, a eu des effets positifs, mais aussi des effets pervers. Beaucoup de jeunes filles qui portaient le voile au collège ou au lycée ont cessé de fréquenter ces établissements, se sont déscolarisées et se sont mises à fréquenter de plus en plus les cercles salafis. Conséquence : celles qui portaient en 2004 le hijab portent aujourd’hui le niqab. La loi de 2004 a également favorisé une forme de communautarisme. En effet, à partir de cette date, les Frères musulmans ont créé des écoles confessionnelles et depuis lors, de nombreux projets, à Lyon, à Marseille, dans le Nord et plus récemment à Vitry-sur-Seine, ont vu le jour. La réaffirmation tout à fait légitime du principe de laïcité a donc eu, hélas, ces effets pervers que l’on perçoit mieux avec le recul. Il faudrait en tenir compte au moment d’évaluer l’intérêt d’une loi éventuelle sur la burqa

(...) Dans l’agglomération lyonnaise, il y a une mosquée salafiste aux Minguettes, à Vénissieux – la mosquée Al Fourqan – et une autre à Lyon même, dans le 8e arrondissement. Elles sont très actives, faisant preuve d’un grand prosélytisme. Le mouvement salafi est sans doute, en effet, le plus hégémonique et celui qui connaît le plus fort développement, notamment au détriment du mouvement Tabligh. Dans les quartiers populaires, lorsqu’on décide de se convertir à l’islam ou de se réislamiser, on le fait bien souvent au contact du salafisme car c’est la seule offre religieuse qui y reste et qui apparaît comme la plus légitime et la plus authentique.

Quant à Argenteuil, c’est un bastion historique du salafisme, la première ville où il s’est développé et où des femmes ont commencé à porter le voile intégral, et celle où se trouve la plus grande mosquée salafie de France, pouvant accueillir plusieurs centaines de fidèles, la mosquée As Salaam. Mais l’imam, le franco-marocain Abou Omar, considère que le voile intégral n’a pas sa place en France, mais seulement dans les pays musulmans qui l’acceptent. Il se situe donc dans une logique de compromis, invitant les jeunes filles à découvrir leur visage. C’est l’exemple du bricolage auquel sont conduits des imams salafis, malgré le sectarisme propre au mouvement. Cela étant, il est vrai qu’il existe un certain nombre de lieux de culte non répertoriés, mais les chiffres que je vous ai donnés permettent d’avoir un ordre de grandeur : les salafistes sont une minorité dans la minorité musulmane, mais une minorité très active.
:arrow: http://www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i2262.asp#P4228_1305493

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Re: Salafisme, Jihadisme... ?

Message  -Ren- le Mer 2 Nov - 14:02

Cela prend plus ou moins de temps mais l’impétrant finit un jour par «se réveiller salafi, dormir salafi, penser salafi, manger salafi, bref vivre salafi». Comme cela est (presque) arrivé au chercheur Samir Amghar, dont l’ouvrage Le salafisme d’aujourd’hui. Mouvements sectaires en Occident, propose une immersion dans le quotidien des salafistes (...) «J’ai développé une relation d’amour-haine avec eux, dont il a fallu que je m’extirpe pour retrouver l’objectivité du chercheur», reconnaît-il.

C’est au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 que ce jeune sociologue décide de consacrer sa thèse de doctorat aux salafistes qu’on accuse d’être des proches d’al-Qaida. Samir Amghar ne conçoit pas son boulot de chercheur autrement que sur le terrain, immergé dans le matériel qu’il étudie, bien loin des tours d’ivoire académiques. Normal après tout, et signe de sérieux –excepté que son «objet», son «matériel» d’étude à lui est constitué par une véritable «organisation sectaire», l’un des groupes religieux les plus hermétiques qui soient.

Qu’est-ce qu’un salafiste (français)? Nous avons soumis à Samir Amghar neuf clichés (...)

1. L’habit fait le salafiste
VRAI.
(...)

2. Un vrai musulman est salafiste
FAUX.
(...)

3. On ne naît pas salafiste, on le devient
VRAI.
(...)

4. Salafisme et terrorisme vont de pair
FAUX.
(...)

5. Le salafiste est austère et se bat pour un ordre social plus juste
FAUX.
(...)

6. Le salafiste est nécessairement polygame
FAUX.
(...)

7. Pas pire «traître» qu’un Frère musulman pour un salafiste
VRAI.
(...)

8. Les salafistes risquent d’être les grands perdants des «Printemps arabes»
VRAI.
(...)

9. Il y a un danger salafiste en France
FAUX.
(...)
:arrow: http://www.slate.fr/story/45709/salafiste-francais

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Le salafisme

Message  manu metalleux catho le Mer 21 Mar - 11:16

Je viens de prendre connaissance de l'article suivant de Slate, qui est assez ancien mais qui vient de ressurgir sur Twitter, et qui résume les thèses du chercheur Samir Amghar, "dont l’ouvrage Le salafisme d’aujourd’hui. Mouvements sectaires en Occident, propose une immersion dans le quotidien des salafistes":

http://www.slate.fr/story/45709/salafiste-francais

J'ai personnellement trouvé cet article intéressant et nuancé. J'aurais aimé connaitre l'opinion à ce propos des nombreuses personnes sur ce forum qui connaissent indiniment mieux que moi le sujet.

EDIT: je n'avais pas vu que l'article était déjà cité dans le présent fil de discussion. Il n'empêche que je suis preneur des commentaires.
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Re: Salafisme, Jihadisme... ?

Message  -Ren- le Ven 8 Juin - 7:29

-Ren- a écrit:En poursuivant mes recherches, je suis tombé sur cet autre ouvrage collectif : "Qu'est-ce que le salafisme ?" (2008)
(...) III -- La dynamique salafiste en France
1 -- Mohammed Adraoui : Être salafiste en France
2 -- Samir Amghar : La France face au terrorisme islamique : une typologie du salafisme jihadiste
3 -- Romain Caillet : Trajectoires de salafis français en Égypte
Je viens de trouver une interview de M. Adraoui :

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Re: Salafisme, Jihadisme... ?

Message  -Ren- le Ven 8 Juin - 7:30

Présentation de la thèse de M. Adraoui "Par-delà le discours. Le salafisme en France : socialisation ou rupture d’un groupe social ? Analyse de l’émergence d’un nouveau visage de l’islam de France" : http://www.afsp.info/theses/docteurs2012/adraoui.pdf

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le courant jihadiste

Message  red1 le Jeu 16 Aoû - 1:27

salut ,

Suite à plusieurs message , j'ouvre ce fil afin d'y voir plus clair sur ce courant jihadiste .

Y a t il une distinction à faire entre les salafistes et ces jihadistes ? Ont ils les mêmes références ? Quelles sont leurs divergences ?

red1

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Re: Salafisme, Jihadisme... ?

Message  piwi le Jeu 16 Aoû - 7:04

il y a grosso modo 2 courants salafistes :

1) les salafistes "sheikhiste", qui sont pro-saoudiens, appelés aussi par les jihadistes "pseudo salafi" ou "talafi" (=ceux qui perdent leur temps). Ils suivent les savants pro-saoudiens qui leur disent qui il faut écouter et ne pas écouter. Leurs références : ibn baz, albani, fawzan, 'utheimin, mouqbil, ibn taymiyyah, ibn abdel wahab. Ils ont une grande barbe, habillé d'un qamis souvent... Ils sont opposés au terrorisme car leurs savants s'y opposent. le principal problème est qu'ils sont des potentielles recrues jihadistes. Car ce que disent leurs savants actuels sur le jihad est démenti par les livres des savants anciens (ibn taymmyah et autres) dont ils reconnaissent les travaux. s'ils lisent "trop" ils peuvent basculer du coté obscur de la force :( ils s'opposent principalement aux jihadistes via le sujet du "koufr douna koufr" qui est l'axe principal qui fait qu'on va d'un coté ou de l'autre.

2) les salafistes jihadistes (appelé aussi les muwahhidin cad les monothéistes): sont souvent issus du premier groupe (pour les convertis). ils ont également pour référence les anciens savants et argumentent via leurs travaux contre les savants pro saoudiens. pour eux, les savants comme ibn baz et cie sont égarés sur la question sur jihad voir mécréants (cf : les célèbres fatwas noires). niveau vestimentaire, ils n'ont pas tous forcément une grande barbe et se fondent plus dans la masse. Parmi leurs références vous avez les professeurs des savants des "skeikhistes". "les savants de leurs savants". Pour eux les états arabes sont mécréants, tous. Ceci a cause du fait qu'ils ne gouvernent pas avec la charia. pour eux ils faut les renverser. Pour certains d'entre eux, l'émir des croyants est à londres, Abu 'Issa.

3) certains salafistes jihadistes "évoluent" dans un groupe très minoritaire encore plus dur dogmatiquement mais sont paradoxalement moins dangereux. Ce sont les mouwahhidin non qitali (=monothéistes qui s'opposent a la lutte armée des jihadistes). Pour eux, al qaida est mécréant car il ne font pas le takfir (anatheme) des leaders du hamas qui ne gouverne pas avec la charia. C'est un long sujet. Ils considèrent que les groupes armés ne s'occupent donc pas du tawhid et que du moment qu'un musulman porte une arme c'est leur frere. Pour eux, un inconnu qui se dit musulman, fais la priere etc... n'est pas encore considéré musulman jusqu'à ce qu'il montre sa croyance qui doit être "nikel". ces groupent sévissent via paltalk, des sites internet. Encore une fois, ce genre de "salafistes" est très rare.


Dernière édition par piwi le Ven 17 Aoû - 15:45, édité 1 fois
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Re: Salafisme, Jihadisme... ?

Message  piwi le Jeu 16 Aoû - 7:10

PS : si c'est trop confu dis moi et j'essaierai d'etre plus clair !
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Re: Salafisme, Jihadisme... ?

Message  -Ren- le Jeu 16 Aoû - 7:22

piwi a écrit:PS : si c'est trop confu dis moi et j'essaierai d'etre plus clair !
Je trouve ça très clair ; un grand merci pour ces explications :jap:

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Re: Salafisme, Jihadisme... ?

Message  red1 le Dim 19 Aoû - 20:24

piwi a écrit:PS : si c'est trop confu dis moi et j'essaierai d'etre plus clair !

Merci pour ces informations . :D

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Re: Salafisme, Jihadisme... ?

Message  -Ren- le Mar 18 Sep - 14:25

Samedi, environ 200 manifestants se sont réunis aux abords de l’ambassade américaine, dans le VIIIe arrondissement de Paris. Pour une manifestation organisée, 200 personnes, c’est peu. Mais alors que des islamistes radicaux protestent contre un film islamophobe grotesque dans d’autres capitales, souvent avec violence, ceux-là ont réussi à attirer l’attention et à susciter l’émoi au ministère de l’Intérieur.

Ces manifestants ont été présentés comme des salafistes. Pourtant, sur les 152 contrôlés, seule une petite minorité semble appartenir à cette mouvance (...)

Olivier Roy, politologue spécialiste de l’islam : «Le salafisme se répand comme l’évangélisme américain : dans les deux cas, des gens se tournent vers une religion où la vie quotidienne est régie par la norme explicite du religieux. Il n’y a pas de compromission avec le profane, et ceux qui ne suivent pas ce mode de vie ne sont pas considérés comme de bons musulmans» (...)

Pour Olivier Bobineau, sociologue des religions et spécialiste de l’islam, les salafistes sont «en souffrance» : «Ils ont généralement un parcours de vie difficile, ils sont déclassés socialement, en situation d’instabilité affective et vivent dans des lieux où il y a de la violence, des problèmes de transport, de logement, du chômage» (...)

Samir Amghar, auteur de «Le Salafisme aujourd’hui» (éd. Michalon, 2011) et docteur en sociologie, s’est immergé parmi les salafistes pour écrire sa thèse. Il explique, dans une interview à la revue Sciences humaines, ce qui peut pousser des musulmans –ou des non-croyants– à embrasser le salafisme : «[La personne] devient “salafie” en s’affiliant à des groupes religieux intensifs forts, capables d’offrir des codes de sens et une sécurité apaisante. Ce sont des structures refuges, qui pensent dispenser la vérité, loin de toute forme d’incertitude qui peut paraître angoissante»

Selon le chercheur, le succès du salafisme s’explique également par l’affaiblissement et l’institutionnalisation des «formes classiques de l’islam militant» (...)
:arrow: la suite sur http://www.rue89.com/2012/09/18/les-salafistes-en-france-un-probleme-social-pas-religieux-235402

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Re: Salafisme, Jihadisme... ?

Message  piwi le Ven 21 Sep - 18:09

des caricatures de Jésus existent depuis longtemps et pourtant dans l'islam c'est aussi grave que des caricatures de muhammad. pourquoi les musulmans ont réagi à l'un et pas à l'autre ? j'ai posé la question autour de moi pour connaitre la cohérence de ce soulèvement soudain qui aurait du exister depuis longtemps... aucune de réponse ! je pense plutôt que ces caricatures sont quelque part une "aubaine" pour certains.
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Re: Salafisme, Jihadisme... ?

Message  Materia le Ven 21 Sep - 18:26

piwi a écrit:des caricatures de Jésus existent depuis longtemps et pourtant dans l'islam c'est aussi grave que des caricatures de muhammad. pourquoi les musulmans ont réagi à l'un et pas à l'autre ? j'ai posé la question autour de moi pour connaitre la cohérence de ce soulèvement soudain qui aurait du exister depuis longtemps... aucune de réponse ! je pense plutôt que ces caricatures sont quelque part une "aubaine" pour certains.
Ne serait ce pas un peu lié à l'importance significative du Muhammad pour les musulmans puisqu'il est le fondateur de leur religion et non Jésus ou Moïse ?
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Re: Salafisme, Jihadisme... ?

Message  piwi le Sam 22 Sep - 1:21

oui, mais normalement c'est pareil dans l'islam, que ce soit pour lui ou d'autres, normalement...
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