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La conscience dans tous ses états. L'éternité, parfois - André Comte-Sponville

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La conscience dans tous ses états. L'éternité, parfois - André Comte-Sponville

Message  Disciple Laïc le Ven 15 Mar - 8:20




André Comte-Sponville, philosophe est l'auteur de Contre la peur et cent autres propos (Albin Michel, 2019).


(Biographie wikipédia ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Comte-Sponville)



La conscience, nous savons tous ce que c'est, puisque tout savoir la suppose. Mais comment la définir, puisque toute définition la suppose également ? La conscience est notre seul accès au monde, donc aussi à elle-même. Qui en serait dépourvu, comment lui expliquer ce qu'elle est ? Mais être doué de conscience, comment cela tiendrait-il lieu de définition ?


Étymologiquement, notait Maine de Biran, « conscience veut dire science avec : science de soi avec celle... de quelque chose ». Celui qui s'ignorerait totalement, comment pourrait-il être conscient de quoi que ce soit ? Et comment se saisir soi-même, sans se heurter d'abord au monde ? Le mot « science » est ici à prendre en son sens le plus large : il désigne n'importe quelle connaissance, fût-elle vague, voire une simple perception, le plus souvent sans rien de scientifique. Par exemple ce chat qui court après une souris : pourquoi courrait-il, s'il n'avait conscience de sa proie ? Et comment, s'il n'avait conscience de courir ? Il n'a pas les mots pour le dire, ni même pour le penser ? Certes ! Mais la conscience n'a pas besoin de mots ; c'est pourquoi nos nouveau-nés peuvent apprendre à parler.


Où veux-je en venir ? À ceci que toute conscience est consciente de soi, fût-ce obscurément, et d'autre chose. Même la conscience réflexive n'y échappe pas : quand je m'observe intérieurement, la dualité demeure, entre le sujet de l'observation (le « je ») et son objet (le « me »). Sauf peut-être quand le « me » s'abolit : parce qu'il n'y a plus que la conscience pure, comme libérée de l'ego. Ce n'est plus réflexivité, et c'est tant mieux (il y a tellement plus intéressant que soi !). Mais c'est toujours conscience, comme une ouverture au monde et à tout.


On ne confondra pas la conscience et l'esprit. Celui-ci est ouverture à l'universel, donc au vrai et au rire. La conscience y accède parfois, point toujours : il n'est pas rare qu'elle reste prisonnière du particulier, par exemple dans la sensation interne (« j'ai mal au ventre ») ou externe (« il y a un arbre là-bas »). Qu'un chien ou un cheval soient doués de conscience, cela ne me paraît pas niable. Mais comment leur prêter un esprit sans tomber dans l'anthropomorphisme ? Qu'ils sachent des choses, je ne le conteste évidemment pas. Mais comment, sans mots pour le dire, pourraient-ils accéder à l'universel ? Ainsi l'esprit est le propre de l'homme, quand la conscience serait plutôt le propre de l'animalité, dès que celle-ci atteint un certain niveau de complexité.


Quant aux « états modifiés de conscience », y compris mystiques, notons d'abord qu'ils n'ont rien de proprement religieux : plusieurs athées en ont fait l'expérience. En quoi ces états sont-ils « modifiés » ? En ceci qu'on y éprouve un certain nombre de suspensions ou de mises entre parenthèses : suspension du déjà-connu, comme dit Krishnamurti (c'est ce que j'appelle le mystère), des interrogations (c'est ce que j'appelle l'évidence), du langage (c'est ce que j'appelle le silence), du manque (c'est ce que j'appelle la plénitude), du passé et de l'avenir (c'est que j'appelle l'éternité), de l'espoir et de la crainte (c'est ce que j'appelle la sérénité), de la dualité entre soi et tout (c'est ce que j'appelle l'unité), entre soi et soi (c'est ce que j'appelle la simplicité), enfin et surtout de l'ego, et c'est ce qu'on peut appeler l'éveil, si l'on veut, ou l'absolu.


Attention de n'y pas accorder trop de crédit ! Cet état singulièrement universel, une drogue peut le produire aussi bien. Et que prouve une drogue ? Ce ne sont que des expériences subjectives, que je n'ai éprouvées pour ma part que fort rarement. Mais force m'est de reconnaître que je n'ai jamais rien vécu de meilleur. Il n'y avait d'ailleurs rien là de religieux : ce n'était pas la rencontre d'un Tout Autre, mais plutôt comme une fusion dans le Tout même. Non une extase, donc, mais une enstase. Non le sentiment d'être aimé, mais celui, plus rare, de n'avoir plus besoin de l'être. Quelle paix ! Quelle liberté ! On a les éternités que l'on peut, ou que l'on mérite.
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Re: La conscience dans tous ses états. L'éternité, parfois - André Comte-Sponville

Message  indian le Ven 15 Mar - 15:14

je suis un con scient :lol: :pff:
#metoo

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