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Les femmes dans la bible.

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Les femmes dans la bible. - Page 5 Empty Tamar et Ruth, ou le Lévirat 1/3

Message  philouie le Mer 20 Fév - 7:27

Tamar et Ruth, ou le Lévirat 1/3


Le lévirat est une coutume ancienne : la veuve d'un homme décédé sans descendance mâle épouse un frère de l'époux.


La bible apporte un regard intéressant sur la question avec le point de vue de deux femmes, Tamar et Ruth.


Décrite chez les amérindiens par Levis Strauss, cette pratique est encore très présente en Afrique noire, mais aussi en Inde, en Chine ou en Mongolie. Elle existe de façon marginale en milieu islamique puisque la polygamie la permet. Pour la raison inverse, elle est interdite en pays chrétien, bien qu'elle n'ait pas été désapprouvé par Jésus.

Donc il s'agit d'une pratique coutumière étendue dans le temps et l'espace.


Le lévirat est dénoncé comme étant une pratique rétrograde, limitant les droits des femmes et maintenant l'idée qu' une veuve fait partie de l'héritage, certains le qualifiant de coutume barbare.

Ce qui sous entend, compte tenu de l'étendu de la pratique que les êtres humains sont barbares.


https://kayamaga.com/afrique-societe-le-levirat-une-pratique-a-la-peau-dure/

Dans un premier temps nous allons examiner l'aspect juridique tel qu'il est rédigé dans Deutéronome 25.5 avec un premier article pour l'homme et un second pour la femme, nous examinerons le cas de Tamar et de Ruth ensuite.

Pour l'homme :


Lorsque des frères demeureront ensemble, et que l'un d'eux mourra sans laisser de fils, la femme du défunt ne se mariera point au dehors avec un étranger, mais son beau-frère ira vers elle, la prendra pour femme, et l'épousera comme beau-frère. Le premier-né qu'elle enfantera succédera au frère mort et portera son nom, afin que ce nom ne soit pas effacé d'Israël.


La situation "lorsque des frères demeureront ensemble" est la situation usuelle en climat patrilocal. Le lieu de l'acte est la maison, maison des frères et de la femme .

La question est de gérer le droit du mort et de sa succession.

A l'époque des premiers hébreux, la pensée était matérialiste et ne concevait l'immortalité qu'à travers la transmission du nom qu'il fallait maintenir en mémoire à travers la succession des générations qui maintenait la chaîne ininterrompue.


L'objectif est de faire un enfant mâle et de lui donner le nom du défunt.

Les veuves qui peuvent être concernées sont celles sans enfant ou n'ayant que des filles. La présence d'un seul enfant mâle suffit à ce que le nouveau mariage ne se fasse pas. Alors la mère est la régente de la maison de son fils, jusqu'à l'age adulte de celui-ci.

Pour la femme :


Si cet homme ne veut pas prendre sa belle-soeur, elle montera à la porte vers les anciens, et dira : Mon beau-frère refuse de relever en Israël le nom de son frère, il ne veut pas m'épouser par droit de beau-frère.  

Les anciens de la ville l'appelleront, et lui parleront. S'il persiste, et dit : Je ne veux pas la prendre,  alors sa belle-soeur s'approchera de lui en présence des anciens, lui ôtera son soulier du pied, et lui crachera au visage. Et prenant la parole, elle dira : Ainsi sera fait à l'homme qui ne relève pas la maison de son frère. Et sa maison sera appelée en Israël la maison du déchaussé.


Ici le lévirat est présenté comme un droit de la femme qu'elle doit faire respecter. Le frère défaillant est alors humilié publiquement par la femme.

Le lévirat n'est pas un choix mais une obligation puisque, sous le terme de faire yibboum, le lévirat apparait parmi les 613 mitsvot que tout bon juif doit connaître et mettre en application si l'occasion se présente.


Notons que le sororat existe aussi, qu'il est beaucoup plus rare et que le but est souvent de remplacer la mère défunte lorsqu'elle a des enfants en bas age. Une femme mourant en couche serait remplacée par sa soeur.

philouie

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Les femmes dans la bible. - Page 5 Empty Tamar et Ruth ou le lévirat 2/3

Message  philouie le Jeu 21 Fév - 12:53

Les femmes dans la bible. - Page 5 14060610

Tamar et Onan

La première histoire illustrant la coutume du lévirat est de celle de Tamar, la belle fille de Juda que nous avons évoqué en parlant de l'abus de la femme sur l'homme consistant à faire un petit dans le dos. Ce qu'elle fit à Juda après une succession d'évènements qui la conduisirent à ce choix.


Chronologiquement, l'histoire de Tamar est en Genèse 38 et sert de modèle à la loi du Deutéronome.


Juda a trois fils ainsi l'histoire de Tamar se déroule en trois temps.  Un temps pour chaque fils.


Dans le premier temps Juda prit pour Er, son premier-né, une femme nommée Tamar.


Le nom de Tamar  mérite d'être examiné puisque le mot désigne le palmier avec une racine suggérant l'érection. Les dattes qui poussent sous le feuillage évoque les gonades, ce qui donne au nom de Tamar une forte connotation sexuelle.


Hélas , Er était méchant aux yeux de l'Eternel; et l'Eternel le fit mourir.


Alors Juda dit à Onan : Va vers la femme de ton frère, prends-la, comme beau-frère, et suscite une postérité à ton frère. Onan, sachant que cette postérité ne serait pas à lui, se souillait à terre lorsqu'il allait vers la femme de son frère, afin de ne pas donner de postérité à son frère. Ce qu'il faisait déplut à l'Eternel, qui le fit aussi mourir.  


Comme à l'accoutumé, nous trouvons un Juda actif face à Tamar complétement passive. C'est lui qui décide et organise le mariage de Tamar et son remariage avec Onan.


Onan a donné son nom à l'onanisme, la masturbation masculine parce qu'il "se souillait à terre" .


L'acte d'Onan est là pour signifier que ce qu'on attend de lui est qu'il donne son sperme. Ce qu'il refuse, aussi Dieu le fait mourir.


Le don de sperme pour faire un fils à son frère défunt est présenté comme une injonction divine.


La situation de l'enfant est celle de l'enfant né du facteur : le père est celui que désigne la mère. Ici il s'agit de créer une filiation qui est manquante pour un homme qui n'a pas eu d'enfant mâle. La confraternité du géniteur et du père défunt, permet la transmission clanique vers cet ancêtre commun à tous les frères.


Le premier fils mort, le second fils mort.

Peut-être que Juda avait entendu parler de cette histoire que des Saducéens racontèrent plus tard à Jésus, et qui voit sept frères mourir tour à tour au contact d'une même femme. Aussi il éloigne Tamar au prétexte que le troisième est encore petit en la renvoyant dans la maison de son père, comme veuve.


Sauf que, profitant de la faiblesse de Juda, veuf ayant purgé son deuil, Juda la vit, et la prit pour une prostituée, parce qu'elle avait couvert son visage. Il l'aborda sur le chemin, et dit : Laisse-moi aller vers toi. Car il ne connut pas que c'était sa belle-fille.


Résultat le polichinelle est dans le tiroir. Sauf que la gourgandine lui demande de laisser un gage qui lui permettra de le confondre.


Quand on lui annonce que sa belle fille s'est prostituée, Et Juda dit : Faites-la sortir, et qu'elle soit brûlée. Sauf que voilà, c'est lui le père. Témoignage de Tamar en main, elle le tient par les couilles.


Comme la loi du Deutéronome l'exprime, après que l'homme ait refusé de donner le fils, la femme peut exiger son dû. De passive, la femme devient active. Elle le fait ici par la ruse. Juda reconnait sa défaite et son humiliation publique .


Elle est moins coupable que moi, puisque je ne l'ai pas donnée à Schéla, mon fils.


Et il ne la connut plus.



Il semble que le lévirat ne conduise pas à la vie maritale, une fois la tache reproductive accomplie, cependant la résidence de la femme reste la maison du frère du défunt.



A ce stade, la question se pose : pourquoi Tamar tient-elle tant à avoir un fils ?


Nous aurons la réponse en lisant l'histoire est dans Ruth.

philouie

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Les femmes dans la bible. - Page 5 Empty Tamar et Ruth ou le Lévirat 3/3 Ruth

Message  philouie le Dim 24 Fév - 12:03


Tamar et Ruth ou le Lévirat 3/3 Ruth


Les femmes dans la bible. - Page 5 Ruthan11


Le livre de Ruth raconte l'histoire de trois femmes, trois veuves sans enfant.

Deux brus et une belle mère.


Un de thèmes importants du livre est le lévirat avec cette particularité qu'il n'y a pas lévirat dans l'histoire, sauf comme mise en scène. Pas de frère, pas de maisonnée, donc pas de lévirat. Une histoire de remariage ordinaire.


L'histoire se passe à Bethléem le pays de Rachel, surnommée "la mère des juifs". Ce n'est sans doute pas une coïncidence, il s'agit d'une quête à l'enfant. à l'enfant mâle.


Ruth descend de Moab, l'un des fils né de la relation incestueuse de Loth et de ses filles.  Elle est citée dans la généalogie de Jésus. Si le mariage d'une femme juive avec un homme moabite est interdit, il n'en est rien pour un homme juif avec une femme moabite. Bien que ces gens soient considérés comme impurs.


L’histoire est d’une grande simplicité : Elimelek et sa femme ont quitté Bethléem leur pays natal pour celui de Moab, dans lequel ils s’installent. Il a deux fils puis il meurt. Ses fils épousent des filles moabites et décèdent à leur tour. La cellule familiale est alors réduite à trois femmes, trois veuves. Naomi, la femme d’Elimelek décide de rentrer à Bethléem et renvoie ces belles filles. L’une des deux retournera en pays Moab alors que l’autre, Ruth, c’est parfaitement libre qu’elle choisit de rester avec Naomi :  


Que l'Eternel me traite dans toute sa rigueur, si autre chose que la mort vient à me séparer de toi!
 (Ruth 1 :17)


Toujours est-il qui Naomi rentre au pays avec Ruth.

Pour qu’elles puissent survivre, Ruth ira glaner dans les champs où elle rencontrera Boaz, de la famille d'Elimelek le mari défunt de Naom, un riche propriétaire terrien qui l’épousera.




Les femmes dans la bible. - Page 5 5234_210

Boaz prit Ruth, qui devint sa femme, et il alla vers elle. L'Eternel permit à Ruth de concevoir, et elle enfanta un fils.


Le modèle de transmission décrit dans la bible est celui d'une transmission unilinéaire paternelle. Les femmes quittaient leur famille pour vivre et appartenir à la famille du mari et ne prenaient pas part à l'héritage pour ne pas emporter une part du patrimoine dans la famille d'un étranger. Seul l'homme possédait et transmettait le patrimoine, pendant que la femme transmettait le corps humain. Puisqu'en l'absence du corps vivant, il n'y a pas de patrimoine associé.


Donc le problème survient avec la mort d'Elimelek et de ses deux fils, Kiljon et Machlon. Il n'y a plus de descendance mâle, donc il n'y a plus personne pour posséder le bien. Ni Naomi et Ruth ne peuvent espérer transmettre le patrimoine d'Elimelek. Lorsque les femmes se séparent, on a un peu l'impression qu'elles sont au bout de leur vie et que chacune doit trouver la solution pour sauver sa peau. Avec le risque de finir dans la pauvreté, la mendicité, voire pire encore.

Naomi est veuve, ses fils sont morts. Elle possède un bien qu’elle tient de son mari qui n’a pas d’héritier, elle doit le vendre pour vivre et donc le consommer avant de mourir, puisque personne n’en héritera. Ruth et sa sœur n'auront rien. Soit retourner chez le père et espérer le remariage.

Soit rester avec Naomi et espérer le remariage. Le remariage pourquoi ? Pour avoir un fils. Un fils pourquoi ? Parce que c'est un gage de retraite. Une fois que le mari décède, il faut être avec celui qui possède le patrimoine, le fils. Sinon c'est misère et mendicité. Ainsi Tamar veut un fils des descendants de Juda pour vivre du patrimoine de Juda. Ce n'est pas du parasitisme, c'est juste avoir à manger tous les jours.


Boaz apporte la solution, il rachète le patrimoine d'Elimelek et fait un enfant à Ruth, d'une pierre, deux coups.


Alors Boaz dit aux anciens et à tout le peuple : Vous êtes témoins aujourd'hui que j'ai acquis de la main de Naomi tout ce qui appartenait à Elimélec, à Kiljon et à Machlon, et que je me suis également acquis pour femme Ruth la Moabite, femme de Machlon, pour relever le nom du défunt dans son héritage, et afin que le nom du défunt ne soit point retranché d'entre ses frères et de la porte de son lieu. Vous en êtes témoins aujourd'hui !


Boaz dit : Le jour où tu acquerras le champ de la main de Naomi, tu l'acquerras en même temps de Ruth la Moabite, femme du défunt, pour relever le nom du défunt dans son héritage.



Avec les biens matériels, il rachète Ruth qui devient sa femme (c’est-à-dire qu'il couche avec),


De l'union naitra un enfant, solution du problème.

Pour Ruth, l'apparence du lévirat est plutôt bienvenue puisque c'est pour son défunt mari qu'elle se donne à Boaz, il n'y a pas trahison du mariage initial mais accomplissement, puisqu'il aboutit à la naissance d'un héritier, certes tout symbolique, mais qui aura sa part de l'héritage d'Elimelek et de Machlon. Donc on s'aperçoit que ce semblant de lévirat, qui est pure convention sociale, jeu de théâtre, satisfait tout le monde ; Boaz, Ruth, Naomi. Sans oublier bien sûr l'assemblée qui acquiesce, ou encore le lecteur qui applaudit à ce dénouement heureux.


La question de la transmission et de l’héritage est au cœur du drame de Ruth et de Naomi qui sont sur ce plan compagnes d'infortunes dans une même situation : pas de fils. Mais pour Ruth et Naomi, c'est l'enfant qui est important. Boaz est plus âgé, et s'il décède, il faut qu'un fils prenne la relève.

On a du mal à voir ce que fait cette histoire de remariage et de transmission dans la bible, s'il n'y avait l'enseignement moral d'une rédemption, d'une double rédemption même, puisque c'est celle de Ruth et de Naomi. Celle-ci s'accomplit dans la vie même des protagonistes et non dans un au-delà inconnu, par la naissance de l'enfant, récompense et solution du drame.


Dans le Livre de Ruth, le fils est l'assurance retraite de la mère.

philouie

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Les femmes dans la bible. - Page 5 Empty Naomi, Ruth : Obed ou l'enfant qui avait deux mères.

Message  philouie le Lun 25 Fév - 21:36

Naomi, Ruth :  Obed ou l'enfant qui avait deux mères.



Les femmes dans la bible. - Page 5 Solomo10


Un des buts du lévirat est de donner un enfant à un homme qui est mort. L'enfant se retrouve alors avec un père symbolique, père décédé, et un homme réel, père génétique, qui fait office de père au côté de la mère.


Ici la bible est claire, elle ne reconnait que le second :

Voici la postérité de Pérets. Pérets engendra Hetsron; Hetsron engendra Ram; Ram engendra Amminadab; Amminadab engendra Nachschon; Nachschon engendra Salmon; Salmon engendra Boaz; Boaz engendra Obed; Obed engendra Isaï; et Isaï engendra David.

Aux dires de la bible, il n'y a comme filiation que celle qui découle du génétique. Cependant cette filiation n’est en rien une filiation patrimoniale puisque la transmission du patrimoine a été organisée par les gens et à leur convenance, ici en mimant le lévirat, arrivant à une solution qui convient à tous. Ici d'ailleurs, il n'y a aucune transmission du patrimoine d'Elimelek vers Obed, puisqu'il y a rachat du patrimoine par Boaz. Ainsi la part qui vient du patrimoine d'Elimelek est partagé avec ses autres frères qu'il a immanquablement, de même qu'il a, comme ses autres frères, une part de l'ensemble du patrimoine de Boaz.

Mais ce n'est pas un rachat simple puisqu'il y a, concomitamment, la naissance d'un fils, qui restaure sur le plan symbolique la transmission du patrimoine d'Elimelek vers un successeur.

L'artifice est éventé, le lévirat a valeur symbolique, c'est lui qui donne sens à l'acte, mais pour que l'acte arrive il faut qu'il s'inscrive dans l'ordre humain.

La réalité étant que Boaz épouse Ruth et qu'il devient le père de ses enfants.

Comme d'hab, quoi.

De même Obed n'hérite d'une part des biens d'Elimelek que parce que Boaz les a rachetés et non en raison d'une filiation imaginaire qui n'existe pas.

Mais non contant de vouloir donner deux pères au gamin, il est proposé que celui-ci ait deux mères, ainsi lorsque Ruth accouche :


Les femmes dirent à Naomi : Béni soit l'Eternel, qui ne t'a point laissé manquer aujourd'hui d'un homme ayant droit de rachat, et dont le nom sera célébré en Israël ! Cet enfant restaurera ton âme, et sera le soutien de ta vieillesse; car ta belle-fille, qui t'aime, l'a enfanté, elle qui vaut mieux pour toi que sept fils. Naomi prit l'enfant et le mit sur son sein, et elle fut sa garde. Les voisines lui donnèrent un nom, en disant : Un fils est né à Naomi ! Et elles l'appelèrent Obed. Ce fut le père d'Isaï père de David.


Un fils est né à Naomi et c'est Ruth qui la enfanté.

Obed a-t-il deux mères ?

Évidement pour Naomi qui n'a plus ni mari ni de fils, et dont la fontaine à enfant s’est tarie, avoir à nouveau un fils est inespéré. Il sera le soutien de ta vieillesse. Elles ont raisons, c'est bien ce qu'il se passe de façon très simple : Naomi prit l'enfant et le mit sur son sein, et elle fut sa garde.


Il y a une relation d'attachement qui se crée entre l'enfant et sa mamie et durera toute la vie de l'enfant. Si Ruth pose l'enfant sur le ventre de Naomi, c'est que la femme est mère par le ventre et que c'est par le contact physique que l'enfant va s'attacher à celle qui en aura la garde : il est porté comme il était porté dans le corps de sa mère, ça devient aussi sa propre maman.

Cependant le texte nous arrête : elle fut sa garde. C'est à dire qu'elle ne fut ni sa mère, ni sa nourricière. Elle fut celle qui gardait le petit pendant que la maman vaquait à ses occupations de femme.

Il y a simplement un lien d'amour qui est partagé entre Ruth et Naomi qui est naturellement partagé avec Obed quand il vient au jour.

Bien que la bible ne le raconte pas, on imagine facilement que Boaz, qui parait comme un homme mûr, vaste propriétaire terrien, est déjà âgé. Qu'il a déjà femme, sans doute plusieurs. Et des enfants peut-être grand.

Pas plus qu'entre Tamar et Juda, il n'y a pas lieu de penser que s'instaure une vie maritale. Ruth et Naomi habite ensemble dans une aile des dépendances, Boaz passe à l'occasion accomplir son devoir d'homme. L'enfant est élevé par les deux femmes, l'une est sa mère, l'autre la compagne de la mère. Lorsque Boaz mourra, Ruth sera une jeune veuve régnant sur la maison de son fils sous l’œil de Naomi la mamie qui raconte les histoires.

Il n'y a en réalité aucune transgression de la filiation dans l'histoire de Ruth, il y a au mieux des histoires que les gens se sont raconté pour se faire plaisir, c'est le plus naturellement du monde qu'Obed est le fils de Ruth et de Boaz, comme le rappelle la généalogie de Jésus rapporté par matthieu :

Boaz engendra Obed de Ruth;

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Les femmes dans la bible. - Page 5 Empty Les filles de Lot ou la recherche du mâle.

Message  philouie le Ven 1 Mar - 22:10


Les filles de Lot ou la recherche du mâle.


Les femmes dans la bible. - Page 5 Gentil10


L'épisode des filles de Lot et son aspect libidinal et incestueux a frappé l'imagination au point qu'il en résulte une riche iconographie  et fait que la scène est assez connue.

Faisant suite à la destruction de Sodome et Gomorrhe toute lecture de ce passage devrait se faire en le rattachant à cette destruction, et même probablement à l'ensemble de la séquence  commençant avec le sacrifice des animaux et finissant avec le sacrifice d'Isaac. Ici nous n'examinerons le texte que sous l'aspect de la filiation, prolongeant la discussion sur Ruth et le lévirat.

Mille ans les séparent, mais Ruth est Moabite, et descend par une lignée de mâles ininterrompue à Lot et sa fille ainée. Rappelons que la généalogie de Jésus passe par Ruth et remonte ainsi à Lot et sa fille ainée..

Le mot Moab signifie quelque chose comme « issu d'un père ». Nous avons vu Ruth en quêtes d'un père, nous trouvons les filles de Lot occupées au même rôle.

Lot et ses filles se sont réfugiés dans une grotte et le monde alentour a été rayé de la carte par la fureur divine.


L’ainée dit à l’autre : Notre père est vieux; et il n'y a point d'homme dans la contrée, pour venir vers nous, selon l'usage de tous les pays. Viens, faisons boire du vin à notre père, et couchons avec lui, afin que nous conservions la semence de notre père.


Pour remettre le contexte, souvenons-nous que Lot est fils d’Haran, fils de Terach. Haran est mort, Lot est le seul mâle de la fratrie puisqu’il aurait eu trois sœurs, Sarah (?), Milka, et Ichka. Il est veuf, avec deux filles  et se retrouve sans descendance mâle pour lui-même, mais pour son père aussi, puisque ses sœurs se sont mariés à d’autres et fait des enfants à d’autres.

La scène se répète deux soirs de suite, elles le saoulent tour à tour, et se font engrosser par lui sans qu’il en garde le moindre souvenir.

Ce qui frappe, c’est la bêtise des filles. Donner une descendance au père ? Et il n'y aurait pas d'homme pour cela ? Allons, c'est des femmes qu'il faut à Lot ! Ses filles ne comprennent pas la société dans laquelle elles vivent. Ce n’est pas en se mariant à un homme qu’elles donneront une descendance à leur père puisque cette descendance ira pour cet homme.  

En réalité, leur projet se réalise, non pas parce qu’elles ont trouvé un homme qui donne une descendance à leur père, mais parce qu’elles jouent le rôle de la femme que Lot n’a pas, et qu’il engrosse par les voies naturelles.

Les deux filles de Lot n’ont-elles pas le même problème que Naomi et Ruth ? L’absence d’homme, c’est-à-dire l’absence de semence masculine capable de donner un fils. C’est là qu’on voit que les filles de Lot ne sont pas si bêtes, parce que si le prétexte qu’elles donnent à leur acte est stupide, le résultat qu’elles obtiennent montre leur débrouillardise : elles obtiennent le fils tant convoité.

Mais elles avaient un avantage sur Ruth et Naomi, c’est qu’elles avaient à disposition la semence du père. Il suffisait d'échanger vin de vigne et la liqueur séminale.

Le Deutéronome confirmera que les descendants de Lot ont droit à leur bout de terre, comme les descendants d'Abraham, le péché des filles n'entachant pas la droiture du père.

L'Eternel me dit : N'attaque pas Moab, et ne t'engage pas dans un combat avec lui; car je ne te donnerai rien à posséder dans son pays : c'est aux enfants de Lot que j'ai donné Ar en propriété.


C'est d'ailleurs ce qui permet à ce qu'Elimlek, le mari de Naomi, puisse se rendre en pays de Moab et ainsi permettre de ramener Ruth à Bethléem.

Peut-être un signe de pardon pour les filles de Lot.

philouie

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Les femmes dans la bible. - Page 5 Empty Re: Les femmes dans la bible.

Message  Spin le Sam 2 Mar - 9:08

philouie a écrit:Les plus grandes héroïne féminines de la bible sont "ezer" , servantes.
Hagar, Ruth, Esther, Marie.
Il me semble (j'ai survolé) qu'on n'a pas encore parlé de Déborah, à la fois prophétesse et chef de guerre. "Dans ce temps-là, Déborah, prophétesse, femme de Lappidoth, était juge en Israël. Elle siégeait sous le palmier de Déborah, entre Rama et Béthel, dans la montagne d'Éphraïm; et les enfants d'Israël montaient vers elle pour être jugés. Elle envoya appeler Barak, fils d'Abinoam, de Kédesch Nephthali, et elle lui dit: N'est-ce pas l'ordre qu'a donné l'Éternel, le Dieu d'Israël? Va, dirige-toi sur le mont Thabor, et prends avec toi dix mille hommes des enfants de Nephthali et des enfants de Zabulon; j'attirerai vers toi, au torrent de Kison, Sisera, chef de l'armée de Jabin, avec ses chars et ses troupes, et je le livrerai entre tes mains" (Juges 4:4-7).

Difficile de trouver plus "viril". J'ai lu quelque part, je ne sais pas si je pourrai retrouver, que le "Cantique" qui lui est attribué serait le texte le plus ancien de toute la Bible (le patriarcat n'aurait pas toujours été là). Après, le livre des Juges est particulièrement fertile en horreurs (et ce n'est pas peu dire pour la Bible... on peut préférer le roman à l'eau de rose qui suit immédiatement, Ruth, où tout le monde est gentil et de bonne volonté... sauf peut-être Yahvé puisqu'il a rendu Noémie et Ruth, belle-mère et belle-fille qui serrent les coudes dans l'adversité, veuves sans enfant), ce qui peut aussi expliquer, avec l'exception flagrante que le personnage représente, qu'on en fasse peu cas.

Sur Marie ou Myriam, soeur de Moïse et Aaron, il y a des passages qui la glorifient et des passages qui la dénigrent. La thèse documentaire explique ça très bien en montrant qu'ils ont été écrits respectivement par des prêtres défendant le privilège sacerdotal pour l'ensemble des lévites, et des prêtres le limitant strictement aux descendants d'Aaron. Et on a par la suite mélangé tout ça. http://bouquinsblog.blog4ever.com/qui-a-ecrit-la-bible-richard-friedman


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Les femmes dans la bible. - Page 5 Empty Deborah

Message  philouie le Sam 2 Mar - 13:22

Spin a écrit:
philouie a écrit:Les plus grandes héroïne féminines de la bible sont "ezer" , servantes.
Hagar, Ruth, Esther, Marie.
Il me semble (j'ai survolé) qu'on n'a pas encore parlé de Déborah, à la fois prophétesse et chef de guerre. "Dans ce temps-là, Déborah, prophétesse, femme de Lappidoth, était juge en Israël. Elle siégeait sous le palmier de Déborah, entre Rama et Béthel, dans la montagne d'Éphraïm; et les enfants d'Israël montaient vers elle pour être jugés. Elle envoya appeler Barak, fils d'Abinoam, de Kédesch Nephthali, et elle lui dit: N'est-ce pas l'ordre qu'a donné l'Éternel, le Dieu d'Israël? Va, dirige-toi sur le mont Thabor, et prends avec toi dix mille hommes des enfants de Nephthali et des enfants de Zabulon; j'attirerai vers toi, au torrent de Kison, Sisera, chef de l'armée de Jabin, avec ses chars et ses troupes, et je le livrerai entre tes mains" (Juges 4:4-7).

Difficile de trouver plus "viril".

Si fait. associé à Yaël et Judith.
https://psybible.blogspot.com/2019/01/yael.html
Mais vous avez raison, il faudra y revenir. Je vois dans le Livre des Juges, la longue dégénérescence du peuple hébreux après qu'il conquit la terre promise.
Conséquence de l'adoration du Dieu guerrier Yahvé et oubli de la déesse Ashera.
https://psybible.blogspot.com/2019/01/le-livre-des-juges.html
Pourtant Deborah avait prévenu :

tu n'auras point de gloire sur la voie où tu marches

Je reviendrais sur le sujet.

Par fait du hasard, le prochain personnage au programme est Deborah, mais l'autre Deborah, celle qu'on trouve dans la Genèse.

philouie

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Message  philouie le Jeu 7 Mar - 22:07

Les femmes dans la bible. - Page 5 C54c1c10


Dans la bible, deux femmes se nomment Déborah qui veut dire abeille : La nourrice de Rebecca femme d’Isaac, et Déborah, juge et prophète, présentée comme une mère en Israël et qui se lève pour appeler les hommes aux secours d’Israël. (Juges)


Plus que la royauté, c’est l’aspect maternel et social qui est retenu, l’image de la ruche en tant que corps social maternant. Dans le premier cas, elle est ce qui explique la soumission de Rebecca au mariage arrangé qu’elle accepte. Dans le second cas, il s’agit de l’appel au secours d’une mère pour son peuple.


Dans le cas de Déborah la prophète, il y a aussi la capacité de parole attribuée à l’abeille, et qui lui permet de lancer l’appel. Peut-être faut-il également ajouter la présence du dard, qui permettrait de comprendre sa capacité à s’engager dans la guerre au côté de Barak.


C’est avec le pieu de la tente que Yaël tue Sisera.


Deborah            
                                                               

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Deborah            
                 

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philouie

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Message  philouie le Ven 8 Mar - 22:20


Deborah, la Nourrice

Les femmes dans la bible. - Page 5 95982610
Renoir

La nourrice

Deborah, la nourrice de Rebecca, a probablement le plus petit rôle de la Genèse.

Un temps on nous apprend qu'elle est là :

Et ils laissèrent partir Rebecca, leur soeur, et sa nourrice, avec le serviteur d'Abraham et ses gens. Gen 24:59

un temps on nous apprend qu'elle est morte :

Débora, nourrice de Rebecca, mourut; et elle fut enterrée au-dessous de Béthel, sous le chêne auquel on a donné le nom de chêne des pleurs. Gen 35:8

Tout est signifiant dans la Genèse même les personnages les plus insignifiants. En l'absence de concept, ce sont eux qui véhiculent les significations. Ici la nourrice est la femme qui allaite, c'est donc l'image de la mère nourricière. Si la nourrice va avec Rebecca, c'est que Rebecca porte avec elle l'image de la mère.

Le texte le confirme lors de leur rencontre : Isaac se console de sa mère dans la tente de Sarah et les bras de Rebecca :

Rebecca leva aussi les yeux, vit Isaac, et descendit de son chameau. Elle dit au serviteur : Qui est cet homme, qui vient dans les champs à notre rencontre ? Et le serviteur répondit : C'est mon seigneur. Alors elle prit son voile, et se couvrit. Le serviteur raconta à Isaac toutes les choses qu'il avait faites. Isaac conduisit Rebecca dans la tente de Sara, sa mère; il prit Rebecca, qui devint sa femme, et il l'aima. Ainsi fut consolé Isaac, après avoir perdu sa mère.

Il y a une sorte de simulacre de l’inceste, renforcé par l’idée qu’en voilant son visage, Rébecca masque sa personnalité, laissant chez Isaac la place au fantasme. Nous avons déjà trouvé le voile chez Tamar, lorsqu'elle se prostitue, le voila chez Rebecca, la mariée.

 La nourrice se nomme Deborah, ce qui signifie l’abeille, habitant de la ruche et dont la vie est entièrement subordonnée à la ruche. Parce que Deborah est nourrice, la ruche, c’est-à-dire  le corps social, apparait selon son aspect maternant. Ainsi, c'est en bon petit soldat de la ruche que Rebecca se soumet à ce que les grandes personnes ont décidé pour elle.

La mort de Deborah


Débora, nourrice de Rebecca, mourut; et elle fut enterrée au-dessous de Béthel, sous le chêne auquel on a donné le nom de chêne des pleurs.

Lors de l'annonce de la mort de Deborah, il n'est plus question d'Isaac et de Rebecca mais de Jacob leur fils.

Mais un récit de la mort de la nourrice avec annonciation du lieu de sépulture, le chêne des pleurs à Bethel, lieu magique des pérégrinations de Jacob.

Au verset suivant nous apprendrons que Dieu donne un nouveau nom à Jacob, ll s’appellera Israël, signifiant par là une nouvelle naissance et une sanctification.

Dieu apparut encore à Jacob, après son retour de Paddan-Aram, et il le bénit. 10 Dieu lui dit : Ton nom est Jacob; tu ne seras plus appelé Jacob, mais ton nom sera Israël.

La mort de Deborah, concerne Jacob au premier chef, c'est son imago maternelle personnelle qui décède avec Déborah, c'est à dire qu'il s'en libère et que la nouvelle naissance annoncée au verset suivant est bien la conséquence de cette libération.

Meurt l'attachement à la mère, représenté ici par la nourrice, celle qui allaite. celle qui donne à manger. Rappelons nous la tête de Jean Baptise sur le plat.

Meurt aussi l'abeille, l'habitante de la ruche. Ce qui veut dire que Jacob accède à l'individualité.

Isaac avait accédé à l'autonomie à travers le sacrifice, mais Jacob va plus loin puisqu'il devient un individu libre, libéré du corps social, la ruche, qui l'a vu naitre.

Isaac est le jeune homme, Jacob est le père, l'homme accompli. Il est libre. Liberté que l'on trouve au verset précédent quand chaque membre de la famille enterre les effigies des divinités païennes qu'ils vénèrent. ça veut clairement dire que Jacob quitte le domaine des illusions,des fausses croyances et peut être des fantômes.

Il se libère des fausses croyances en même temps qu'il se détache de la mère.

A ce moment de l'histoire il ne lui reste qu'un enfant à naitre. Ce sera Benjamin qui verra la mort de Rachel, la mère des juifs.

Le lieu où est enterré Deborah est magique :

En dessous de Bethel :


Dieu dit à Jacob : Lève-toi, monte à Béthel (Beyth-'El), et demeures-y; là, tu dresseras un autel au Dieu qui t'apparut, lorsque tu fuyais Esaü, ton frère.


En dessous signifie qu'elle prend la place de la femme comme lorsque Ruth se couche au pied de Boaz.

Clairement elle forme un couple avec le lieu. éclairé par la lumière divine et elle allongée là. qui attend

philouie

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Les femmes dans la bible. - Page 5 Empty Livre d'Esther : la reine Vasti

Message  philouie le Jeu 14 Mar - 12:56


Les femmes dans la bible. - Page 5 Vashti10
Ernest Normand
Vasthi Deposed



Livre d'Esther : la reine Vasti


Au temps d'Assuérus, Vasti est la reine.

Alors que le roi organise une royale fête, la reine Vasti festoie au palais.et le voila qu'il la convoque pour faire admirer sa beauté. Celle-ci refuse de venir, le roi entre dans un colère jaune.

Une lecture hâtive du texte fait de Vasti la femme du roi.

Or il n'en est rien. D'abord le texte ne le dit pas, et ensuite tous les éléments disséminés dans le chapitre 1 du Livre d'Esther amène à conclure que Vasti n'est pas la femme mais la mère du roi Assuérus enfant.

Cette perspective nouvelle éclaire sous un nouveau jour le Livre d'Esther qui n'a plus de contenance historique pour devenir un conte psychologique qui illustre les ressorts de l'âme humaine.

L'expulsion de la reine est ainsi une allégorie de l'Oedipe et le récit celui de la construction de l'altérité

Ainsi quand le conseiller dit au roi - image de la loi qui pose l'interdit - : "tu en épouseras une plus jeune et plus belle plus tard", il s'adresse à l'enfant qui doit renoncer à sa mère.

Quand le roi est dans ses fêtes, Toute Puissance, Omnipotence, absence de limite, caractéristiques du narcissisme primaire des premiers âges de la vie.

Que la Toute-Puissance soit toujours associée à une jouissance sans limite découle à l’évidence du fait que si un quelconque obstacle venait à limiter la jouissance, alors il ne saurait y avoir de toute- puissance.

De la même façon, l’autre n’existe pas ici, pour la simple raison que l’autre définirait une limite, c’est pourquoi il est dit :

Je suis à la tête de nombreuses nations et ma puissance s’étend sur la terre entière.

Ce qui montre bien que s’il y a des nations que le roi ne domine pas, c’est que ces nations n’existent pas ! Nous sommes dans une bulle. Une bulle de plaisir.

Quoi, comment ? Voilà que le roi, tout à son plaisir se trouve soudain désirer que la reine vienne à lui et elle refuse, elle se refuse à sa volonté ! Mais c’est qu’il nous fait une grosse colère en plus !

Cette scène, c’est l’absence de la mère, la frustration, le fort-da de Freud. SI la lecture historique du texte voit naturellement Vasthi en femme du roi bien que le texte ne le dise pas, cette lecture psychologique nous a entrainés sur la piste de la Toute-Puissance donc de la petite enfance. C’est donc très logiquement que la reine Vasthi nous apparait en mère.

Ce qui se passe ici, chez le petit Roi Assuérus, c’est la première prise de conscience de l’altérité : si la reine n’est pas là, c’est qu’elle est ailleurs ! , si elle est ailleurs, c’est qu’il existe un monde extérieur dans lequel le roi n’est pas. Si elle se refuse à sa volonté, c’est qu’il n’est pas tout puissant ! C’est qu’une autre volonté peut s’opposer à la sienne !


Ainsi si le roi se met en colère, c’est à cause du manque. Mais ce manque, ce n’est pas le manque de l’autre, ce n’est pas la mère, parce qu’absente qui lui manque. C’est bien parce qu’il ne peut pas montrer à ses invités combien la reine est belle qu’il est souffrant, le manque c’est la prise de conscience que la toute-puissance n’est pas toute-puissante. C’est la prise de conscience que le plaisir n’est pas sans limite, c’est la prise de conscience que le monde ne tourne pas entièrement autour du roi.

Le roi vient de rentrer dans la réalité.

Ainsi la castration, c’est-à-dire la perte du pénis, c’est d’abord la perte de la part féminine.

Perte qui entraine la perte du sentiment de toute-puissance lorsqu’elle devient consciente et provoque la colère.
Nous découvrons là deux caractéristiques de l’Autre : il est absent et il blesse la toute-puissance lorsque cette absence devient manifeste.

Il faut dire alors que l'autre apparait en tant qu'absent et que tout sera fait pour que cette absence ne soit pas manifeste.

Noter que la Reine Vasti est punie, qu'elle est déclarée coupable, qu'elle est chassée du palais, les rabbins disent qu'elle est simplement exécutée.



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Les femmes dans la bible. - Page 5 Empty Autour de Pourim : la Reine Esther

Message  philouie le Mar 19 Mar - 20:39

Les femmes dans la bible. - Page 5 Minerv10

La reine Esther
Minerva Teichert, 1939


Il y a dans la bible trois femmes essentielles, il s'agit d'Hagar, d'Esther et de Marie.
Esther est sans doute la synthèse des deux autres.

Qui est Esther ?
Nous trouvons Esther quand elle est en âge de se marie. Elle devint orpheline et fut prise sous la tutelle de son cousin Mardochée, qui en fit sa servante.

Lorsque son tour d’aller vers le roi fut arrivé, Esther, fille d’Abichaïl, oncle de Mardochée qui l’avait adoptée pour fille, ne demanda que ce qui fut désigné par Hégaï, eunuque du roi et gardien des femmes. Esther trouvait grâce aux yeux de tous ceux qui la voyaient.


Ce verset dépeint le caractère d’Esther, elle est innocente et pure, ne cherche pas à paraître, se contente de l’obligatoire et rejette le superflu, tout artifice de séduction, d’un naturel qui laisse le charme de la grâce émaner d’elle. Elle est vierge. Le conte ne le dit pas, mais si elle est destinée à être l’épouse du roi, elle l’est certainement.

Le texte nous dit :

Il élevait Hadassa, qui est Esther

Bien que le nom Esther soit babylonien, Esther aurait le sens de caché.
Esther est un qualificatif, son véritable nom est Hadassa, ce qui en Hébreu signifie la Myrte.la myrte est le symbole de Vénus. Vénus est la déesse de l’amour, de la séduction et de la beauté :

La jeune fille était belle de taille et belle de figure.
Le roi aima Esther plus que toutes les autres femmes, et elle obtint grâce et faveur devant lui plus que toutes les autres jeunes filles.


Wikipédia, nous dit que Vénus dérive entre autre de la déesse babylonienne Isthar.
Isthar,  Esther ?
On y apprend qu’Isthar était déesse de l’amour physique et de la guerre, régissait la vie et la mort. On verra qu’il s’agit aussi d’une particularité d’Esther puisque c’est elle qui organise le massacre des ennemis. Une particularité partagée par Aphrodite.
L’origine divine d’Esther est encore confirmée par le rêve de Mardochée :

J’ai vu une source minuscule qui est devenue un fleuve ; puis de la lumière, du soleil et beaucoup d’eau. Le fleuve, c’est Esther que le roi a épousée et qu’il a faite reine.

La "source minuscule " représente l’Un origine de toutes choses.

Elle est aussi orphéline, or pour Jung l’orphelin est symbole de la pierre philosophal.
Parmi les autres attributs qui peuvent être associés à Esther, il y a son rôle de médiatrice, entre Mardochée et Assuérus, et son rôle de conseillère : le roi l’écoute. En ce sens elle est sagesse, la Sophia éternelle.
Dans la tradition chrétienne, Esther est souvent associée à l’église. Parce que l’Eglise est l’épouse du Christ. Elle est également associée à la vierge Marie.
De nombreux traits pourraient être relevés ici, Marie, reine du ciel, intercédrice, vierge et épouse, lumineuse et revêtue d’une couronne, elle terrasse le dragon.
Nous voyons donc qu’Esther n’est pas une simple prophétesse mais bel et bien une divinité.

Qu’Esther soit considérée comme une déesse entraine  qu’Assuérus l’est aussi. Ce que niera pas le Talmud.

Leur mariage n’est alors pas un simple mariage mais un Hiéros gamos, une union divine.

Le mariage du Roi et de la Reine Esther est à mettre en perspective avec le dogme de l'Assomption :

« la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l'univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort »

Que ces personnages soient pris pour des divinités ne signifie pas qu’ils soient des dieux mais qu’il faille les considérer comme des archétypes au sens Jungien, c’est à dire des instances psychiques autonomes dont le fonctionnement se déroule en arrière-plan de la conscience.

philouie

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Les femmes dans la bible. - Page 5 Empty Esther est cachée

Message  philouie le Sam 23 Mar - 20:39

Les femmes dans la bible. - Page 5 D2nhut10

“Queen Esther,”


by Edwin Long, 1878.



Esther est cachée ?

On nous dit d’Esther qu’elle est cachée. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Il y a plusieurs explications, qui, si elles ne se recoupent pas, ne s’excluent pas pour autant, voire se complètent.

La première est donnée par le Talmud qui fait remarquer que le livre d’Esther est le seul livre de la Torah dans lequel le nom de Dieu n’apparait pas. Etonnant pour un livre biblique. Mais les rabbins nous disent : si le nom de Dieu n’apparait pas, c’est que Dieu est bien présent et qu’on peut suivre sa présence en filigrane  du texte.

D’ailleurs nous disent-ils, c’est ainsi que la bible le définit, Dieu est caché :

17 - En ce jour-là, ma colère s’enflammera contre lui. Je les abandonnerai, et je leur cacherai ma face. Il sera dévoré, il sera la proie d’une multitude de maux et d’afflictions, et alors il dira : N’est-ce point parce que mon Dieu n’est pas au milieu de moi que ces maux m’ont atteint
18 - Et moi, je cacherai ma face en ce jour-là, à cause de tout le mal qu’il aura fait, en se tournant vers d’autres dieux.
(Deutéronome 31 17-18)

Notons ici que le passage auquel nous renvoient les rabbins fait référence à l’idolâtrie et montre Dieu dans une grande colère parce que ses serviteurs se détournent de lui. Nous en reparlerons comme du prototype de la colère d’Assuérus et de celle d’Haman

Mais encore :

Vraiment, tu es un Dieu qui se cache Dieu d’Israël, sauveur (Isaïe 45,15)

Pourquoi, Seigneur, rejettes-tu mon âme ? Pourquoi me caches-tu ta Face ?
(Psaume 88,15)

Mais aussi le Coran :

" Les regards des hommes ne l’atteignent pas… " " Il est " celui qui demeure caché. " " Il connaît parfaitement le mystère mais il ne montre à personne le secret de son mystère."
[1]

Et c’est d’ailleurs ce que nous constatons : nous nous tournons vers la gauche : pas de Dieu. Nous nous tournons vers la droite : pas de Dieu ! Nous soulevons une pierre, nous scrutons les atomes, nous observons les étoiles : pas de Dieu !

Au point que quelques insensés affirment : il n’y a pas de Dieu, pas de Dieu, pas de Dieu.

Mais nous croyants, nous savons qu’Il est plus proche de nous que notre veine jugulaire, nous savons qu’Il guide son peuple lorsqu’il traverse le désert, nous savons que lorsque nous faisons le bien au plus petit d’entre nous, qu’Il Est, ici, parmi nous.

Alors évidement on peut se contenter de cette métaphore rabbinique qui veut que   " cachée " renvoie à la réalité métaphysique d’une présence divine qui se manifeste d’abord par l’absence, mais le texte nous dit que le qualificatif de " caché ", s’applique explicitement à Esther et non à Dieu lui-même.

Il s’applique parce qu’elle ne dévoile pas son vrai nom - Hadassa -, ni ses origines.

Elle est cachée à la fois à Assuérus et à Mardochée en étant enfermée au fond du harem.

Elle est cachée également par le fait que les commentaires talmudiques du livre d’Esther se nomment la Méguila d’Esther, méguila signifiant le dévoilement, la révélation.

Ainsi si Esther est voilée, c’est qu’elle va se dévoiler. Nous verrons alors que le livre d’Esther est aussi une prise de conscience.

Signalons que nous trouvons ici une nouvelle analogie avec la vierge Marie, mais cette fois-ci dans le Coran, elle y est décrite comme " cachée derrière un voile aux yeux des siens.[2] "

Donc pourquoi Esther est-elle cachée ?

Et bien simplement parce que le roi Assuérus a chassé la reine Vashti !

Avec l’expulsion de la reine Vashti du palais royal, c’est le principe féminin qu’elle représente qui est exclu. Il a été chassé sous la forme de la reine Vasthi, il réapparaitra sous la forme d’Esther. D’ici là il est caché aux yeux du roi.  Il faut croire ici en ce que nous dit la table d’émeraude : " tout ce qui est en haut est semblable à ce qui se passe en bas ",  proposons donc qu’il s’agit du même mouvement, celui qui occulte la part féminine et celui qui nous rend étranger à notre nature primordiale,   celle de notre origine divine. Nous perdons ensemble, la femme en nous et la vision de la divinité.

Et le roi, entouré de son conseil de sage, bande de vieux barbus raisonnant et prétendant que " le roi doit être le maître en sa maison ", se retrouve bien seul en son palais, au point qu’il doive se chercher une nouvelle épouse !

Mais la rencontre avec Esther, même lorsqu’il lui pose une couronne sur la tête, ne peut être comprise comme un véritable mariage, tout au plus des fiançailles. Tant que n’est pas accompli la promesse qu’il lui fait " je te donnerai la moitié de mon royaume " et qui sera le signe de l’union véritable.

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