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Au delà de la Trinité

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Au delà de la Trinité

Message  Roque le Jeu 20 Sep - 17:13

La suprême grandeur du dépouillement absolu.

La  Sainte Trinité révèle la suprême grandeur dans le dépouillement absolu. Elle permet de comprendre le sens de l’amour entre l’homme, la femme et l’enfant, et aussi de comprendre le vrai sens de la justice.

Jésus, par bonheur, nous a révélé l’humilité de Dieu.

Vous vous rappelez le beau texte de De béatudine, ce texte incroyable et merveilleux qui émane du XIIème siècle, qui est peut-être de saint Thomas d’Aquin, et qui, de toute façon est admirable :

« Ce qui incite l’âme, ce qui enflamme à l’amour de Dieu, c’est cette humilité de Dieu qui s’est soumis aux anges et aux âmes saintes comme un esclave qu’on achète sur le marché, comme si chacune de ses créatures était son Dieu ! »

Je pense qu’on n’est jamais allé si loin dans l’orthodoxie chrétienne pour exprimer ce retournement de la situation, cette possibilité d’atteindre à l’humilité sans humiliation.

Car justement la révélation de la Très Sainte Trinité, c’est la révélation d’une grandeur, de la grandeur suprême du dépouillement absolu. Notre appétit de Dieu peut donc être satisfait sans blasphème : alors que c’était cela qui constituait le péché originel dans la version de la Genèse, c’est cela au contraire qui constitue la perfection dans la version évangélique : être comme le Père céleste. Etre parfait comme Dieu, c’est être parfait à la manière de Dieu, qui consiste précisément à se dépouiller radicalement, en n’ayant prise sur son être qu’en le communiquant.

Il est certain que c’est seulement dans cette perspective, qui est celle de l’agenouillement de Notre Seigneur au lavement des pieds, que nous pouvons satisfaire notre appétit de grandeur sans rencontrer jamais aucune déception, puisque cette grandeur ne peut se réaliser que par l’évacuation totale de notre moi possessif.

Spoiler:

Comment ordonner ce moi possessif, ce moi cosmique, ce moi qui vibre de tous les courants d’univers ? Comment le rectifier, le transmuter, le libérer ? Il faut l’Infini en personne pour y combattre, pour y tenir en respect cet indéfini qui mime l’Infini, qui nous ensorcelle et nous donne le vertige. Et justement le véritable Infini, dans sa simplicité adorable se révèle comme dépouillement : voilà la suprême grandeur !

C’est cette humilité de Dieu qui peut à la fois exorciser de gauchissement de notre effort vers la grandeur, en nous donnant l’assurance que c’est là notre vocation la plus impérieuse et la plus profonde : il s’agit de devenir comme Dieu, à la manière de Dieu : il n’y a plus d’obstacles !

Pour Nietzsche, Dieu à un certain niveau était le rival, le rival odieux, indécent : « S’il y avait des dieux, comment supporterais-je de ne pas être dieu ! » Justement parce que Dieu était perçu comme la limite, et non comme l’épanouissement suprême, Dieu était perçu comme l’interdit, et non pas comme le ferment de la libération.

Il y a donc une possibilité de canoniser les passions, c’est de les rendre conformes à leur exigence la plus profonde en les acheminant vers cette grandeur intérieure, en les assumant dans la ligne de l’esprit puisque l’esprit, c’est cette capacité de ne pas nous subir mais de jaillir tout neufs à chaque instant, d’une rencontre nouvelle avec l’Infini en personne.

Il y a un autre aspect de cette gerbe de désirs et de convoitises que saint Jean nomme en premier : la convoitise de la chair … Et c‘est là que de nouveau, la Trinité va projeter la plus profonde lumière sur nos soubassements biologique parce que a Trinité est Trinité : il y a trois Personnes.

La désappropriation porte à la fois sur le connaître et sur l’aimer : l’acte de connaître jaillit entre le Père et le Fils dans une désappropriation radicale, et l’acte d’aimer jaillit entre le Père et le Fils, et le Saint-Esprit de l’autre, c’est-à-dire que tout l’agir divin est désapproprié dans ce regard vers l’Autre qui constitue en Dieu toute la personnalité.

Et c’est là que nous allons retrouver l’équilibre de l’amour humain si nous le considérons comme trinitaire, et il est facile de le considérer comme trinitaire à partir de la morphologie sexuelle elle-même, à partir des éléments qui constituent l’origine même de notre vie : le spermatozoïde et l’ovule sont au principe d’une troisième personne, cela constitue une dimension prodigieuse … Je ne peux pas disposer d’une troisième personne si elle est déjà virtuellement confiée à mon organisme et à mon amour …

Spoiler:

L’hérésie de l’amour, c’est justement de n’avoir pas réalisé la Trinité, c’est de s’être arrêté au duo : toutes les chansons d’amour parlent d’un duo, elles ne parlent jamais de la troisième personne ! Et c’est cela qui cause la suprême perversion, parce que la liberté ne peut jaillir qu’en face de l’Infini, et que l’on s’échappe à envoûtement de l’espèce que dans la lumière de la personne …

L’homme qui n’est pas né de l’esprit est nécessairement pris dans ce courant cosmique de l’espèce ; il en subit l’envoûtement et le vertige et ne saurait y échapper. Les partenaires n’ont aucune conscience qu’ils sont au service de l’espèce, ils ont qu’une conscience possessive de leur propre jouissance … Il y a donc un envoûtement du psychisme qui va jusqu’à l’aveuglement complet, jusqu’à l’exclusion totale de la génération, tout en accomplissant l’acte générateur. Et on ne peut sortir de cette ligne horizontale et dépasser cet envoûtement psychique qu’en voyant qu’il y a une troisième personne confiée à se générateurs.

Aucun enfant ne voudrait être la rançon d’un amour qui n’est pas le sien et ne le concerne pas, il ne voudrait pas être né d’un oubli, il ne voudrait pas être né simplement d’un transport où il n’avait aucune part car c’est au hasard, alors, qu’il serait né …

Tout devient intelligible et transparent si on regarde l’être humain dans ses deux expressions, masculine et féminine, à travers le visage de l’enfant, et toute possession est alors exclue, de l’homme par la femme et de la femme par l’homme, toute possession de l’enfant par ses parents, et réciproquement, dans la mesure justement où l’on fixe son regard sur la Trinité divine dont la vie circule sans jamais être possédée dans l’éternité de l’Amour.

Le modèle trinitaire est encore indispensable pour comprendre la justice qui n’a aucun sens si l’homme est le produit du hasard, car elle suppose une vision de l’homme revêtu de sa dignité infinie : s’il y a en effet dans chacun la même présence divine, si chacun est le porteur de Dieu, si la révélation de Dieu est confiée à chacun, ce qui est criminel, c’est de mettre un homme dans des conditions telles qu’il ne puisse pas exprimer la vie de l’esprit, qu’ils soit tellement conditionné par les charges matérielles qui l’accablent qu’il ne puisse pas connaitre cette respiration de lumière et d’amour où la présence de Dieu se révèle : donc la justice, c’est la revendication pour chacun de pouvoir devenir le sanctuaire de cette Présence.

Le marxisme méconnait cette intériorité unique, personnelle, qui le véritable bien commun, comme une musique qui rassemble dans la mesure où chacun la vit …

Toute cette civilisation, toute cette construction de la cité devrait être ordonnée à la possibilité de cette expression totalement personnelle, au sens où il s’agit d’une libération au plus profond de soi … Il faudrait changer les structures, de manière à ce que tous puissent reconnaître leur humanité et la développer sans fin dans cette ligne de libération qui resplendit au cœur de la Trinité divine.

Il y a donc une morale possible qui devient finalement une mystique : il s’agit de regarder ce Visage adorable imprimé au plus profond de nos cœurs, qui est le Visage du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

C’est dans ce regard sur Dieu que nous nous libérons le plus profondément, puisque nous entrons alors dans le rythme même de la personnalisation en Dieu qui est la relation pure.

Et tout cela n’a rien de chimérique, puisque cette lumière suprême éclaire nos plus intimes soubassements et nous permet d’affirmer chacune de nos passions, mais redressées, rectifiées, intériorisées, pour faire de tout notre organisme, de toutes nos pulsions, le clavier des vertus.

Paris, 1974.

Source : Le problème que nous sommes. La Trinité dans la vie. Maurice Zundel. Ed. Le Sarment. p. 134 à 139. ISBN : 2-86679-292-0

Roque

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Re: Au delà de la Trinité

Message  indian le Jeu 20 Sep - 17:23

drôle de trinité :refl: :refl: :refl: ... je préfere celle ci:

2.12. La Trinité

(2.12.1)
Question. - Que signifient la Trinité et les trois personnes de la Trinité ? Réponse. - La réalité divine, que sa pureté et sa sainteté rendent inaccessible à la compréhension des créatures, et que les esprits sages et intelligents ne sauraient imaginer ni concevoir, n'admet aucune division.

(2.12.2)
Car la division et la multiplication sont les particularités des créatures, qui sont des contingences et ce ne sont pas des accidents qui arrivent à Celui qui existe par Lui-même.

(2.12.3)
La réalité divine est au-delà de l'unité, à plus forte raison de la multiplicité; et pour elle, la descente dans les conditions et les degrés des créatures serait l'imperfection absolue, le contraire de la perfection; par conséquent c'est absolument impossible. Continuellement, elle a été et est dans les hauteurs de la sainteté et de la pureté.

(2.12.4)
Lorsqu'on parle des apparitions et des orients de Dieu [nota : les orients de Dieu sont les prophètes ou manifestations], on fait allusion au resplendissement divin, et non pas à une descente dans les degrés de l'existence. [nota : lorsqu'on parle des Messagers ou Manifestations de Dieu, on fait allusion au resplendissement divin, et non pas à une descente dans les degrés de l'existence (panthéisme)]

(2.12.5)
Dieu est la pure perfection, et la créature n'est qu'imperfections; pour Dieu, la descente dans les degrés de l'existence serait la plus grande des imperfections.

(2.12.6)
Au contraire, sa manifestation, son apparition, son lever sont comme le resplendissement du soleil dans un miroir clair, pur, poli.

(2.12.7)
Toutes les créatures sont des signes évidents de Dieu, comme les choses terrestres qui, toutes, reçoivent les rayons du soleil; mais sur le désert, sur les montagnes, sur les arbres, sur les fruits, un seul rayon brille qui les fait apparaître, les élève, et les fait parvenir à la maturité de leur existence; tandis que l'homme parfait est comme un miroir poli dans lequel le Soleil de Vérité, avec tous ses attributs et toutes ses perfections, devient visible et manifeste. [nota : L'homme parfait est le prophète ou messager de Dieu]

(2.12.8)
Ainsi la réalité du Christ était un miroir clair et poli qui était de la finesse et de la pureté les plus grandes, et le Soleil de Vérité, l'Essence de Divinité, a resplendi dans ce miroir, et il y a manifesté sa lumière et sa chaleur. Mais, de la hauteur de sa sainteté et du ciel de sa divinité, il n'est pas descendu pour habiter et résider dans le miroir. Non, il continue toujours à subsister dans son exaltation et sa sublimité, tout en apparaissant et en devenant manifeste dans le miroir, avec sa beauté et sa perfection

(2.12.9)
. Or, si nous disons que nous avons vu le soleil dans deux miroirs, l'un le Christ, l'autre le Saint-Esprit, c'est-à-dire que nous avons vu trois soleils, l'un au ciel, les deux autres sur terre, nous sommes sincères. Et si nous disons qu'il y a un Soleil, et qu'il est seul, n'a ni associé, ni semblable, nous disons encore la vérité.

(2.12.10)
Bref, la réalité du Christ fut un miroir poli; et le Soleil de Vérité, c'est-à-dire l'Essence de l'Unité, avec ses perfections et ses attributs infinis, y est devenu visible et manifeste.

(2.12.11)
Ce n'est pas à dire que le Soleil, Essence de la Divinité, se soit divisé ou se soit multiplié; car le Soleil est un. Mais il apparaît dans le miroir. C'est pour cela que le Christ a dit : « Le Père est dans le Fils. » C'est-à-dire : ce Soleil est visible et manifeste dans ce miroir. [voir : Jean 14.13]

(2.12.12)
Le Saint-Esprit est la bonté de Dieu elle-même, qui devient visible et évidente dans la réalité du Christ. La filiation, c'est la condition du coeur du Christ; le Saint-Esprit, c'est la condition de son esprit.

(2.12.13)
Il est donc prouvé clairement que l'Essence de la Divinité est absolument unique, qu'elle n'a ni pareil, ni égal, ni équivalent. Telle est la signification des trois personnes de la Trinité.

(2.12.14)
Autrement les fondements de la religion de Dieu reposeraient sur une proposition illogique que l'intelligence ne pourrait jamais comprendre : et ce qu'elle ne peut comprendre, comment pourrait-elle se donner la peine de l'accepter? Une chose ne peut être saisie par l'intelligence que lorsqu'elle revêt une forme intelligible : autrement ce n'est que fantaisie.

(2.12.15)
Nous avons donc clairement expliqué ce que sont les trois personnes de la Trinité, et nous avons aussi affirmé l'unité de Dieu.

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Re: Au delà de la Trinité

Message  Roque le Jeu 20 Sep - 21:41

indian a écrit:drôle de trinité   :refl:  :refl:  :refl: ...
Non .... au delà de la Trinité :lol:

Avant de partir tête baissée dans une autre direction, vous pourriez peut-être vous demander en quel sens ce texte serait " au delà " de la Trinité ! :mm:

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Re: Au delà de la Trinité

Message  indian le Ven 21 Sep - 15:57

Roque a écrit:Non .... au delà de la Trinité :lol:

Avant de partir tête baissée dans une autre direction, vous pourriez peut-être vous demander en quel sens ce texte serait " au delà " de la Trinité ! :mm:

Au-delà des dogmes et des doctrines et de la trinité ... il y a une direction qui m'émerveille:

'''La Terre n'est qu'un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens''

Rien de plus humble que de se considèrer comme simple partie intégrante de l'unité de la diversité de l'humanité.

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Re: Au delà de la Trinité

Message  Spin le Mar 25 Sep - 8:04

Michel Servet, que j'aime beaucoup, considérait que c'est par la Trinité que le Christianisme est devenu hyper-coercitif, en est venu à tuer ses dissidents. Historiquement, la Trinité s'est véritablement imposée au deuxième concile de Constantinople en 381. En 385, premières exécutions au nom du Christ d'hérétiques chrétiens, Priscillien et ses disciples.

Il me semble aussi que c'est la Trinité qui a permis de stabiliser la branche dominante du Christianisme, comme le Coran incréé a permis de stabiliser la branche dominante de l'Islam. Dans les deux cas, c'est critiqué parce que trahissant le principe même du Monothéisme. Pas sûr que ce principe soit viable sans être mitigé d'une manière ou d'une autre...
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Re: Au delà de la Trinité

Message  Coemgen le Mar 25 Sep - 9:08

Bonjour,

Personnellement, c'est pour moi au-delà de la réalité.

Bonne semaine.
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Re: Au delà de la Trinité

Message  Roque le Mar 25 Sep - 9:58

Coemgen a écrit:Personnellement, c'est pour moi au-delà de la réalité.
Dieu qui se fait désappropriation infinie reste la Réalité. Car la Réalité ne repose que sur Dieu seul, pas sur nous.

Mais c'est nous, les hommes, qui ne parvenons ni à imaginer cet " abîme " d'humilité, ni à " suivre " intellectuellement - tous les points de repère ayant disparu ...

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Re: Au delà de la Trinité

Message  Coemgen le Mar 25 Sep - 10:34

Roque a écrit:Dieu qui se fait désappropriation infinie reste la Réalité. Car la Réalité ne repose que sur Dieu seul, pas sur nous.
Mais c'est nous, les hommes, qui ne parvenons ni à imaginer cet " abîme " d'humilité, ni à " suivre " intellectuellement - tous les points de repère ayant disparu ...

Alors ne calculons (argot) pas notre imagination pour confirmer une chose qui n'est pas dans nos jumelles.

Bonne semaine à vous.
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Re: Au delà de la Trinité

Message  Roque le Mar 25 Sep - 16:25

Cette symphonie de relations désappropriantes qu’on appelle le Père, le Fils, L’Esprit.


Trinité, symphonie de relations. La Trinité veut dire que l’amour en Dieu tend vers l’Autre. Le Dieu Trinité est cette symphonie de relations désappropriantes qu’on appelle le Père, le Fils, l(’Esprit. La Création va changer d’aspect et peut échouer.

Ce que la Trinité manifeste et révèle, c’est que l’amour ne peut pas être solitaire, à moins d’être un amour narcissique qui ne peut être qu’un amour empoisonné, un amour mortel.

Les Anciens avaient déjà compris, dans le mythe de Narcisse, qu’un amour qui tourne autour de soi est un amour qui conduit à la mort : en retrouvant dans un étang son image et parce qu’il en est épris avec une passion unique, Narcisse se précipite dans l’étang et en périt.

Dieu ne peut pas être un amour narcissique, un amour qui tourne autour de soi : il veut être un amour qui se répand, qui se communique et qui se donne. Cela veut dire qu’il faut qu’il y ait en lui de quoi accomplir un amour altruiste, un amour qui tend vers l’Autre, un amour de pure communication, un amour de dépouillement et de désappropriation. Et c’est précisément ce que signifie la Trinité divine : Dieu est unique, mais n’est pas solitaire. Et il est unique parce qu’il n’est pas solitaire.

En effet, cette unicité ne peut pas être l’unicité d’une monarchie absolue qui aurait absorbé toutes les divinités en une seule en constituant un pouvoir illimité, cette unicité ne peut être qu’une unicité de valeur, de sainteté, de charité, d’amour. Or l’amour va vers l’autre, comme dit saint Grégoire : l’amour tend vers l’autre pour être lui-même. Et la Trinité veut dire qu’en Dieu l’amour tend vers l’Autre. Et ce qu’on appelle les personne en Dieu, ce sont justement ces relations, cette symphonie de relations par quoi la Divinité se désapproprie totalement d’’elle-même, le Père n’étant qu’un regard vers le Fils, et le Fils qu’un regard vers le Père, l’Un et l’Autre étant une pure aspiration d’amour vers l’Esprit Saint qui est une respiration d’amour vers le Père et le Fils.

Donc, au lieu que l’amour soit statique, dans un regard sur soi impossible et monstrueux, l’amour se répand, se diffuse, se communique. Et Dieu est Dieu précisément parce qu’il est cet amour, parce qu’il est dépouillée, pauvreté, humilité, parce qu’il n’a rien. Il est tout parce qu’il ne peut rien posséder. Il est tout dans l’ordre de la valeur parce qu’il n’est rien dans l’ordre de la possession.

Aussi est-il l’innocence et l’enfance éternelles, la nouveauté inépuisable, la transparence ineffable. Aussi n’est-il qu’un cœur. Aussi ne peut-on l’atteindre que par l’amour parce qu’il est l’Amour.

Il y a dans cette révélation de la Trinité, dans cette expérience qui nous montre que le Christ est « de la Trinité », enraciné lui-même en elle, il y a dans cette expérience de la Trinité une lumière infinie sur notre propre expérience : nous comprenons alors pourquoi nous répugnions tant à toute dépendance servile, pourquoi notre autonomie ne peut s’accomplir que dans l’amour, pourquoi notre libération, notre décollement de nous-même ne peut s’accomplir que dans un pur élan vers l’Autre, et pourquoi en Dieu « Je est un autre » : nous avons là la formule, l’expression même de la vie divine.

Dieu est un Dieu personnel parce qu’il est un Dieu tri-personnel. Il est la source de toute lumière parce qu’il est le dépouillement infini. Il n’a prise sur son être qu’en le communiquant. Il ne peut pas se regarder lui-même parce que son regard, c’est justement cette relation personnifiante qui constitue le Père d’une part, le Fils d’autre part, de même que l’aspiration d’amour et la respiration d’amour suscitent l’Esprit Saint.

C’est dans ce concert de relation que jaillit la musique divine. Et, sous cet aspect, on peut dire que la révélation de la Trinité nous délivre d’un dieu qui nous surplomberait en nous dominant en en nous enfermant notre destin dans ses décrets éternels.

Mais, dès l’abord, dès que l’on énonce cette révélation, dès qu’on en prend conscience comme d’une pauvreté, d’un dépouillement, d’une humilité, d’une innocence, d’une enfance éternelle en Dieu, notre expérience en est magnifiquement vivifiée, parce que nous comprenons alors que c’est dans cette direction que notre expérience doit s’accomplir pour être l’imitation même de Dieu.

Notre humilité n’est ni un aplatissement, ni une dévalorisation. Notre humilité, c’est simplement l’envers de l’amour, comme son autre côté, nécessaire, puisque l’amour ne peut être authentique qu’en se quittant lui-même, qu’en passant du donné au don. Il ne peut être authentique que s’il est libération, accueil, espace, ouverture et Dieu, c’est cela.

C’est un autre Dieu finalement, un autre Dieu que ce Dieu que l’on obtient par voie de causalité comme le premier anneau ou chaînon auquel toute est suspendu. C’est un autre Dieu, un Dieu immédiatement intérieur, le Dieu de la vie de l’esprit, le Dieu qui nous restitue à nous-même.

Et toute la Création va alors prendre un autre aspect : elle ne sera plus le geste d’une toute-puissance on engagée qui se divertit en créant des êtres dont elle n’a aucun besoin, et en les soumettant à des épreuves auxquelles elle est étrangère, et en les exposant à des dangers qu’elle ne court pas. La Création ne peut être que le débordement de ce dépouillement divin, de cette pauvreté, de cette désappropriation, de cet amour infinis. Si bien que la Création prend immédiatement le visage d’une histoire à deux, celle d’un mariage d’amour où le oui de la créature est indispensable au oui de Dieu dont le dessein ne peut être que de susciter l’esprit.

Cela veut dire que la créature aura à se créer elle-même, à fermer l’anneau d’or des fiançailles éternelles et que Dieu sera au-dedans d’elle comme un amour qui fonde son inviolabilité.

Le rythme du monde est un rythme nuptial : le monde ne peut être que cette collaboration d’amour entre Dieu et l’univers, où l’univers doit jouer sa part, indispensable, et où la dépendance est réciproque.

Quand Nietzsche dit : « S’il y avait des dieux, qu’y aurait-il encore à faire ? », il pense évidemment à des dieux complètement étrangers à ce mystère d’amour, et qui ne sont donc pas des dieux authentiques : le Dieu qui se révèle en Jésus Christ est un Dieu tout amour et qui ne peut qu’aimer, qui ne peut donc susciter qu’une création d’amour.

La dignité de la Création est donc infiniment assurée puisqu’elle est dans une sorte d’égalité avec Dieu. Et cette égalité va si loin, ou plutôt cette réciprocité d’amour va si loin que Dieu peut échouer.

En effet, si Dieu crée des esprits, s’il crée un monde esprit, ce monde ne pourra pas s’accomplir sans sa propre collaboration, sans se faire lui-même, et Dieu par conséquent le suscite pour qu’il se fasse lui-même.

Nous pouvons le comprendre facilement quand nous nous rappelons qu’une paternité ou une maternité authentiques, dans l’expérience humaine, se trouvent exactement dans la même situation : les enfants sous un certain aspect, doivent tout à leurs parents, ils dépendent essentiellement d’eux quand ils sont petits et ne peuvent alors subsister que par eux. Mais la paternité et la maternité vont consister précisément à annuler cette dépendance dans le respect de la conscience de l’enfant.

Un père authentique, une mère authentique, ce sont justement des parents qui savent qu’il serait monstrueux de contraindre la conscience de leur enfant au nom de cette dépendance matérielle que l’enfant d’ailleurs n’a pas choisie et qui lui a été imposée. »

Saint Germain-en Laye, 1974.

Source : Le problème que nous sommes. La Trinité dans la vie. Maurice Zundel. Ed. Le Sarment. p. 195 à 199. ISBN : 2-86679-292-0

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Re: Au delà de la Trinité

Message  indian le Mar 25 Sep - 17:28

Spin a écrit:Michel Servet, que j'aime beaucoup, considérait que c'est par la Trinité que le Christianisme est devenu hyper-coercitif, en est venu à tuer ses dissidents. Historiquement, la Trinité s'est véritablement imposée au deuxième concile de Constantinople en 381. En 385, premières exécutions au nom du Christ d'hérétiques chrétiens, Priscillien et ses disciples.

Il me semble aussi que c'est la Trinité qui a permis de stabiliser la branche dominante du Christianisme, comme le Coran incréé a permis de stabiliser la branche dominante de l'Islam. Dans les deux cas, c'est critiqué parce que trahissant le principe même du Monothéisme. Pas sûr que ce principe soit viable sans être mitigé d'une manière ou d'une autre...

Merci Spin, très intéressant.

Et je trouve tout à fait normal que ce que vous nommer ''stabilisations'' se soient produites.

Quand les ''masses'' acceptent les proclamations ''royales et califales'' ...comme étant des vérités sous le jougs de leur impositions...il y a acceptation... mais chaque fois, la remise ne question resurgit un jour ou l'autre...


Les proclamations dogmatiques et doctrinales trahissent la faculté de raison humaine.

Il faut considérer la trinité ainsi aussi... soit au delà des dogmes et doctrines.. et des proclamations absolutistes.....

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Re: Au delà de la Trinité

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