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Ayn Rand est-elle vraiment le modèle à suivre pour une grande nation?

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Ayn Rand est-elle vraiment le modèle à suivre pour une grande nation?

Message  Invité le Lun 18 Déc - 16:58

Par Matthieu Ricard le 15 août 2017

Le président Donald Trump proclame fièrement qu'Ayn Rand est son écrivain favori et qu'il admire ses idées. Quel sens cela peut-il bien avoir qu'une nation comme les États Unis d'Amérique ait un dirigeant dont l'idéal est de promouvoir l'égoïsme au sein de la société? Je suis convaincu que l'égoïsme rend la vie misérable, non seulement pour tous ceux qui nous entourent mais aussi pour nous-mêmes.


Ayn Rand est en fait une énigme étonnante. Alors qu'elle est pratiquement inconnue en Europe et dans le reste du monde, elle continue à avoir une influence significative au sein de la société américaine. En 1991, un sondage d'opinion réalisé par la bibliothèque du Congrès des États Unis avait révélé que "La révolte d'Atlas", son œuvre majeure ("Atlas Shrugged" selon son titre en anglais), était considérée comme l'un des livres les plus influents après la Bible. Le président Ronald Reagan, Alan Greenspan, ou encore Paul Ryan sont des admirateurs notoires d'Ayn Rand, tout comme d'autres politiciens républicains.


Pour Ayn Rand en effet, nous ne sommes pas fondamentalement égoïstes par nature. Mais c'est la seule façon d'avoir une vie agréable: l'altruisme ou la compassion sont des dérèglements masochistes qui menacent notre survie même et nous conduisent à négliger notre propre bonheur. Selon elle, l'altruisme n'est pas seulement indésirable, il est aussi immoral. Elle estime que notre propre bonheur est la seule chose qui compte dans la vie et que si l'on se soucie des autres alors nous devenons pareils à des esclaves ou à des animaux expiatoires. Elle défend la vertu de l'égoïsme.


Ses idées ont donné naissance à une doctrine pour les gens qui prétendent que ni le gouvernement ni personne ne devrait nous demander de nous intéresser aux pauvres, au gens malades ou aux personnes âgées, et que l'on ne devrait certainement pas nous obliger à payer des impôts pour leur venir en aide. Vous pouvez aider autrui uniquement si cela vous rend heureux, et cela ne devrait pas être considéré comme un devoir social.


Mme Rand a également servi de justification intellectuelle à l'épidémie de narcissisme qui n'a cessé de s'étendre aux États Unis depuis eux ou trois décennies.


En réalité de nombreux projets de recherche, y compris ceux récemment conduits par la psychologue Barbara Fredrickson, ont montré que les émotions positives liées à l'amour, à la bienveillance et à la gratitude peuvent transformer votre vie et la rendre meilleure. Elles peuvent améliorer votre niveau de connaissance et votre santé, vous rendre plus résilient et mieux intégré socialement. En fait lorsque nous nous relions à une autre personne de façon positive et bienveillante, notre confiance en elle augmente et la relation, ainsi que notre loyauté à son égard, s'approfondissent. Selon les mots de B. Fredrickson elle-même : "l'amour est l'émotion suprême qui nous rend le plus pleinement vivant et qui nous faire ressentir notre humanité au plus profond de nous-même".


Ayn Rand, quant à elle, place l'amour altruiste au même niveau qu'un accord commercial. Dans "La révolte d'Atlas", elle déclare que "le principe d'une relation commerciale est le seul principe éthique et rationnel parmi toutes les relations humaines. L'amour, l'amitié, le respect et l'admiration ne sont que des rétributions données en échange du plaisir égoïste et personnel qu'une personne éprouve vis à vis du caractère d'une autre personne".


Les sources préférées d'Ayn Rand sont pour le moins suspectes. Dans son "Journal" elle cite William Edward Hickman, qui déclare que "Ce qui est bon pour moi est juste." Sa réaction est enthousiaste : "C'est pour moi la plus puissante et la meilleure façon d'exprimer la véritable psychologie humaine", exulte-t-elle. Le seul problème, c'est que Hickman était un psychopathe ayant commis de multiples méfaits: pyromanie, enlèvements d'enfants et meurtres.


L'argument principal développé par Ayn Rand est que "l'accomplissement de son propre bonheur est le plus noble objectif de l'homme". Mais l'erreur tragique de Rand est de croire que l'homme n'a pas d'autre option que d'être égoïste pour être heureux. L'expérience et la science prouvent que l'égoïsme extrême qu'elle défend est une recette pour la souffrance et pas pour le bonheur. Il semble d'ailleurs que cela ait été le cas pour Rand elle-même, décrite par ceux qui l'ont connue comme hautaine, narcissique, dépourvue d'empathie et plutôt malheureuse. Ses relations avec son entourage proche étaient remplies d'animosité et de rancœur : méprisant l'immense majorité des êtres humains, elle les qualifiait de "médiocres, stupides et irrationnels".


Afin de faire face avec succès aux défis de notre époque, nous avons besoin d'avoir plus de considération pour les autres, de nous soucier de leur bien-être et d'agir intentionnellement pour cela. Si nous étions plus concernés par les générations futures, nous ne sacrifierions pas ce monde que nous leur transmettons en privilégiant ainsi les objectifs à court terme.


L'altruisme est un facteur déterminant pour la qualité de nos existences présente et future. Il ne devrait pas être relégué au rang de pensée noble et utopique réservée à quelques individus rêveurs au grand cœur, et encore moins à celui d'état d'esprit immoral. Nous devons avoir la lucidité de le reconnaître et l'audace de le proclamer.


Il serait tentant de discréditer Ayn Rand en tant que philosophe mineure totalement dépourvue d'empathie. Et pourtant nous ne devrions pas sous-estimer l'influence qu'elle exerce encore aujourd'hui sur de nombreux secteurs de la politique et de la vie américaines. Aussi toxique que puisse être sa vision des choses, nous devons continuer à être aussi vigilant qu'un médecin qui ne peut négliger un mal étrange s'étant propagé de façon inattendue en une véritable épidémie, comme nous le voyons actuellement au sein du gouvernement des États Unis.


Deux extraits de la fiche wikipédia de cette dame.

Une étique de l'égoïsme:

L'essai The Virtue of Selfishness, traduit en français sous le titre La Vertu d'égoïsme synthétise la pensée éthique d'Ayn Rand. Publié en 1964, il s'agit de ses principaux textes issus des conférences. Annoncé par ses précédents écrits, la doctrine du « vivre pour soi » est le sujet de ce livre qui expose la plupart des principes objectivistes et en premier lieu celui d'après lequel l'« ego » est la seule référence éthique : « Aucune loi, aucun parti ne pourra jamais tuer cette chose en l'homme qui sait dire « je » ». Ainsi, résume Pierre Lemieux, « La nature de l'homme lui impose un code d'éthique rationnel (...) Les droits de l'homme se résument dans le droit pour un individu d'utiliser sa raison, à l'exclusion de toute coercition, pour mener sa propre vie. Raison et liberté vont de pair » pour Ayn Rand.


Le capitalisme est ainsi le seul système où les hommes productifs sont libres d'agir et de coopérer en vertu de leurs libertés. Contrairement à une critique répandue, Rand n'est pas anarchiste, ni anarcho-capitaliste, car elle considère que « l'anarchie en tant que concept politique, est une abstraction vague et naïve ». Néanmoins Rand est souvent considérée comme une théoricienne anarchiste, notamment par Ulrike Heider qui la surnomme « the queen of reason ». Par ailleurs elle ne prône pas une société sans État. Elle propose un système alternatif où l'État est limité à une activité judiciaire, via le monopole du contrôle des contrats entre citoyens. Selon Alain Laurent, Rand est minarchiste, c'est une adepte du limited government. L'État doit ainsi seulement « protéger l'individu de la violence physique, protéger son droit à la vie, à la liberté, à la propriété et à la poursuite de son propre bonheur ». Ces objectifs coïncident exactement avec les principes des Founding Fathers, les pères fondateurs des États-Unis. L'éthique de Rand renoue avec le concept aristotélicien de « valeur » qui est ainsi pour elle « ce pourquoi l'on entreprend une action pour acquérir et (ou) conserver quelque chose ».


Ayn Rand voit dans la déclaration d'indépendance des États-Unis une réussite de l'éthique rationnelle.
La méthode de Rand se fonde sur l'objectivité définie comme « Une méthode pour évaluer la connaissance basée sur sa conformité ou non à la réalité ». La première partie de ce livre est consacrée à démontrer en quoi la vie, et l'individu, est essentiellement rationnel, et que son existence doit être objective, c'est-à-dire conforme à la réalité. Le rationnel est donc le moyen de survie, et, par extension, l'éthique régulant son comportement et ses choix. Rand s'oppose aux doctrines philosophiques et politiques qui posent que l'éthique est irrationnelle et donc que la raison n'est pas inhérente à l'homme, justifiant par là un altruisme au service de la collectivité. Ces doctrines justifient le recours à la force, caractéristique de l'État. La conduite éthique est donc celle de « la réflexion et du travail productif ». Selon Alain Laurent, dans Le Libéralisme américain, « De ces prémisses [Rand] déduit une éthique anti-sacrificielle et anti-collectiviste affirmant la légitimité exclusive de la poursuite du « self-interest » calé sur le droit individuel de propriété, l'« échange librement consenti » et le principe de « non-initiation de la force ».




Culture et environnement:

« La culture n'est pas le produit anonyme de masses indifférenciées, mais la somme des réalisations intellectuelles d'hommes individuels » selon Ayn Rand qui fait de la culture et du progrès scientifique des domaines éthiques. Cependant, dans son article « Our Cultural Value-Deprivation » (1966), elle note la perte de valeur dans la culture et notamment la valeur individualiste. Son essai « The Intellectual Bankruptcy of Our Age » (1961) a pour but de condamner une culture de masse mondialisée, celle du xxe siècle qui refuse l'héritage libéral du siècle précédent.

En matière d'écologie et d'environnement, Rand y voit une manipulation des gouvernements, destinée à réduire les libertés et à faire primer l'émotion sur la raison. Critiquant l'environnementalisme, dans « Against Environnementalist », elle considère que l'écologie est un retour du religieux et de l'irrationnel, alors que seul le progrès technique peut améliorer la condition humaine.

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Re: Ayn Rand est-elle vraiment le modèle à suivre pour une grande nation?

Message  -Ren- le Lun 18 Déc - 19:56

Madhyamaka a écrit:Ayn Rand est en fait une énigme étonnante. Alors qu'elle est pratiquement inconnue en Europe et dans le reste du monde, elle continue à avoir une influence significative au sein de la société américaine
En ce qui me concerne, mon cas vérifie en effet cette ignorance européenne : je découvre !
Merci :jap:

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Re: Ayn Rand est-elle vraiment le modèle à suivre pour une grande nation?

Message  Invité le Lun 18 Déc - 20:12

Idem j'ignorais tout de cette dame. Sa fiche wikipédia est éloquente. Une dame à la pensée des plus incohérente et paradoxale.

Mais quand on lit certaines de ses conceptions on comprend tout à fait que Donald Trump en face une de ses sources d'inspiration.

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Re: Ayn Rand est-elle vraiment le modèle à suivre pour une grande nation?

Message  Idriss le Dim 24 Déc - 20:57

L’entraide, l’autre loi de la jungle

Dans cette arène impitoyable qu’est la vie, nous sommes tous soumis à la « loi du plus fort », la loi de la jungle. Cette mythologie a fait émerger une société devenue toxique pour notre génération et pour notre planète.

Aujourd’hui, les lignes bougent. Un nombre croissant de nouveaux mouvements, auteurs ou modes d’organisation battent en brèche cette vision biaisée du monde et font revivre des mots jugés désuets comme « altruisme », « coopération », « solidarité » ou « bonté ». Notre époque redécouvre avec émerveillement que dans cette fameuse jungle il flotte aussi un entêtant parfum d’entraide…

Un examen attentif de l’éventail du vivant révèle que, de tout temps, les humains, les animaux, les plantes, les champignons et les micro-organismes – et même les économistes ! – ont pratiqué l’entraide. Qui plus est, ceux qui survivent le mieux aux conditions difficiles ne sont pas forcément les plus forts, mais ceux qui s’entraident le plus.

Pourquoi avons-nous du mal à y croire ? Qu’en est-il de notre ten­dance spontanée à l’entraide ? Comment cela se passe-t-il chez les autres espèces ? Par quels mécanismes les personnes d’un groupe peuvent-elles se mettre à collaborer ? Est-il possible de coopérer à l’échelle internatio­nale pour ralentir le réchauffement climatique ?

À travers un état des lieux transdisciplinaire, de l’éthologie à l’anthro­pologie en passant par l’économie, la psychologie et les neurosciences, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle nous proposent d’explorer un im­mense continent oublié, à la découverte des mécanismes de cette « autre loi de la jungle ».



http://excerpts.numilog.com/books/9791020904409.pdf



Dernière édition par Idriss le Lun 25 Déc - 18:10, édité 1 fois (Raison : Meilleur lien vidéo)
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Re: Ayn Rand est-elle vraiment le modèle à suivre pour une grande nation?

Message  -Ren- le Ven 29 Déc - 8:55

Je suis tombé là-dessus ce matin :
(...) Le capitalisme, comme nous le savons, ne tire pas son effectivité du rassemblement des foules, contrairement à ses ennemis il n’a pas pas besoin de tracter chaque lunaison à la sortie du métro en réaction à tel ou tel projet de démantèlement du code du travail, car avec lui le lien social tient tout entier dans nos poches sous la forme de carte bancaire. Cet état de fait n’exclut pas la relative nécessitée du capitalisme à s’appuyer sur des mythes pour supporter son extension à toutes les sphères de l’existence, Ayn Rand l’avait compris et œuvrera toute sa vie à la construction de cet édifice mythologique justifiant l’utilité sociale du capitalisme (...)

Ayn Rand est l’auteure de romans peuplés de personnages qui affrontent la capricieuse réalité des choses par la seule force de la volonté (...) Ces champions du monde social qui carburent à l’égo ne doivent rien à personne et n’héritent d’aucun passé (...) Véritables start-up tombées du ciel, les héros d’Ayn Rand sont des particules self-centrées en état d’insulation absolue. Immunisées de tout champ-relationnel ces monades fermées à double tour sont en auto-développement continu et en lutte constante contre l’altération-subjective que les autres pourraient faire peser sur elles. C’est pourquoi le caractère éminemment détestable de ces créatures fictionnelles résonne très logiquement dans les discours de nos contemporains (...)

L’œuvre d’Ayn Rand c’est la lutte des classes à l’envers. Les altruistes qui empêchent les égoïstes d’accomplir le glorieux destin de l’humanité. Les capitalistes vampirisés par le prolétariat (...)
:arrow: la suite sur https://www.les-crises.fr/le-service-marketing-du-capitalisme-a-propos-de-ayn-rand-femme-capital-de-stephane-legrand/

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Re: Ayn Rand est-elle vraiment le modèle à suivre pour une grande nation?

Message  Invité le Ven 29 Déc - 9:42

C'est étonnant cet usage de la volonté, même la volonté au fond n'est qu'un outil, au service de la motivation. Un auteur chrétien, je ne me souviens plus qui, avait estimé qu'a ses yeux le cas du Bouddha était peut être le plus formidable effort de volonté réalisé par un être humain (hors les religions classiques). Donc la volonté peut servir aussi bien l'égocentrisme absolu que l'altruisme bienveillant le plus vaste.


Quel critère pour savoir quel est le meilleur choix ? Le bouddhisme propose le critère du bonheur, à savoir le bonheur profond, durable : plus d'insatisfaction, plus de peur, plus de colère, plus de tristesse insurmontable, la joie, l'amour, la confiance, l'acceptation, plus de souffrance physique (ou presque) et morale.


D'après Matthieu Ricard Mme Rand ne semblait guère heureuse dans la vie. Asociale, solitaire. Insatisfaite.

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Re: Ayn Rand est-elle vraiment le modèle à suivre pour une grande nation?

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