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"Le grand détournement"

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"Le grand détournement"

Message  -Ren- le Lun 6 Nov - 6:55

...livre dont le titre fait clairement référence à ce sujet : http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t2967-le-grand-remplacement
Un ouvrage que je n'ai pas encore lu, mais qui me semble être lié autant aux discussions entreprises sur http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t2426-djihadistes-francais-crise-de-l-islam-ou-crise-de-la-republique qu'au sujet http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t3256-islamogauchisme-de-quoi-parle-t-on

Je découvre avec ce billet de J.Sapir (ce qui implique que le texte suivant est plus qu'une présentation du livre) :
Fatiha Agag-Boudjahlat vient de nous livrer un petit livre (...) Sa thèse générale est que nous sommes confrontés à ce qu’elle appelle un « grand retournement » du sens des mots, mais aussi du sens des principes, qui constitue une attaque mortelle contre la République et la Démocratie. Ce « grand retournement » conduit des intellectuels que l’on pourrait croire éclairés, à tolérer, voire à justifier une racialisation des rapports sociaux (...)

Pourtant, ce « retournement » se fait, en apparence du moins, avec les meilleures intentions du monde. Il se pare de couleurs de l’antiracisme pour épouser un racialisme forcené ; il se déguise des atours d’une pseudo lutte des classes mais c’est pour cacher un retour aux sombres guenilles du nazisme qui faisait justement des « races » ou des groupes ethniques, le sujet de cette lutte. Il va puiser dans une critique de la modernité des arguments pour chercher à renvoyer les hommes, mais surtout les femmes, dans le plus tragique des archaïsmes.

Pour se défendre contre les effets de ce « grand retournement », il faut en mesurer les effets et les perversions ; il faut aussi comprendre comment s’organisent les discours et quels en sont les vecteurs. Il faut enfin en analyser les causes.

Le premier chapitre porte sur le rapport entre tolérance et communautarisme.
Spoiler:
Il s’ouvre sur une description du scandale provoqué, il y a près de vingt ans, par la proposition d’intellectuels français de dépénaliser l’excision. (...) Ce que révèle ce cas, qui date de 1989, c’est bien entendu la tendance au relativisme culturel qui a envahi les sociétés occidentales. Ce relativisme n’est pas le produit de la reconnaissance de la légitimité d’autres cultures. (...) Mais, c’est l’idée qui consiste à dire qu’un système juridique et politique, la République, n’a pas à examiner ces « traditions » pour dire lesquelles sont tolérables et lesquelles, parce qu’elles contreviennent à des principes universels, ne le sont pas. De fait, c’est la négation de ces principes universels que porte ce discours du relativisme (...)

De même, à propos de l’exclusion des femmes des cafés, peut-on arguer des pratiques passées pour justifier une situation présente ? Pour traiter cette question, Fatiha Agag-Boudjahlat fait appel au concept d’allochronie, autrement dit une forme de dé-contextualisation qui consiste à oublier, volontairement ou non, le contexte social dans lequel s’est construit une forme sociale.

Cette dé-contextualisation peut être le produit de l’ignorance. Mais elle peut être une stratégie adoptée à dessein afin de faire accepter l’inacceptable (...)
Elle analyse finement, dans le deuxièmes et le troisième chapitre comment cette stratégie, car il s’agit bien là d’une stratégie murement pensée, est portée par une haine de la France et, au-delà, par une haine de la démocratie qui conduit ceux qui la portent à justifier des systèmes théocratiques.
Spoiler:
Parce que l’on peut être à juste titre choqué par les dérives de l’individualisme qui aboutissent à un narcissisme mortifère, doit-on pour autant récuser l’invention de l’individu, que l’on doit dans le monde occidental aux théologiens nominalistes du Moyen-Âge, avec Roscelin de Compiègne (fin du xie siècle), et surtout Guillaume d’Occam et Jean Buridan au début du xive siècle, qui sont eux-mêmes héritiers de la pensée antique ? Le nominalisme, reconnaît l’existence et le droit d’un individu d’exister par lui-même ; cela ne veut nullement dire qu’il considère que cet individu est l’origine de la société. Cette reconnaissance de l’individu ne vaut donc pas adhésion à l’individualisme méthodologique.

En fait, et cela Fatiha Agag-Boudjahlat l’analyse fort justement, nous sommes confrontés à un discours qui racialise les rapports sociaux, mais qui prétend le faire au nom d’une juste combat contre le racisme et les discriminations. Ce discours considère qu’il existe un « être musulman » alors que l’on sait bien que l’islam est multiple et divers. Cet enfermement dans le communautarisme nie le libre-arbitre des individus. Or, on ne voit que trop bien comment cette récusation de la liberté de chacun sert les projets de certains qui, derrière l’apparence d’un projet offert aux plus démunis, n’ont de cesse que de construire et défendre leurs positions de pouvoirs personnelles. Disons le, derrière les mythes construits, que ce soit par la propagande salafiste ou par celle des organisations liées aux Frères Musulmans, il y a des enjeux de pouvoir bien précis. On ne parle de religion et d’une « libération » dans le cadre religieux que pour défendre des positions de pouvoirs et des abus répétés sur les personnes les plus fragiles. L’affaire actuelle des accusations portées contre Tariq Ramadan l’illustre à merveille. De même, le système de défense adopté par l’accusé, qui hurle au complot, est très révélateurs de la posture victimaire dans laquelle s’installent certains pour garantire en réalité leurs positions de pouvoir.

Néanmoins, on peut reprocher à Fatiha Agag-Boudjahlat de n’avoir pas osé aller plus loin en montrant comment la construction de communautés fantasmées s’opposait frontalement à la notion de peuple, un terme très peu utilisé dans ce livre et jamais dans son sens de communauté politique, et donc de souveraineté (...) Le salafisme existe depuis le début des années 1920, et a des racines bien plus anciennes encore. Sa dérive sectaire est désormais majoritaire, et pose d’ailleurs un problème évident d’ordre public. Pourtant, il n’a pris en France la dimension de problème politique majeur que depuis une quinzaine d’années (...) Si l’on veut comprendre comment a pu se constituer ce cadre religieux et politique, il faut ici comprendre un double mouvement. Il y a, d’une part, l’écrasement des mouvements du nationalisme arabe, écrasement qui fut largement porté par les pays occidentaux et à leur tête les Etats-Unis, écrasement qui permis à ces sectes religieuses de récupérer une partie du combat post-colonial. Mais il y a aussi la critique radicale portée sur la souveraineté par les institutions européennes qui nie en réalité la notion de peuple comme communauté politique fondée sur des bases territoriales et qui ouvre la porte aux idées de « communautés » transnationales, mais aussi à l’idée que c’est l’ethnicité qui fait le peuple et non un pacte politique. En un sens, et cela est bien dit par Fatiha Agag-Boudjahlat, les identitaires et les communautaristes mènent le même combat contre la République.

Les mouvements religieux qui sont apparus au sein de l’islam (et dont il convient de rappeler qu’ils sont loin de réunir la totalité des musulmans) ont donc bénéficié de l’éviction des mouvements nationalistes et de la critique post-moderne de la Nation dont la technocratie Bruxelloise est porteuse. Une réfutation du rôle fondamental de la Souveraineté, tel qu’il émerge des travaux de Bodin et de Jean-Jacques Rousseau, a d’ailleurs été produite par Andras Jakab, et cette critique est parfaitement convergente avec le discours tenu par l’Union Européenne. Ils se combinent alors au processus d’acculturation qui frappe une partie de la jeunesse issue de l’immigration et qui la pousse à se chercher une culture fantasmée. (...) En fait, on est en présence d’un double mouvement de capture : celui des musulmans par des sectes fondamentalistes qui se prétendent les seuls représentants de l’islam, et celui d’une partie de la population immigrée par une pseudo-communauté musulmane à laquelle cette population est sommée d’adhérer ou d’être considérée comme traitre.

Cela conduit alors Fatiha Agag-Boudjahlat à s’interroger sur ce que l’on appellera, à la suite de Julien Benda, une nouvelle « trahison des clercs ». Autrement dit pourquoi des intellectuels, de gauche comme de droite montrent-ils une telle perméabilité aux thèses communautaristes et racistes au point, dans certains cas, de s’en faire les complices (...)

On peut, comme le fait Fatiha Agag-Boudjahlat, s’interroger sur les sources intellectuelles de cet accommodement, voir de cette complicité. On revient ici sur la question du relativisme absolu et de la dé-contextualisation, thèmes qui sont abondamment traités dans le livre. On peut, comme Céline Pina, mettre en avant le clientélisme des élites politiques qui conduit alors des « intellectuels » à adopter des positions de justification. Un autre livre, écrit récemment par Bernard Ravet montre bien qu’à ce clientélisme est venu s’ajouter la lâcheté profonde de l’administration et de la hiérarchie de l’éducation nationale. Ces explications sont certaines ; mais, elles n’épuisent pas le problème.

Car, la haine de la France n’est pas que le fait d’une minorité de jeunes et de moins jeunes issus de l’immigration. Cette haine se construit sur une confusion : les élites prétendent que c’est la « France » qui agit pour cacher leurs propres manigances. Or, ce mensonge est repris comme tel par de nombreux intellectuels. On touche là à la question de la nécessité pour tout pays de produire un « récit national » qui aborde honnêtement les points lumineux comme les points sombres de son histoire. Or, une partie des intellectuels en France se refuse à l’idée même d’un « récit national », car ce dernier serait vecteur du « nationalisme ». Et l’on retrouve ici la haine de la souveraineté concoctée depuis Bruxelles par la technocratie de l’Union européenne (...)
https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-detournement-de-sens-par-jacques-sapir/

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Re: "Le grand détournement"

Message  Madhyamaka le Lun 6 Nov - 7:36

J'ai lu il y a quelques années le livre : Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation. D'Alexandre Del Valle. J'étais sortie du livre très très en colère.

Non contre l'auteur mais contre ce qu'il mettait en lumière. Si vous le lisez, surtout si vous êtes musulman, je vous préviens certain passages peuvent être... pénibles, je pense. Si vous vous sentez visés personnellement évidemment.

Evidemment Del Valle a été immédiatement en but à des accusations diverses et variées notamment celle d'être un néo-païen mais aussi pro-sioniste nationaliste d'extrême-droite ! Il n'est pas tendre non plus avec les monarchies du Golfe Persique.

Il me semble qu'il parlait aussi d'une inversion complète des valeurs dans notre société, certains individus ayant une "certaine conception de l'Islam" retournaient nos propres valeurs contre nous pour en faire des faibles : démocratie, liberté d'expression, pluralité des cultures, tolérance etc... devenaient des faiblesses qu'il fallait éradiquer.

Un chapitre très intéressant aussi sur le mécanisme de la "reduction ad hitlerum".

Bref il démontait les mécanismes mis en place par certains lobbys pour faire taire toute critique de l'Islam en général et de l'Islam "radical" en particulier, et remettait en place tout un ensemble de "mythes" sur l'âge d'or de la Méditerranée Islamique et sur les Croisades.

Evidemment le contenu fait grincer des dents.

J'en étais sorti choqué et très en colère tant j'avais l'impression que l'on m'avais menti et culpabilisé pendant longtemps.

Donc peut être est ce à lire. Si on n'a pas peur de lire des choses qui dérangent le "politiquement correct". En tout cas Del Valle ne sort pas ses réflexions d'un chapeau de magicien, il appui ce qu'il dit de sources et références.
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