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Informer sous le nazisme : deux historiens allemands accusent AP

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Informer sous le nazisme : deux historiens allemands accusent AP

Message  Idriss le Ven 28 Juil - 16:57

Publié sur arrêt sur image , article que j'ai copié pour un autre forum! Le plus dur ayant été fait j'en met un exemplaire ici à disposition !





Arret sur image a écrit:



Informer sous le nazisme : deux historiens allemands accusent AP
Comment l'agence a "blanchi" des photos de propagande


C’est tout un pan de sa “part d’ombre”, que l’agence AP, une des principales agences de presse mondiales, vient de dévoiler, poussée par deux chercheurs allemands. On y découvre l’ampleur des compromissions de l’agence avec le régime nazi, de 1933 à 1945, pour pouvoir continuer d’exercer en Allemagne. Faut-il informer, selon les critères occidentaux, dans les dictatures ? La question se pose encore aujourd’hui, dans nombre de régimes totalitaires.

C’est une photo un peu grotesque, en couverture d’une brochure de propagande nazie, “Les Juifs en Amérique”. On y voit le maire de New York dans les années 30, Fiorello La Guardia, photographié en plongée, sans doute au cours d’un cocktail, et bâfrant à pleines mains, de manière peu ragoutante. Cette photo est d'autant moins flatteuse que les dirigeants nazis, en Allemagne, à la même époque, interdisent de les photographier à table, ou ingurgitant aliments solides ou liquides.

Cette photo dévalorisante d’un adversaire politique - La Guardia s’est attiré la haine de Goebbels, par ses critiques acides du régime nazi -, a une particularité : c’est une photo de l’agence américaine Associated Press. Et l’agence n’a nullement protesté contre l’utilisation, par le ministère de la propagande de Goebbels, de nombre de ses photos, pour nourrir cette brochure antisémite de 1938.


Si la grande agence internationale n’a pas protesté, c’est parce que depuis l’arrivée des nazis au pouvoir, en 1933, elle est en business avec eux. Pour résumer : elle fournit la presse allemande, aux ordres du gouvernement, en photos internationales. Et elle fournit la presse internationale (dont ses quelques 1200 journaux abonnés) en photos allemandes. Dans les deux cas, sous étroit contrôle du gouvernement nazi, au risque de se prêter à toutes les manipulations, comme viennent de le découvrir deux chercheurs allemands, Harriett Scharnberg (son article, en allemand et en anglais, est ici), et Norman Domeier. Scharnberg a plutôt enquêté sur la période 1933-1941, avant l'entrée en guerre des États-Unis, et Domeier sur la période postérieure. Leurs découvertes, qui se complètent et se recoupent parfaitement, ont suffisamment ébranlé l’agence, pour la contraindre à diligenter, puis à publier, après un an d'enquête interne, un long rapport de 163 pages, en ligne ici. Paradoxe de la transparence forcée : l'agence y relativise parfois l’ampleur de ses compromissions, mais révèle aussi des détails supplémentaires, jusqu’alors passés inaperçus.

Employés juifs licenciés:
Employés juifs licenciés

Le contexte, on le connaissait déjà. Quand Hitler arrive au pouvoir, les medias des démocraties sont écartelés entre l'effarement devant la brutalité immédiate du régime, et une certaine propension à l'indulgence, chez certains de leurs propriétaires, devant ce rempart contre le danger bolchevik, autrement plus inquiétant. Sans compter, pour les correspondants sur place, toute la gamme du déni, devant les persécutions antisémites, physiques et légales, sans précédent. Sans parler des menaces d'expulsion et des interdictions de journaux, dont Goebbels va user tout au long de ces années. Ainsi, dès avril 1933, le Guardian, qui a publié un récit détaillé des premières exactions antisémites dans la région de Francfort, est interdit en Allemagne jusqu'à nouvel ordre, comme le journal le rappelait récemment.

Comme tous les medias étrangers opérant en Allemagne, AP est contrainte de licencier ses employés juifs, et d’embaucher à leur place des professionnels dûment listés par le gouvernement. Pour sa défense, AP fait aujourd'hui valoir qu'elle a résisté deux ans aux injonctions. Mais elle a finalement cédé, soumise aux pressions conjuguées du pouvoir, qui brandit à tout bout de champ la menace de la fermeture, et de la féroce presse allemande aux ordres, laquelle publie des listes dénonciatrices d'employés juifs des medias étrangers, contraignant le New York Times, en 1935, à fermer son bureau photo -à la différence de AP.


Sans rancune:
Sans rancune

Mais ces rapports conflictuels entre presse nazie et medias internationaux n'empêchent pas les affaires. Quinze jours après la dénonciation, par le magazine SS Schwartze Kopf, des Juifs encore employés par AP, l'agence annonce avoir licencié les trois employés en question. Sans rancune : dans la foulée, l'agence prête ses services à une offensive de contre-propagande du même magazine. Sous le titre "Nous démolissons un mensonge", une double page du magazine SS répond à un reportage de la presse canadienne sur les conditions particulièrement rudes dans un camp de travail pour femmes. Les photos ont été prises par une professionnelle particulièrement qualifiée : travaillant en l’occurrence pour AP, Eitel lange deviendra ensuite la photographe personnelle de Hermann Goering, l'une des principales figures du régime.

Cette proximité problématique n'est nullement ignorée à New York, au siège de l'agence, où le matériel en provenance de Berlin est pris avec des pincettes -mais tout de même, le plus souvent, diffusé, car l'agence est avant tout une entreprise.

Les légendes des photos allemandes, rédigées à Berlin, et vendues par AP à la presse internationale, sont parfois de purs textes de propagande, contraignant les éditeurs du siège, à New York, à des relativisations de précaution. Aux lecteurs, ensuite, de s'en débrouiller, pour savoir quel crédit accorder à la photo.


Ainsi, relève Harriett Scharnberg, cette photo AP de 1940 est légendée par le bureau de New York :"des soldats belges courent vers les lignes allemandes après leur reddition hier, selon la légende approuvée par la censure nazie de cette photo". Vrai ? Faux ? Comprenne qui voudra.

"Cette pratique de distribuer d'une main des photos de propagande comme des images d'information, tout en semant le doute sur leur signification en mentionnant leur origine allemande, et donc leurs intentions politiques, peut être interprétée comme une tentative d'établir une gestion démocratique et transparente de matériel de propagande dans des pays en guerre", analyse Scharnberg (à noter que cette interprétation indulgente est reprise avec soulagement par le rapport en défense de AP).

Autocensure, dès 1933:
Autocensure, dès 1933

Mais l’œuvre de propagande peut aussi consister à... s'abstenir soigneusement de diffuser des photos qui déplaisent. Tout en multipliant, dans leurs discours, menaces et imprécations antisémites, les nazis sont particulièrement vigilants à éviter les récits et images des nombreuses exactions incontrôlées, commises par les chemises brunes des Sections d'Assaut (SA). Et cette autocensure commence, dès 1933, à gouverner le bureau de AP à Berlin. Parfaitement germanophone, germanophile -sa famille est d'origine allemande- et très bien introduit parmi les dirigeants nazis, le chef du bureau, Louis Lochner, décide ainsi de ne pas diffuser la photo d'un commerçant juif, promené à Munich en sous-vêtements, une pancarte antisémite autour du cou.

Mais cette photo, par d'autres canaux, est largement diffusée aux États-Unis, où elle fait forte impression. Au siège de New York, qui lui demande des explications sur le ratage, Lochner répond : "il est plus important de pouvoir rester ici sur le terrain, même si occasionnellement nous pouvons être battus, que de risquer de voir toute notre organisation détruite en publiant une photo que le pouvoir veut interdire. Non pas que je sois content : je hais la censure, et déteste ne pas pouvoir publier tout ce que nous savons. Mais dans un pays où la liberté de parole est limitée, l'impératif est de pouvoir y rester, aussi longtemps que possible. Si certains photographes ou correspondants veulent risquer l'expulsion, ça les regarde. Mais les clients d'AP, je le crois, veulent qu'on colle à notre poste".


"DONNER UNE CHANCE" À LA "RÉVOLUTION NATIONALISTE ALLEMANDE":
"DONNER UNE CHANCE" À LA "RÉVOLUTION NATIONALISTE ALLEMANDE"

Et Lochner de conclure sa réponse à sa hiérarchie par une liste de recommandations qu'il se fixe à lui-même, et dont la première consiste à "accepter la révolution nationaliste allemande comme un fait, et donner une chance au nouveau régime". Autres consignes de la "ligne Lochner" : "s'abstenir d'envoyer des informations sensationnelles ou alarmistes, sauf si les informateurs sont prêts à les assumer publiquement". "Respecter les lois et décrets du pays, même s'ils sont irritants, et contraire aux idéaux journalistiques", "cultiver les hommes du nouveau régime, dans le but de gagner leur confiance dans la rectitude et l'intégrité d'AP, même dans le cas d'informations qui les irritent pour des raisons personnelles ou politiques, mais qui doivent être traitées par un media non partisan comme AP". Enfin, "toujours garder en mémoire que AP souhaitera avoir un bureau en Allemagne".

Quand survient la guerre, en 1939-40, les équipes d'AP, Lochner en tête, "s'embeddent", comme on ne dit pas encore, dans la Wehrmacht. Et l'efficacité de l'agence, conjuguée à celle des nazis, permet à l'Allemagne de prendre et de conserver, tout au long de la campagne-éclair de 1940, l'avantage dans la guerre des images.

Au cours de cette campagne de 40, seule l'Allemagne est en mesure de diffuser rapidement des photos significatives du Front. Même la presse britannique dépend des photos allemandes, lesquelles présentent évidemment les actions sous un jour toujours favorable à l'Allemagne, forcément respectueuse du patrimoine des pays conquis. "Grâce aux photos de Berlin, résume Harriet Scharnberg, les lecteurs de la presse américaine sont rassurés : la vierge noire de Czestochowa, en Pologne, le mémorial aux soldats canadiens de Vimy, ou le tombeau du héros national polonais Pilsudki, sont intacts".

Quant aux pertes allemandes, elles sont toujours montrées, comme ici...

...avec une apparence de dignité, comme si elles étaient exceptionnelles.
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Re: Informer sous le nazisme : deux historiens allemands accusent AP

Message  Idriss le Ven 28 Juil - 16:59

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aucune photo de la "shoah par balles":
aucune photo de la "shoah par balles"

Un seul épisode suffit à décrire la perversité du rôlé joué par AP. Couvrant les premiers mois de l'invasion allemande de l'Ukraine, à l'été 1941, l'agence envoie ainsi plusieurs photos de l'entrée triomphale des Allemands dans la ville de Lviv. Photos de chars russes détruits, ou d'exécutions par les Russes, sont promptement publiées dans la presse allemande. Mais AP n'envoie... aucune photo des milliers de victimes juives des exécutions de masse opérées par les nazis - désormais désignées par les historiens sous le nom de "shoah par balles".

Et pour cause : ces photos sont prises par un personnage sur lequel Harriett Scharnberg s'attarde longuement, et qui résume toute la situation de AP : Franz Roth est à la fois photographe pour AP, et... officier SS, affecté à l'unité de propagande de la division Adolf Hitler. Sur ses photos, comme celles de ces prisonniers soviétiques savamment choisis, sont donc juxtaposées les deux signatures.
 

Les photos sont "logiquement" publiées par la presse nazie, avec la légende "contre cette armée de criminels, l'Armée allemande protège la culture européenne". Mais pas seulement. Elles seront aussi envoyées aux États-Unis, avec la légende "face grotesque du bolchevisme", et publiées dans la presse américaine,Les visages des prisonniers russes s'afficheront seront par exemple dans le Los Angeles Times, ou, comme ci-dessous, dans le quotidien Constitution d'Atlanta, au milieu des visages radieux des publicités américaines.


Accessoirement, c'est une bonne affaire pour le photographe SS. En sus de sa solde militaire, il est payé par AP, en échange des droits exclusifs sur ces photos de propagande.

Le lieutenant-colonel SS Laux s'empare du bureau de AP:
Le lieutenant-colonel SS Laux s'empare du bureau de AP

Après l’entrée en guerre des États-Unis contre l’Allemagne, en décembre 1941, et l'expulsion d'Allemagne des journalistes américains, dont Lochner, la situation empire encore. Le bureau d’AP passe sous le contrôle direct des nazis, par l’intermédiaire d’employés allemands de l’agence. C'est un lieutenant-colonel SS, Helmut Laux, par ailleurs ex-photographe personnel du ministre des affaires étrangères Joachim Von Ribbentrop, qui prend la tête du bureau, rebaptisé "Bureau Laux", après avoir, semble-t-il, obtenu l'accord de Lochner, à bord du train qui exfiltre ce dernier vers Lisbonne.

Changement de nom ou pas, les affaires continuent, et l'agence, à New York, traite avec le nouveau "bureau Laux" exactement dans les mêmes termes qu'auparavant avec sa filiale allemande. Toute la lumière n'a pas encore été faite sur les conditions dans lesquelles AP se transforme en "Bureau Laux". Explorant les archives personnelles de Lochner, déposées dans le Wisconsin, un autre historien allemand, Norman Domeier, y a trouvé un récit détaillé de l'épisode, sous la plume d'un certain Willy Brandt (homonyme de l'ex-chancelier) autre ex-employé de AP.

Après la guerre, en 1946, sollicitant sa ré-embauche à AP, Brandt, dans une lettre de 40 pages, "balance" à Lochner tout ce qu'il sait sur les modalités de la mainmise nazie après 1941. Il raconte comment des milliers de photos de propagande, "blanchies" par un passage par les bureaux AP de pays neutres, le Portugal puis la Suède, ont continué d'inonder la presse américaine (voir ici un éloquent diaporama du Spiegel). La seule chose qu'ignore Brandt, c'est que Lochner lui-même a joué un rôle dans l'opération Laux, par laquelle deux pays ennemis ont ingénument échangé leurs photos de propagande, pour le plus grand bénéfice de AP. Lequel ? Avec quel degré exact de connaissance et d'assentiment de la direction de AP ? Tous les cartons n'ont pas encore été ouverts.

Si AP a été réduite à ces compromissions, c’est parce que l’agence, par-dessus tout, souhaite continuer d’exercer en Allemagne. “Premier arrivé, dernier à éteindre la lumière” : l’agence a fait sienne cette devise des Marines. Le commerce de ses photos finance en effet le fonctionnement du bureau, et des journalistes rédacteurs de dépêches. Et de bons rapports avec le gouvernement permettent à l’agence d’acquérir de petits avantages sur la concurrence. Les révélations de Domeier et Scharnberg, l'an dernier, ont obligé l'agence à un douloureux retour sur elle-même, dans lequel, on va le voir, elle va encore plus loin que les historiens allemands.
(A suivre)
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