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Al-Azhar: "la dhimma est anachronique !"

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Al-Azhar: "la dhimma est anachronique !"

Message  -Ren- le Ven 20 Jan - 17:30

Ahmed Al-Tayyeb, grand imam de l’Université cairote al-Azhar, a fait un pas important sur la voie du renouveau du discours religieux. Dans son intervention hebdomadaire à la télé égyptienne, le 13 janvier, il a largement discuté du concept de la dhimma, c'est-à-dire la tutelle que n'importe quel Etat islamique doit avoir sur les non-musulmans qui y vivent. Al-Tayyeb a expliqué que, quand l'Islam s'est diffusé hors de la péninsule arabique, il s'est retrouvé à gouverner de nombreuses minorités (et majorités) non-musulmanes. L'Islam ne pouvant forcer quelqu’un à se convertir à l’islam, les différents types de gouvernement issus de cette expansion ont dû penser à une forme particulière de pacte avec leurs sujets non-musulmans, une forme de relation leur permettant de protéger leurs droits sur un pied d’égalité avec ceux des musulmans et d’imposer des devoirs égaux. . Cette forme est la dhimma , qui - selon les mots d'al-Tayyeb - signifie que l'Islam s'assume « la garde et la responsabilité » des non-musulmans, en échange du paiement d'une taxe (la jizya), de même que les musulmans paient la zakat. Cependant, la jizya dispense les non-musulmans de la défense de l'Etat, au contraire de la zakat.

L'argument reste très actuel, si l’on considère que le soi-disant Etat Islamique en Irak et au Levant a rétabli la jizya et l'impose de façon humiliante et dégradante. De nombreux groupes islamiques fondamentalistes voudraient la réintroduction de la dhimma pour les minorités chrétiennes au Moyen-Orient. Mais Al-Tayyeb a parlé clairement : la dhimma - explique-t-il - la dhimma est un concept qui appartient à un contexte historique spécifique qui n’existe plus, parce que les formes de gouvernement dans lequel il a été appliqué (et pour lequel il a été conçu) sont désormais remplacés par les États modernes et le concept la citoyenneté. Bien que la dhimma ait constitué, lors de son invention, une nette amélioration par rapport à ce qui se passait dans d'autres civilisations et notamment dans l’empire romain où ceux qui ne suivaient pas la religion d’État étaient discriminés; l'appliquer aujourd'hui, dans un contexte profondément différent, constituerait, selon al-Tayyeb, «forme d'injustice et un manque de raisonnement scientifique ».

Donc, selon al-Tayyeb, les chrétiens en Égypte ne sont pas et ne peuvent pas être dhimmi, ni même considérés comme une minorité, un terme chargé de connotations négatives. Les chrétiens sont des citoyens, et il n'y a aucune justification pour un retour anachronique à l'imposition de la jizya. La citoyenneté est la seule garantie d'égalité et de stabilité pour les sociétés d'aujourd'hui (...)
http://www.terrasanta.net/tsx/lang/fr/p9808/Grand-imam-de-Al-Azhar-la-dhimma-est-anachronique

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Re: Al-Azhar: "la dhimma est anachronique !"

Message  Idriss le Ven 20 Jan - 18:13

Merci pour ce partage:
La dhimma est anachronique... la dhimma est un concept qui appartient à un contexte historique spécifique qui n’existe plus,
c'est une évidence pour moi, et je pense pour l'immense majorité de musulmans .
Mais c'est bien qu'un responsable d'une université islamique aussi prestigieuse que al- Azhar le déclare publiquement.


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Re: Al-Azhar: "la dhimma est anachronique !"

Message  -Ren- le Ven 20 Jan - 18:47

Idriss a écrit:et je pense pour l'immense majorité de musulmans
Là, je ne suis malheureusement pas du tout d'accord.
Mais c'est en effet une avancée considérable que d'avoir une telle prise de position de la part du représentant d'une institution qui, certes, n'est plus ce qu'elle était, mais qui n'est pas non plus portion négligeable.

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Re: Al-Azhar: "la dhimma est anachronique !"

Message  Idriss le Ven 20 Jan - 20:01

Idriss a écrit:et je pense pour l'immense majorité de musulmans

-Ren- a écrit: Là, je ne suis malheureusement pas du tout d'accord.

Qu'est-ce qui te fait penser cela?
Personnellement c'est vrai que je m’intéresse à L'islam que depuis 30 ans . Jamais à la mosquée , dans ma belle famille ou lors de mes voyages au Maroc on ne m' a parlé de Dhimmi...Ni dans mes lectures diverses et variées ( de la littérature salafiste , trad ..etc je ne lis pas que des ouvrages traitant d'ésotérisme et de soufisme , surtout que je ne suis pas entré dans l'islam par là!)
Peut-être ai-je croisé la question du statut de dhimmi dans les approches historiques des sociétés islamiques au moyen age , mais c'était présenté ( peut-être abusivement? ) comme un statut positif pour l'époque. Jamais je n'ai imaginé que cela pouvais avoir une application contemporaine!
C'est internet , et d'abord par les anti-islam que j'ai découvert cette notion comme argument contre l'islam , et enfin par Daesh et l'islam djihadiste au point que je me suis demandé qui avait inspiré l'autre!
Bref je veux bien admettre que mon intuition, mon impression n'est pas fondée , mais j'aimerai bien avoir quelques éléments concret:
Est-ce dans les revendications des frères musulmans par exemple ? Quel auteurs contemporain le porte? Je ne sais pas quoi ..... il n' y a pas d’enquête d'opinion sur le sujet j'imagine?

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Re: Al-Azhar: "la dhimma est anachronique !"

Message  Idriss le Ven 20 Jan - 21:13

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Re: Al-Azhar: "la dhimma est anachronique !"

Message  -Ren- le Sam 21 Jan - 10:22

Idriss a écrit:Qu'est-ce qui te fait penser cela?
Il nous faudrait d'abord préciser les termes :
- si dhimma est utilisé dans le sens restrictif des conditions peu à peu compilées dans ce qu'anachroniquement on appellera "Pacte de 'Omar" en l'attribuant au 2e calife de l'Islam (alors que le point de départ de ce texte remonte, au mieux, à l'omeyyade 'Omar II), alors : oui, c'est une synthèse dépassée ;
- si dhimma est employé pour désigner certaines règles juridiques qui ont existé dès les premiers califes (donc avant le "pacte") et leur persistance jusqu'à nos jours dans le droit des pays dits "musulmans" (persistance qui est passée par la politique ottomane des millets : https://fr.wikipedia.org/wiki/Millet_(Empire_ottoman) ), alors : non, ce n'est pas un concept considéré comme "dépassé" par la majorité des musulmans.

Idriss a écrit: Peut-être ai-je croisé la question du statut de dhimmi dans les approches historiques des sociétés islamiques au moyen age , mais c'était présenté ( peut-être abusivement? ) comme un statut positif pour l'époque
Disons que ce qui fait la différence entre la protection accordée à l'époque médiévale par la Chrétienté et celle accordée par l'Islam est son étendue : théologiquement, la Chrétienté "protégeait" uniquement le judaïsme, alors que l'Islam "protégeait" les Gens du Livre ; forcément, l'étendue de la "protection" accordée par la "dernière religion" était plus vaste.
Après, concrètement, on trouve aussi bien en Islam que dans la Chrétienté des périodes de tolérance des minorités et des périodes de persécutions.
cf http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t1646-projet-relmin-minorites-religieuses-au-moyen-age et sans doute http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t3016-projet-procam-pouvoir-politique-et-conversion-religieuse quand ce nouveau projet aura davantage avancé.

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Re: Al-Azhar: "la dhimma est anachronique !"

Message  Idriss le Sam 21 Jan - 11:59

-Ren- a écrit:
Disons que ce qui fait la différence entre la protection accordée à l'époque médiévale par la Chrétienté et celle accordée par l'Islam est son étendue : théologiquement, la Chrétienté "protégeait" uniquement le judaïsme, alors que l'Islam "protégeait" les Gens du Livre ; forcément, l'étendue de la "protection" accordée par la "dernière religion" était plus vaste..

Dans ma lecture du moment ( http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t43p300-que-lisez-vous-en-ce-moment#62548  ) Islam et Bouddhisme : Un fond commun de Shah-Kazemi, Reza il est fait allusion à l'extension de la notion de gens du livre au bouddhisme lors de l'accord de Brahmanabad

Cet article d'un  site bouddhiste reprend à peu prés dans les mêmes termes ce que Shah-Kazemi écrit dans son ouvrage:

Du point de vue historique, à la fois les musulmans et les bouddhistes (limitons-nous ici aux formes indo-tibétaines du bouddhisme) ont adopté une approche inclusiviste. Les musulmans, par exemple, ont inclus les bouddhistes dans le « peuple du Livre », avec les juifs, les chrétiens et les zoroastriens. Comment cela s’est-il produit ?

Lors du califat omeyyade de 661 à 750 de l’ère commune (661  – 750 EC), les Arabes imposèrent leurs règles et leur religion, l’islam, à travers le Moyen-Orient. Ainsi, au début du huitième siècle, le général omeyyade Muhammad ibn al-Qasim conquit le Sind, une région qui était à prédominance bouddhique, située actuellement dans le sud du Pakistan. Les bouddhistes et les hindous de Brahmanabad, l’une des villes principales, sollicitèrent alors la permission de reconstruire leurs temples et de maintenir une liberté de culte. Le général al-Qasim consulta le gouverneur al-Hajjaj ben Yusef qui, à son tour consulta les ecclésiastiques musulmans, puis dans ce qui fût connu comme l’« accord de Brahmanabad », les clercs religieux déclarèrent les bouddhistes (et les hindous) « peuple du Livre ».

Voici ce que décréta le gouverneur omeyyade Hajjaj : « La requête des chefs de Brahmanabad concernant la construction de temples bouddhiques et autres et la tolérance en matière religieuse est juste et raisonnable. Je ne vois pas quels autres droits nous pourrions exercer sur eux en sus de les assujettir à l’impôt en vigueur. Ils nous ont rendu hommage et ont entrepris d’acquitter une cotisation tributaire fixe par tête (ar. jizya) auprès du calife. Étant devenus des sujets protégés (ar. dhimmi), nous n’avons aucun droit d’interférer dans leur vie et leurs biens. Accordez-leur la permission de suivre leur propre religion. Personne ne saurait les en empêcher. »

Sur ce, les bouddhistes furent autorisés à reconstruire leurs temples et leurs monastères et se virent accordés le statut de sujets protégés non musulmans pour autant qu’ils étaient tributaires de l’impôt par tête et s’en acquittaient. Les califes omeyyades, puis abbassides, qui gouvernaient depuis Bagdad (750 – 1258 EC), ainsi que plus tard les dirigeants musulmans de l’Inde, s’en tenaient en principe à la même politique bien que, assurément, elle ne fût pas toujours suivie par tous les dirigeants ou généraux. Néanmoins, cette décision implique que le bouddhisme n’était pas traité de façon identique aux religions polythéistes païennes dont les adeptes ne jouissaient pas de tels privilèges.
Spoiler:

Maintenant, d’aucuns pourraient argumenter que le fait d’accorder aux bouddhistes une reconnaissance légale constituait davantage un acte politique que théologique, émanant davantage d’une approche pragmatique que d’une subtile analyse philosophique, ce qui était vraisemblablement le cas. Après avoir consenti à la reconstruction des temples bouddhiques et hindous, les gouverneurs arabes taxèrent les pèlerins qui allaient y rendre leur culte. Mais malgré cela, les érudits de l’islam n’ont jamais considéré, et ne considèrent toujours pas, que cette politique « pragmatique » ait violé ou compromis en quoi que ce soit aucun des principes théologiques fondamentaux de l’islam. La reconnaissance légale, la protection politique et la tolérance religieuse consenties aux bouddhistes implique que la voie spirituelle et le code moral de la foi bouddhique proviennent d’une plus haute autorité, c’est-à-dire d’une authentique révélation de Dieu.

Quel a été le nerf de la déclaration que les bouddhistes sont un peuple du Livre ? Était-ce seulement en vertu de coutumes d’adoration qu’ils partageaient ? Par exemple, au début du huitième siècle, l’historien persan al-Kermani a écrit un rapport détaillé sur le monastère de Nava Vihara à Balkh en Afghanistan, dans lequel il a présenté certaines coutumes bouddhiques dans des termes qui rappellent l’islam. Selon sa description, le temple principal comportait en son centre un cube de pierre recouvert d’une étoffe autour duquel les fidèles décrivaient des circonvolutions tout en s’adonnant à des prosternations, comme c’est le cas pour la Kaaba à la Mecque. Il n’a toutefois entamé aucun débat sur les croyances bouddhiques.

Y a-t-il donc un fondement doctrinaire à la déclaration que les bouddhistes sont un peuple du Livre ? Cette question est importante, car si les bouddhistes sont reconnus comme peuple du Livre, alors ils sont implicitement inclus dans la liste des communautés « sauvées » qui sont mentionnées dans les versets du Coran (2:62) : « Certes, ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Nazaréens, et les Sabéens, quiconque d’entre eux a cru en Allah, au Jour Dernier et accompli de bonnes œuvres, sera récompensé par son Seigneur ; il n’éprouvera aucune crainte et il ne sera jamais affligé ».

Cela indique le terrain qui, selon le Coran, est commun au bouddhisme et à l’islam : la croyance en Dieu et au Jour du jugement dernier, ainsi que l’accomplissement d’actes vertueux et constructifs. Même si les vues diffèrent, l’islam les considère comme étant suffisamment proches pour être compatibles. Ainsi qu’il est stipulé dans le Coran (2:137) : « Alors, s´ils croient à cela même à quoi vous croyez, ils seront certainement sur la bonne voie ». Ainsi, cette approche est clairement inclusiviste. Les bouddhistes aussi parviendront au salut enseigné par l’islam car ils entretiennent des vues similaires.
source et suite: http://studybuddhism.com/web/fr/archives/study/islam/general/common_ground_buddhism_islam.html

Voilà qui nous renvoie à l'UTT , sujet que je compte bien relancer , Inch'Allah !
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Re: Al-Azhar: "la dhimma est anachronique !"

Message  -Ren- le Sam 21 Jan - 12:08

Idriss a écrit:il est fait allusion à l'extension de la notion de gens du livre au bouddhisme lors de l'accord de Brahmanabad
De fait, cette catégorie "Ahl al Kitab" a connu des interprétations variables, restrictives ou plus ouvertes, au fil des siècles :jap:

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Re: Al-Azhar: "la dhimma est anachronique !"

Message  -Ren- le Dim 5 Mar - 20:00

Face à la marée montante des courants musulmans fondamentalistes, pressé par le président Abdel Fattah al-Sissi, qui juge que la pensée islamique contemporaine a un problème avec la violence qui ne peut plus être ajourné, c'est un véritable état d'alerte que l'imam d'al-Azhar, Ahmad el-Tayyeb, semble avoir décrété depuis Le Caire (...)

C'est le chantier de « la citoyenneté » que l'imam Ahmad el-Tayyeb a choisi de lancer, hier, au premier temps d'un colloque de deux jours auquel il a convoqué presque autant d'intervenants chrétiens que musulmans venus de tout le monde arabe, à l'exception de l'Arabie saoudite, représentée par un seul conférencier.

En revanche, le Liban est très largement représenté, aussi bien par des intervenants chrétiens que musulmans (...)

La vedette incontestée de la délégation libanaise reste le cheikh Ahmad Kabalan, mufti jaafarite, représentant le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel Amir Kabalan. Il s'agit, souligne-t-on, d'une grande première. Cette ouverture a été honorée par le mufti jaafarite par un retentissant « Al-Azhar me représente, et représente Qom et Najaf », marquant d'un gros trait rouge la volonté de rapprochement entre sunnites et chiites. Placée très haut, la barre a fait sensation au congrès.

La communauté chiite était également représentée par des figures de proue irakiennes, ainsi que par des visages plus connus des Libanais, comme celui du cheikh Ali el-Amine, dont la voix dissidente par rapport au discours dominant ne s'est jamais tue.

Le thème même de la conférence l'a annoncé : « Liberté et citoyenneté... diversité et complémentarité » : ainsi, al-Azhar a décidé de s'attaquer à la notion de dhimmitude fondant, sur des bases pseudo-religieuses, une inégalité civique entre musulmans et non-musulmans. Cette notion est jugée « anachronique » par l'imam d'al-Azhar, et son abolition s'appuie notamment sur des références historiques remontant aux premiers temps de l'islam, et notamment au pacte de Médine conclu par le Prophète en personne avec les tribus juives et chrétiennes de l'époque. Ce pacte met en avant une société égalitaire dont les composantes jouissent des mêmes droits et sont appelées aussi bien à une solidarité défensive qu'à un vivre-ensemble pacifique.

Pour l'imam d'al-Azhar, « tous les citoyens sont égaux et les chrétiens ne peuvent être considérés comme une minorité, un terme chargé de connotations négatives ». Cette réforme ne peut plus être ajournée (...)

Comme dans tout congrès de ce type, un communiqué final (qui a déjà servi de canevas aux interventions) abordera cette question de front. Mais, selon une source fiable au sein du congrès, ce « pacte citoyen islamo-chrétien », destiné à tirer vers l'avant les sociétés civiles et religieuses arabes, ne sera pas plaqué sur le congrès, mais tiendra compte effectivement de ses débats.

Pour l'Égypte, les grandes lignes de ce pacte ressortent déjà nettement. « Exonérer les religions du terrorisme ne suffit plus face à ces défis barbares », a lancé le cheikh d'al-Azhar, en référence aux exactions des courants extrémistes. L'imam a affiché une volonté de promouvoir un islam modéré et le dialogue avec les chrétiens, accusant des groupes comme l'EI de « souiller l'image de l'islam »

De son côté, le pape copte Tawadros II a appelé à « lutter contre l'idéologie extrémiste avec une idéologie éclairée ». « L'Égypte et la région ont souffert de l'idéologie extrémiste, qui résulte d'une compréhension erronée de la religion qui a conduit au terrorisme » (...)
https://www.lorientlejour.com/article/1037897/du-caire-al-azhar-sattaque-a-la-notion-anachronique-de-dhimmitude.html

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Re: Al-Azhar: "la dhimma est anachronique !"

Message  -Ren- le Lun 6 Mar - 5:14

J'ai trouvé une rapide traduction anglaise d'une partie du communiqué final, que je traduis ici :
1 - La notion de citoyenneté est fermement enracinée dans l'islam. On en trouve la première manifestation dans la Constitution de Médine et les pactes et documents du Prophète qui suivent, régissant les relations entre musulmans et non-musulmans. En conséquence, le concept de citoyenneté n'est pas une solution importée, mais une mise à jour de la première pratique musulmane du pouvoir par le Prophète dans la première société musulmane. Cette pratique ne comprenait aucune discrimination ou exclusion à l'encontre de toute partie de la société à l'époque, mais prévoyait des politiques fondées sur la pluralité des religions, des races et des couches sociales, une pluralité opérant dans le cadre d'une citoyenneté globale et égalitaire telle que contenue dans la Constitution de Médine... qui stipulait que les non-musulmans et les musulmans partageaient les mêmes droits et devoirs.
2 - Par conséquent, les sociétés arabes et islamiques possèdent un patrimoine bien établi de coexistence dans une même société marquée par la diversité, le pluralisme et la reconnaissance réciproque. L'adoption des notions de citoyenneté, d'égalité et de droits conduit à la condamnation de ce qui contredit la citoyenneté et maintient des pratiques fondées sur la discrimination entre musulmans et non musulmans contraire à la charia [...] Le premier facteur de cohésion et La consolidation de la volonté commune est représentée par l'état constitutionnel national fondé sur les principes de la citoyenneté, de l'égalité et de l'état de droit [...]
3 - [...] Les chrétiens et les musulmans qui ont participé à la conférence d'Al-Azhar déclarent que toutes les religions sont irréprochables en matière de terrorisme, sous toutes ses formes, et le condamnent aussi fermement que possible [. . .] ".
4 - Par conséquent, la protection des citoyens, de leur vie, de leurs biens, de leurs libertés et de tous les autres droits qui leur sont conférés par leur citoyenneté et leur dignité humaine est le devoir principal des Etats nationaux [...] »
http://www.asianews.it/news-en/Al-Azhar%3A-pluralism-and-citizenship-at-the-basis-of-Islam.-But-a-civic-state-is-missing-40099.html

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Re: Al-Azhar: "la dhimma est anachronique !"

Message  -Ren- le Lun 6 Mar - 14:05

(...) « Al-Azhar, le Conseil des Sages Musulmans et les chrétiens de l’Orient se rencontrent de nouveau aujourd’hui pour confirmer la foi dans l’égalité entre les musulmans et les chrétiens dans les patries, les droits et les devoirs puisqu’ils forment une seule nation. Les musulmans ont leur religion et les chrétiens ont la leur », affirme la déclaration finale adoptée mercredi 1er mars au Caire par les participants à la « Conférence internationale sur la liberté, la citoyenneté, la diversité et la complémentarité » (...)

S’appuyant sur la « charte de Médine » – que la tradition musulmane attribue au prophète Mohammed et qui est réputée régir les rapports entre les premiers croyants musulmans et les tribus juives habitant dans cette ville – la déclaration finale affirme que la charte « ne comprenait aucune discrimination ou exclusion à l’encontre d’une quelconque fraction de la société de l’époque, mais prévoyait l’exercice de politiques basées sur la pluralité des religions, des races et des couches sociales »

Défendant les notions de « citoyenneté, d’égalité et de droits », les participants disent condamner « ce qui contredit la citoyenneté et maintient des pratiques reposant sur la discrimination entre musulmans et non-musulmans contraires à la charia et entraîne le mépris, la marginalisation et les pratiques doubles standards, aussi bien que la poursuite, l’ennui, la déportation, la tuerie et toutes les conduites que l’islam, toutes les religions et les traditions refusent »

Dans une déclaration télévisée, vendredi 13 janvier, le cheikh d’Al-Azhar, Ahmed Al Tayyeb, avait déjà qualifié d’« anachronique » le statut de protection-domination (dhimma) des minorités religieuses dans les États majoritairement musulmans, ainsi que l’imposition de la jizya, taxe qui leur était spécialement réservée.

Dans le droit fil de cette prise de position, la déclaration finale « espère que les intellectuels et les penseurs font attention au danger de l’emploi du terme’minorités’, qui porte dans ses plis la notion de la discrimination et de l’isolement sous prétexte d’affirmer les droits »

Enfin, constatant « la montée des phénomènes de l’extrémisme, la violence et le terrorisme au nom de la religion, dans les dernières décennies, et la souffrance, la pression, intimidation, la déportation, la persécution et l’enlèvement des adeptes des autres religions et cultures dans nos sociétés », les participants chrétiens et musulmans à la conférence d’Al-Azhar affirment que « toutes les religions sont innocentes du terrorisme sous toutes ses formes ». Ils demandent « à ceux qui font le lien entre l’islam, les autres religions et le terrorisme d’arrêter immédiatement cette accusation » (...)

Affirmant n’avoir pas ménagé leurs efforts ces dernières années « pour revoir, corriger, réhabiliter et enraciner les idées », « Arabes musulmans et chrétiens » reconnaissent la nécessité « de faire plus de révision en vue de renouveler et de faire évoluer notre culture et les pratiques de nos institutions ». Plusieurs domaines sont cités comme lieux privilégiés de cette coopération : l’enseignement religieux et moral, l’éducation à la citoyenneté (…), la consolidation du dialogue islamo-chrétien et le dialogue des civilisations.

Cette conférence s’inscrit dans un contexte politique délicat en Égypte, marqué par les violences récurrentes d’Al-Qaïda dans le Sinaï et les violences commises contre les coptes (...)
http://www.la-croix.com/Religion/Islam/La-Conference-dAl-Azhar-affirme-legalite-entre-musulmans-chretiens-2017-03-06-1200829653

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Re: Al-Azhar: "la dhimma est anachronique !"

Message  -Ren- le Mer 8 Mar - 15:31

J'ai enfin trouvé la version française officielle du communiqué final par al Azahr (avec des fautes...). La voici sur mon blog perso : https://blogrenblog.wordpress.com/2017/03/08/citoyennete-et-vivre-ensemble/

Les commentaires du SNRM :
Face à la marée montante des courants musulmans fondamentalistes et devant le développement de la violence prônée par des organisations terroristes comme Daech, le Grand imam d’Al-Azhar, Ahmad el-Tayyeb, a souhaité mobiliser, en ces premiers mois de 2017, dans le cadre d’une grande Conférence internationale, les religieux et penseurs musulmans du monde arabe, en lien avec le Conseil des Sages Musulmans.

Déjà, en décembre 2014, une première conférence internationale avait eu pour objectif de « combattre l’extrémisme et le terrorisme ». Puis le Grand imam avait été à la rencontre du Pape François, au Vatican, le 23 mai 2016, et du Conseil œcuménique des Eglises, à Genève, les 30 septembre et 1er octobre 2016. Enfin, les 22 et 23 février 2017 s’était tenu au Caire un séminaire auquel participaient une délégation du Vatican, conduite par le Cardinal Jean-Louis Tauran, et une délégation musulmane d’Al-Azhar, consacrant ainsi une reprise des contacts et du dialogue entre ces deux institutions.

La conférence qui s’est tenue au Caire les 28 février et 1er mars 2017 avait pour thème : « Liberté et citoyenneté, diversité et complémentarité ». Elle rassemblait plusieurs centaines de participants avec presque autant d’intervenants chrétiens que musulmans venus de tout le monde arabe. Soixante pays étaient représentés et tout particulièrement le Liban.

Il est manifeste que le Comité national libanais pour le dialogue a joué un rôle important dans la préparation de la rencontre. La délégation libanaise comprenait en effet le patriarche maronite Bechara Raï, les deux secrétaires du Comité national pour le dialogue, l’Emir Harès Chéhab et Mohammed Sammak, l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, le cheikh Ghandi Makarem, représentant le cheikh druze Akl , les co-président de la Fondation Adyan, Fadi Daou et Nayla Tabbara, l’ancien ministre Tarek Mitri, sans oublier l’ancien président Amine Gemayel. Dans la séance de clôture fut également lu un discours du président libanais actuel, Michel Aoun.

Notons que l’Université d’Al-Azhar a réussi à rassembler les représentants de douze Églises du monde arabe, du patriarche Louis Sako, de l’Eglise chaldéenne, à l’évêque luthérien de Jérusalem, Younan Mounib, président de la Fédération luthérienne mondiale, en passant par Tawadros II, pape d’Alexandrie et patriarche de toute l’Afrique de l’Église copte orthodoxe. Etaient également présents Justin Welby, archevêque anglican de Cantorbéry et primat de l’Église d’Angleterre, et Jim Winkler, président et secrétaire général du Conseil national des Églises du Christ aux Etats-Unis.

Du côté musulman, comme le notait Fady Noun, journaliste à L’Orient-Le Jour, il y avait une présence significative du monde chiite qui fit même sensation en la personne du cheikh Ahmad Kabalan, mufti jaafarite, représentant le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel Amir Kabalan, puisqu’il alla jusqu’à déclarer : « Al-Azhar me représente, et représente Qom et Najaf ».

Dans son discours inaugural, reprenant les idées déjà développées en janvier 2017 dans le cadre d’une intervention télévisée, le cheikh Ahmed Al Tayyeb a dénoncé la notion de dhimmitude qui induirait, sur des bases pseudo-religieuses, une inégalité civique entre musulmans et non-musulmans. Cette interprétation est jugée aujourd’hui « anachronique », et il en demande son abolition, s’appuyant sur des références historiques remontant aux premiers temps de l’islam, et notamment au pacte de Médine, conclu par le Prophète, en personne, avec les tribus juives et chrétiennes. Ce pacte met en effet en avant une société égalitaire dont les composantes jouissent des mêmes droits et sont appelées aussi bien à une solidarité défensive qu’à un vivre-ensemble pacifique. Pour l’imam d’al-Azhar, « tous les citoyens sont égaux et les chrétiens ne peuvent être considérés comme une minorité, un terme chargé de connotations négatives ».

Dans la déclaration finale particulièrement franche, condamnant toute violence exercée au nom de la religion, ainsi que toute forme de pouvoir politique basé sur la discrimination entre musulmans et non-musulmans, le cheikh Ahmed Al Tayyeb a solennellement affirmé que l’islam n’est pas incompatible avec le pluralisme religieux, « l’égalité en droits et en devoirs des musulmans et des non-musulmans », au sein d’un « État national constitutionnel ». La notion de « citoyenneté » n’est pas étrangère à l’islam, a insisté l’imam; bien au contraire, elle fait partie de ses fondements.
http://www.relations-catholiques-musulmans.cef.fr/2017/03/04/al-azhar-sattaque-a-la-notion-anachronique-de-dhimmitude-et-promeut-la-citoyennete/

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