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L'enseignement de Jésus selon les sources islamiques classiques

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Re: L'enseignement de Jésus selon les sources islamiques classiques

Message  -Ren- le Mer 16 Jan - 15:57

Désolé d'avoir édité votre message, mais les citations n'avaient pas de lien avec l'enseignement de Jésus, je les ai donc envoyées dans un sujet indépendant : http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t1743-byzance-et-les-portraits-de-muhammad
Merci de votre compréhension :jap:

-Ren-

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Re: L'enseignement de Jésus selon les sources islamiques classiques

Message  Doute-Pieux le Jeu 6 Juin - 22:28

Pour les personnes intéressées par la thématique, je vous conseille l'ouvrage de Tarif Khalidi aux éditions Albin Michel, "Un musulman nommé Jésus".

Il y a environ 300 citations constituant une compilation dûment référencée de Jésus vu par l'Islam.

Beaucoup d'entre elles proviennent des travaux d'Ibn Hanbal (Al Zuhd & Kitab al Wara') ou encore d'Abu 'Uthman al-Jahiz.

Certaines références sont issues du soufisme, d'autres sont des renvois aux évangiles.

Les commentaires de l'auteur sont également très intéressants.
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Re: L'enseignement de Jésus selon les sources islamiques classiques

Message  Ishraqi le Jeu 17 Avr - 2:07

Dans nos sources il y a (entre autres) : http://www.al-islam.org/node/22460
Plusieurs de ces hadiths valent le détour :

Jésus (que la Paix soit sur lui) a déclaré : «Qui construirait une maison sur les vagues de la mer ? Telle est la vie, alors ne la considérez pas comme étant une demeure permanente.»
(Bihār al-Anwār, volume 14, page 326)

On demanda à Jésus (que la Paix soit sur lui) : «Qui vous a formé ?» Il (que la Paix soit sur lui) répondit : «Personne ne m’a formé. J’ai vu la laideur de l’ignorance et je l’ai évitée.»
(Bihār al-Anwār, volume 14, page 326)

Jésus (que la Paix soit sur lui) demanda à un fidèle : «Que faites-vous ?» Il répondit : «Je prie». Jésus (que la Paix soit sur lui) lui demanda alors : «Dans ce cas, qui pourvoit à vos besoins ?» Il dit : « Mon frère». Jésus (que la Paix soit sur lui) lui dit alors : «Votre frère est meilleur que vous comme adorateur !»
(Ādāb al-Nafs, volume 1, page 215)

On rapporte que l'[Imām] ʿAlī (que la Paix soit sur lui) a dit : «Jésus, fils de Marie (que la Paix soit sur eux deux) a déclaré : "Est béni celui dont le silence est contemplation, dont le regard est un avertissement, qui se satisfait de sa maison, qui pleure pour ses erreurs et dont la main et la langue épargnent les gens."»
(Bihār al-Anwār, volume 14, page 319)
-Ren- a écrit:Tu aurais le titre de cette série ?
Salazar a écrit:Si quelqu'un a un lien pour voir cette série, même sous titrée en anglais, je suis preneur, ça m'intéresse.
On peut visionner la série en ligne : http://www.centre-zahra.com/multimedia-video/serie-prophete-jesus-2235.html
Attention : c'est extrêmement mauvais. Il y a plein de séries télés religieuses médiocres en Iran.
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Re: L'enseignement de Jésus selon les sources islamiques classiques

Message  -Ren- le Jeu 17 Avr - 6:30

Ishraqi a écrit:Dans nos sources il y a (entre autres) : http://www.al-islam.org/node/22460
Mersi bras ! :jap:

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Re: L'enseignement de Jésus selon les sources islamiques classiques

Message  Musashi974 le Ven 18 Avr - 5:21

Salam, Bonjour!

Sur le sujet de Jesus selon les sources islamique, l'article le plus complet et intéressant que j'ai lu est celui ci :

Spoiler:
Prophète central de l’islam, Jésus - appelé "’Îsâ" dans le Coran - fait partie, avec les prophètes Noé, Abraham, Moïse et Mohammad, des "élus" à qui a été révélé un Livre ou une Loi divine. [1] Dans l’islam, Jésus a donc été choisi par Dieu pour transmettre aux hommes un nouveau texte sacré, l’Evangile (Injîl), censé contenir le sens profond et vrai de la Thora, ainsi que pour rappeler aux "Enfants d’Israël" (Banî Isrâ’îl) le dogme central du monothéisme et la nécessité de se soumettre à la volonté divine.

Jésus est évoqué dans le Coran comme indissolublement lié à Marie et constitue un modèle à suivre pour l’ensemble des croyants : "Ô Marie ! Dieu t’annonce la bonne nouvelle d’un verbe émanant de Lui. Son nom est : le Messie, Jésus, fils de Marie (Al-Masîh, ’Îsâ ibn Maryam) ; illustre en ce monde comme dans l’au-delà ; il est au nombre de ceux qui sont proches de Dieu." [2] Il fait partie de la "famille de ’Imrân" comprenant sa mère Marie, Yahyâ (Jean-Baptiste), son cousin, ainsi que le père de ce denier, Zacharie. Jésus est également considéré pur de tout péché.

Le ’Îsâ de l’islam est cependant très différent du Jésus du christianisme : bien que favorisé de grands dons et "fortifié par l’Esprit Saint", la vision coranique le considère essentiellement comme un homme et lui dénie donc la part de divinité qui constitue le fondement de la religion chrétienne. Ainsi, dans une optique comparée, la vision et conception profondément différente du monothéisme ainsi que de la relation entre Dieu et les hommes dans ces deux religions apparaît avec toute sa force au travers de leur différente vision du personnage de Jésus. Cependant, dans les deux traditions, il n’en demeure pas moins le prophète qui bouleverse les lois, tant par sa naissance et sa mort que par la profondeur de son message, et qui a constitué une source inépuisable de méditation pour de nombreuses grandes figures de l’islam au cours des siècles.

Le contexte de l’époque

Nous ne savons pas avec précision dans quelle mesure le prophète Mohammad lui-même connaissait le personnage de Jésus et les différents aspects de la doctrine chrétienne de l’époque, qui, à la fin du VIe siècle, était loin d’être unifiée. La révélation coranique s’est ainsi déroulée dans un contexte où foisonnaient une multitude de communautés chrétiennes - nestoriens, priscilliens, monophystes… - ayant notamment des conceptions différentes de la nature de la personne du Christ lui-même.

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Rencontre du jeune Mohammad avec le moine chrétien Bahîra, illustration de Jamî’ al-Tawârikh, XIVe siècle.
Selon certains éléments de la tradition islamique, le prophète Mohammad se serait trouvé au contact de plusieurs chrétiens tels que le moine nestorien Bahîra - qui, alors que Mohammad n’était encore qu’enfant, le reconnaît comme un futur prophète [3] -, Waraqa ibn Nawfal, chrétien parent de sa femme Khadîja qui lui apportera la confirmation de sa mission prophétique, ou encore Salmân de Perse, qui se convertira à l’islam et fut l’un de ses plus proches compagnons.

A l’époque de la Révélation, l’Arabie entretenait également des relations avec les chrétiens monophysites du Najrân au Yémen [4], les Lakhmides nestoriens de Hira, et certaines communautés chrétiennes de Syrie. En outre, au temps des persécutions des compagnons de Mohammad à la Mecque, ce dernier les invita à se réfugier en Abyssinie, auprès du roi chrétien Négus qui, touché par le respect et la haute estime accordés à Jésus et Marie dans le Coran, décida de leur accorder protection et soutien.

La figure du Christ dans le Coran

Tantôt qualifié de Parole de Vérité (Qawl al-Haqq), d’Esprit de Dieu (Rûh Allah), de serviteur de Dieu (’Abdollah) ou encore de "signe pour l’Heure" (’ilm lilsa’ât) et de "Masîh" (signifiant le "oint") [5], le Coran présente également Jésus comme le "Verbe" (Kalima) de Dieu - dont la signification est cependant bien différente de la notion de "Verbe" de l’Evangile de Saint Jean selon lequel Dieu s’est fait chair. Pour l’islam, le Verbe reste une créature, même s’il n’en demeure pas moins doté d’un rang éminent en ce qu’il est chargé de véhiculer la Parole de Dieu et parler en son nom : "Jésus devient le Verbe de Dieu non pas à cause de son incarnation par laquelle sa chair devient divine, mais parce que son esprit est parvenu à un tel degré de perfectionnement qu’il est devenu un miroir au travers duquel la divinité se révèle". [6]


Jésus-’Îsâ faisant descendre une "table servie" (mâ’ida) du ciel pour ses disciples, miniature persane, date et auteur inconnus.
La dimension exceptionnelle de la naissance virginale de Jésus est soulignée par le fait que Jésus a été conçu par le souffle de l’Esprit divin (Rûh) [7] insufflé en Marie. Le mystère de sa conception a parfois été comparé à celle d’Adam, créés tous deux par la Parole divine existentiatrice "Soit" (Kun !) [8], avec cependant pour différence essentielle qu’Adam n’eut pas de mère. Le miracle de la naissance de Jésus est renforcé par le caractère extraordinaire du nouveau-né qui parle dès sa naissance [9] et répond aux accusations lancées contre sa mère : "Je suis vraiment le serviteur de Dieu. Il m’a donné le Livre et m’a désigné Prophète. Où que je sois, Il m’a rendu béni ; et Il m’a recommandé, tant que je vivrai, la prière et la Zakat ; et la bonté envers ma mère. Il ne m’a fait ni violent ni malheureux." [10]

Comme le prophète Mohammad après lui, Jésus-Isâ ne vient pas apporter un nouveau message, mais davantage confirmer les révélations précédentes et inviter les hommes au monothéisme pur, dans la continuation de Noé, d’Abraham et de Moïse. Il confirme ainsi le message de la Torah, tout en modifiant certaines de ses prescriptions légales. En outre, le Coran évoque que Jésus fut aidé par l’Esprit Saint (Rûh al-Qudus) [11] ainsi que par un groupe de "disciples" (hawâriyûn). C’est également à la demande de ces derniers que Jésus demande à Dieu de faire descendre du ciel une "table servie" (mâ’ida) [12] - qui rappelle aux commentateurs tantôt l’épisode de la Cène, tantôt celui de la multiplication des pains - comme ultime preuve de la véracité de sa prophétie. Ainsi, si le contenu de cette dernière fut rejeté par une grande partie des Juifs (Banî Isrâ’îl), seuls les apôtres (hawâriûn) ont réellement "crû" à l’issu de l’envoi de ce signe du ciel. Dieu a également donné à Jésus la capacité de réaliser des miracles "par sa permission", notamment de guérir les malades ou de donner vie à des formes inertes : "Tu fabriquais de l’argile comme une forme d’oiseau par Ma permission ; puis tu soufflais dedans. Alors par Ma permission, elle devenait oiseau. Et tu guérissais par Ma permission, l’aveugle-né et le lépreux. Et par Ma permission, tu faisais revivre les morts." [13]

Concernant la conception même de la personne du Christ, toute idée d’incarnation ou de divinité est fermement rejetée. Nous touchons ici au cœur même de l’islam qui insiste avant tout sur l’idée d’unicité (tawhîd), d’unité et de transcendance divine absolue, proscrivant ainsi formellement toute idée d’association (shirk) entre Dieu et ses créatures. [14] Malgré son statut d’élu et de messager, le Christ reste donc avant tout un homme, dont l’existence est sans commune mesure avec l’essence divine. Cette différence essentielle est clairement exprimée dans le Coran qui rapporte les paroles du Christ à son Créateur : "Tu sais ce qu’il y a en moi, et je ne sais pas ce qu’il y a en Toi. Tu es, en vérité, le grand connaisseur de tout ce qui est inconnu." [15] Isâ se présente également comme un serviteur de Dieu (’abd) et se défend d’être à l’origine de tout associationnisme : "Je ne leur ai dit que ce que Tu m’avais commandé, (à savoir) : "Adorez Dieu, mon Seigneur et votre Seigneur"". [16] La figure de Jésus-Isâ telle qu’elle est présentée dans le Coran souligne la centralité de la transcendance du divin en islam, qui ne peut en aucun cas s’incarner dans l’histoire et être appréhendé en soi au travers des notions de matérialité ou de corporéité.

L’Evangile (Injîl) comme "guide et lumière"


Marie venant de donner naissance à Jésus près du palmier, miniature persane, date et auteur inconnus.
Comme nous l’avons évoqué, il fut révélé à Jésus un Evangile (Injîl) [17] qualifié par le Coran de "guide et lumière" [18] et censé contenir le sens vrai de la Thora. Cependant, le texte original fut ensuite perdu et son application dévoyée : "Nous […] lui avons apporté l’Evangile, et mis dans les cœurs de ceux qui le suivirent douceur et mansuétude. Le monachisme qu’ils inventèrent, Nous ne le leur avons nullement prescrit. [Ils devaient] seulement rechercher l’agrément de Dieu." [19] Le sens et le contenu du mot "évangile" font donc référence à deux réalités fondamentalement différentes dans la chrétienté et en islam : recueil de témoignages écrits plusieurs décennies après la mort du Christ pour le christianisme, l’Injîl lui fut au contraire directement révélé par Dieu de son vivant selon l’islam.

Il faut néanmoins relever certaines similitudes, comme ce verset du Coran indiquant que l’Injîl présente les vrais croyants comme "une semence qui sort sa pousse, puis se raffermit, s’épaissit, et ensuite se dresse sur sa tige, à l’émerveillement des semeurs" [20] ; faisant ainsi écho à certains passages de l’Evangile selon Saint Matthieu : "Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la parole et la comprend ; il porte le fruit, et un grain en donne cent, un autre soixante, un autre trente" [21] ; "la bonne semence, ce sont les fils du royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du malin". [22]

L’annonceur du "Paraclet"

Le Christ est également considéré par l’islam comme l’annonciateur de la venue du prophète Mohammad. [23] Cette vision s’appuie notamment sur une lecture particulière des paroles du Christ rapportées dans l’Evangile selon Saint Jean, annonçant la venue d’un "Paraclet" : "J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand le consolateur sera venu, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité (Jean, 16:12-13).

L’authenticité de la traduction chrétienne courante évoquant un "consolateur" (du grec parakletos) est contestée par les musulmans qui considèrent que le mot grec original était periklytos, signifiant "glorieux", "plus loué" ou encore "Ahmad" en arabe, provenant lui-même de la racine "h-m-d", évoquant l’idée de louange et de glorification, et à partir duquel est formé le nom de "Mohammad". Cette interprétation est selon eux confirmée par la seconde partie de la parole du Christ qui poursuit : "car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir" (Jean, 16:13) ; ce qui s’accorde totalement avec la révélation coranique qui fut "dictée" à Mohammad par l’intermédiaire de l’Ange Gabriel et comporte une dimension eschatologique essentielle. La continuité des prophéties christique et mohammadienne, expressément affirmée dans le Coran, est, selon les musulmans, également énoncée par le Christ à la suite des paroles que nous venons de rapporter : "Il me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera", (Jean, 16:15).

Eschatologie

Selon l’islam, le Christ ne serait pas mort sur la croix : un sosie lui aurait été substitué peu avant la crucifixion, tandis que, comme les prophètes Hénoch et Elie, il serait monté au ciel vivant : "Ils ne l’ont ni tué ni crucifié ; mais ce n’était qu’un faux semblant. […] Dieu l’a élevé vers Lui." [24] Le Christ a cependant un rôle eschatologique essentiel en ce qu’il doit revenir à la fin des temps au côté du "mahdî" pour rétablir le règne de la justice et vaincre l’Antéchrist. [25] Cependant, à la différence du christianisme, l’islam ne considère pas le Christ comme un sauveur, étant donné qu’il ne reconnaît pas la notion d’Alliance ni de péché originel et que la rédemption ne s’obtient qu’au travers des efforts de chaque croyant pour suivre les préceptes révélés dans le Coran. L’essentiel des dogmes chrétiens (divinité du Christ, incarnation, Trinité, crucifixion, rémission des péchés) est donc rejeté. [26] Malgré ces différences, ces deux traditions n’en partagent pas moins un horizon commun, caractérisé par une même attente eschatologique du retour de Jésus-Christ à la fin des temps.

La question de l’étymologie : le "Jésus" des chrétiens est-il le "’Îsâ " des musulmans ?

Dans le Coran, Jésus apparaît soit sous le nom de " ’Îsâ ", soit celui de "Masîh" ; or, le Jésus des chrétiens arabes se nomme Yasû’, lui-même issu de l’hébreu Yéshû’, diminutif de Yéhôshûa (Josué) signifiant "Dieu sauve". Yasû’ viendrait donc de la racine Yâsha’, "sauver", distincte de la racine de ’Îsâ, dont l’origine et la signification demeurent incertaines. [27] Certains ont évoqué une simple déformation du nom par déplacement du ’ayn final au début du mot (métathèse) et modification de voyelle longue "û" en "â", mais qui n’en fait pas moins référence à une même personne ; cependant, l’ampleur de la transformation rend cette hypothèse douteuse. [28] François Jourdan penche pour la version selon laquelle ’Îsâ proviendrait de ’Ysaû, nom sémitique d’Esaü, alors utilisé par les Juifs pour désigner les chrétiens. Sans rentrer dans l’ensemble des analyses linguistiques et historiques venant étayer telle ou telle affirmation, ces hypothèses n’en révèlent pas moins la difficulté à assimiler de fait le "Yasû’ " du Nouveau Testament au "’Îsâ " du Coran, bien que le fait qu’il y soit désigné comme "fils de Marie" nous autorise à penser qu’il s’agit bel et bien d’un même personnage.

Jésus dans la tradition musulmane

Les nombreux récits de la tradition musulmane consacrés à Jésus insistent notamment sur sa pureté, comme ce célèbre hadîth de Bukhârî : "Lorsque chaque être humain naît, Satan touche de ses deux doigts les deux côtés de son corps, sauf Jésus, fils de Marie, que Satan n’a pas réussi à toucher, n’effleurant que le placenta." [29] De même, selon un hadîth attribué au prophète Mohammad, ce dernier aurait affirmé que "De tous les prophètes, le plus proche de moi est Jésus, fils de Marie. Il y a entre lui et moi aucun autre prophète". Le message du Christ apparaît donc comme étroitement lié à la révélation mohammadienne qui ne viendrait que l’approfondir et en restaurer le sens vrai ; Jésus et Mohammad n’étant cependant que les deux pôles d’une vérité unique. De façon générale, les chrétiens sont également considérés comme les croyants les plus proches des musulmans : "Tu trouveras certes que les plus disposés à aimer les croyants [musulmans] sont ceux qui disent "Nous sommes chrétiens". [30]


Sermon sur la montagne du Christ, miniature persane, date et auteur inconnus.
Jésus est également "présent" dans plusieurs événements de la vie du Prophète : comme le relate Martin Lings dans sa biographie consacrée au prophète Mohammad, lors de son voyage nocturne (isrâ’) suivi de son ascension céleste (mi’raj), accompagné de sa monture Burâq et de l’Archange Gabriel, "ils filèrent en direction du nord, dépassèrent Yathrib et Khaybar et parvinrent enfin à Jérusalem. Là, un groupe de prophètes - Abraham, Moïse, Jésus et d’autres - se porta à leur rencontre…" [31] Cet événement n’est bien sûr pas à situer dans le temps "historique" qui est le nôtre, mais dans le monde imaginal, lieu des évènements mystiques au-delà de toute temporalité terrestre, où, dégagées de la linéarité du temps matériel, toutes les rencontres deviennent possibles…

Jésus selon la gnose chiite

Dans la gnose chiite, Jésus est avant tout considéré comme une épiphanie (mazhar) de l’un des aspects de la gloire divine apparaissant dans le monde sensible sans s’y incarner, telle une image se reflétant dans un miroir sans pour autant se confondre avec lui.

L’importance de la figure du Christ est également soulignée par plusieurs Imâms dont l’Imâm Sâdiq qui aurait déclaré : "Sache que si quelqu’un renie Jésus le fils de Marie, et reconnaît tous les prophètes sauf lui, il n’est pas au nombre des croyants" [32] ; tandis que l’Imâm Bâqir va même jusqu’à s’identifier avec le Christ, en s’inspirant des versets du Coran lui étant consacrés : "Je suis le Christ qui guérit les aveugles et les lépreux, qui donne vie aux oiseaux d’argile et qui dissipe les nuées. Je suis lui et il est moi". [33] Enfin, le septième Imâm, Mûsâ Kâzim, choisit de faire figurer une partie du texte des béatitudes de l’Evangile dans son testament spirituel.


L’ascension au ciel de Jésus, miniature turque ancienne.
En outre, Narkès, la mère de l’Imâm du Temps, le douzième imâm chiite, était une princesse grecque chrétienne et descendante de l’un des apôtres du Christ, Simon-Pierre [34]. Un jour, cette dernière voit en songe le Prophète Mohammad demander au Christ sa "fille" pour son propre fils, l’Imâm du temps : "Christ, ayant regardé longuement Simon-Pierre, lui dit : "Honneur insigne et noblesse sont venus à toi. Noue donc ce lien entre ta propre famille et la famille de Mohammad". [35] Les deux prophètes ainsi que les douze apôtres et les douze imâms du chiisme duodécimain seront par la suite témoins de cette union, qui scelle également dans la conscience chiite un lien et une proximité unique entre Jésus et l’Imâm du Temps.

De façon générale et comme l’a souligné Henry Corbin dans son œuvre, l’imâmologie chiite est proche d’une certaine christologie des origines, celle des premiers siècles ayant suivi la mort du Christ ayant essentiellement développé une conception théophanique du Christ ou "Christos Angelos", présenté comme le reflet de l’un des attributs divin mais non son incarnation ; idée qui fut par la suite totalement évincée par la christologie paulinienne ayant fait prévaloir le dogme de l’incarnation. [36] Or, cette conception se rapproche de la vision chiite des Imâms conçus comme étant l’épiphanie de la "Forme" de Dieu au travers de laquelle il manifeste ses Attributs sans s’y incarner.

Jésus dans la mystique musulmane

Jésus est une figure quasi-omniprésente de la littérature mystique musulmane où il incarne souvent l’invitation adressée à chaque homme à partir à la recherche de la part de divin cachée en lui. Etroitement liée à la figure de Maryam, le Christ typifie essentiellement la naissance spirituelle destinée à s’accomplir au sein de chaque être ; le corps devant auparavant être "purifié" de toute mauvaise pensée ou acte pour pouvoir donner naissance au "Jésus de son être". [37]

Dans ce sillage, au cours d’une réflexion sur la douleur, Mowlânâ Jalâl-od-Dîn Rûmî compare notre corps à celui de Marie, que les douleurs de l’enfantement incitèrent à se réfugier vers un palmier desséché qui porta alors ses fruits : "Le corps est pareil à Marie, et chacun possède en lui un Jésus. Si nous éprouvons en nous cette douleur, notre Jésus naîtra" [38] pour enfin conclure : "Cherche un remède tant que ton Jésus est sur la terre : une fois ton Jésus parti vers le ciel, ton remède aura disparu". La figure du Christ, symbolisant ici l’âme et la dimension spirituelle de chaque homme, souligne la nécessité de l’action dans cette vie, étant donné que l’occasion de nous perfectionner au travers nos actes ne nous sera plus donnée dans l’au-delà. Nous retrouvons la même thématique dans nombre de ses poèmes : "Si tu es à la recherche de l’âne, dans cette étable du monde, Va chercher ton âne, mais Jésus ne doit pas être cherché là. Jésus est séparé de l’âne par la lumière du cœur. [...] N’entre pas en lice avec un âne ; celui qui est monté sur l’âne." [39] ; "Le chagrin qu’il [40] me cause est dans mon cœur comme un trésor, mon cœur est "lumière sur lumière" [41], pareil à la belle Maryam qui porte en son sein Jésus." [42] Jésus est encore ici indissolublement lié à Marie, symbolisant la pureté du corps nécessaire à la naissance de l’enfant de l’âme (tefl-e jân). Le Christ incarne également la lutte et le nécessaire détachement de toute âme à la recherche de son vrai principe. [43]

Dans l’anthropologie mystique de ’Alâoddawleh Semnânî (XIVe siècle) selon laquelle l’homme possède sept organes subtils (latâ’if) correspondant à une couleur et à un prophète particulier, le "Jésus de ton être" correspond au "mystère" (khafî) de la naissance spirituelle destinée à s’accomplir dans chaque être, annonçant ainsi la venue du "Vrai Moi", ou le "Mohammad de ton être". Dans cette intériorisation de la figure christique, l’ "enlèvement au monde" de ce dernier symbolisera dès lors le retour du mystique à son Principe et son occultation au monde.

Le motif de la Croix de Lumière a également été largement évoqué par la gnose ismaélienne qui présente une vision selon laquelle la vraie croix et le vrai Christ ne sont pas à rechercher dans ce monde mais dans les profondeurs même de la conscience du gnostique.

Jésus occupe également une place centrale dans l’œuvre d’Ibn ’Arabî qui le considère comme "le sceau de la sainteté (walâyat)" [44], face à Mohammad qui est le "sceau des prophètes". L’étroite dépendance de Jésus à Marie - qui incarne la Sophia éternelle - est également largement évoquée dans son œuvre. De façon générale, le couple Jésus-Maryam a souvent été mis en parallèle avec celui de Adam et Eve, avec qui il entretient une relation d’opposition : si le Féminin a originellement été existentialisé par le Masculin sans besoin d’une mère, la naissance miraculeuse du Christ marque l’apparition du Masculin existencié par le Féminin sans recours à un père. Le féminin se voit alors conférer une dimension créatrice essentielle, qui sera à la source de tout un ensemble de réflexions gnostiques sur la notion de "Sophia" divine ou de "Féminin-créateur".

Malgré les différences profondes existant entre le Christ des chrétiens et le ’Îsâ des musulmans révélant deux différentes façons de concevoir la spiritualité et le rapport au divin, nous pouvons cependant constater certaines similitudes essentielles concernant le contenu même du message du Christ et de l’islam : le Jésus du Nouveau Testament vient prêcher l’avènement proche du royaume de Dieu, rejoignant ainsi l’une des thématiques centrales du Coran. Le message du Christ est essentiellement centré non sur la fondation d’une nouvelle religion, mais sur l’accomplissement de la Loi de Moïse, faisant écho à la nécessité d’un retour au monothéisme pur d’Abraham dans le Coran qui se définit essentiellement comme un "rappel". Enfin, l’appel coranique à une soumission à Dieu ainsi que la nécessité de renoncer à tout bien matériel et même à ses attaches familiales n’est pas sans rappeler certains passages centraux de l’Evangile : ainsi, le verset "Les hommes sont irrésistiblement attirés, dans leurs passions trompeuses, par les femmes, les enfants, les amoncellements d’or et d’argent, les chevaux de race, les troupeaux et les champs. C’est là une jouissance éphémère de la vie d’ici-bas , mais c’est auprès de Dieu que se trouve le meilleur séjour." [45] fait écho à ce passage de l’Evangile de Saint Matthieu : "Et quiconque aura quitté, à cause de mon nom, ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, ou ses maisons, recevra le centuple, et héritera la vie éternelle." [46]

Cependant, contrairement au christianisme où l’éradication des mouvements gnostiques des premiers siècles après Jésus-Christ et les différents Conciles ont donné lieu à l’émergence d’une définition "officielle" de la nature du Christ, l’absence d’un magistère dogmatique unique en islam a favorisé un véritable foisonnement de la conscience gnostique ainsi que la multiplication des réflexions sur les différentes dimensions théophaniques et mystiques du Christ. Jésus s’affirme donc en islam comme un prophète qui sauve non au travers de sa crucifixion, mais en incarnant lui-même la parole de Dieu, et en invitant chacun à la suivre : "Il faut achever la marche d’Abraham ; c’est cela entendre les verset qorâniques "par le Jésus de ton être", et c’est te mettre en mesure, toute vaine gloire bannie de ta pensée quand s’épiphanise la Lumière sacrosainte, de répondre toi aussi par les mots mêmes que Jésus prononce dans le Qorân : "Tu sais ce qu’il y a au fond de moi-même, mais je ne sais pas ce qu’il y a en Toi. Car c’est Toi qui connais les mystères"". [47]
http://www.teheran.ir/spip.php?article875

Et en bonus, sur le même sujet, je vous propose également cette excellente vidéo (pour les anglophones) :
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Re: L'enseignement de Jésus selon les sources islamiques classiques

Message  Ishraqi le Ven 18 Avr - 17:30

Merci Musashi, les articles de la revue de Téhéran sont en effet toujours d'une immense qualité !
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Re: L'enseignement de Jésus selon les sources islamiques classiques

Message  -Ren- le Ven 18 Avr - 17:54

Je me joins à ces remerciements :jap:

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Re: L'enseignement de Jésus selon les sources islamiques classiques

Message  Invité le Mar 29 Avr - 13:34

-Ren- a écrit:L'enseignement de Jésus selon les sources islamiques classiques

Il y a aussi l'ouvrage de Maurice Gloton qui apporte quand même un éclairage non négligeable sur "l'enseignement
authentique de Jésus" selon la perspective coranique et à travers les écrits d'Ibn Arabi. C'est le meilleur dont j'ai connaissance.

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Re: L'enseignement de Jésus selon les sources islamiques classiques

Message  -Ren- le Mar 29 Avr - 14:40

Cebrâîl a écrit:Il y a aussi l'ouvrage de Maurice Gloton qui apporte quand même un éclairage non négligeable sur "l'enseignement
authentique de Jésus" selon la perspective coranique et à travers les écrits d'Ibn Arabi. C'est le meilleur dont j'ai connaissance.
J'imagine que vous parlez de l'ouvrage évoqué par Ghazali sur http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t280p15-l-enseignement-de-jesus-selon-les-sources-islamiques-classiques#35021 ?

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Re: L'enseignement de Jésus selon les sources islamiques classiques

Message  Invité le Mar 29 Avr - 14:45

-Ren- a écrit:
Cebrâîl a écrit:Il y a aussi l'ouvrage de Maurice Gloton qui apporte quand même un éclairage non négligeable sur "l'enseignement authentique de Jésus" selon la perspective coranique et à travers les écrits d'Ibn Arabi. C'est le meilleur dont j'ai connaissance.
J'imagine que vous parlez de l'ouvrage évoqué par Ghazali sur http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t280p15-l-enseignement-de-jesus-selon-les-sources-islamiques-classiques#35021 ?
Oui, et je ne suis pas d'accord avec la critique négative qui en est faite. L'ouvrage est neutre et sérieux.

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Re: L'enseignement de Jésus selon les sources islamiques classiques

Message  Ishraqi le Mar 29 Avr - 18:40

Ghazali a écrit: Néanmoins, Gloton a déformé la doctrine islamique et akbarienne dans son livre, pour la faire coïncider subtilement avec les visées sionistes
Qu'est-ce qui permet de dire ça ? :suspect: 
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Re: L'enseignement de Jésus selon les sources islamiques classiques

Message  MrCheshire le Mar 9 Aoû - 14:29

A mon sens, le travail a déja été fait par Henri de la Hougue. Un travail remarquable, je tiens à le signaler : http://croire.la-croix.com/Definitions/Mots-de-la-foi/Islam/Jesus-dans-le-Coran-et-dans-la-tradition-musulmane

Jésus dans la tradition musulmane:
JESUS ET LE CORAN

La naissance de Jésus

Sourate 19, 16-35 (traduction Blachère)
"Et, dans l'Écriture, mentionne Marie quand elle se retira de sa famille en un lieu oriental et qu'elle disposa un voile en deçà d'eux. Nous lui envoyâmes Notre Esprit et il s'offrit à elle [sous la forme] d'un mortel accompli. "Je me réfugie dans le Bienfaiteur, contre toi", dit [Marie]. "Puisses-tu être pieux!"

- "Je ne suis", répondit-il, "que l'émissaire de ton Seigneur, [venu] pour que je te donne un garçon pur." - "Comment aurais-je un garçon", demanda-t-elle, "alors que nul mortel ne m'a touchée et que je ne suis point femme?"
- "Ainsi sera-t-il", dit [l'Ange]. "Ton Seigneur a dit: Cela est pour Moi facile et Nous ferons certes de lui un signe pour les gens et une grâce (rahma) [venue] de Nous: c'est affaire décrétée."
Elle devint enceinte de l'enfant et se retira avec lui dans un lieu éloigné. Les douleurs la surprirent près du stipe du palmier. "Plût au ciel", s'écria-t-elle, "que je fusse morte avant cet instant et que je fusse totalement oubliée!"
[Mais] l'enfant qui était à ses pieds lui parla: "Ne t'attriste pas! Ton Seigneur a mis à tes pieds un ruisseau. Secoue vers toi le stipe du palmier: tu feras tomber sur toi des dattes fraîches et mûres. Mange et bois et que ton œil se sèche! Dès que tu verras quelque mortel, dis: "Je voue au Seigneur un jeûne et ne parlerai aujourd'hui à aucun humain!" Elle vint donc aux siens, portant [l'enfant].
- "O Marie!", dirent-ils, "tu as accompli une chose monstrueuse! O sœur d'Aaron! ton père n'était pas un père indigne ni ta mère une prostituée!" Marie fit un signe vers [l'Enfant]. -  "Comment", dirent-ils, parlerions-nous à un enfançon qui est au berceau?"
Mais [l'enfant] dit: "Je suis serviteur d'Allah. Il m'a donné l'Écriture et m'a fait Prophète! Il m'a béni où que je sois et m'a recommandé la Prière et l'Aumône tant que je resterai vivant, ainsi que la bonté envers ma mère. Il ne m'a fait ni violent ni malheureux. Que le salut soit sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai et le jour où je serai rappelé vivant!"
Celui-là est Jésus fils de Marie. Parole de vérité qu'ils révoquent en doute!
Il n'était pas séant à Allah de prendre quelque enfant.
Gloire à Lui! Quand Il décide quelque chose, Il dit seulement: "Sois!" et elle est."

On trouve dans cette sourate 19 quelques éléments proches de la foi chrétienne comme :

- l'annonciation
- la venue de l'esprit de Dieu
- la conception virginale de Jésus ainsi que d'autres éléments coraniques, comme le fait que Jésus parle dès sa naissance.

Regardons l'autre grand passage du Qur'ân qui mentionne la conception de Jésus :

Sourate 3, 42-51 (traduction Blachère)

Et [rappelle] quand les Anges dirent: "O Marie!, Allah t'a choisie et purifiée. Il t'a choisie sur [toutes] les femmes de ce monde. O Marie!, sois en oraison devant ton Seigneur! Prosterne-toi et incline-toi avec ceux qui s'inclinent!"
Ceci fait partie des récits ('anbâ') de l'Inconnaissable que Nous te révélons car tu n'étais point parmi eux [Prophète!], quand ils jetaient leurs calames [pour savoir] qui d'entre eux se chargerait de Marie; tu n'étais point parmi eux quand ils se disputaient.
[Rappelle] quand les Anges dirent: "O Marie!, Allah t'annonce un Verbe [émanant] de Lui, dont le nom est le Messie, Jésus fils de Marie, [qui sera] illustre dans la [Vie] Immédiate et Dernière et parmi les Proches [du Seigneur]. Il parlera aux Hommes, au berceau, comme un vieillard, et il sera parmi les Saints."
- "Seigneur!", répondit [Marie], "comment aurais-je un enfant alors que nul mortel ne m'a touchée?"
- "Ainsi", répondit-Il (sic), "Allah crée ce qu'Il veut. Quand Il décrète une affaire, Il dit seulement à son propos: "Sois!" et elle est."  [Allah] lui enseignera l'Écriture, la Sagesse, la Thora et l'Évangile.
"...Et [j'ai été envoyé] comme Apôtre aux Fils d'Israël, disant: "Je viens à vous avec un signe de votre Seigneur. Je vais, pour vous, créer d'argile une manière d'oiseaux; j'y insufflerai [la vie] et ce seront des oiseaux, avec la permission d'Allah. Je guérirai le muet et le lépreux. Je ferai revivre les morts, avec la permission d'Allah. Je vous aviserai de ce que vous mangez et de ce que vous amassez dans vos demeures. En vérité, en cela, est certes un signe pour vous, si vous êtes croyants.
[Je suis envoyé] déclarant véridique ce qui a été donné avant moi, de la Torah, afin de déclarer pour vous licite une partie de ce qui avait été pour vous déclaré illicite. Je suis venu à vous avec un signe de votre Seigneur. Soyez pieux envers Allah et obéissez-moi! Allah est mon Seigneur et votre Seigneur. Adorez-Le donc! C'est une voie droite."

La Mission de Jésus :

Jésus succède aux prophètes d'Israël (5,46; 57,27). Il est envoyé aux Fils d'Israël (3,49; 43,59-64; 61,6) pour confirmer la Torah (3,50; 5,46; 61,6); mais il supprime certains interdits (3,50) et annonce Muhammad (61,6).

Ses miracles :

- en général (bayyinât) (2,87; 5,110; 43,63; 61,6)
- en particulier: il parle à sa naissance (19,24-26), au berceau (19,30) et adulte (3,46; 5,110); vivifie l'oiseau, opère des guérisons, ressuscite les morts, devine les secrets (3,49; 5,110); la mâ'ida (5,112-115).

Sa prédication :

Nadorer qu'un seul Dieu (3,51; 5,72 et 117; 19,36; 43,63), craindre Dieu et lui obéir (3,50; 5,112; 43,63). Il apporte la Sagesse (43,63), explique aux Fils d'Israël ce sur quoi ils sont divisés (43,63).

Le drame de sa fin sur terre :

Il se heurte à l'incrédulité des Juifs (3,52; 5,110; 61,6); il fait appel à ses "Auxiliaires", les Apôtres (3,52; 5,111) , maudit les juifs (5,78), qui rusent pour le faire mourir (3,54-55; 4,157) ; mais il est sauvé par Dieu (3,54; 5,110), ni tué ni crucifié, mais élevé au ciel (3,55; 4,158). Pour les orthodoxes sunnites, Jésus n'a pas été crucifié. Certains courants shiites, philosophiques (platonisants) et mystiques, admettront que le corps de Jésus est mort en croix, mais que son âme a été élevée au ciel. Entre son élévation au ciel et son retour sur terre, Jésus vit auprès de Dieu, volant autour de son Trône, mi-ange mi-homme, sans boire ni manger, couvert de plumes. C'est ainsi que Muhammad le rencontre dans son ascension nocturne (mirâj).

Son rôle eschatologique, lors de son retour sur terre :

Signe de l'Heure (43,61) et au Jugement, témoin contre les chrétiens (4,159; 5,116-117). Les Shiîtes le remplacent par le retour de leur "Imâm caché", appelé le Mahdî. D'où réaction orthodoxe : "Pas d'autre Mahdî que Jésus" (Là mahdiya illâ °Îsâ).

Les divers noms de Jésus dans le Coran (Qur'ân) :

-'Îsâ (Jésus) est cité dans 10 sourates différentes et revient 25 fois dans le Coran. L’étymologie de ('Îsâ) n'est pas évidente, il existe plusieurs hypothèses pour expliquer la différence avec (Yasû') le Jésus biblique. Toujours est-il que dans l'esprit des musulmans,
'Îsâ est bien Jésus, fils de Marie qui a donné l'évangile (al-injîl), dont les chrétiens ont fait un fils de Dieu.

- Al-masîh (le messie) 11 fois
La racine (MSH) signifie "mesurer", "frotter" et "oindre". Mais le mot Messie (al-masîh) provient sans doute de l'araméen ou de l’hébreu, où il était employé dans le sens de sauveur (masîah). Muhammad a pris ce mot aux chrétiens arabes, chez qui le nom
'abd al-masîh ("serviteur du messie"), était connu à l'époque préislamique, mais il est douteux qu'il ait connu le vrai sens du terme.
Le mot ne se trouve que 11 fois dans le Coran et uniquement dans des sourates médinoises, la plupart du temps lié à "fils de Marie" (ibn Maryam), et toujours pour parler de Jésus.
Al-masîh est donc un titre de Jésus, mais sans connotation messianique, ni aucune interprétation eschatologique.
Dans la tradition, dans le hadith canonique, al-masîh se rencontre dans trois passages, toujours pour parler de Jésus : dans un rêve de Muhammad, au retour de Jésus et au jugement dernier.

- Kalima min Allah (Parole venant de Dieu). Kalima est très fréquent dans le Coran on le retrouve dans le sens de :
- parole proférée (bonne 14,24 ou mauvaise 9,74)
- parole de Dieu réalisatrice au sens de ('Amr)
Jésus est appelé "parole venant de Dieu" (kalima min Allah) en 3, 39.45, mais les commentateurs voient dans ce titre :
- soit une parole divine liée au (kun) "sois" et rapprochent la création de Jésus à celle d'Adam : "Il en est de Jésus comme d'Adam auprès de Dieu, Dieu l'a créé de terre, puis il lui a dit "sois!" et il est" 3,59
- soit le fait que Jésus est le prophète annoncé dans la parole de Dieu, reçue et prêchée par les prophètes antérieurs.
- soit parce que Jésus parle de la part de Dieu et ainsi conduit les hommes dans le bon chemin. - soit parce que Jésus est une bonne nouvelle, parole de vérité (qawl al-haqq).

Il ne faudrait pas trop vite voir dans cette "parole" (kalima) l'équivalent de notre verbe (logos) ce n'est pas l'attribut de la parole (kalâm) mais son expression en laquelle se formulent et se communiquent les décisions divines.

- Nabi (prophète) en 19,30
Jésus est prophète, il est d'ailleurs cité plusieurs fois parmi les autres prophètes. Comme tout prophète il a une mission à accomplir dans un peuple particulier, les fils d'Israël. Mais il est plus qu'un prophète, puisqu'il a le statut d'envoyé.

- Rasûl (envoyé) 3 fois
Le rasûl est plus qu'un prophète, il est un envoyé, qui a un message à délivrer, comme l'ange Gabriel. Jésus a transmis l'Evangile, il est donc rasûl, comme Moïse qui a transmis la Torah, ou Muhammad qui a récité le Coran.

- 'Abd Allah (serviteur de Dieu)
Ce mot signifie et rappelle avant tout que Jésus est une créature de Dieu, soumise à Dieu. Cependant c'est un attribut de Jésus très important, puisque cela en fait un des meilleurs musulmans. Ibn Arabi dira de Jésus qu'il est le sceau de la sainteté.

Un chrétien ne peut pas ne pas penser au serviteur d'Isaïe ('ebed) et à l'esclave de Ph 2, 7 (doulos). Du point de vue du dialogue, c'est certainement un attribut très important de Jésus, parce que ce terme a une signification forte en Islam, comme dans le Christianisme. Il faut cependant se rappeler la signification première qui est une négation de la divinité de Jésus.

- Rûh (esprit venant de lui) en 4, 171 Jésus est un Esprit de Dieu (Rûh min Allah)
"O Détenteurs de l'Écriture!, ne soyez pas extravagants, en votre religion! Ne dites, sur Allah, que la vérité! Le Messie, Jésus fils de Marie, est seulement l'Apôtre d'Allah, son Verbe jeté par Lui à Marie, et un Esprit [émanant] de Lui. Croyez en Allah et en Ses Apôtres et ne dites point: "Trois!" Cessez! [Cela sera] un bien pour vous. Allah n'est qu'une divinité unique. A Lui ne plaise d'avoir un enfant! A Lui ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre.Combien Allah suffit comme protecteur (wakîl)!" (4,171)

Mais la suite du verset nous garde bien de faire de ce titre une interprétation trop chrétienne. Comme nous l'avons vu plus haut, ce titre vient avant tout du fait que Jésus est né du souffle divin né en Marie :  "Et [fais mention de] celle restée vierge en sorte que Nous soufflâmes en elle de Notre esprit et que Nous fîmes d'elle et de son fils un signe pour le monde." (21,91) et que pour accomplir sa mission, Jésus a été fortifié par l'Esprit Saint (Rûh al qudus) 5,110

Autres titre :
- Ibn Maryam (fils de Marie) 33 fois dont 16 avec ('Îsâ)
- min al-muqarrabîn (parmi les proches) en 3, 45
- wajîh (digne de considération) en 3,45
- mubârak (béni) en 19,31
- qawl al-haqq (parole de vérité) en 19, 34 2.

DANS LA TRADITION MUSULMANE

On trouve dans la tradition un certain nombre de hadith ("propos" attribués au Prophète, qui constituent la tradition musulmane, la sunna) concernant Jésus ou Marie qui permettent de voir comment la tradition situe Jésus par rapport au prophète Muhammad. Nous avons été voir chez Bukhâri (mort en 870/ h.256), le plus important des traditionnistes.

Sur la nature de Jésus, on trouve :

"D'après Sa'îd-ben-al-Mosayyab, Abou Horaïra a dit: J'ai entendu l'envoyé de Dieu s'exprimer ainsi : " Il ne nait pas un seul fils d'Adam, sans qu'un démon ne le touche au moment de sa naissance. celui que le démon touche ainsi pousse un cri. Il n'y a eu d'exeption que pour Marie et son fils". (El-Bokhâri, Les traditions islamiques, Maisonneuve, Paris 1984, tomeII, Livre 60, ch 44)

D'après 'Obâda, le prophète a dit: quiconque témoignera qu'il n'y a pas de divinité en dehors de Dieu, l'unique, n'ayant pas d'associés; que Mahomet est son adorateur et son envoyé; que Jésus est l'adorateur de Dieu, son envoyé, son verbe jeté dans le sein de Marie et une émanation de Dieu; que le paradis est une vérité, que l'enfer est une vérité, Dieu le fera entrer dans le paradis quelles qu'aient été ses œuvres." (Ibid. ch 47)

Abou Salama rapporte que Abou Horaïra a entendu l'envoyé de Dieu dire: "Je suis parmi les hommes, le plus rapproché du fils de Marie. Les prophètes sont les enfants d'un même père et de mères différentes. Entre Jésus et moi, il n'y a pas eu de prophète. (Ibid. ch 48,6)

Le prophète dit avoir rencontré Jésus lors de son voyage "...Le prophète a dit, la nuit où l'on me fit faire le voyage, je vis Moïse, c'était un homme brun, de haute taille, crépu, on aurait dit d'un Chanouïte; je vis Jésus, c'était un homme de taille et de complexion moyennes, d'une couleur entre le rouge et le blanc, et aux cheveux lisses..." (Ibid. livre 59, ch7, 16)

"Abdallah ben 'Omar rapporte que l'envoyé de Dieu a dit : "une nuit que j'étais auprès de la Ka'ba, je vis un homme brun comme un des plus beaux hommes bruns que tu n'aies jamais vus. il avait une chevelure comme la plus belle des chevelures que tu n'aies jamais vue; cette chevelure était flottante et était encore ruisselante d'eau. appuyé sur deux hommes, il faisait le tour du temple. Comme je demandais qui était cette personne, on me répondit: "c'est le Messie, fils de Marie"...(Ibid. tomeIV, livre77, Ch 68, 3)

Après Adam, Noé, Abraham, Moïse, les gens vont voir Jésus pour lui demander d'intercéder auprès de Dieu, mais celui-ci s'en juge incapable, et renvoie à Muhammad : ..."[Moïse dit] adressez vous à un autre que moi, allez trouver Jésus. Ils iront trouver Jésus et leur diront: "O Jésus, tu es un envoyé de Dieu; il a envoyé son verbe dans Marie; tu es l'esprit de Dieu, et tout enfant, dès le berceau, tu parlais aux hommes; intercède en notre faveur auprès du seigneur, ne vois-tu pas dans quel état nous sommes? Le Seigneur, répondra Jésus est aujourd'hui dans une colère telle qu'il n'en a jamais eu de pareille auparavant et qu'il n'en aura plus jamais de semblable à l'avenir. Il ne parlera pas de faute commise et ajoutera : "c'est moi, moi, moi (qui aurait besoin d'un intercesseur). Adressez-vous à un autre que moi, allez trouver Mahomet"... (Ibid, tome III, livre 65, ch5,1 cf aussi 65, 2, 1)

La tradition nous donne une connaissance un peu plus précise de Jésus que le Qu'rân, mais, par rapport à la somme de hadith existant, ceux consacrés à Jésus sont peu nombreux. Comme le Qu'rân, ils reconnaissent l'importance de Jésus, mais rappellent que celui-ci passe après Muhammad et qu'il n'est pas fils de Dieu.

Pour trouver une réflexion plus approfondie sur le Christ, on doit chercher chez les mystiques.

JESUS DANS LA TRADITION MYSTIQUE

(Nous nous référerons au livre de Roger Arnaldez, Jésus dans la pensée musulmane , coll. Jésus et Jésus-Christ n° 32, Desclée, Paris 1988, ch 3)

Dans l’œuvre des mystiques, Jésus est tout d'abord présenté comme un mystique qui enseigne :

- la crainte et l'amour de Dieu : "Le Christ a dit : 'O Apôtres! la peur qui fait redouter Dieu et l'amour du Paradis font hériter la patience pour supporter les peines et éloignent de ce bas monde" (Ghazâlî Arnaldez, Op.cit. p.111)
- la patience dans les épreuves :  "Le Messie a dit: 'Vous n'obtiendrez ce que vous aimez que par votre patience à supporter ce que vous abhorrez'" (Makkî et Ghazâlî, Ibid., p. 113)
- l'abandon à Dieu :  "Jésus a dit: 'Regardez les oiseaux; ils ne sèment ni ne moissonnent, ils ne font pas de provisions et Dieu pourvoit à leur subsistance jour après jour'" (Ghazâlî Ibid. p. 117)
- l'ascèse et la pauvreté : "On raconte de Jésus qu'il posa une pierre sous sa tête, comme si, en la soulevant de terre, il éprouvait un soulagement. Iblis lui fit une objection en disant: 'O fils de marie, n'avais-tu pas prétendu que tu pratiquais l'ascétisme dans ce monde? Jésus répondit que oui. Iblîs dit: 'Et ce que tu as bien arrangé sous ta tête, qu'est-ce que c'est donc?' Jésus rejeta la pierre et dit: 'prends-la avec tout ce que j'ai déjà abandonné.'" (Makkî, Ibid, p.128)
- l'humilité : "On rapporte que Jésus a dit: 'Il manque de science, celui qui ne se réjouit pas dêtre frappé de maux en son corps et en ses biens, en espérant par là expier ses fautes'." (Makkî, Ibid. p. 132)
- l'amour : "On rapporte que Jésus passa près d'un homme qui était aveugle, atteint de la lèpre, privé de ses jambes, frappé d'une paralysie du côté droit et du côté gauche, dont les chairs tombaient en lambeaux sous le coup de l'éléphantiasis. Et cet homme disait: 'Dieu soit loué, car il m'a préservé de ce par quoi il éprouve un grand nombre de ses créatures! 'Jésus lui demanda: 'dis-moi quelle est cette épreuve dont je puisse constater qu'elle a été écartée de toi? L'homme dit: 'O Esprit de Dieu! Je suis moi, en meilleur état que celui dans le coeur de qui Dieu n'a pas mis la connaissance de lui-même qu'il a mise dans mon coeur.' Jésus lui répondit: 'Tu as dit vrai; donne-moi ta main'. L'homme la lui tendit et voici que son visage devint le plus beau du monde, et que sa tournure prit le meilleur aspect. Dieu avait fait disparaître le mal qui était en lui. Il s'atacha à Jésus et s'adonna avec lui à l'adoration." (Ghazâlî, I bid. pp. 138-139)

Chez Ibn 'Arabi, Jésus est présenté comme le sceau universel de la sainteté

Parmi tous les prophète, Jésus a une place à part dans la doctrine d'Ibn 'Arabi (un des plus grand mystiques de l'Islam, mort à Damas en 1240/ h.638) :

La conception de Jésus lui confère un statut tout particulier

"Gabriel était donc le véhicule de la Parole divine transmise à Marie [...] Dès l'instant, le désir amoureux envahit Marie, de sorte que le corps de Jésus fut créé de la véritable eau de marie et de l'eau purement imaginaire de Gabriel [...] Ainsi, le corps de Jésus fut constitué d'eau imaginaire et d'eau véritable, et il fut enfanté sous la forme humaine à cause de sa mère et à cause de Gabriel, sous forme d'homme." (Ibid, p. 168)

"[...] Jésus manifesta de l'humilité jusqu'à ordonner à sa communauté [...] que si quelqu'un est frappé sur la joue, il tende l'autre à celui qui l'a frappé, et ne se révolte jamais contre lui, ni ne cherche vengeance. Ceci, Jésus le tient du côté de sa mère, car c'est à la femme de se soumettre tout naturellement [...] Son pouvoir vivifiant et guérissant, par contre, lui parvint du souffle de Gabriel revêtu de forme humaine. C'est pour cela que Jésus put vivifier les morts en ayant la forme d'homme." (Ibid., p. 169)

Jésus sceau de la sainteté universelle

"N'est il pas vrai que le sceau de la sainteté est un envoyé qui n'a pas d'égal dans les mondes? Il est l'Esprit, fils de l'esprit et de Marie sa mère: c'est là un lieu où ne conduit aucune voie. [...] Quant à Jésus, il a la qualité de sceau en ce sens qu'il possède le sceau du cycle du royaume (le monde créé). En effet, il est le dernier des envoyés à apparaître, et il apparaît avec le forme d'Adam, relativement à son mode de génération, puisqu'il n'est pas engendré de père humain et qu'aucun fils, je veux dire dans la descendance d'Adam dans la suite des générations, n'est semblable à lui.[...] En outre Jésus, quand il descendra sur la terre à la fin des temps, recevra le sceau de la lus grande sainteté depuis Adam jusqu'au dernier prophète, en rendant hommage à Muhammad, du fait que Dieu ne scelle la sainteté universelle en toute communauté que par un envoyé qui suit la loi de Muhammad. Et alors, Jésus possède le sceau du cycle du royaume et le sceau de la sainteté, j'entends la sainteté universelle." (Ibid., p.181)

Chez al-Hallaj Jésus a une très grande importance dans la spiritualité d'al-Hallâj (grand mystique, condamné à mort pour son enseignement trop hétérodoxe en 922/ h.309), parce qu'il est la réalisation la plus parfaite, pour un homme, de l'union mystique entre l'humanité et Dieu. Lors de son retour eschatologique, Jésus remplira le monde de sagesse et de justice en promulgant la loi musulmane définitive.

Hallâj croit à la passion et à la résurrection du Christ et cette passion est pour lui rédemptrice. Les disciples d'al-Hallâj ont affirmé que par sa mort sur un gibet, Hallaj avait réalisé l'idéal du soufisme. Néanmoins, cette perception n'est pas la même que la perception chrétienne. Il y a chez Hallaj, une idée de fuite du corps humain et du monde.

(Pour en savoir plus, nous vous recommandons : Tarif KHALIDI : Un musulman nommé Jésus, Albin Michel, Paris, 2003)

Henri de La Hougue, enseignant à l'Institut de science et de théologie des religions (Institut catholique de Paris)
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Re: L'enseignement de Jésus selon les sources islamiques classiques

Message  lola83 le Sam 18 Mar - 5:07

je recommande de cliquer sur le spoiler du message précédent "jésus dans la tradition musulmane"
il y a beaucoup de choses intéressantes , il y est rappelé le livre que je suis en train de lire " un musulman nommé Jésus" (en livre de poche pratique et pas cher ) , il y est aussi cité la sourate III où jésus s'exprime directement , et beaucoup d'autres choses ...

lola83

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Re: L'enseignement de Jésus selon les sources islamiques classiques

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