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L'Aga Khan

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L'Aga Khan

Message  Musashi974 le Mer 28 Jan - 4:16

Depuis le temps que je frequente ce forum, il serait peut etre temps de lancer un sujet sur l'Aga Khan, personnage peut connu mais pourtant influent, dont la pensée et la vision de l'islam gagne a être connu, en ses temps ou l'islam et les musulmans sont plus que jamais victime de préjugé et amalgamer avec les "djihadistes".

En guise de présentation, voici un article publié dans le "nouvel economiste", parfait pour presenter le personnage a ceux qui ne le connaîtrait pas ou peu  (Source http://www.lenouveleconomiste.fr/portrait-prince-karim-aga-khan-11249/)

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Portrait du Prince Karim Aga Khan

Reflets dans un œil d'or


Trop près des dieux pour l'apprivoiser. Trop silencieux pour le révéler. Trop mythique pour le vulgariser. Le prince Karim Aga Khan n'est pas un homme comme les autres. Et pourtant. Loin des passions romanesques, ce guide spirituel est d'abord un citoyen du réel, décidé à briser le miroir, parfois émaillé, de sa lignée.

Karim Aga-Khan

Chaque semaine, Le nouvel Economiste décortique une personnalité à « L'Hôtel », rue des Beaux-Arts, Paris VIe. Portrait d'un descendant de Mahomet, devenu l'entrepreneur philanthropique d'un islam moderne.

Il suffit de demeurer quelques instants à ses côtés pour comprendre qu'un monde nous sépare. Son héritage spirituel, ses origines, son éducation, ses engagements, ont fait de lui un homme qui rend tous les autres quelconques. Ses mains, comme retenues par des fils de soie, sont délicatement posées sur des genoux parfaitement perpendiculaires au torse. Dans cette posture, n'importe lequel d'entre nous ressemblerait à une statue. Chez lui, le naturel domine l'élégance. Sa voix basse, presque chuchotante, délivre autant de sagesse que de chaleur. Ses mots sont choisis, triés, précis, vastes tiroirs d'une pensée tolérante et visionnaire. Parfait alliage de tradition et de modernité, le descendant direct de Mahomet n'est pas prétentieux ou distant. Son rôle et sa charge, en revanche, le sont nécessairement. Il se plaît donc à entretenir le mystère. Parce qu'il appartient à cette catégorie d'individus qui considèrent que le personnel et l'intime sont dénués d'intérêt. Mais aussi parce que loin d'être écrasée par son histoire, sa personnalité en a peut-être subi les pesanteurs, voire les contraintes. La culture de l'ombre en fait certainement partie.

Le Fils du Prophète
Le destin l'a frappé de plein fouet. A vingt ans, alors qu'il étudiait l'histoire musulmane à Harvard, son grand-père l'investit du rôle de guide spirituel de sa communauté. “Pour moi, c'était inattendu”, indique-t-il. Ce l'était pour le moins, car il n'avait jamais été associé aux discussions familiales le concernant. Depuis toujours, son aïeul avait pourtant un œil sur sa formation et son évolution. Après ses études au Rosey, en Suisse, il lui avait conseillé d'entrer au M.I.T, avant de changer d'avis, préférant finalement l'enseignement dispensé à Harvard. Une fois investi, le prince prit donc les quelques mois nécessaires pour finir ses études, estimant que cela était indispensable à l'exercice de sa fonction. Fin du premier chapitre.
Le reste, sa biographie l'indique en toute simplicité. Il est le descendant direct du prophète Mahomet. Sa lignée remonte à 1 400 ans. Qui dit mieux ? Personne, naturellement. Il dirige pourtant une communauté méconnue. 49e imam héréditaire des Ismailis, il interprète et délivre la pratique de sa religion, mais s'assure également de la qualité de vie de ceux qui se réfèrent à lui. Qui sont-ils ? Où se trouvent-ils ? Seuls les férus d'histoire et de théologie pourraient immédiatement répondre. Bien que relativement restreinte (quinze millions de fidèles dispersés dans 25 pays), la communauté ismailie reste essentielle dans les rapports de forces géopolitiques contemporains. Et cela, pour des raisons autant spirituelles que territoriales. Deuxième communauté musulmane shia dans le monde, les Ismailis sont les seuls à être dirigés par un imam vivant et héréditaire. Leur existence résulte de deux schismes. Le premier est celui qui a donné naissance aux courants chiites et sunnites. Les Sunnis ont suivi la direction politique des califes, estimant que le Prophète n'a pas nommé de successeur et que le Coran constitue un guide suffisant pour la communauté. Tandis que les Shia attestent que le Prophète a désigné son cousin Ali comme son successeur, plaçant donc l'autorité religieuse d'interprétation de l'islam dans la famille de Mahomet. Au sein de la communauté shia, les Ismailis ont marqué leur séparation - second schisme - lors de la succession de l'arrière-petit-fils d'Ali et Fatima, faisant allégeance au fils aîné de l'imam Jafar as-Sadiq, Ismail, tandis que les Ithna asharis ont fait allégeance à son fils cadet, qui, pensent-ils, est entré en occultation et réapparaîtra le jour du jugement dernier. Les Ismailis poursuivent donc une lignée d'imamat depuis Ismail jusqu'au prince Karim Aga Khan. Implantés notamment en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, leurs traditions se projettent sur quatre grands groupes géographiques et ethnographiques : les Asiatiques du Centre, les Persans, les Arabes et les Asiatiques du Sud. Cette dispersion de population dans des pays, parfois conflictuels, explique autant la politisation du rôle de l'Aga Khan que le pluralisme de sa pensée.

Les versets bénéfiques
Cosmopolite par essence, plural par religion, le prince Karim Aga Khan n'est, au demeurant, le souverain d'aucun territoire. De culture indienne, italienne et anglaise par ses parents, africaine par son enfance, suisse et américaine par ses études, la planète est sa demeure. L'ouverture, la tolérance et le dialogue interreligieux, son héritage. La conception ismailie de l'histoire a fourni, depuis toujours, le cadre intellectuel pour une participation des disciples des différentes croyances - à l'intérieur comme à l'extérieur du monde musulman-, dans les affaires de l'Etat fatimide. Chrétiens et juifs, aussi bien que musulmans d'autres branches, ont pu accéder aux échelons les plus élevés de l'administration. Chez les Ismailis, la pluralité des voies religieuses domine l'interprétation monolithique de la foi. Le pluralisme constitue l'un des socles de la philosophie et de l'action du prince Aga Khan. La politisation croissante de son rôle n'a pas entaché sa vision apolitique de l'islam : “Il est difficile de parler de l'islam politique dans le monde d'aujourd'hui. La vaste majorité des conflits est d'origine politique ou socio-économique, et non religieuse. Par la suite, les différentes communautés ont calqué un lien religieux élargissant le conflit. L'islam n'est pas une foi nourrie dans la politique. Ce n'est pas plus le cas pour les autres religions.” Cette approche a certainement contribué à faire de lui l'un des grands leaders politiques du monde contemporain. Depuis 1957, date à laquelle il a été investi de ses fonctions, le cours de l'histoire a doublé son engagement spirituel d'un engagement diplomatique. Préférant l'influence au pouvoir et la discrétion à la lumière, il a traversé les crises politiques de la décolonisation, en particulier en Afrique, en même temps que l'éclatement de l'Asie, où se trouvaient bon nombre de ses fidèles. Afghanistan, Tadjikistan, Syrie, Pakistan, Iran… Il a dû se préoccuper de la sécurité de ses populations autant que de l'anticipation des conflits qui peuvent les guetter. Contrairement à son grand-père, qui avait présidé la Ligue des Nations, et à son oncle, qui fut Haut Commissaire des Nations Unies auprès des Réfugiés, le prince Karim Aga Khan s'est retiré de toute fonction officielle sur la scène internationale : “Mon rôle d'imam ne consiste pas à intervenir publiquement sur des sujets politiques mais à veiller à la sécurité de ma communauté.” Traduction : il accompagne les gouvernements dans la recherche de solutions aux conflits, mais ne souhaite pas faire de grandes déclarations. Là réside la magie du prince. Agir en silence. Quitte à laisser croire que l'on est un autre. Combien sommes-nous à penser que les chevaux, les femmes et les voitures de course font le sel de l'existence d'un Aga Khan ? Combien sommes-nous à ignorer ce qu'il fait réellement ?

Le prix du coeur
La face glamour existe bel et bien. Séduisant plus que séducteur, épris de culture et fin amateur d'art, il est membre de l'Académie des Beaux-Arts, créateur d'un grand Prix d'architecture, parce que convaincu que “la culture est un vecteur de paix autant qu'un outil d'avenir pour l'islam”. Poursuivant la passion équestre familiale, il est également le fondateur et le président de la fondation pour la sauvegarde et le développement du domaine de Chantilly. Mais tout cela ne constitue que la partie médiatisée de l'iceberg. Sa véritable activité, celle qu'il a créée de toutes pièces et qui fait école dans le monde, est philanthropique. C'est en faisant sienne la philosophie de l'islam qu'il a lancé le Réseau Aga Khan développement, il y a près de 40 ans. Aux termes de celle-ci, “l'homme a le droit de rechercher le bien matériel à condition d'utiliser le surplus dont il n'a pas besoin selon une norme éthique”. Son objectif est de réaliser la conscience sociale de l'islam par l'action institutionnelle, au travers d'agences, d'institutions et de programmes, dans une trentaine de pays, notamment en Afrique et en Asie. Et ceci, sans distinction d'origine, de sexe ou de foi. Pluralisme, toujours. Son réseau veille à l'amélioration des conditions de vie et saisit les opportunités de progrès social pour fournir des réponses adaptées aux changements économiques et culturels. L'année dernière, le budget annuel des activités de développement sans but lucratif s'élevait à près de 450 millions de dollars, couvrant des secteurs allant de la santé à l'éducation, de l'architecture au développement rural et à la promotion des entreprises du secteur privé.
Le prince Karim Aga Khan a rompu avec les pratiques précédentes. Son grand-père prônait la philosophie de la redistribution, mais à son époque, chaque communauté prenait une initiative individuelle pour son territoire. Il a rationalisé, structuré et élargi sa démarche, à tel point que nombre de commentateurs d'outre-Atlantique indiquent aujourd'hui qu'il a servi d'exemple aux fondations de Bill Gates ou de George Soros. Parallèlement à ses activités dans le développement social et culturel, le réseau Aga Khan poursuit ses investissements économiques. Aviation, hôtellerie, télécommunications ou agriculture… Le fonds pour le développement économique, composé de 150 entreprises et employant 30 000 personnes, génère près de 2 milliards de dollars de revenus annuels. L'ensemble des excédents est réinvesti dans des nouvelles initiatives de développement, permettant ainsi de créer de la richesse pour mieux la redistribuer. Justice sociale et équité, pluralisme et tolérance, lutte contre l'ignorance et promotion de l'éducation des femmes musulmanes. Qui êtes-vous vraiment, Prince Karim Aga Khan ? En pénétrant dans votre demeure parisienne par un soir d'hiver, l'éclairage à la bougie, le dépouillement et l'austérité des lieux n'ont soufflé qu'une réponse : votre magie vous dépasse. Pourtant, votre rôle n'a jamais été aussi contemporain. Transcendance, quand tu nous tiens

Par Gaël Tchakaloff
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Musashi974

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Re: L'Aga Khan

Message  Musashi974 le Sam 21 Mar - 4:40

Une interview des plus passionnante :

Spoiler:
'L'éthique de l'islam repose sur la générosité ''
Par Propos recueillis par Éric Chol et Christian Makarian et , publié le 04/07/2007


C'est un homme secret, une figure sacrée. Descendant du prophète Mahomet, par le biais de son cousin et gendre Ali, il est pour 15 millions de chiites ismaïlis l'imam suprême, le gardien d'une orthodoxie détenue et transmise par la même famille depuis treize siècles et demi. Visage souriant mais ferme dans sa foi, Karim Aga Khan parle peu, choisit ses mots et veille à la bonne guidance de ses fidèles en parcourant les régions les plus agitées du monde. Né à Genève d'un père indo-italien et d'une mère anglaise, il est l'image même du prince mondialisé et incarne un islam ouvert au dialogue, tourné vers l'action humanitaire, engagé dans le développement durable et la protection des minorités (voir l'enquête page 82). On le connaît aussi pour ses chevaux et sa fortune considérable, qui font de lui un personnage mythique de la haute société internationale. A la veille de son jubilé d'or, Karim Aga Khan IV a reçu L'Express en exclusivité dans sa résidence d'Aiglemont, au nord de Paris. Sur l'islam, l'état du monde, l'action qu'il mène en faveur des déshérités, sa conception du bonheur, il s'ouvre avec une rare franchise.

Dans l'intense agitation du monde islamique, la communauté ismaïlie semble jouir d'une certaine paix. Est-ce dû à la spécificité de votre doctrine?

La doctrine ismaïlie est une famille du chiisme, car il y a de nombreuses formes de chiisme, comme il existe plusieurs familles parmi les sunnites. Or le point commun entre tous les chiites est le rôle de Hazrat Ali [NDLR: le cousin et le gendre du prophète Mahomet]. Il fut la grande force intellectuelle de son époque. Grâce à lui, le chiisme est une interprétation intellectuelle de l'islam. L'impact direct en est la réduction du conflit entre le spirituel et le temporel. L'autre élément fondamental réside dans la recherche personnelle de la spiritualité. L'individu est peut-être plus important chez nous que dans les différentes traditions sunnites. Enfin, la notion d'autorité joue un rôle essentiel. Selon la foi chiite, elle a été donnée à Hazrat Ali par le Prophète, qui a précisé, avant sa mort, qu'il souhaitait qu'elle demeure dans sa famille.

Comment expliquer aujourd'hui une si vive opposition entre chiites et sunnites, en particulier en Irak?
Tous les conflits en cours dans le monde ont une composante religieuse, qu'il s'agisse de l'islam, du christianisme ou d'une autre religion. En Irak, une minorité sunnite détenait le pouvoir dans un pays à majorité chiite, lui-même environné de nations sunnites. C'est un modèle dominant dans l'Islam, le seul cas d'inversion étant la Syrie, où une minorité chiite gouverne un peuple majoritairement sunnite. Il était parfaitement prévisible que, à partir du moment où Saddam Hussein était destitué au profit d'une consultation démocratique, il y aurait une nouvelle donne entre les deux grandes branches de l'islam. L'effet externe était encore plus prévisible: une fois établi que l'Irak était à majorité chiite, les pays environnants allaient réagir en fonction de leur appartenance et non par rapport à un processus de démocratisation. Rien de tout cela, hélas, ne m'a surpris ni étonné. Le cas de l'Afghanistan le prouvait déjà: sitôt qu'une majorité sunnite se trouve en situation de tension extrême, les chiites sont en danger. C'est le cas des Hazara, en Afghanistan, qui font l'objet d'assassinats et de fatwas. Ce qui est terrible, c'est que l'Occident semble découvrir cette réalité, alors que nous avons alerté le monde entier, à de multi- ples reprises, sur ce risque éminemment prédictible.

Ce qui est surprenant, c'est qu'Al-Qaeda, qui semblait cibler surtout les Occidentaux, a montré depuis des mois que les chiites constituaient son principal ennemi.
Ce n'est pas non plus une surprise pour moi. Bien avant l'invasion de l'Irak, le principal mot d'ordre d'Al-Qaeda était de normaliser l'islam selon une interprétation fondamentaliste sunnite. Cette attitude d'exclusion est une forme de colonialisme théologique et elle s'est répandue dans l'ensemble du monde islamique.

Comment expliquez-vous globalement la montée du fondamentalisme au sein du monde musulman?
J'avoue que je ne me sens pas très à l'aise avec la notion de «monde musulman». Pas plus qu'il n'est possible de donner un seul visage au monde chrétien ou juif, il n'est pas possible de voir l'Islam comme un bloc. Les musulmans proviennent de cultures, de régions et de traditions différentes. Si vous deviez écrire l'histoire des peuples musulmans depuis 1948, qu'écririez-vous? Que la situation du Moyen-Orient à l'aube du IIIe millénaire est le résultat d'un processus, né pendant la Première Guerre mondiale, qui a abouti à la création d'un Etat sur des bases théologiques, c'est-à-dire l'Etat juif.  
Puis vous diriez que la décolonisation a débuté en 1947 dans l'Empire britannique et qu'elle s'est soldée, entre autres problèmes, par celui du Cachemire. Avant d'ajouter que le gouvernement indien, à travers le rapport du comité Sachar, confirme que les musulmans sont une communauté marginale. Vous seriez obligé de préciser que l'Union soviétique a attaqué l'Afghanistan, d'où la tragédie actuelle de ce pays. Et, enfin, deux nations occidentales ont décidé d'attaquer l'Irak sans l'aval de l'ONU. Concluriez-vous, en écrivant cette histoire, que les fondements théologiques musulmans furent détermi-nants? Honnêtement, je ne le crois pas. Il faut établir clairement une différence entre la foi musulmane et les développements politiques auxquels nous assistons aujourd'hui au sein des pays musulmans. Je ne dis pas que l'islam soit absolument absent des tensions internationales, mais, en tant que musulman, je trouve qu'il est extrêmement difficile de conclure à une implication théologique directe dans le contexte actuel.

Tout de même, il existe au sein des pays musulmans des tensions spécifiques...

Le fondamentalisme est issu d'un héritage politique très lourd qui repose non pas sur des bases théologiques, mais sur des facteurs historiques, sociaux, politiques qui affectent toutes les sociétés, qu'elles soient musulmanes ou non. Ce qui est vrai, c'est que, de nos jours, ces facteurs se trouvent fortement concentrés au sein de certaines sociétés musulmanes, provoquant un profond sentiment de frustration. Vague après vague, face à l'état du monde, le sentiment dominant est celui d'une immense lassitude, d'un réel agacement. Et l'invasion de l'Irak constitue probablement la dernière vague.

Justement, en tant que chef de la communauté ismaïlie, vous avez depuis toujours mis l'accent sur le développement des activités sociales, économiques et culturelles non pas seulement pour vos fidèles, mais au profit de tous. Quel bilan tirez-vous de votre organisation de développement?
Elle doit s'adapter en permanence! L'idée du développement est semblable à un kaléidoscope: vous le secouez et vous obtenez une nouvelle vision des problèmes. A vous d'en tirer des conclusions, pour le court, le moyen ou le long terme. C'est pourquoi il est impératif d'ajuster notre réseau d'agences. Celles-ci sont le résultat de cinquante ans d'analyse des besoins en matière de développement. Loin d'être le fruit des différentes théories du développement, elles sont conçues pour être pilotées en fonction des leçons apprises du terrain. Personne, dans les années 1950 ou 1960, ne songeait au microcrédit ou à la culture. Ces activités font désormais partie de notre réseau, et nul doute que mon successeur procédera à des changements.

Considérez-vous votre réseau comme une organisation non gouvernementale?
Non, nous fonctionnons très différemment! Nous avons pour nous la durée, alors qu'il n'est pas rare de voir une ONG débarquer dans un pays et repartir cinq jours plus tard. Deuxième différence, nous travaillons dans le cadre d'un réseau complet, capable, théoriquement, d'apporter les réponses adéquates dans la plupart des situations. Enfin, nous avons placé la culture au coeur de la problématique du développement. Il n'y a pas si longtemps, cette idée pouvait sembler farfelue. En réalité, la culture est un moteur de développement remarquable, que nous avons déjà expérimenté à Kaboul, au Caire, à Zanzibar ou à Delhi.

Autre différence avec les ONG: vous acceptez l'idée de faire des profits...
Exactement, à condition toutefois de distinguer les projets non lucratifs, auxquels nous fixons l'objectif d'atteindre leur seuil de rentabilité, pour devenir autosuffisants, et donc autonomes, et les autres, qui, eux, doivent être rentables. Quant aux bénéfices, ils sont systématiquement réinvestis dans le réseau de développement.

Cette idée de rentabilité n'est pas habituelle dans le monde du développement...
C'est vrai! Souvent, on qualifie les activités non lucratives de charité. Or c'est un mot que nous n'aimons pas. L'islam a un message très clair sur les différentes formes de générosité. Il y a celle à l'égard des pauvres, qui se fait avec des dons. Mais la personne qui reçoit reste pauvre. Il existe une deuxième forme de générosité, contribuant à accroître l'autonomie de la personne. Ce concept, dont le but est de rendre à l'individu la maîtrise de sa destinée, est le plus bénéfique au regard d'Allah.

Quelles initiatives comptez-vous prendre à l'occasion de votre jubilé?
Avec les responsables de la communauté, nous regardons dans deux directions. D'abord, renforcer les institutions, qu'il s'agisse de l'imamat ou du réseau de développement. Ensuite, parvenir à un meilleur équilibre dans la répartition de nos activités entre les différentes régions du monde et les communautés. Mais, pour cela, nous devons établir un diagnostic exact de la pauvreté, un concept encore très mal compris. Souvent, celle-ci n'est analysée qu'à travers l'angle matériel. Or nous pensons qu'il s'agit d'un phénomène sociétal, caractérisé par un manque d'accès à la protection, à la sécurité, aux soins ou à l'éducation... Si nous établissons le bon diagnostic - nous réalisons actuellement une étude en profondeur dans cinq pays d'Asie - nous pourrons mettre en place d'ici à deux ou trois ans un vaste programme de lutte contre la pauvreté qui ne se limitera pas à la communauté ismaïlie. Pourquoi, par exemple, ne pas utiliser de nouveaux outils, comme la micro-assurance, en l'étendant à des domaines aussi variés que la sécurité, l'éducation ou la santé?

Qu'attendez-vous de vos fidèles?
Une grande partie de la communauté ismaïlie vit dans le monde rural dans les pays comme la Syrie, l'Afghanistan, le Pakistan, le Tadjikistan, l'Iran et l'Inde. Une autre partie s'est établie dans les villes d'Amérique du Nord et d'Europe de l'Ouest. Or l'idée du don est très ancrée au sein de la communauté: je veux donc utiliser cette opportunité du jubilé pour favoriser les transferts de connaissances, et pas seulement d'argent. Nous avons déjà enregistré une réaction fantastique de la part de jeunes gens éduqués dans les pays industrialisés, prêts à partager leur savoir et à venir travailler au sein de nos institutions dans le tiers-monde pendant des durées plus ou moins longues. Ces dons sont fabuleux, et ils sont aussi un acte de foi. L'éthique de l'islam repose sur cette générosité.

Vous faites donc le pari de la connaissance pour vaincre la misère?
Il est nécessaire de s'interroger en permanence sur les relations entre l'umma [NDLR: la communauté des musulmans] et la société de la connaissance. On s'aperçoit que les pays ayant réussi à concilier les deux se développent le plus rapidement. En revanche, ceux qui rejettent ou limitent l'accès à la société de la connaissance restent à la traîne. Ma conception de l'islam est une foi pour toujours, et non tournée vers le passé. Dans le Coran, il est écrit qu'il faut rechercher l'éducation pour mieux connaître Allah, et partager notre connaissance pour l'amélioration de la société. C'est dire si, dans l'islam, les liens entre foi et connaissance sont très forts, et nous sommes encouragés en permanence à apprendre. Cela est un message extraordinaire pour l'humanité.


En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/l-eacute-thique-de-l-islam-repose-sur-la-g-eacute-n-eacute-rosit-eacute_476247.html#JX3ypd2OoMwx1l0l.99
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Re: L'Aga Khan

Message  -Ren- le Sam 21 Mar - 6:24

Très intéressant, en effet, merci :jap:

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