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Quel regard non-musulman sur l'Islam ?

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Quel regard non-musulman sur l'Islam ?

Message  -Ren- le Mar 27 Jan - 16:38

...ou l'on pourra sans doute rediscuter de la catégorisation de Farid Esack ? ;)

Je n'ai pas pu m'empêcher d'ouvrir ce fil qui porte sur une préoccupation qui est particulièrement mienne (pour des raisons familiales évidentes) depuis plus de 10 ans car je viens de tomber sur cet article qu'une fois n'est pas coutume je cite intégralement :
Pour les uns, même quand ils se défendent de tout amalgame, ce qui s’est révélé au cours des attentats des 7 et 9 janvier n’est autre que le vrai visage de l’islam : violent et intolérant. Ne l’avaient-ils pas déjà dit quand le monde découvrait avec effroi, l’été dernier, la barbarie de l’État islamique ? D’ailleurs, à l’appui de leur thèse, ils citent volontiers des versets belliqueux du Coran. Le débat semble donc réglé.

En face d’eux, d’autres voix s’élèvent pour affirmer que tout cela n’a rien à voir avec l’islam, de même que le prétendu État islamique n’a rien d’islamique. Cette violence est étrangère à la religion musulmane : elle ne fait qu’en emprunter le vocabulaire et l’imaginaire, en oubliant l’essentiel d’une religion de tolérance et de paix. Pour preuve de cette affirmation, ils peuvent citer bien des versets pacifiques du Coran : cela devrait suffire à clore la discussion.

Ce que révèle ce paradoxe (des citations du même Livre saint des musulmans peuvent mener des observateurs extérieurs à des conclusions radicalement différentes), c’est que la quête des uns et des autres est vouée à l’échec, car en cherchant à présenter le « vrai visage » de l’islam, elle s’attache à trouver quelque chose qui n’existe pas.

Tracer les limites de l’islam n’appartient qu’aux musulmans eux-mêmes, par des instances magistérielles quand elles existent ou dans la conscience du croyant. Il est légitime qu’un croyant musulman puisse délimiter ce qui lui semble être la vérité. Certains sunnites considèrent par exemple que les chiites, par leurs croyances, se placent en dehors de l’islam, quand d’autres, sans partager leur croyance, estiment que ces différences ne les en font pas sortir : c’est leur droit, aux uns et aux autres. Mais nous sommes là dans le domaine de la foi, et les limites ainsi fixées varieront nécessairement d’un groupe à un autre, d’une personne à une autre.

Quelle légitimité, en revanche, aurait un non-musulman à définir ce qu’est l’islam authentique ? Sur quel critère pratiquer l’excommunication ? L’observateur extérieur n’a pas d’autre choix que de constater et d’accepter l’islam dans son extrême diversité, confessionnelle (sunnisme, chiisme, kharidjisme) mais aussi culturelle (l’islam arabe est-il nécessairement plus authentique que l’islam indonésien ou l’islam sénégalais ?), juridique, spirituelle. Cette diversité recouvre des manières parfois très différentes de comprendre et d’interpréter la révélation coranique. Car l’application littérale du Coran n’existe que dans les fantasmes : même les interprétations qui prétendent prendre le Livre à la lettre restent des interprétations, ne serait-ce que pour faire droit aux versets apparemment contradictoires, qui nécessitent des méthodes, des autorités, une tradition. De plus, l’islam n’a pas le Coran pour seule source : les traditions prophétiques et la vie du Prophète, en particulier, y jouent également un rôle normatif majeur ; or l’interprétation de ces textes très nombreux ne fait pas non plus l’unanimité.

Parler de l’islam oblige à préciser d’abord de quel islam on parle : un discours général est trompeur, et surtout il entraîne des malentendus sans fin. Ainsi, quand on veut montrer que le « vrai visage » de l’islam est bien plus souriant que l’actualité ne le laisserait croire, on se réfère en général à un islam particulier : l’islam sunnite orthodoxe classique, qui s’est mis en place sous le califat abbasside, entre le VIIIe et le XIIIe siècles, qui a joué un rôle majeur dans la civilisation islamique du Moyen Âge et qui conserve, chez les sunnites du monde entier, un prestige considérable. Cette orthodoxie revendiquée a fixé des limites à ce qu’il est permis de croire, mais a su préserver en son sein une grande diversité : elle accepte quatre écoles juridiques distinctes, qui interprètent légitimement la Loi divine de manières différentes ; elle fait généralement bon ménage avec des formes particulières de spiritualité (le soufisme), dont elle ne condamne que des courants jugés excessifs ; elle a toléré la philosophie, tout en rejetant le mouvement rationaliste des mutazilites. À l’égard des minorités, cet islam impérial a su, dans l’histoire, se montrer généralement tolérant, du moins selon des critères médiévaux. Sa tradition continue à irriguer la vie de très nombreux croyants, notamment sur les rives de la Méditerranée, auxquels elle enseigne un islam incontestablement pacifique.

Cet islam-là, pourtant, est aujourd’hui en crise. Mal à l’aise devant les défis posés par la modernité occidentale, qui remettent en question un équilibre séculaire, et malgré quelques tentatives audacieuses mais isolées de réforme, il est concurrencé jusque sur son territoire de prédilection (l’islam méditerranéen) par d’autres mouvements qui prétendent être plus orthodoxes que lui, comme l’islam politique des Frères musulmans ou les groupes très divers se réclamant du salafisme. Plus récents que l’islam traditionnel, ces mouvements ne s’appuient pas sur la même expérience des responsabilités ni les mêmes équilibres de sagesse ; c’est généralement sur ce terreau que vont naître des groupes à la rhétorique violente et aux actions sanglantes. Sans surprise, c’est chez eux que les dénonciateurs d’un islam violent par nature vont chercher leurs sources.

Il n’appartient pas aux non-musulmans de trancher un conflit de légitimité entre différents prétendants à l’orthodoxie ni de définir, parmi les multiples facettes que nous n’avons ici qu’effleurées, le « vrai visage » de l’islam. L’islam n’a pas d’autre visage que celui des millions de musulmans qu’il nous faudrait considérer chacun pour ce qu’il est, pour ce qu’il fait, pour ce qu’il dit, et non au nom d’une essence intemporelle.

Adrien Candiard, dominicain, membre de l’Institut dominicain d’études orientales au Caire
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Re: Quel regard non-musulman sur l'Islam ?

Message  Idriss le Mar 27 Jan - 19:43

Adrien Candiard, dominicain, membre de l’Institut dominicain d’études orientales au Caire !

Il faut ce qui est I.D.E.O rassemble des personnes de qualités qui ont en commun un pragmatisme et une pensée très constructive. Est-ce une caractéristique des dominicains? Votre pape en est issu il me semble.
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Re: Quel regard non-musulman sur l'Islam ?

Message  Yahia le Mar 27 Jan - 22:42

A non, le pape  Francois est un jésuite (Compagnie de Jésus)


Quant aux dominicains, leur Institut dominicain d'études orientales , et   La revue Midéo, sont effectivement tout-à-remarquables : je puise  largement dans leurs études , avec beaucoup d'admiration.:jap:

Pour ce qui est de leur tradition...:/  Peut-être leur attitude actuelle veut-elle faire oublier leur passé souillé par l'institution de l'inquisition, qui faisait tout leur zèle jadis...
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Re: Quel regard non-musulman sur l'Islam ?

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