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Frithjof Schuon

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Frithjof Schuon

Message  Idriss le Dim 3 Nov - 18:46

« Je désirais vivre en Dieu, je ne voulais pas seulement aimer Dieu, je voulais aussi Le connaître, et le christianisme de notre époque n’enseigne que l’amour de Dieu, et en aucune manière la connaissance. J’appris bien vite que Dieu allait me charger d’une mission. Et je trouvais cette connaissance sacrée, cette connaissance de Dieu que je cherchais – parce que c’est un besoin de ma nature, et que Dieu veut être adoré par chaque homme selon la nature qu’Il lui a donnée – grâce à un saint homme du peuple arabe, dont le nom était Ahmed al-Alawî. C’était un Maître spirituel et il avait de nombreux disciples. Je trouvai là ce que je cherchais : la connaissance de Dieu, et les moyens de réaliser Dieu »


Frithjof Schuon ou Aïssa Nourredine Ahmad

Frithjof Schuon est né à Bâle (Suisse) le 18 juin 1907 de parents d'origine germanique et alsacienne. Dans sa jeunesse il s'établira à Paris où il exerce son métier de dessinateur sur textile. De tempérament mystique et gnostique il s'imprègne du Vêdânta et s'intéresse en profondeur à toutes les religions dont le Christianisme et l'Islam. Lecteur et correspondant du métaphysicien français René Guénon, il se rend en 1938 et 1939 au Caire pour y faire sa connaissance. Après la deuxième guerre mondiale, Schuon, qui réside à Lausanne, entreprend plusieurs voyages en Amérique du Nord, pour y rencontrer les Indiens des Plaines restés traditionnels, au Maroc et dans plusieurs pays d'Europe. Son œuvre écrite compte plus de vingt livres traduits dans de nombreuses langues et constitue une véritable somme métaphysique et spirituelle sans équivalent au vingtième siècle. Il y développe et explicite largement le thème de l'"Unité transcendante des Religions" et de la nécessaire compréhension "ésotérique" de celles-ci comme antidote au nihilisme contemporain. Son oeuvre picturale et poétique, moins connue, montre toute la richesse de son étonnante personnalité.

Frithjof Schuon est décédé à Bloomington (USA), où il s'était retiré en 1980, le 5 Mai 1998.

Source: http://www.frithjof-schuon.com/biogr.htm

Autres biographies:
http://consciencesansobjet.blogspot.fr/2012/07/frithjof-schuon-ou-aissa-nourredine.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Frithjof_Schuon#Bibliographie_des_livres_et_articles
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Re: Frithjof Schuon

Message  Idriss le Dim 3 Nov - 20:04

De l'Unité transcendante des Religions
Frithjof Schuon
Gallimard, 1948, Sulliver 2000

"Les religions sont comme des lanternes au verre coloré ; or une lanterne illumine un lieu obscur parce qu'elle est lumineuse et non parce qu'elle est rouge ou bleue ou jaune ou verte. D'une part, la couleur transmet la lumière, mais d'autre part elle la falsifie ; s'il est vrai que sans telle lanterne colorée on ne verrait rien, il est tout aussi vrai que la visibilité ne s'identifie à aucune couleur. C'est ce dont tout ésotérisme, par définition, devrait avoir conscience, du moins en principe et dans la mesure où sa connaissance des faits le lui permet." (Christianisme/Islam, Visions d'Oecuménisme ésotérique, p.108)

Ce passage nous semble être la meilleure introduction au premier grand ouvrage de Frithjof Schuon, De l'Unité transcendante des Religions. Il ne s'agit en aucun cas pour l'auteur de créer une super-religion, aussi redit-il souvent que "l'unité des Religions n'est pas réalisable sur le plan des formes et ne doit pas être réalisée". La Sophia Perennis ou Religio Perennis n'est donc pas une religion formelle. Lorsque l'auteur dit unité "transcendante", cela signifie que "cette unité doit être réalisée d'une façon purement intérieure et spirituelle". Certains groupes néo-spiritualistes voudraient créer une Religion universelle au nom de cette "unité transcendante des religions". Il n'en a jamais été question chez Frithjof Schuon.

Ce livre tient une place capitale dans l'oeuvre de Frithjof Schuon, en ce sens qu'il en est un des tout premiers et qu'il expose principalement ce qu'est l'ésotérisme pur par rapport aux religions exotériques. Il est aussi le livre à lire sans doute en premier parce qu'il présente un certain nombre de remarques capitales sur les différences entre l'ésotérisme et l'exotérisme qui sont nécessaires pour la compréhension d'autres livres publiés ultérieurement. http://www.frithjof-schuon.com/unite.htm
Sur le sujet voir :
Pérennialisme    (http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9rennialisme)
Spoiler:
Tradition et pluralité des religions

Rejetant l'idée de progrès et le paradigme des Lumières, les auteurs pérennialistes décrivent le monde moderne comme une pseudo-civilisation décadente, dans laquelle se manifestent les pires aspects du Kali Yuga (l'âge sombre de la cosmologie hindou). À « l'erreur moderne », les pérennialistes opposent une sagesse immuable d'origine divine, une «Tradition Primordiale», transmise depuis l'origine de l'humanité et restaurée en partie par chaque fondateur d'une nouvelle religion. Les pérennialistes ont une définition toute particulière de la «Tradition». Elle implique l'idée d'une transmission (tradere), mais pour Guénon et ses continuateurs, la tradition n'a pas une origine humaine et peut être considérée comme un ensemble de principes révélés et reliant l'homme à son origine divine.

Par-delà la diversité des formes religieuses, ils discernent une unique Tradition (avec une majuscule), que Schuon appelle une «unité transcendante». Ils prétendent que les traditions historiquement séparées ne partagent pas seulement la même origine divine mais sont basées sur les mêmes principes métaphysiques, parfois appelés philosophia perennis.

Le terme «philosophia perennis» est moderne, apparaissant à la Renaissance. Il est généralement associé au philosophe Leibniz qui le doit lui-même au théologien du XVIe siècle Augustinus Steuchius. Mais cet idéal philosophique est plus ancien on peut le retrouver dans la Chaîne d'or (seira) du néoplatonisme, dans le platonisme lui-même, dans la Patristic Lex primordialis, et le relier à la Din al-Fitra islamique ou même à la Sanathana Dharma hindoue.

Qu’est-ce que la Religio perennis ?
Spoiler:
C’est « la quintessence de toute religion », autrement dit cette Religion divine qui est «immuable en son essence », mais dont « la formulation peut se renouveler ».

           Comme le remarque Frithjof Schuon, « Dieu a voulu que des mondes religieux différents et divergents coexistent sur une même planète », mais aussi que «si Dieu veut qu’il y ait diverses religions, Il ne peut pas vouloir que telle religion soit telle autre religion».

           Or, s’il existe des divergences entre les religions, elles « ne sont pas inséparables pour ceux qui voient les réalités spirituelles «de l’intérieur», écrit Titus Burckhardt : pour retrouver le centre d’un cercle étant ici le monde ou l’âme humaine – on peut lui inscrire n’importe quelle figure régulière, un triangle équilatéral, un carré, un hexagone, etc., puis construire, sur les côtés de cette figure, les perpendiculaires qui coïncideront au point recherché. Pareillement, chaque religion représente une certaine « économie » spirituelle, qui se suffit à elle-même ; c’est-à-dire qu’elle suffit pour retrouver à partir d’elle le centre divin de toutes choses. Un triangle n’est pas un carré, et un hexagone n’est pas un octogone ; cependant chacune de ces figures est en quelque sorte une image du centre ».

           C’est ainsi qu’il existe, à côtés de ces divergences, et en quelque sorte à partir du « centre divin de toutes choses », une Unité transcendante des religions, pour reprendre le titre d’un des ouvrages les plus importants de Schuon. Mais aussi cette Unité ne peut se comprendre qu’en rapport avec l’existence d’une « sagesse incréée », d’une Sophia.

           La Sophia perennis, est, en effet, Sophia, cette Sagesse d’origine divine, qui est la « sagesse incréée » de Dieu.

           La Sophia perennis apparaît donc comme « l’ésotérisme en soi », lequel est « indépendant des formes particulières » de l’ésotérisme. Elle est l’essence de tel ou tel ésotérisme, de telle ou telle tradition, de la même manière que la Religio perennis est la «quintessence » des religions.

           La Sophia perennis, c’est également « connaître la Vérité totale et, par voie de conséquence, vouloir le Bien et aimer la Beauté ».

           C’est en référence à cette Sophia perennis, à cette Tradition primordiale, pour reprendre une expression de René Guénon, que l’ésotérisme existe : « La doctrine métaphysique ou ésotérique s’adresse à une autre subjectivité que le message religieux général : celui-ci parle à la volonté et à l’homme passionnel et celle-là à l’intelligence et à l’homme contemplatif ; l’aspect intellectuel de l’exotérisme est la théologie tandis que l’aspect émotionnel de l’ésotérisme est le sens de la beauté en tant qu’elle possède une vertu intériorisante » (Ésotérisme comme principe et voie).http://www.moncelon.com/schuonreligio.htm
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Re: Frithjof Schuon

Message  Ishraqi le Dim 3 Nov - 20:28

Salam Idriss

Pour reprendre ce que tu disais sur l'autre topic, je me sens comme toi plus en affinité avec Schuon qu'avec Guénon... car malgré ses innombrable qualités je trouve Guénon trop sec, froid, rigide, dogmatique, obsédé par son orthodoxie... il lui manque ce petit quelque chose, ce côté un peu rebelle qui fait du soufisme tout autre chose que l'équivalent islamique de la scolastique chrétienne ou qu'une simple doctrine métaphysique... et ce quelque chose je le retrouve chez Schuon ! Les attaques de certains guénoniens contre lui me le rendent seulement plus sympathique. Tu ne penses pas ?
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Re: Frithjof Schuon

Message  Ishraqi le Dim 3 Nov - 20:28

Schuon était aussi peintre : http://www.frithjof-schuon.com/Peintures.htm
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Re: Frithjof Schuon

Message  Idriss le Dim 3 Nov - 20:33

Gnose:  

De façon très générale, la Gnose (du grec γνώσις, gnôsis : connaissance) est un concept philosophico-religieux selon lequel le salut de l'âme (ou sa libération du monde matériel) passe par une connaissance (expérience ou révélation) directe de la divinité, et donc par une connaissance de soi.

Le mot Gnose a notamment été utilisé dans les premiers siècles de notre ère, de façon polémique, par des théologiens chrétiens  pour désigner certains mouvements du christianisme ancien dénoncés comme hérétiques.

À partir du XIXe siècle, le mot Gnose et les concepts qu'il recouvre ont été utilisés dans des contextes beaucoup plus larges, en histoire des religions (y compris non-chrétienne), en philosophie, mais aussi en littérature ou en politique, ainsi que par les « nouveaux mouvements religieux », ésotériques et New Age.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gnose
Gnose pour Schuon :

En réalité, la gnose est essentiellement la voie de l'intellect et, partant, de l'intellection ; le moteur de la voie est avant tout l'intelligence, non la volonté et le sentiment, comme c'est le cas dans les mystiques monothéistes sémitiques - y compris le soufisme moyen. La gnose se caractérise par son recours à la métaphysique pure : distinction entre Âtmâ et Mâyâ et conscience de l'identité potentielle entre le sujet humain, jîvâtmâ, et le Sujet divin, Paramâtmâ. La voie comporte, d'une part, la "compréhension" et, d'autre part, la "concentration"; donc la doctrine et la méthode....

Le mot "gnose", qui apparaît dans ce livre comme dans nos précédents ouvrages, se réfère à la connaissance suprarationnelle - donc purement intellective - des réalités métacosmiques ; or cette connaissance ne se réduit pas au "gnosticisme" historique, sans quoi il faudrait admettre qu'Ibn Arabî ou Shankara aient été des "gnostiques" alexandrins... nous entendons le mot "gnose" exclusivement dans son sens étymologique et universel et de ce fait nous ne pouvons, ni le réduire purement et simplement au syncrétisme gréco-oriental de l'antiquité tardive, ni à plus forte raison l'attribuer à n'importe quelle fantaisie pseudo-religieuse ou pseudo-yoguique, ou même simplement littéraire. (Comprendre l'Islam, p.136-137).
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Re: Frithjof Schuon

Message  Idriss le Dim 3 Nov - 20:52

Bonsoir Ishraqi
je faisait un peu de débroussaillage du sujet...sur le concept de Gnose tes lumières seront certainement pertinente, la gnose étant au centre de la doctrine shiite si j'ai bien compris.

Ishraqi a écrit:Salam Idriss

Pour reprendre ce que tu disais sur l'autre topic, je me sens comme toi plus en affinité avec Schuon qu'avec Guénon... car malgré ses innombrable qualités je trouve Guénon trop sec, froid, rigide, dogmatique, obsédé par son orthodoxie... il lui manque ce petit quelque chose, ce côté un peu rebelle qui fait du soufisme tout autre chose que l'équivalent islamique de la scolastique chrétienne ou qu'une simple doctrine métaphysique... et ce quelque chose je le retrouve chez Schuon ! Les attaques de certains guénoniens contre lui me le rendent seulement plus sympathique. Tu ne penses pas ?
Oui les "guénoniens" sont souvent rapidement dogmatique ce qui deviens en général rapidement problématique dans les échanges...
Mais malgré leur divergences Guénon et Schuon, eux,  sont restés en relation jusqu'au bout...Comme quoi leurs disciples ( ou ceux qui se réclame d'eux)  sont souvent plus royaliste que le roi...

Schuon a ce petit plus "sur-naturel" , voir l'expérience qu'il a vécu au nomment de la disparition du cheikh Alawi ...
Après ses revirements hors de tous cadre orthodoxes ....voir ses dérives je ne sais trop qu'en penser. Je prend de lui ce qu'il à dit ou écrit et qui me donne matière à réflexion, à structurer  à organisé ma pensé et personnellement je trouve qu'il m' a aidé, guidé dans certaines intuitions...déjà c'est immense à mon humble niveau..
Si non enfant j'avais moi aussi une passion pour les amérindiens.
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Re: Frithjof Schuon

Message  Ishraqi le Dim 3 Nov - 21:26

Idriss a écrit:sur le concept de Gnose tes lumières seront certainement pertinente, la gnose étant au centre de la doctrine shiite si j'ai bien compris.
Je me permets de te montrer une analyse, par Henry Corbin, d'un dialogue entre le Prince des croyants et un de ses disciples sur le sujet :
Spoiler:
[...] Au cours du premier de ces entretiens, Komayl demande à l'Imâm : « Qu'est-ce que la gnose ? »
L'Imâm, pour l'éprouver, lui répond : « Qu'as-tu à faire avec la gnose ? » et de lui expliquer pourquoi il leur serait dommageable, à l'un et à l'autre, qu'il déversât un tel secret de sa personne à la sienne : un vase ne peut contenir plus que sa capacité, et l'Imâm a l'ordre de mettre chaque chose à sa place. C'est précisément cette disposition qu'invoque alors Komayl : « Quelqu'un comme toi, dit-il à l'Imâm, peut-il décevoir l'attente de celui qui l'interroge ? Quelqu'un de ton rang, quant aux hautes connaissances des réalités spirituelles et quant au discernement de l'aptitude de chacun, peut-il frustrer celui qui le questionne, lui refuser son droit, faire que son but lui reste interdit, parce qu'il se sera abstenu de lui répondre ? Non, le précepte divin : Quant à celui qui demande, ne le repousse pas (Qorân 93 : 10), — ce précepte te fait un devoir de répondre, en prenant pour maxime celle du Prophète : En parlant aux gens, parlez à chacun selon son intelligence. »

Alors l'Imâm fait droit à la requête et commence à expliquer :
« La gnose, c'est le dévoilement des oratoires de la Majesté divine, sans que l'on puisse rien montrer. — Explique-moi encore. — C'est effacement de tout le conjectural, sérénité du connu en toute certitude. — Explique-moi encore. — Le voile est déchiré, le secret en a triomphé. — Explique-moi encore. — Une lumière se lève depuis l'aube de la prééternité ; elle brille dans les temples du Tawhîd (c'est-à-dire dans les personnes de ceux qui professent la Vraie Unité. Une glose de l'un de nos manuscrits ajoute en marge : cette lumière, c'est l'Imâm éternel). — Explique moi encore. — Éteins la lampe, le matin est levé. — Après cela, l'Imâm garda le silence. »

Semblable texte suffirait à lui seul à nous montrer que l'enseignement des Imâms, source de la théosophie shî'ite, nous met en présence de quelque chose qui diffère aussi bien de la dialectique des scolastiques de l'Islam (les Motakallimûm) que de la méthode démonstrative des philosophes hellénisants (les falâsifa), et de l'indifférence des pieux ascètes à l'égard de la Connaissance. Il s'agit d'une forme d'enseignement typique
trop peu considérée en général chez nous, lorsque nous parlons de l'Islam, si bien que l'on a pu se méprendre au point de parler du shî'isme comme d'une « religion d'autorité », au sens que ce terme a en Occident, tant nous avons perdu le sens de ce en quoi consiste l'initiation spirituelle. L'Imâm, on le voit, n'impose aucune formule dogmatique. La science qu'il enseigne, nos auteurs la caractérisent comme une connaissance héritée par l'âme ('ilm irthî, cf.infra chap. VI, 4). C'est un héritage auquel l'âme a droit — et en possession duquel elle entre — dans la mesure de sa capacité. L'héritier, c'est celui qui est capable de comprendre; il n'a pas à conquérir son héritage par les efforts d'une dialectique conceptuelle. C'est son degré de compréhension qui assure son droit à la « succession », et fait de lui quelqu'un à qui le « dépôt confié » peut être remis ; c'est cela même qu'a fait valoir Komayl en priant l'Imâm de lui répondre.

Certes, le texte de l'entretien est difficile. Il a provoqué de longs commentaires. Haydar Âmolî qui le commentera lui-même longuement dans la seconde partie du grand ouvrage dont il sera question plus loin (infra livre IV, chap. I) se borne à observer, en le citant une première fois, que la signification ultime de cet entretien est dans le trait final : « Après cela, l'Imâm garda le silence. » Ce qui pour lui veut dire : Komayl, conduit jusqu'au niveau de la voie mystique, peut voir désormais de ses propres yeux. Après cela, il n'y a plus de question à poser en termes de dialectique rationnelle, car la dialectique est comme la lampe par rapport au soleil. Les choses qui relèvent de la révélation intérieure et de l'expérience mystique, ne peuvent être finalement ni exprimées ni montrées, comme le dit allusivement l'Imâm dès le début. Haydar Âmolî en tire une double conséquence. Tout d'abord, c'est dans le silence que le gnostique atteint au but de sa recherche par une expérience spirituelle qui est le suprême degré possible de l'atteinte à Dieu. En second lieu, si les Imâms ont divulgué ces secrets divins (asrâr ilâhîya) aux plus éminents de leurs disciples et familiers, il n'est permis à personne de les divulguer devant les indignes et les profanes.


Dernière édition par Ishraqi le Dim 3 Nov - 21:33, édité 2 fois
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Re: Frithjof Schuon

Message  Ishraqi le Dim 3 Nov - 21:30

Idriss a écrit:
Oui les "guénoniens" sont souvent rapidement dogmatique ce qui deviens en général rapidement problématique dans les échanges...
Mais malgré leur divergences Guénon et Schuon, eux,  sont restés en relation jusqu'au bout...Comme quoi leurs disciples ( ou ceux qui se réclame d'eux)  sont souvent plus royaliste que le roi...
Oui, j'ai remarqué, certains disciples de Guénon ont la manie d'extrapoler quelques vagues phrases de celui-ci pour rejeter Schuon, Evola, Corbin, et d'autres ésotéristes qu'ils n'ont pas envie de lire.
Idriss a écrit:Après ses revirements hors de tous cadre orthodoxes ....voir ses dérives je ne sais  trop qu'en penser. Je prend de lui ce qu'il à dit ou écrit et qui me donne matière à réflexion, à structurer  à organisé ma pensé et personnellement je trouve qu'il m' a aidé, guidé dans certaines intuitions...déjà c'est immense à mon humble niveau..
Au fait, tu pourrais approfondir le sujet de ses dérives ? J'en entends souvent parler mais je n'ai jamais eu d'exemples concrets.
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Re: Frithjof Schuon

Message  DenisLouis le Mar 5 Nov - 16:25

Il y a eu aussi une scission entre cheikh Mustapha (Michel Vâlsan) et Schuon (cheikh Aïssa), Michel Vâlsan était au début disciple de Schuon, Vâlsan avait un contact doctrinal direct avec Guénon, il  semble que sa décision de prendre son indépendance ait été approuvée par Guénon,  en tout cas c'est l'interprétation des valsaniens, cette scission a été peut-être exacerbée chez les disciples, il semble que les deux maîtres aient essayé de rester en bon termes.
Le problème de fond tel que je l'ai connu, exposé dans une lettre très détaillée de Michel Valsan à Schuon,  concernait les modalités de la voie initiatique, ses relations avec la loi extérieure.  Schuon avait aussi des disciples de plusieurs religions. Il a eu un contact approfondi avec certains indiens d'Amérique du Nord (la participation  à des rites pouvait hérisser des musulmans, sans parler du rapport au corps qui est assez différent de celui qui prédomine dans les habitudes vestimentaires des musulmans). Ce qui semble en cause c'est le rapport étroit nécessaire selon Guénon, et affirmé de manière nette dans la tariqa de Michel Valsan  entre une voie initiatique et la charya qui lui correspond, ce rapport paraissant insuffisamment rigoureux chez Schuon. Cependant les disciples de Schuon affirment qu'il a pratiqué les rites islamiques jusqu'au bout, je parle des rites de la charya.
Donc d'une manière générale une pratique de la voie différente, et un recrutement différent, Schuon ayant plutôt des disciples dans les pays anglo-saxons, avec une sensibilité différente, Schuon attachait aussi une grande importance à l'aspect beauté et esthétique, il peignait et écrivait des poèmes.


Dernière édition par DenisLouis le Mar 5 Nov - 17:04, édité 2 fois

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Re: Frithjof Schuon

Message  -Ren- le Mar 5 Nov - 16:42

DenisLouis a écrit:Le problème de fond tel que je l'ai connu  a été  exposé dans une lettre très détaillée de Michel Valsan à Schuon
Il ne serait pas inutile d'en partager le contenu ici (un lien, un extrait ?) ;)

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Re: Frithjof Schuon

Message  DenisLouis le Mar 5 Nov - 16:48

Je n'ai pas lu cette lettre, je ne la connais que par des gens qui l'ont lu, je ne crois pas qu'elle soit publique. Pour les critiques sur  Schuon, il faut voir aussi les livres et articles de Charles André Gillis, un des disciples de Michel Vâlsan, qui a continué son oeuvre dans le domaine doctrinal, je ne les ai pas où je me trouve. Il fait aussi mention de cette lettre.
.


Dernière édition par DenisLouis le Mar 5 Nov - 16:50, édité 1 fois (Raison : uraui)

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Re: Frithjof Schuon

Message  DenisLouis le Mar 5 Nov - 18:44

Je mets un lien sur une discussion traitant le sujet sur un forum :

http://tradition-modernite.leforum.cc/t111-Frithjof-Schuon.htm

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Re: Frithjof Schuon

Message  Idriss le Mar 5 Nov - 19:14

Salam Denis-Louis
C'est un immense plaisir de te lire.
Je pensais aussi à toi en ouvrant ce sujet en me faisant la réflexion que tu t'étais fait rare ces derniers temps...J'ai même craint que tu nous ais déserté...(C'est pas trop mon habitude de "racoler", mais là c'est intéressé , je pense que tu as beaucoup de choses encore à partager...la preuve ces informations sur Schuon...)


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Re: Frithjof Schuon

Message  -Ren- le Mar 5 Nov - 20:42

DenisLouis a écrit:Je mets un lien sur une discussion traitant le sujet  sur un forum :

http://tradition-modernite.leforum.cc/t111-Frithjof-Schuon.htm
Mersi bras :jap:

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Re: Frithjof Schuon

Message  Idriss le Mar 5 Nov - 22:05

Ishraqi a écrit:Oui, j'ai remarqué, certains disciples de Guénon ont la manie d'extrapoler quelques vagues phrases de celui-ci pour rejeter Schuon, Evola, Corbin, et d'autres ésotéristes qu'ils n'ont pas envie de lire.
Salam Ishraqi

Il me semble tous de même que sous appellation "ésotéristes" il faille distinguer d'un coté  les "orthodoxes traditionalistes", ceux qui  se réclame d'une initiation régulière  dans le cadre d'une tradition "exotérique". ( voir la discussion rapporté par Denis Louis :
http://tradition-modernite.leforum.cc/t111-Frithjof-Schuon.htm)
Dans cette famille il y a Guénon , Martin Lings, Titus Burckhardt, Vaslan aussi sans aucun doute, pour citer les plus connus ...

D'un autre coté ( que je connait peu) il y a les indépendants , autodidactes ne se rattachant pas proprement à la "Tradition"...Corbin par exemple , Evola aussi sans doute que je ne connais pas ...Leur approche de l'ésotérisme  est moins "doctrinal" plus  "universitaire" . La limite n'est jamais très claire on ne sais si il parlent de dedans ou de l'extérieur... Mircea Eliade  par exemple

Il existe peut-être une troisième famille ayant un rattachement traditionnel effectif et en même temps une approche très intellectuelle quasi universitaire de l'ésotérisme islamique: comme le grand spécialiste d'Ibn Arabi Michel Chodkiewicz ou Claude Addas...Eva de Vitray-Meyerovitch  ou Eric Geoffroy ...





Au fait, tu pourrais approfondir le sujet de ses dérives ? [concernant Schuon] J'en entends souvent parler mais je n'ai jamais eu d'exemples concrets.
Avec le lien fourni par Denis Louis tu dois en  avoir une petite idée maintenant!
Ceci dit , les musulmans sont parfois si prise de tête que je comprend que Schuon est éprouvé le besoin d'aller courir tous nu dans les prairies américaine avec des indiens... C'est surement très hétérodoxe, mais cela doit faire sacrément du bien ...
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Re: Frithjof Schuon

Message  Idriss le Ven 8 Nov - 21:56

Salam
Comme disciple de Schuon il y a aussi Hossein Nasr , né en 1933 à Téhéran. C'est un philosophe iranien.

Bio en anglais: http://en.wikipedia.org/wiki/Hossein_Nasr
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Re: Frithjof Schuon

Message  DenisLouis le Sam 9 Nov - 11:19

Un autre lien qui date de 2001 sur les différentes mouvances :

http://www.traditionalists.org/write/ephe.htm

Borella et Schuon, Borella, professeur de philosophie, chrétien :

Spoiler:
e dirai un mot, maintenant, de mon rapport à Frithjof Schuon. S’il y a eu dans ma vie un homme que j’ai effectivement considéré comme un maître, c’est bien lui : maître de doctrine, assurément, mais aussi maître de spiritualité, plutôt d’ailleurs que “ maître spirituel ”, ou que “ gourou ”, au sens ordinaire du terme. Durant des années, j’ai reçu son enseignement, par écrit (dans ses livres) et oralement. Doctrinalement, il n’est pas aisé de résumer ce qu’il m’a appris : sans doute une conscience nette de la nature théophanique de l’intelligence, une façon plus “ réaliste ” et plus concrète que celle de Guénon d’envisager la métaphysique, et un sens plus direct, plus vivant du parfum de chaque religion. Spirituellement, Frithjof Schuon enseigne la doctrine de la prière contemplative : j’espère, Dieu aidant, ne jamais l’oublier. Cette doctrine s’accompagne d’une méthode de méditation, exposée d’ailleurs dans certains de ses livres. Pendant longtemps, je me suis efforcé de suivre cette méthode dont j’ai beaucoup reçu. J’y ai renoncé cependant depuis peu parce qu’il m’est apparu qu’elle demeurait, d’une certaine manière, étrangère à mon rapport intérieur à Jésus-Christ. Or, s’est imposée à moi, avec une force grandissante, la conviction qu’un chrétien ne pouvait avoir d’autre maître que Jésus-Christ, et que ce point était dirimant.

Mais ce n’est pas tout. Sans pouvoir ici m’étendre sur une question qui demanderait quelques développements, je dois faire état également d’une divergence doctrinale qui, au cours du temps, est allée en s’accentuant. Cette divergence concerne ce que Frithjof Schuon a accepté d’appeler l’unité transcendante des religions et qu’il nomma plus tard religio perennis ou sophia perennis. J’avais admis, sans vraie difficulté, et j’admets toujours, l’idée qu’il pouvait y avoir un fonds divin et révélé dans les formes religieuses non chrétiennes, tout en étant persuadé qu’on ne trouvait nulle part quelque chose d’équivalent à la Sainte-Trinité et à l’incarnation du Christ, ni, par conséquent, quelque chose d’équivalent aux sacrements chrétiens qui prolongent la grâce de l’incarnation jusqu’à la consommation du siècle (usque ad consommationem saeculi, Mt., XXVIII, 20). La présence d’un élément central proprement divin dans les religions non chrétiennes découle pour moi de trois considérations conjointes. La première est relative à la bonté divine dont je ne conçois pas qu’elle ait pu laisser des millions, sans doute des milliards d’hommes non seulement dans l’ignorance de la vraie religion, mais encore dans l’illusion absolument indécelable d’une fausse religion : si l’on songe à ce qu’est réellement une seule journée de la vie d’un pieux hindou, d’un pieux bouddhiste, d’un pieu musulman, une si longue et si totale illusion paraîtra pour ce qu’elle est, une monstruosité. Cet argument n’est pas sentimental, il est sémantique : le comportement religieux des hommes durant des millénaires ne peut pas être dépourvu en réalité du sens que les hommes lui attribuent en toute bonne foi. La deuxième raison est relative à l’existence des saints et des sages qu’on rencontre partout sur la terre, et qui, non seulement s’offrent à nous comme des modèles transparents du divin dans l’homme, mais encore parlent expressément de la conscience qu’ils ont de la présence de Dieu en eux. La troisième est relative à l’esthétique des religions : chaque religion, considérée dans ses formes principales (artistiques, rituelles, théologiques, spirituelles), se présente à nous avec un style qui lui est propre, dont les formes participent, et qui est, humainement, ininventable : tout, dans l’islam, ressemble à l’islam ; mais l’islam lui-même ne ressemble à rien, du moins dans sa forme essentielle. Aucune création humaine n’est en mesure de modeler aussi durablement des humanités entières, selon des types aussi homogènes et aussi stables, pourtant pliables à toute diversité, et qui, en retour, offrent aux sentiments et aux pensées de plus hautes possibilités d’expression. Malgré leurs efforts en ce sens, ni la révolution française, ni la prétendue civilisation industrielle, ni les totalitarismes hitlérien, stalinien ou maoïste n’y parvinrent. Reconnaissons donc ces formes religieuses pour ce qu’elles sont, quoique sans doute à des degrés divers – et sans nier les trahisons éventuelles – des floraisons du Saint-Esprit.

S’ensuit-il qu’on puisse poser, à part et au-dessus des grandes religions une religio perennis dont le contenu s’identifierait à celui de la métaphysique universelle, elle-même définie comme l’ “ ésotérisme absolu ”, et par rapport à laquelle les autres religions ne seraient que des “ mirages salvateurs ”, ou, tout au plus, des “ cadres liturgiques ” d’une nécessité seulement pratique ? Je ne le pense pas.

Et tout d’abord je distinguerai entre religio perennis, sophia perennis et philosophia perennis. Pour les deux premiers termes, je préférerais d’ailleurs parler de religio et de sophia “ primordialis ”. Il s’agit de la religion qu’Adam pratiquait au Paradis et de la connaissance qui était alors la sienne. Cette religio adamica est définie par un double commandement positif (cultiver et garder le “ Jardin ”) et une interdiction (manger du fruit défendu). Cela signifie que l’état de connaissance où se trouve Adam, état dans lequel être et connaître sont inséparables et constituent un unique “ savoir exister ”, cet état, dis-je, est fonction d’un acte, l’observance de la Lex primordialis : c’est dans la mesure où Adam ignore activement la science du bien et du mal, que son savoir est uni à son être et aux êtres, bref, qu’il devient une sagesse véritable. Cette union sapientale, cette “ fusion sophianique ” de l’être connaissant et de l’être connu n’implique pourtant aucune confusion : Adam, en connaissant l’essence des êtres paradisiaques, reconnaît aussi qu’aucun n’est semblable à lui (Gen. II, 20), et donc il s’en distingue. Mais cette distinction n’entraîne pas de division “ extranéifiante ”, c’est-à-dire qui rendrait l’homme et le monde “ étrangers ” (extraneus en latin) l’un à l’autre. Comme tout savoir humain, le savoir adamique comporte bien un élément “ spéculaire ”, “ réprésentatif, mais cet élément n’y apparaît pas comme tel. La connaissance adamique est semblable à un miroir qui reflète les êtres et les choses, et qui s’ignore lui-même activement comme condition de possibilité de cette réflexion : le miroir intellectif “ s’oublie ” dans son intellection même, s’absorbe tout entier dans l’acte de sa vision ; telle est l’une des significations de l’ignorance (voulue par Dieu) du “ fruit de l’arbre de la connaissance du bien-et-du-mal ”, par quoi est désignée la conséquence d’une actualisation de la dualité comme telle, c’est-à-dire de sa potentialité séparative.

En tant que telle, cependant, la connaissance ne peut unir l’être connaissant à l’être connu que parce que, dans son acte même, elle n’est ni l’un ni l’autre. Je ne deviens pas rose parce que je la connais, et la rose ne devient pas moi parce qu’elle est connue. Dans la fameuse proposition d’aristote, si souvent citée par les guénoniens, “ l’âme est tout ce qu’elle connaît ”, on oublie le mot le plus important : “ d’une certaine manière ”. Cette manière, ce mode d’identité, c’est celui que les scolastiques appellent “ intentionnel ” : identité cognitive qui n’implique précisément pas l’identification “ existentielle ” des réalités identifiées, puisqu’elle s’effectue dans la saisie d’une essence, abstraite de la chose connue par l’intelligence en acte d’intellection. La connaissance est précisément la possibilité miraculeuse d’un tel mode d’identité, en essence, possibilité liée spécifiquement à la présence de l’homme dans le monde. Ainsi, dans la connaissance, l’être connu et l’être connaissant quittent chacun son propre situs existentiel (puisque exister, pour un être, c’est être situé dans un monde, c’est-à-dire être soumis aux conditions déterminantes d’un milieu, ou état, quel qu’il soit) ; ils s’ouvrent l’un à l’autre en un “ lieu ” qui n’est existentiellement nulle part, dont le propre est d’être un “ non-où ”, un “ non-ubi ” : la connaissance, en acte de connaissance, est l’être par qui advient, dans le tissu serré de ce monde où tout est toujours “ quelque part ” – c’est-à-dire existentiellement situé (ou conditionné) – une ouverture, un ”jour ”, dans la lumière duquel les êtres et les mondes peuvent miraculeusement s’affranchir de leur solitude ontologique et exister les uns pour les autres.

Insituée en elle-même, la connaissance est évidemment située par l’être en qui s’actualise : angélique, humaine, infra-humaine, selon les divers degrés auxquels appartiennent les créatures. Suivant que cette “ situation ” est activement assumée ou passivement subie, la connaissance ainsi située est opérative et pratique, ou simplement spéculative et théorique, c’est-à-dire efficace quant à l’être connaissant et à l’être connu, ou non. C’est là une clef qui vaut pour tous les ordres d’êtres. Effectuer activement sa situation existentielle pour un être, c’est exister conformément à la loi de son être. La Lex primordialis, au Paradis terrestre, ne fait qu’exprimer la loi par laquelle la nature humaine peut se maintenir dans l’état qui lui est conforme, c’est-à-dire dans lequel elle peut exercer et développer ses virtualités et s’approprier son milieu de vie sans adultérer ni elle-même, ni le monde, mais au contraire en accomplissant l’un et l’autre. Effectuer le situs adamique, c’est refuser la connaissance des états inférieurs, c’est maintenir l’état humain en acte de contemplation, tourné vers le Ciel et les êtres de son monde, sans retour sur soi, sans désir adultère de se situer soi-même relativement aux degrés inférieurs, de se voir soi-même comme un degré parmi une multiplicité d’autres, ce qui impliquerait que l’on quitte cet état humain pour le considérer objectivement et de l’extérieur. Ce regard de haut en bas, qui mesure les situs existentiels, n’appartient qu’à Dieu, parce que seul l’Absolu peut connaître vraiment le relatif.

L'interview en entier :

http://jeanborella.blogspot.fr/2008/11/intelligence-spirituelle-et-surnaturel.html



Une biographie par Jean Baptiste Aymard :

http://al.alawi.1934.free.fr/index.php/biographies-ulterieurs-/115-issa-nuru-din-ahmad-frithjof-schuon.html



Jean Biès qui le rencontre alors, et qui parlera, dans la revue Epignosis, d’un « être quasiment inaccessible » esquisse de Schuon un portrait d’une grande justesse : « Schuon avait le visage des spirituels ; ce visage qu’on n’a jamais encore vu auparavant, et qu’on reconnaît pourtant aussitôt.Mais peut-on suggérer plus que des caractères physiques, quand l’essence même qui se dégage d’un être ne peut se trouver cernée par aucune clause de style ? Un vaste front, une courte barbe grise, d’abondants cheveux blancs tirés en arrière ; le nez fortement busqué, les doigts effilés d’un pianiste. On remarque moins en lui ses yeux que son regard. Ses gestes ont de la vivacité ; ils sont ritualisés jusque dans leurs détails : inviter à s’asseoir, saisir un porte-plume ne se font pas n’importe comment… Il est vêtu d’une djellaba brune, porte une écharpe de soie qui tombe sur ses bras et ses épaules. Au long des entretiens, il fera glisser de l’une à l’autre main un petit chapelet aux grains d’ivoire. Sa faculté d’accueil et d’attention à l’autre est totale ; il semble toujours profondément intéressé par ce qui lui est demandé, cela fût-il de la dernière banalité. Il s’exprime avec un léger accent germanique – qu’il doit à son origine bâloise – articule les phrases avec netteté, laissant transparaître une ardente conviction, une autorité péremptoire, une emphase de majesté. »

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Re: Frithjof Schuon

Message  Omphalos le Lun 14 Avr - 13:30

On ne saurait minimiser ou relativiser les dérives de Frithjof Schuon dont on peut prendre connaissance en partie dans le dossier confidentiel inédit de Jean Reyor et sur le "dossier Schuon" disponible ici: http://dossierschuon.jimdo.com/

L'oeuvre de René Guénon est unique et doctrinalement inattaquable (une boussole infaillible et une cuirasse impénétrable pour reprendre l'expression de Michel Valsan) et n'est certainement pas à mettre au même niveau que celle de Schuon (et encore moins supérieure). Les écrits de ce dernier sont confus, simplificateur, eronnés et déviants sur bien des points de l'orthodoxie traditionnelle.

Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes.

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Re: Frithjof Schuon

Message  Ishraqi le Lun 14 Avr - 20:45

Salut Omphalos, bienvenue sur ce forum.
Omphalos a écrit:On ne saurait minimiser ou relativiser les dérives de Frithjof Schuon dont on peut prendre connaissance en partie dans le dossier confidentiel inédit de Jean Reyor et sur le "dossier Schuon" disponible ici: http://dossierschuon.jimdo.com/
Merci beaucoup pour ce document que j'ai lu en diagonal, je n'imaginais pas que la polémique sur Schuon portait sur des sujets aussi graves. Je remarque cependant que la plupart des accusations sérieuses reposent sur les affirmations d'un seul témoin que l'auteur lui-même qualifie de menteur, de malade mental et de "psychopathe"... Ça manque de rigueur.
Omphalos a écrit: L'oeuvre de René Guénon est unique et doctrinalement inattaquable
Je ne suis personnellement qu'à moitié d'accord. Sur bien des sujets religieux, Guénon s'est objectivement trompé. Je pense notamment à certaines affirmations étranges sur le zoroastrisme, le bouddhisme ou l'hindouisme par exemple.
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Re: Frithjof Schuon

Message  -Ren- le Jeu 17 Avr - 6:43

Ishraqi a écrit:
Omphalos a écrit: L'oeuvre de René Guénon est unique et doctrinalement inattaquable
Je ne suis personnellement qu'à moitié d'accord. Sur bien des sujets religieux, Guénon s'est objectivement trompé
L'échange sur René Guénon qui a suivi ces remarques est désormais sur http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t2286-sd-rene-guenon
Merci de votre compréhension :jap:

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Re: Frithjof Schuon

Message  DenisLouis le Jeu 17 Avr - 19:49

Photos, peintures et poésies entre autres  sur ce site :

http://www.frithjofschuon.info/francais/imagegallery/artgallery.aspx#Anchor_C

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Re: Frithjof Schuon

Message  Invité le Dim 4 Mai - 20:03

Idriss a écrit:Il existe peut-être une troisième famille ayant un rattachement traditionnel effectif et en même temps une approche très intellectuelle quasi universitaire de l'ésotérisme islamique: comme le grand spécialiste d'Ibn Arabi Michel Chodkiewicz ou Claude Addas...Eva de Vitray-Meyerovitch ou Eric Geoffroy ...

Je préfère de très loin la plume d'Eric Geoffroy à celle de Schuon (ou de Guénon) : on retrouve sous sa plume non seulement la simplicité, mais encore l'efficacité et la qualité, en même temps que l'exhaustivité. J'aime aussi beaucoup Anne-Marie Schimmel qui est du même style que Geoffroy, au niveau de la précision et de la simplicité de la pensée, ce qui n'enlève rien à son exhaustivité et sa richesse....

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Re: Frithjof Schuon

Message  Idriss le Dim 4 Mai - 21:07

Cebrâîl a écrit:
Je préfère de très loin la plume d'Eric Geoffroy à celle de Schuon (ou de Guénon) : on retrouve sous sa plume non seulement la simplicité, mais encore l'efficacité et la qualité, en même temps que l'exhaustivité. J'aime aussi beaucoup Anne-Marie Schimmel qui est du même style que Geoffroy, au niveau de la précision et de la simplicité de la pensée, ce qui n'enlève rien à son exhaustivité et sa richesse....

http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t1811-eric-geoffroy

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Re: Frithjof Schuon

Message  Invité le Dim 4 Mai - 22:23

Merci pour le lien !

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Re: Frithjof Schuon

Message  Omphalos le Mar 6 Mai - 15:13

Quelques autres photos du maitre (sic) : http://cret.blogspirit.com/album/schuonneries/page1/
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