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La Parole de Jésus-Christ à la sauce Marguerat

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Message  Libremax le Mer 21 Aoû - 10:08

rosarum a écrit:
sans aller jusqu'à parler de folklore, je considère que les evangiles ne sont pas une histoire de la vie de Jesus mais sont déjà une sorte de catéchisme primitif assorti d'arguments destinés à répondre aux objections des juifs
Bonjour Rosarum,
ce serait intéressant que vous nous redisiez en quoi un catéchisme primitif ne saurait être pour vous une histoire de la vie de Jésus.


Cher Roque,
il est temps, je pense, aujourd'hui, de désenclaver la thèse des colliers évangélique de la seule oeuvre de Pierre Perrier : il n'est pas tout seul à la soutenir, il n'en est pas à l'origine.
Il faut au moins prendre en compte Marcel Jousse et Frédéric Guigain.

Libremax

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Message  Roque le Mer 21 Aoû - 18:37

rosarum a écrit:sans aller jusqu'à parler de folklore, je considère que les evangiles ne sont pas une histoire de la vie de Jesus mais sont déjà une sorte de catéchisme primitif assorti d'arguments destinés à répondre aux objections des juifs (tout comme le coran contient des arguments pour répondre aux objections des juifs et des chrétiens)
L'idée de Bultman est que les Evangiles seraient de la " littérature populaire ", c'est à dire une composition de " basse " qualité littéraire (et donc de faible exigence quant à l'exactitude historique) par rapport à une littérature " haute " de bonne qualité littéraire et plus fiable sur le plan historique. C'est un cadre d'analyse (haute/basse littérature) qui était en vogue au début du 20ème siècle dans les cercles protestants allemands, si j'ai bien compris dans la mouvance de la pensée hégélienne ... marquée par un préjugé élitiste certain.

rosarum a écrit:quand à D Marguerat, je ne le connaissais que par cette video que j'avais trouvée intéressante.

http://www.akadem.org/sommaire/colloques/rome-jerusalem-ou-qoumran-d-ou-vient-le-christianisme-/le-juif-jesus-22-05-2007-6941_4205.php
Dans cette vidéo, Marguerat explique très clairement des notions assez complexes et fait preuve d'une vaste érudition, il faut le reconnaître. Mais il y a une différence très sensible de présentation de Jésus entre cette vidéo et la livre de Marguerat que je commente sur dans ce sujet :
- dans la vidéo : Marguerat affirme que l'existence historique est un des faits historiques les mieux attestés de l'antiquité,  l'activité guérissante de Jésus est une des traditions les mieux attestées par les Evangiles, que Jésus prend partie - en tant que juif à part entière - dans le débat rabbinique de sont époque, mais ne se singularise que par une radicalité dont les conséquences sur les relations avec les autres courants juifs n'apparaitront que progressivement ...
Dans cette vidéo, Marguerat a un discours positif sur Jésus parfaitement identifiable. Je m'y retrouve assez bien et j'ajoute que ce n'est pas vraiment original, car d'autres auteurs comme Pierre Perrier et Frédéric Guigain - (voir le rappel de Libremax) - développement des thèses autrement passionnantes, bien plus riches - de mon point de vue - et nettement plus structurées dans un sens authentifiant la récitation orale de Yéhoua comme parfaitement conforme à la méthode de composition, de remémoration et de transmission orale rabbinique du premier siècle - rien d'original sur la technique orale donc ;
- dans le livre que je commente, par contre il n'existe aucune affirmation positive ... le contraste avec la vidéo est assez saisissant. Ca peut sembler excessif, oui je sais mais j'ai lu au moins 15 fois les chapitres introductif et 4 ou 5 fois intégralement et très attentivement tous les chapitres de l'Introduction au Nouveau Testament concernant les quatre Evangiles : Matthieu, Marc Luc et Jean et je n'y ai trouvé aucune affirmation positive sur quoi que ce soit d'exact ou authentique ou de sur un reliquat qui renverrait à un auteur effectif comme Jésus. Au contraire, ce qui y est affirmé (voir tous les leitmotive que j'ai listés dans mes différents posts) c'est que le texte évangélique n'est pas historique et n'est pas élaboré par les Apôtres ou des témoins oculaires. Dire comme tu le fais que : " les évangiles seraient une sorte de catéchisme primitif assorti d'arguments destinés à répondre aux objections des juifs " est encore assez acceptable pour moi, SI on n'ajoute pas - comme le fait à longueur de pages Marguerat - que le texte évangélique n'est qu'apologétique, c'est à dire qu'il fait le silence complet sur son origine : Jésus , sur celui qui a profèré en premier cette parole et sur la qualité de témoins (témoignage) des " transmetteurs " et bloquant TOUTE l'interprétation sur le fait que c'est un message élaboré à la seconde ou la troisième génération - coupé de toute tradition antérieure -  en fonction " des situations de vie " et des besoins des auditeurs dans chaque communauté ... et en ajoutant que ces écrivains s'arrogeaient toute liberté pour créer de nouvelles traditions " à la mode de Jésus " (cf. le scribe chrétien inspiré : plus haut).

Je dois dire que tout ça me semble très " culotté " et même un peu pervers quand on essaie de comprendre comme un tout " cohérent " ce discours par petites touches, par omission (angles morts de l'analyse) et par glissements de sens - finalement très complexe et négatif de cet ouvrage collectif. J'ai bien distingué la pensée de Marguerat lui-même qui se trouve dans les deux chapitres introductifs et le chapitre sur l'Evangile de Luc. J'ai fait un gros effort d'objectivité afin d'éviter d'amplifier les différences qui me séparent du discours de Marguerat (dans le livre) ... et je peux m'être trompé en fin de compte :) 

Tout mon acharnement :)  à lire et relire cet ouvrage - dont je ne partage pas du tout la plupart des soupçons sur le texte évangélique - vient de ma sidération totale quand j'ai lu la première fois ce texte. Je n'interdis bien entendu à personne de penser cela, mais je me suis demandé et je me demande encore à quel titre on peut se prétendre " chrétien " avec ce genre de " déconstruction " - sans aucune contrepartie positive - du texte des Evangiles (dans le livre : l'INT), alors que, je le répète, le contenu de la vidéo est tout a fait bénin et converge avec d'autres auteurs dont il ne parle pas dans la vidéo.  

Maintenant, c'est une chose d'avoir une opinion à priori et une autre chose d'étayer et d'argumenter son opinion. Tout mon sujet essaie de montrer que l'argumentation de Marguerat (dans le livre) n'est que la répétition d'un postulat jamais démontré de mon point de vue (le texte du livre est très répétitif et lourd sur ce point, ce postulat est le point faible de la thèse en question, d'après moi).

Et c'est là que viens la question de Libremax :
Libremax a écrit:Bonjour Rosarum,
ce serait intéressant que vous nous redisiez en quoi un catéchisme primitif ne saurait être pour vous une histoire de la vie de Jésus.

Roque

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Message  rosarum le Jeu 22 Aoû - 10:22

Roque a écrit:
rosarum a écrit:sans aller jusqu'à parler de folklore, je considère que les evangiles ne sont pas une histoire de la vie de Jesus mais sont déjà une sorte de catéchisme primitif assorti d'arguments destinés à répondre aux objections des juifs (tout comme le coran contient des arguments pour répondre aux objections des juifs et des chrétiens)
L'idée de Bultman est que les Evangiles seraient de la " littérature populaire ", c'est à dire une composition de " basse " qualité littéraire (et donc de faible exigence quant à l'exactitude historique) par rapport à une littérature " haute " de bonne qualité littéraire et plus fiable sur le plan historique. C'est un cadre d'analyse (haute/basse littérature) qui était en vogue au début du 20ème siècle dans les cercles protestants allemands, si j'ai bien compris dans la mouvance de la pensée hégélienne ... marquée par un préjugé élitiste certain.

rosarum a écrit:quand à D Marguerat, je ne le connaissais que par cette video que j'avais trouvée intéressante.

http://www.akadem.org/sommaire/colloques/rome-jerusalem-ou-qoumran-d-ou-vient-le-christianisme-/le-juif-jesus-22-05-2007-6941_4205.php
Dans cette vidéo, Marguerat explique très clairement des notions assez complexes et fait preuve d'une vaste érudition, il faut le reconnaître. Mais il y a une différence très sensible de présentation de Jésus entre cette vidéo et la livre de Marguerat que je commente sur dans ce sujet :
- dans la vidéo : Marguerat affirme que l'existence historique est un des faits historiques les mieux attestés de l'antiquité,  l'activité guérissante de Jésus est une des traditions les mieux attestées par les Evangiles, que Jésus prend partie - en tant que juif à part entière - dans le débat rabbinique de sont époque, mais ne se singularise que par une radicalité dont les conséquences sur les relations avec les autres courants juifs n'apparaitront que progressivement ...
Dans cette vidéo, Marguerat a un discours positif sur Jésus parfaitement identifiable. Je m'y retrouve assez bien et j'ajoute que ce n'est pas vraiment original, car d'autres auteurs comme Pierre Perrier et Frédéric Guigain - (voir le rappel de Libremax) - développement des thèses autrement passionnantes, bien plus riches - de mon point de vue - et nettement plus structurées dans un sens authentifiant la récitation orale de Yéhoua comme parfaitement conforme à la méthode de composition, de remémoration et de transmission orale rabbinique du premier siècle - rien d'original sur la technique orale donc ;
ne connaissant de D Marguerat que cette video, je vois que nous sommes d'accord sur ce sujet. pour le reste, je suis surpris par les positions qu'il prend dans le texte que tu étudies mais que je ne connais pas.

Et c'est là que viens la question de Libremax :
Libremax a écrit:Bonjour Rosarum,
ce serait intéressant que vous nous redisiez en quoi un catéchisme primitif ne saurait être pour vous une histoire de la vie de Jésus.
je ne dis pas que les deux sont exclusifs mais je dis que les évangiles ne sont pas une biographie de la vie de Jesus.
les épisodes qui sont rapportés ont été sélectionnés en fonction de leur intérêt théologique.
c'est pourquoi on ne sait pratiquement rien de son enfance ni de sa vie quotidienne, mais à contrario les évangélistes détaillent sa généalogie afin de "prouver" qu'il est de la descendance de David parce que c'est l'une des conditions que doit remplir le Messie.

voir ici :  http://www.lamed.fr/index.php?id=1&art=657

Le Messie doit être un descendant du côté paternel du roi David (Voir Genèse 49, 10 et Isaïe 11, 1). Or, selon la thèse des Chrétiens, Jésus est né d'une femme vierge, et donc n'avait pas de père. Il est par conséquent impossible qu'il ait pu satisfaire aux exigences d'une filiation paternelle remontant au roi David !

il y a d'autres exemples qui montrent que le souci premier des évangélistes est de "prouver" la foi chrétienne et non pas de rapporter fidèlement des évènements.
si l'on y ajoute le fait que le merveilleux et le surnaturel étaient "naturels" avant que la rationalité moderne ne vienne jeter la suspicion sur toute forme de "miracle" et d'irrationnel, on peut penser que la valeur historique des évangiles peut être fortement relativisée.
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Message  Libremax le Jeu 22 Aoû - 11:29

rosarum a écrit:
Libremax a écrit:Bonjour Rosarum,
ce serait intéressant que vous nous redisiez en quoi un catéchisme primitif ne saurait être pour vous une histoire de la vie de Jésus.
je ne dis pas que les deux sont exclusifs mais je dis que les évangiles ne sont pas une biographie de la vie de Jesus.
les épisodes qui sont rapportés ont été sélectionnés en fonction de leur intérêt théologique.
c'est pourquoi on ne sait pratiquement rien de son enfance ni de sa vie quotidienne, mais à contrario les évangélistes détaillent sa généalogie afin de "prouver" qu'il est de la descendance de David parce que c'est l'une des conditions que doit remplir le Messie.

voir ici :  http://www.lamed.fr/index.php?id=1&art=657

Le Messie doit être un descendant du côté paternel du roi David (Voir Genèse 49, 10 et Isaïe 11, 1). Or, selon la thèse des Chrétiens, Jésus est né d'une femme vierge, et donc n'avait pas de père. Il est par conséquent impossible qu'il ait pu satisfaire aux exigences d'une filiation paternelle remontant au roi David !

il y a d'autres exemples qui montrent que le souci premier des évangélistes est de "prouver" la foi chrétienne et non pas de rapporter fidèlement des évènements.
si l'on y ajoute le fait que le merveilleux et le surnaturel étaient "naturels" avant que la rationalité moderne ne vienne jeter la suspicion sur toute forme de "miracle" et d'irrationnel, on peut penser que la valeur historique des évangiles peut être fortement relativisée.
Ce qui est intéressant de constater dans ce que vous résumez ici, c'est le fondement, je crois, de toute l'argumentation de Marguerat, qu'il ne fait que développer de manière logique:
Il y a quelques présupposés à ce que vous écrivez, qui méritent d'être examinés :

-"Prouver" la foi chrétienne est plus important que de reporter fidèlement des évènements : il ne s'agit donc pas de prouver, et vous faites bien d'utiliser le verbe entre guillemets, vu qu'une foi ne se prouve pas, et que la fidélité aux évènements (qui seraient les seuls à pouvoir éventuellement prouver quelque chose) est secondaire. Pourquoi ?

-La rationalité moderne jette une suspicion sur toute forme de "miracle" et d'irrationnel, ce qui permet ce penser que l'historicité des évangiles est relative. Les évangiles mentent donc (ils se présentent comme des témoignages de personnes ayant vu concrètement lesdits miracles), car le surnaturel et l'inexpliqué ne saurait être factuel. Quelle pourrait être la valeur de tels récits (dont les miracles n'ont été remis en cause par personne à l'époque, pas même les adversaires juifs), puisqu'ils ne songent même pas à relater fidèlement les évènements?

-Les épisodes rapportés sont sélectionnés en fonction de leur intérêt théologique. Quel est "l'intérêt théologique" de récits qui ne veulent pas rapporter des faits et se permettent de raconter des évènements qui ne se sont pas passés (puisqu'ils sont miraculeux)?

Enfin, et pour rentrer dans le détail de la question des généalogies du Christ : en quoi l'adoption par Joseph était-elle un frein à la reconnaissance ultérieure de Jésus comme appartenant à la maison de David? En Israël, l'enfant adopté héritait des mêmes privilèges que le fils de sang.

Ne voyez pas forcément ici , cher rosarum, de désir de vouloir à tout prix polémiquer.
J'ai juste voulu observer que ce que vous avanciez pouvait poser de grâves questions de cohérence quant aux intentions des auteurs des évangiles, tout en étant généralement admis de manière à servir d'arrière-plan aux thèses des chercheurs comme M.Marguerat.
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Message  Roque le Jeu 22 Aoû - 18:51

Libremax a écrit:
rosarum a écrit:
Libremax a écrit:Bonjour Rosarum,
ce serait intéressant que vous nous redisiez en quoi un catéchisme primitif ne saurait être pour vous une histoire de la vie de Jésus.
je ne dis pas que les deux sont exclusifs mais je dis que les évangiles ne sont pas une biographie de la vie de Jesus.
les épisodes qui sont rapportés ont été sélectionnés en fonction de leur intérêt théologique.
c'est pourquoi on ne sait pratiquement rien de son enfance ni de sa vie quotidienne, mais à contrario les évangélistes détaillent sa généalogie afin de "prouver" qu'il est de la descendance de David parce que c'est l'une des conditions que doit remplir le Messie.

voir ici :  http://www.lamed.fr/index.php?id=1&art=657

Le Messie doit être un descendant du côté paternel du roi David (Voir Genèse 49, 10 et Isaïe 11, 1). Or, selon la thèse des Chrétiens, Jésus est né d'une femme vierge, et donc n'avait pas de père. Il est par conséquent impossible qu'il ait pu satisfaire aux exigences d'une filiation paternelle remontant au roi David !

il y a d'autres exemples qui montrent que le souci premier des évangélistes est de "prouver" la foi chrétienne et non pas de rapporter fidèlement des évènements.
si l'on y ajoute le fait que le merveilleux et le surnaturel étaient "naturels" avant que la rationalité moderne ne vienne jeter la suspicion sur toute forme de "miracle" et d'irrationnel, on peut penser que la valeur historique des évangiles peut être fortement relativisée.
Ce qui est intéressant de constater dans ce que vous résumez ici, c'est le fondement, je crois, de toute l'argumentation de Marguerat, qu'il ne fait que développer de manière logique:
Pour faire court, Marguerat exclut que le témoignage des évangélistes puisse renvoyer à des souvenirs exacts (pour être plus précis, il fait totalement d'impasse sur cette question). Toute la lignée des " penseurs du christianisme " comme : Renan, Bultman et Marguerat nie ou fait l'impasse sur la question de l'exactitude des souvenirs et l'historicité des faits rapportés par les Evangiles, c'est une constante depuis 150 ans. Sur quoi repose ce postulat méthodique, comment se justifie-t-il ?
Libremax a écrit:Il y a quelques présupposés à ce que vous écrivez, qui méritent d'être examinés :

-"Prouver" la foi chrétienne est plus important que de reporter fidèlement des évènements : il ne s'agit donc pas de prouver, et vous faites bien d'utiliser le verbe entre guillemets, vu qu'une foi ne se prouve pas, et que la fidélité aux évènements (qui seraient les seuls à pouvoir éventuellement prouver quelque chose) est secondaire. Pourquoi ?
Selon ma manière de résumer la pensée de Marguerat, les évangiles sont une narration, mais pas une histoire (habile glissement de sens qui ne fait que reformuler - c'est à dire qu'il ne démontrer rien du tout - le postulat méthodique de base du rationalisme). Marguerat fait finalement des évangélistes des sophistes, c'est à dire des rhéteurs d'agrément qui disent ou écrivent pour leur auditoire ce qu'ils veulent entendre (prescriptions morales, rituelles et besoins identitaires). Logique car Marguerat pense - et ses co-auteurs aussi (très répétitif) - que les Evangiles sont une construction dans l'univers culturel hellénistique. Pour Marguerat (thème très insistant aussi) les Evangiles sont une sous-catégorie de la biographie gréco-romaine :!!!: 

Libremax a écrit:-La rationalité moderne jette une suspicion sur toute forme de "miracle" et d'irrationnel, ce qui permet ce penser que l'historicité des évangiles est relative. Les évangiles mentent donc (ils se présentent comme des témoignages de personnes ayant vu concrètement lesdits miracles), car le surnaturel et l'inexpliqué ne saurait être factuel. Quelle pourrait être la valeur de tels récits (dont les miracles n'ont été remis en cause par personne à l'époque, pas même les adversaires juifs), puisqu'ils ne songent même pas à relater fidèlement les évènements ?
L'avis d'un médecin du bureau médical de Lourdes (je viens d'y aller avec ma femme) : les guérisons inexpliquées sont un phénomène qui peut réveiller une fond de paganisme, car il s'agit de la mise en œuvre de forces naturelles par une force surnaturelle. C'est une manifestation nécessaire - pour certains esprits ancrés dans des certitudes fermées - pour les déstabiliser, c'est à dire pour les ouvrir à l'existence d'une Réalité surplombant nos réalités. Ce n'est pas d'abord une preuve de la foi chrétienne par les mécanismes éventuellement interprétés dans le " paganisme " que ces guérisons inexpliquées mettent en œuvre. Pour ma part, j'ai assisté au moins à deux phénomènes inexpliqués (Père Tardiff et un autre lieu) devant moi et j'ai entendu le témoignage direct de trois miraculés de Lourdes (guéris avant 1945 tous très vieux) reconnus. 66 guérisons inexpliquées reconnues et environ 100 fois plus de déclarations depuis le début des apparitions de Lourdes (2 à 3 par mois). Nombre de médecins ou scientifiques rationalistes venus avec " le fusil chargé " participer à l'examen des dossiers et les décisions de ce bureau médical (ouvert à tous quelque soient les convictions, vote à l'unanimité) ont vécu des moments difficiles avec leur postulat méthodique ... étant vrai également que tous les dossiers litigieux sont définitivement classés aussi par les membres croyants de cette commission trop soucieux d'éviter toute mise en cause du sérieux de ce bureau médical (c'est comme ça que s'explique de 1% de reconnaissance des guérisons inexpliquées).

Libremax a écrit:-Les épisodes rapportés sont sélectionnés en fonction de leur intérêt théologique. Quel est "l'intérêt théologique" de récits qui ne veulent pas rapporter des faits et se permettent de raconter des évènements qui ne se sont pas passés (puisqu'ils sont miraculeux)?
Dans l'idée des juifs (AT) le sens des choses ou l'inspiration divine vient des faits, de l'histoire, c'est le sens du mot hébreu " dabar  " qui signifie à la fois parole et événement. Tout au contraire, pour Marguerat l'annonce évangélique n'est qu'une spéculation ou travail des méninges des évangélistes. Dans une autre formule subtile de Marguerat la remémoration des évangélistes est un travail d'élaboration théologique - exclusivement un travail élaboration théologique et non des souvenirs exact. On retrouve encore une reformulation du postulat méthodique. Cette formulation, d'ailleurs un peu sournoise, signifie que la perspective apologétique prime complètement sur l'exactitude du témoignage, du souvenir, dans un univers religieux concurrentiel. Dire que la remémoration c'est une réflexion qui invente ce qu'il convient de dire aux auditeurs - comme le fait sans vergogne Marguerat ... c'est un peu se f..tre du monde, tu en conviendras je suppose. L'idée va tout droit vers l'idée suivante qu'en respect pour le Maître la communauté croyant aura inventé - après coup - des faits et des paroles, y compris de Jésus sur Son identité de Messie et Sauveur, utiles pour maintenir le Jésus de Nazareth mort et enterré dans le culte des autels comme Christ et Seigneur. Qu'on ne croit pas à cette illusion chrétienne me paraît tout à fait acceptable, mais prétendre que cette imposture a été faite en fidélité au Maître (sic, INT page 96) est encore une fois se f..tre du monde, tu en conviendras encore.

Arrivé à ce point de l'ouvrage collectif, j'avoue que je bloque un peu ... quel scénario inventer pour expliquer que les évangélistes se soient prêtés à une telle falsification ? J'en " vois " un seul avec des variantes : la construction théologique est un pur jeu intellectuel destiné à recruter de nouveaux adeptes (le cynisme) ou les évangélistes se seraient autorisés à faire le sale boulot (forger des bobards) pour " le bien " des communautés naissantes. Dans les deux cas je ne peux que m'interroger sur la réalité de la foi de ces " évangélistes " au Dieu, Père comme à Son Fils, Messie et Seigneur puisqu'ils en sont littéralement les inventeurs. On est automatiquement dans des scénarios à la Da Vinci Code. Plus grave, je m'interroge la perception de l'auteur sur ce qui est compatible ou non avec l'expérience et la cohérence interne de la foi ... ce que cet auteur en conçoit (cynisme, sale boulot pour faire le " bien " ) est inquiétant et évoque une totale méconnaissance de cette expérience de foi - autre que son contenu intellectuel lequel n'est comme chacun sait pas la foi en elle-même. L'imposture pourrait alors être du coté des auteurs du livre !

Après lecture, j'ai l'impression que pour certains collaborateurs de Marguerat, imbus de ce même postulat méthodique pousse leur " avantage " au maximum (sur le troupeau des croyants conformistes présumés naïfs) - poussent le culot, voire même l'arrogance - jusqu'à se moquer ouvertement de toute vraisemblance et du respect véritable dû au Maître.

Libremax a écrit:Enfin, et pour rentrer dans le détail de la question des généalogies du Christ : en quoi l'adoption par Joseph était-elle un frein à la reconnaissance ultérieure de Jésus comme appartenant à la maison de David ? En Israël, l'enfant adopté héritait des mêmes privilèges que le fils de sang.
Tout à fait juste Libremax. Je ne vois pas où est la difficulté par rapport à la loi juive. Mais ce principe n'existe pas que dans la Bible. La relation mère-enfant est vérifiable à la naissance (l'enfant apparaît lors de l'accouchement), alors que la relation père-enfant repose sur l'acceptation d'un évènement dont personne n'est témoin (la conception). Quand le père " accepte " un enfant comme étant de lui, il fait un acte de volonté et de confiance qui s'apparente de toute façon à une adoption (que l'enfant soit de lui ou non).  La présomption de paternité encore inscrite dans la loi française (sauf erreur :) ) repose sur ce mécanisme anthropologique et social qui tend a protéger et intégrer la plupart des enfants (que l'enfant soit de lui ou non).

Libremax a écrit:J'ai juste voulu observer que ce que vous avanciez pouvait poser de graves questions de cohérence quant aux intentions des auteurs des évangiles, tout en étant généralement admis de manière à servir d'arrière-plan aux thèses des chercheurs comme M.Marguerat.
Autre chose est d'avoir des convictions et autre chose est de construire rationnellement ces convictions au delà du postulat méthodique de base (qui est simplement dit : " je ne crois pas du tout à ces balivernes ! "). Même les rationalistes devraient se sentir obligés (moralement) d'articuler positivement leur critique et d'en faire un tout aussi cohérent que possible sinon on est dans la " conviction à l'état brut " ... respectable, mais n'offrant pas matière à débat.

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Message  Blaise le Mer 2 Oct - 19:27

La « Formgeschichte » a fait des émules dans le petit monde de la sinologie : les cours d’Anne Cheng au Collège de France en offrent une illustration exemplaire : http://www.college-de-france.fr/site/anne-cheng/index.htm#|m=course|

Confucius revisité : textes anciens, nouveaux discours (2008-2012)

Confucius ressuscité ? Quelques hypothèses  (2012-2013)

Le confucianisme est-il un humanisme ? (2013-214)

Anne Cheng s’inscrit, je reprends ses termes, dans « un mouvement de déconstruction de la figure de Confucius et du texte des Entretiens qui prend de l’ampleur surtout dans les milieux sinologiques occidentaux. » (Résumé du Cours de l’année 2011-2012, p. 496).

Elle récuse toute « conception de la composition du Lunyu [les "Entretiens" de Confucius] comme processus de transmission continue depuis les paroles mêmes du maître, ses ipsissima verba […] » (ibid, p. 201) ; elle récuse également la théorie de la "stratification textuelle", qui permettrait d’isoler, au sein du canon attribué à Confucius, un texte primitif de ses ajouts ultérieurs.

Elle et d’autres sinologues influencés par la formgeschichte, ont souligné la présence pour la littérature chinoise ancienne d’unités textuelles de base, similaires au péricopes du NT : les zangh. Il s’agirait d’unités mobiles, appartenant à un fonds culturel commun (ni taoïste ni confucéen), susceptibles d’être insérées dans des corpus textuels différents, leur changement de contexte produisant à chaque fois de nouveaux effets de sens.

Le texte des Entretiens, soutient Anne Cheng, devrait être relu « comme une "concrétion" d’unités textuelles mobiles qui se retrouvent dans diverses sources dont les contextes différents leur confèrent des portées et des significations variables. Ces unités textuelles peuvent même se retrouver sur des supports aussi inattendus que des embouts de tuiles d’époque han dont le rapprochement avec des unités textuelles tirées du Lunyu nous amènent à nous demander si elles ne reflèteraient pas davantage des messages politiques caractéristiques de l’instauration du nouvel ordre impérial centralisé aux alentours des IIe-Ier siècles, plutôt que l’enseignement authentique de maître Kong qui a vécu aux VIe –Ve siècles. » (ibid., p. 507)

C’est là sa thèse : la composition des Entretiens ne remonterait pas au-delà des Han ; cet ouvrage répondait aux besoins de la propagande politique du moment et ne nous dira jamais rien du Confucius historique, dont l’existence même est sujette à caution.

La déconstruction historico-critique de la Bible et des Evangiles lui sert de modèle constant dans ses cours : la divinisation de Confucius et de Jésus sont mis en équivalence ; et Anne Cheng n’hésite pas à citer des passages des  Evangiles pour mieux illustrer par quels procédés s’élabore une "légende" (voir Confucius ressuscité).


Dernière édition par Blaise le Mer 2 Oct - 19:32, édité 1 fois
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Message  -Ren- le Mer 2 Oct - 19:31

Merci pour cet apport qui nous sort des sentiers battus :jap: 
...Tu devrais passer plus souvent ; ce forum a la chance de compter des intervenants de qualité, mais vous vous croisez tellement peu que vous avez rarement la chance d'échanger entre vous ;)

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Message  Roque le Mer 19 Mar - 18:27

Blaise a écrit:La « Formgeschichte » a fait des émules dans le petit monde de la sinologie : les cours d’Anne Cheng au Collège de France en offrent une illustration exemplaire : http://www.college-de-france.fr/site/anne-cheng/index.htm#|m=course|

Confucius revisité : textes anciens, nouveaux discours (2008-2012)

Confucius ressuscité ? Quelques hypothèses  (2012-2013)

Le confucianisme est-il un humanisme ? (2013-214)

Anne Cheng s’inscrit, je reprends ses termes, dans « un mouvement de déconstruction de la figure de Confucius et du texte des Entretiens qui prend de l’ampleur surtout dans les milieux sinologiques occidentaux. » (Résumé du Cours de l’année 2011-2012, p. 496).

Blaise a écrit:La déconstruction historico-critique de la Bible et des Evangiles lui sert de modèle constant dans ses cours : la divinisation de Confucius et de Jésus sont mis en équivalence ; et Anne Cheng n’hésite pas à citer des passages des  Evangiles pour mieux illustrer par quels procédés s’élabore une "légende" (voir Confucius ressuscité).
Blaise, je n'ai pas répondu à cette très intéressante contribution ... un peu fatigué par mon propre sujet. Je penche pour une hypothèse : c'est la méthode d'analyse - elle-même - qui, pour une part, aboutit à ce résidu d'analyse en partie impossible à identifier ... et je cherche à comprendre comment se produit cet " artefact ". Je pense donc qu'aucun texte soumis à ce traitement ne peut rester indemne. J'aimerais par exemple qu'on fasse cet exercice sur la Constitution française ou le Code civil ... je suis sûr qu'on parviendrait à démontrer que ce sont des textes composées à partir de sources multiples par des " écoles " dont l'histoire reste actuellement en grande partie inconnue. Il y a une limite de la méthode d'analyse elle-même, elle démonte le témoignage historique, mais est absolument incapable de percevoir à quel moment elle rompt les liens pertinent (déconstruction : non, mais plutôt démolition, voire éradication).

Comme j'ai retrouvé un peu de courage pour ce travail fastidieux, je reprends ...

Roque

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Message  Roque le Mer 19 Mar - 18:55

UNE EXEGESE  PARTIALE, VOIRE AU CULOT ?


Dans ce livre j’ai été intéressé par tout ce qui touche à la Formgeschichte, par ce qui concerne les micro-unités, par le traitement réservé aux attestations patristiques, par ce qui est dit de l’apologétique chrétienne ou par la (pénible) comparaison stylistique aboutissant à prétendre que les Evangiles seraient une sous-catégorie de la biographie gréco-romaine … mais curieusement j’ai été beaucoup moins intéressé par les sections de chaque chapitre sur le « contenu » des Évangiles et à la « visée théologique ».

Pour les exposés sur le « contenu » des Évangiles, je crois que je les ai trouvés trop énumératifs et succincts. Pour un habitué de la lecture des méditations sur les Évangiles (par exemple dans Magnificat) et de recherche des sens des textes – par exemple dans les Pères de l’Église, ces quelques pages (5 ou 6 pages au plus) laissent un goût de « trop peu ». A la réflexion, je pense aussi que cette impression de « platitude » du commentaire provient du fait que c’est un commentaire surtout du registre littéraire, très peu théologique.

Pour les exposés sur la « visée théologique », même impression de « lassitude » et de lecture laissant très peu d’idées saillantes. La cause de cette impression est, je crois, que pour les sections sur la « visée théologique », il ne s’agit que des quelques points généraux qui singulariseraient la « théologie » de chaque évangéliste par rapport aux autres. On ne retrouve donc ni la richesse, ni la globalité des idées de l’évangéliste, mais une lecture sélective, évidemment plus pauvre que la lecture traditionnelle plus habituelle.
.
Mais ces sections ont quand même un intérêt, car elles font nécessairement ressortir les conceptions et convictions des rédacteurs de ces chapitres. A cette occasion les rédacteurs vont nécessairement de départir de l’apparente « neutralité » qui a prévalu sur les questions énumérées précédemment.

L’exposé est toujours soutenu par le postulat bultmannien que l’Évangile est un reflet de la foi de l’évangéliste ou de la communauté - mais pas du Jésus historique. Sur ce point, le parti pris est constant, le texte ne laisse jamais ouvertes des questions où d’autres alternatives seraient également possibles. C’est donc un enseignement soutenant de façon unilatérale – parfois de façon partiale – les thèse de l’école de Marguerat.

On va y découvrir des idées parfois surprenantes qui relèvent éventuellement d’une certaine forme de culot. Enumérons en quelques unes :
1. L’histoire assez rocambolesque de « La blancheur de son vêtement ne brillera que dans la tombe une fois la mort traversée » (impossible à résumer … il faut le lire !) ;
2. Le Christ nouveau portant la contestation au sein même des images que l’homme se fait de la liberté de Dieu !
3. La reprise critique des images de Dieu ou sommeil de Jésus métaphore du « Dieu présent dans l’absence » ;
4. Les loggias de Jésus tronquées d’un côté, puis ventilée et amplifiées d’un autre côté entre plusieurs textes ;
5. Jésus captant momentanément les manifestations de l’Esprit ;
6. Le Fils préexistant médiateur de la création ; ou
7. Le Christ « qui est véritablement Dieu dans la mesure où il est Son envoyé ».

Ce qui nous a paru le plus intéressant dans ces sections du livre, ce sont donc les positions partisanes et les interprétations discutables. Dans ce post, nous avons relevé 17 points discutables, dont 10 sont d'un impact théologie faible ou nul. Je suis convaincu que les auteurs y apparaissent - eux aussi - comme des interprètes ou témoins de l’Évangile – à leur manière - avec leur vision propre et leur grille de lecture qui n’engagent qu’eux.



Évangile de Marc (chapitre écrit par Mme Corina Combet Galland)


1. « La blancheur de son vêtement ne brillera que dans la tombe une fois la mort traversée » ?

L’auteure reprend la thèse de B. Standaert (1984). Elle ne retient de la Transfiguration et de la Résurrection qu’une simple affaire de vêtement blanc et de lecture d’une fable édifiante dans la nuit de Pâques comme de symbole du « dépassement de la mort ». Marc aurait, à dessein, inventé la figure du jeune homme nu comme symbole du nouveau baptisé et l’aurait replacée dans le tombeau vide comme symbole de la résurrection.

Nous récusons cette interprétation pour plusieurs raisons (cf. : spoiler) et la principale est que le mot linceul /drap (σινδονα) qui sert de fil directeur à cette interprétation ne se retrouve ni dans le récit de la Transfiguration, ni dans le verset du jeune homme dans le tombeau (Mc 16, 5).

L’auteure utilise littéralement le texte lorsque cela lui convient, sinon elle s’ en affranchit. Son interprétation ne repose finalement que sur la vigueur de ses affirmations : c’est donc ce que nous appellerons une « exégèse au culot ». Cette interprétation est, au demeurant, complexe et assez embrouillée.

Spoiler:

Ce que suggère Mme Corina Combet Galland :

La pensée de Mme Corina Combet Galland est suggérée par petites touches. Elle reprend une idée de B. Standaert (1984) sur les occurrences du mot linceul / drap (σινδονα) en Mc, mais elle la développe  en y rattachant les « vêtements éblouissants » du récit de la Transfiguration (INT p. 64).
« Appuyé sur une fine observation des corrélations internes du récit, cette perception s’articule à une hypothèse sur sa fonction externe, dans la communauté : il serait une narration pour la fête de Pâques, une haggadah chrétienne évoquant le « passage » de Jésus parmi les siens et sa dernière Pâque la nuit où il fut livré ; sa lecture aurait préparé le baptême à l’aube des nouveaux convertis, dont le récit a inséré une image sous les traits du jeune homme nu, enveloppé d’une seul drapé comme d’un linceul, et qu’on retrouve au matin de Pâques dans le tombeau ouvert, revêtu de blanc (14.51-52 et 16,5). » (INT page 60)
« Mais Jésus qui est apparu dans la parole partagée avec Elie et Moïse, redescend seul avec les disciples parmi les hommes ; la blancheur de son vêtement ne brillera que dans la tombe, habillant un jeune homme une fois la mort traversée (16, 5) » (INT page 64)
« L’autre représentation de la nudité, celle de l’évangile suggère discrètement, apparaît dans la figure fugitive du jeune homme qui suit Jésus quand ses disciples l’ont tous abandonné (14,52). Vêtu du seul drapé de lin – le mot est celui même du linceul qui enveloppa le corps de Jésus pour l’ensevelissement (15, 46) – il lâche son drap quand on, veut l’arrêter avec Jésus, et s’enfuit nu. Ici l‘évangile porte au plus loin, ou serre au plus près, son intention théologique : dans la fuite même, dans la perte de tout pouvoir jusqu’à celui de suivre Jésus livré, la fidélité vraie est réinterprétée comme impossible à l’homme, comme pur don de Dieu. Un même et tout autre jeune homme vêtu de blanc, apparaît dans la tombe ouverte à la place du corps absent du Crucifié (16, 1-8) ; par lui, messager de Dieu, la parole de Jésus est réactualisée au lieu même de la mort pour un rendez-vous des vivants, par où l’histoire peut commencer à nouveau. »  (INT page 81)
Il en résulte l’interprétation suivante : Marc aurait composé un récit édifiant destiné à être lu la nuit de Pâques (haggadah de Pâques) pour expliquer au nouveau converti comment le vêtement blanc de la transfiguration – « symbole de résurrection, de dépassement de la mort » - serait passé des épaules de Jésus à ses épaules de nouveau baptisé.

L’auteure croit même pouvoir en tirer la double leçon théologique qui aurait été élaborée par Marc :
1. Le jeune homme fuyant nu en lâchant le drap couvrant son corps de Mc 14, 51-52 : signifierait que « la fidélité vraie [à suivre Jésus livré] est impossible à l’homme et ne peut être qu’un pur don de Dieu » ;
2. Le jeune homme vêtu d’une robe blanche assis dans le tombeau [vide] de Mc 16, 5 signifierait que « la parole de Jésus est réactualisée au lieu même de la mort pour un rendez-vous des vivants, par où l’histoire peut commencer à nouveau », c’est-à-dire que pour Marc le travail effectué à travers la lecture de l’Évangile oriente vers un dépassement de toutes les limites, y compris de la mort. Cette conception s’appuie sur la conviction que la résurrection est elle-même une métaphore de ce dépassement ou de cette libération que le croyant est amené à opérer en lui-même et par lui-même. Cette interprétation s’appuie donc sur la conviction que la résurrection n’est qu’une métaphore et non une réalité.

Le texte de Mc :

Peut-on faire de tels rapprochements : entre la Transfiguration (Mc 9, 2b-3), le jeune homme fuyant nu (Mc 14, 51-52) et l’ « autre jeune homme » vêtu de blanc dans le tombeau vide (Mc 16, 1-8) ?

« Il fut transfiguré (μετεμορφωθη) devant eux, et ses vêtements (ιματια) devinrent éblouissants, si blancs qu'aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi (γναφευς επι της γης ου δυναται ουτως λευκαναι). »  (Mc 9, 2b-3)

« Un jeune homme (νεανισκος) le suivait, n'ayant qu'un drap (σινδονα) sur le corps. On l'arrête, mais lui, lâchant le drap (σινδονα), s'enfuit tout nu. » (Mc 14, 51-52)

« Après avoir acheté un linceul (σινδονα), Joseph descendit Jésus de la croix et l'enroula dans le linceul (σινδονι). Il le déposa dans une tombe qui était creusée dans le rocher et il roula une pierre à l'entrée du tombeau. »  (Mc 15, 46)

« Entrées dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme (νεανισκον), vêtu d'une robe (στολην) blanche, et elles furent saisies de frayeur. »  (Mc 16, 5)

On voit immédiatement que seuls deux mots sont communs à certains de ces versets : le linceul / drap (σινδονα) et le jeune homme (νεανισκος). Pour le reste, Mme Corina Combet Galland  fait des rapprochements qui ne sont pas dans le texte : il n’est pas non plus spécifié que le linceul serait blanc et les vêtements désignés dans certains versets (ιματια, στολην) ne sont pas un linceul / drap (σινδονα).

Le texte de la transfiguration décrit deux choses : 1. la métamorphose de Jésus (μετεμορφωθη) et 2. ses vêtements devenus éblouissants – d’un blanc qui n’existe pas sur terre. Le texte ne suggère pas qu’il s’agirait uniquement d’un simple vêtement blanc, fut-il lumineux. Par contre, dans tous les autres versets les termes employés désignent des vêtements bien concrets (ιματια, στολην, σινδονα) et de notre monde. Ainsi d’un côté l’auteure suit le texte (σινδονα) et de l’autre elle s’affranchit du texte (μετεμορφωθη, γναφευς επι της γης ου δυναται ουτως λευκαναι). Il ne faut donc pas trop s’étonner que nous récusions son interprétation faisant « deux poids deux mesure » selon que le texte lui convient ou non. Cette interprétation « romancée » ne repose que sur sa seule subjectivité.

La cohérence théologique de cette interprétation nous semble faible. S’il s’agit effectivement d’une haggadah de Pâques, un auditeur juif baigné par la Bible comprendra difficilement que le « jeune homme » puisse devenir un « ange ». En effet dans la conception biblique l’homme fait de chair et de sang est complètement différent de l’ange qui est un esprit et n’a donc ni chair, ni sang. Par contre, l’ange est très couramment un message de Dieu voire Dieu Lui-même dans la conception de la Bible.


Finalement, on a bien l’impression que cette interprétation très discutable n’est qu’une  tentative pour trouver un argument de plus en faveur de la thèse bultmanienne selon laquelle la divinité de Jésus serait une invention des évangélistes et que Jésus ressuscité n’existerait que par la profession de foi des chrétiens.


2. Le secret messianique : un moyen de masquer que Jésus n’avait pas clairement conscience de sa messianité ?

Ici l’auteure reprend la thèse de Wrede (1901) : le secret messianique serait le moyen – rétrospectivement – de reverser sa foi pascale en Christ ressuscité sur la vie du Jésus historique, alors que celui-ci n’avait pas de conscience claire de sa messianité. Cette manipulation des faits – donc cette imposture - serait imputable soit à la communauté, soit à l’évangéliste lui-même.

Cet argument n’est que la reformulation du postulat de base de Bultman que les Évangiles ne reposent sur aucun fait historique et que la messianité de Jésus – ou Sa Résurrection - n’auraient été qu’une invention après-coup des évangélistes. Cette vision bultmanienne est celle de l’auteure, non celle de Marc.

Cependant tant que ce postulat de base bultmanien n’est pas définitivement démontré, il est raisonnable de soutenir une thèse opposée, par exemple que Jésus aurait Lui-même volontairement voulu éviter d’être confondu avec le Fils de David, c’est-à-dire le Messie-Roi politique jusqu’à Sa passion et Sa résurrection.

Compte  tenu du fait que l’antériorité de Marc (voir post suivant sur « Les tentatives de modélisation du processus synoptique ») n’est pas non plus définitivement démontrée les autres Évangiles (Mt 8, 4 ; Lc 4, 41 ; 5, 14 ; 8, 56) pourraient constituer des témoignages convergents.

Spoiler:

« Le ressort essentiel de la composition de Marc, qui assure une cohérence théologique aux traditions recueillies, a été désigné sous le terme de « secret messianique ». ll recouvre les ordres de silence adressés par Jésus à ceux qu’il guérit (1, 44 ; 5.43; 7, 36 ; 8, 26) ou à ses disciples après une révélation (8, 30 ; 9, 9) et le thème de l'incompréhension des disciples (4, 13; 40 ; 6, 50-52 ; 8, 16-21, etc.). Ces deux motifs font de la révélation une « épiphanie secrète », selon la belle formule devenue classique de Martin Dibelius. Certains y associent la théorie des paraboles (4, 10-12). L’enseignement voilé de Jésus expliqué en particulier à « ceux du dedans ». La thèse du secret messianique a été formulée pour la première fois par W. Wrede en 1901. A ses yeux, le secret est le moyen, pour la communauté primitive, de reverser sa foi pascale en Christ ressuscité sur la vie du Jésus historique, alors que celui-ci n’avait pas de conscience claire de sa messianité. Dès lors, si jésus n’a pas dit qu’il était le Messie, c’est qu’il a voulu en différer la divulgation jusqu’à la résurrection et en a gardé le secret. D’autres auteurs pensent que la théorie est imputable non à la tradition, mais à la réflexion théologique de l’évangéliste. » (INT p. 72-73)


3. L’élaboration théologique d’un Christ qui libère des images que l’homme se fait de la liberté de Dieu ?

L’auteure reprend une thèse de Senft (1991) sur les récits de miracles de Jésus. Pour que la célébration des miracles n’asservisse les croyants à Jésus, Marc aurait voulu dépeindre « les traits nouveaux d'un Christ qui libère en provoquant des ruptures, en venant porter la contestation au sein même des images que l'homme se fait de la liberté de Dieu ». Et c’est à dessein que le dernier miracle de Jésus est « un tombeau laissé ouvert, mais vide ». Jésus donne, se donne, mais ne se laisse pas retenir.

Encore une interprétation très discutable, car il nous semble qu’on est en plein anachronisme. En effet, la problématique de vouloir libérer « des images que l’homme se fait de la liberté de Dieu » appartient au monde moderne, notamment avec l’émergence de l’incroyance ou l’athéisme de masse (XIXème et XXème siècle). Cette problématique des « fausses images de Dieu » semble très réduite dans le judaïsme qui la résout de façon simple : en bannissant le culte des idoles. En dépit du fait que Marc s’adressait également à des païens, il ne faut pas perdre de vue qu’une bonne partie de son auditoire à Rome même était juif, araméophone. Cette problématique – sauf preuve du contraire - ne peut appartenir – à un évangéliste juif au premier siècle de notre ère. Encore une fois : cette questionnement est celui de l’auteure, non celle de Marc.

Spoiler:

« On peut illustrer l'impact du travail de l'évangéliste par rapport à ses sources dans un mouvement à la fois de respect et de reprise critique, par l’analyse que C. Senft a proposée des récits de miracles. ll suppose que la tradition voyait dans ces récits, influencés par la sensibilité hellénistique à la présence du divin, une rencontre libératrice qui suscitait une admiration stupéfaite devant l'autorité charismatique du Christ ; Jésus semblait perçu comme un homme divin (θεἳος ᾁνἡρ) et le récit de ses actes attirant les foules servait sans doute la propagande missionnaire. L'évangile garde une grande importance à ces récits, mais les réinterprète en fonction de son projet théologique. L’évidence du miracle et la célébration de son auteur s'infléchissent en une démarche de questionnement. Pour Marc, si le miracle libère, il risque aussi d'asservir au libérateur ; d'où les traits nouveaux d'un Christ qui libère en provoquant des ruptures, en venant porter la contestation au sein même des images que l'homme se fait de la liberté de Dieu. Les résistances se disent dès lors par l’opposition de faire périr celui qui fait vivre à ce prix. L'accès à la connaissance de « qui est en vérité celui-là » est problématisé : au niveau du vouloir, par la présence des adversaires qui réclament un signe du ciel au lieu de déchiffrer en Jésus le signe de Dieu ; au niveau du pouvoir par la figure des disciples qui peinent à comprendre ; au niveau du savoir, par les démons qui possèdent et ne s'interrogent pas et par les consignes de silence à garder - dont la transgression d'ailleurs n'amène même pas la foule à une reconnaissance adéquate. Le dernier miracle, celui dont Jésus est l'objet, sa résurrection par Dieu, laisse un tombeau ouvert mais vide ; Jésus donne, se donne, mais ne se laisse pas retenir. » (INT p. 73)

Il reste que ce qui est présenté comme une « élaboration théologique » relève - dans le sens que donne à ce mot la Formgeschichte - de la production idéologique propre à l’évangéliste – sans rapport nécessaire avec les paroles et la vie de Jésus. En provoquant des ruptures et en contestant les images que l’homme se serait faites de Dieu, Jésus aurait pratiqué une sorte « contre-apologétique » ou de prévention contre les fausses compréhension de son propre message. C’est une vision d’un Christ intellectuel « porteur d’idée » ou « provocateur de sens » qui n’engage que son auteur. Cette conception, très discutable, n’a rien de commun avec l’adhésion à la personne du Christ-Dieu comme source du salut ou avec l’action éducatrice de l’Esprit Saint « le Paraclet, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. » (Jn 14, 26).

A coté du Christ " maïeuticien " qui existe certainement, l'Evangile présente aussi un Christ guérisseur et libérateur qui fait accéder au sens, à la vérité, à la santé, à la liberté spirituelle par guérison des infirmités et levée des blocages ou liens visibles qui sont des images des infirmités et liens invisibles, intérieurs, intellectuels comme spirituels de l'humanité.


4. La « plus belle image de la foi » ?

L’auteure prétend que l’homme qui doute de Mc 9, 24 permettrait à Marc de construire sa « plus belle image de la foi qui prie ».

Rien ne l’atteste, ni Marc, ni Jésus … nulle part. On ne voit pas ce qui permet d’émettre cet avis, au demeurant assez gratuit. Cette vision, ce jugement de valeur n’engagent que leur auteure.

Toute personne ayant un minimum de culture évangélique sait que Jésus ne manifesta d’admiration que pour la foi du centurion romain : « En l'entendant, Jésus fut plein d'admiration et dit à ceux qui le suivaient : « En vérité, je vous le déclare, chez personne en Israël je n'ai trouvé une telle foi. » (Mt 8, 5)

Spoiler:

« Au pied de la montagne Jésus relève un fils défiguré des hommes, l’enfant épileptique, muet possédé ; la figure du père qui sort de la foule pour porter devant Jésus sa plainte, permet à l’évangile de construire sa plus belle image de la foi qui prie : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! » (INT p. 64)

   
5. La « reprise critique des images de Dieu » ou le sommeil de Jésus métaphore du «  Dieu présent dans l’absence » ?

L’auteure revient sur la question des « images de Dieu » – déjà rencontrée ci-dessus. Il est ici question de la « reprise critique des images de Dieu », du sommeil de Jésus « métaphore du Dieu présent dans l’absence ». Le commentaire conclut même que « Jésus, et le récit de Marc, mènent vers l’inconnaissable ».

Nous sommes convaincus que cette question est complètement anachronique (voir ci-dessus) et est totalement étrangère non seulement à un évangéliste juif du premier siècle, mais également à un penseur grec de la même époque.

Spoiler:

« Le  récit de la tempête apaisée peut illustrer la reprise critique des images de Dieu que l’évangile opère en Jésus (4, 35-41). Dans la cadre de la tempête, Jésus apparaît dominant le vent et la mer comme le Dieu créateur qui gère le chaos ; mais il reproche du « pas encore la foi », adressé disciples qui l’ont éveillé dans la peur de périr, fait pencher le lecteur vers le cœur du récit où le sommeil du maître en plein remous peut être perçu comme une métaphore du crucifié, du Dieu présent dans l’absence. Le récit va plus loin encore : sa finale s’ouvre sur une question qui, si on la prend au sens fort –« Qui donc est-il, pour que le vent et la mer lui obéissent ? » (4, 41) – mènent vers le Dieu inconnu. Le secret à garder sur la résurrection de la fille je Jaïre (« que personne ne le connaisse », 4, 43) ou sur la transfiguration (9, 9), peut aussi signifier que Jésus, et le récit de Marc, mènent vers l’inconnaissable. » (INT page 79)


6. Une parole qui n’ordonne pas d’en répéter les gestes à sa mémoire ?

L’auteure souligne au passage que Mc n’ordonne pas à ses disciples de répéter le dernier repas à Sa mémoire. C’est exact, mais incomplet. L'ouvrage étant destiné également aux simples étudiants (INT page 5), il conviendra peut-être de leur donner le moyen d'avaoir une vision plus large du sujet.

Dans ce cas, ce n’est pas Marc, mais bien Paul et Luc qui sont les témoins de la tradition la plus ancienne. La première épitre aux Corinthiens qui présente Jésus disant « faites cela en mémoire de moi » sur pain comme sur le vin (1 Co 11, 23-26) est datée du printemps 56 (TOB). Il faudra maintenant expliquer d’où Marc tient sa tradition (récit absent de la source Q) et/ou pourquoi il aurait adopté cette formulation plus brève ...

Spoiler:

« Le second repas [après celui de Béthanie], à Jérusalem, est le dernier que Jésus partage avec ses disciples (14,22-25) ; il y distribue le pain rompu comme son corps, le vin versé comme son sang, d’une parole qui n’ordonne pas d’en répéter les gestes à sa mémoire, comme dans la tradition de Paul et Luc, mais creuse le vide entre un « jamais plus » et un « jusqu’au jour » où du vin nouveau dans le Royaume. » (INT page 65)


Évangile de Matthieu (chapitre écrit par M. Elian Cuvelier)

La transformation d’un nom propre indiquerait un processus secondaire ?

L’auteur prétend au moins deux choses : 1. Le passage du nom de Lévi à Mattieu serait une « transformation » ; 2. Cette transformation serait la preuve d’un processus secondaire, c’est-à-dire d’un remaniement du texte de Marc - écrit en premier - par Matthieu écrit ultérieurement.

En réalité, Marc utilise lui-même les deux appellations pour désigner le même apôtre. Deux traditions concurrentes ne sont pas nécessairement une « transformation ».

Une piste  de solution : Mattaï signifie : « je suis précis » : en araméen. Mattaï pourrait donc être le surnom de Lévi. De la même façon Nathanaël a comme surnom araméen Bartoulmaï (1) ou bar Tolmaï (2, 3) :
« Par contre, ce n’est pas nécessaire en araméen, car la graphie est plus simple : l’écriture rapide est possible directement sur l’oral et il est probable que certains prirent des notes (note : en particulier, le percepteur Lévi-Matthieu) pour eux, tel le bon connaisseur de la Torah qu’était Nathanaël , puisqu’il reçut le surnom de Bartoulmaï (fils de la jarre) employé chez les rabbis pour désigner ceux qui conservaient tout sans perte. (1 : dans un paragraphe sur la tachygraphie en araméen)

Finalement cette discussion sur Lévi/Matthieu paraît un peu confuse tant qu’on ne rappelle pas que la plupart des apôtres avaient un nom et un surnom : au moins six autres apôtres ont un surnom (spoiler) (4). Cela aussi il serait utile de la rappeler dans un ouvrage destiné à de simples étudiants ....
1. La transmission des Evangiles. Pierre Perrier. Ed. Jubilé.  2006. page 106. ISBN : 2-86679-422-2.
2. http://dsmyers.com/homepage/God/nathanaelbartolmai.htm
3. http://www.britannica.com/EBchecked/topic/54362/Saint-Bartholomew
4. Evangiles de l'oral à l'écrit. Pierre Perrier. Ed Jubilé. 2007. page 292. ISBN : 2-86679-296-3.

Spoiler:

« En outre il est très surprenant qu’un témoin oculaire (en l’occurrence le disciple Matthieu) utilise une source secondaire pour rédiger son propre récit. La transformation du nom de Lévi en Matthieu (Mc 2, 14 // Mt 9, 9) reflète d’ailleurs un processus secondaire qui n’est pas l’œuvre d’un témoin oculaire (on en retrouve un autre exemple en Mt 27, 56 où Salomé – Mc 15, 40 – devient la mère des fils de Zébédée, cf. Mt 20, 20). Peut-être le disciple Matthieu a-t-il joué un rôle dans la communauté dont l’auteur de l’évangile est originaire ? Cette hypothèse pourrait expliquer le changement de nom et l’addition ό τελώνης (« collecteur d’impôts », Mt 10, 3). » (INT page 90)

De fait, les évangélistes ne désignent pas l’apôtre par le même nom. Pour Marc c’est « Lévi » : « il vit Lévi, le fils d'Alphée, assis au bureau des taxes » (Mc 2, 14). Pour Luc c’est également « Lévi » : « il sortit et vit un collecteur d'impôts du nom de Lévi assis au bureau des taxes. »  (Lc 5, 27). Pour Matthieu c’est « Matthieu » : « Jésus vit, en passant, assis au bureau des taxes, un homme qui s'appelait Matthieu. »  (Mt 9, 9). Par contre dans les « listes des douze », c’est toujours « Matthieu » (Mc 3, 1, Lc 6, 15, Ac 1, 13 et Mt 10,3).

Pas facile de prendre en compte par tout ce qui est rapidement suggéré par ce court paragraphe. L'auteur se contentant d'une série de questions … commençons par quelques questions en réponse aux question:

- Qu’est qui permet d’exclure que Lévi puisse avoir porté un deuxième nom ou un surnom ?
- Comment s’étonner qu’un témoin direct (Matthieu) ait corrigé son nom s’il a repris le témoignage de Marc ?
- Pourquoi la liste des douze adopte-t-elle le nom « Matthieu » même dans Marc qui l’appelle « Lévi » au début de son Évangile ?
- Au nom de quelle conception de « l’évangéliste » va-t-on s’étonner qu’un témoin oculaire ait utilisé le témoignage d’un autre évangéliste ?
- Le fait que Matthieu aurait joué un rôle dans la communauté dont Marc est originaire est-elle la seule hypothèse possible pour expliquer l’addition ό τελώνης (« collecteur d’impôts », Mt 10, 3) au texte de Marc alors que tous les évangélistes parlent bien d’un homme « assis au bureau des taxes » ?
- Etc.

Tout va dépendre de savoir si Marc est antérieur aux autres Évangiles. Comme je l’ai dit plus haut cette question, trop souvent, considérée comme réglée n’est – en réalité – pas définitivement tranchée (voir post suivant : Les tentatives de modélisation du processus synoptique).

Toujours sur les surnoms des apôtres en araméen : Shimon : Kepha (pierre), Iakob et Ioannan : Bnergès (fils du tonnerre), Iakob : Zhora (petit ou cadet), Iouda : Thaddaï (chou chou) ; Thomas : Didyme (jumeau) (4).
Ou encore : Judas, ischariote et Simon, le zélote.


Roque

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La Parole de Jésus-Christ à la sauce Marguerat - Page 2 Empty Re: La Parole de Jésus-Christ à la sauce Marguerat

Message  Roque le Jeu 20 Mar - 13:06

(Suite)

Évangile de Luc (chapitre écrit par M. Daniel Marguerat).

1. Luc aurait tronqué les logias de Jésus dans l’évangile pour les replacer dans les Actes.

L’auteur d’abord soutient que Luc aurait tronqué une partie d’une logia de Jésus pour la reporter à la fin des Actes. C’est toujours l’idée d’une libre utilisation des paroles – non véritablement de Jésus – mais attribuées à Jésus par l’évangéliste.

Si on examine attentivement ces versets (spoiler), la situation est la suivante : Lc paraphrase une partie de verset d’Isaïe (6, 9a ou 6, 10a), par contre Mc cite le verset Isaïe 6, 9 en entier et Ac cite deux versets (Is 6, 9 et 10).

En définitive, il n’est pas possible de savoir si Luc a voulu faire une citation courte paraphrasée ou s’il a voulu « tronquer » le verset cité par Marc. Il n’est pas raisonnablement possible de choisir pour l’une ou l’autre alternative. L’auteur soutient ensuite que Luc aurait encore « tronqué » une parole critique de Jésus contre le Temple lors de son procès devant le Sanhédrin pour la replacer dans le procès contre Etienne. Finalement, rien ne permet de rejeter l’idée que les deux procès soient semblables, mais distincts ou que ces deux procès seraient en définitive le même.

Il semble un peu abusif de parler de « logia » de Jésus. Dans le premier exemple, il s’agit non d’une parole (logia) de Jésus au sens propre – mais d’une citation d’Isaïe et dans le second exemple la parole critique contre le Temple n’est jamais de Jésus mais des faux témoins à chacun des deux procès : celui de Jésus ou celui d’Etienne. La présentation qu’en fait l’auteur se veut subtile, elle confond logia entendu comme les paroles propres de Jésus et logia au sens des citations de Jésus, comprenant donc les paroles que Jésus reprend dans les Écritures.

L’auteur pense que ces exemples sont « significatifs », mais l’impression est que la thèse de l’auteur, à partir de ces deux seuls exemples dépareillés, n’est pas probante. L’interprétation de l’auteur doit cependant être prise en compte (surtout pour le procès d’Etienne), mais avec les éléments disponibles, il n’est pas raisonnablement possible de trancher définitivement sur cette question. La volonté de trancher de l’auteur provient de son parti pris bultmannien qui est que l'évangéliste aura manipulé à sa guise les dits et gestes de Jésus.

Par contre, ce qui serait éventuellement « significatif » est que l’auteur semble vouloir tirer avantage des déclarations des faux témoins. Comprenne qui pourra !

Spoiler:


Ce que soutient Daniel Marguerat :

« Fait significatif, l’auteur s’est retenu d’insérer des logias de Jésus dans l’évangile pour les réserver aux Actes : la citation d’Es 6, 9 sur l’endurcissement d’Israël est tronquée en Lc 8, 10 (cf Mc 4, 12) pour paraître in extenso à la fin des Acte (28, 26s). La critique de Jésus contre le Temple est supprimée de la comparution au Sanhédrin (Lc 22, 67-71 ; cf. Mc 14, 58) pour intervenir lors du procès d’Etienne (Ac 7, 14). » (INT page 106)

Examinons les textes ici discutés :

A propos de Lc 8, 10

« Il dit : « Va, tu diras à ce peuple: Ecoutez bien, mais sans comprendre, regardez bien, mais sans reconnaître. Engourdis le cœur de ce peuple, appesantis ses oreilles, colle-lui les yeux! Que de ses yeux il ne voie pas, ni n'entende de ses oreilles! Que son cœur ne comprenne pas! Qu'il ne puisse se convertir et être guéri ! (Is  6, 9-10)

« Il dit : « A vous il est donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu; mais pour les autres, c'est en paraboles, pour qu'ils voient sans voir et qu'ils entendent sans comprendre. » (Lc 8, 10)

« Et il leur disait : « A vous, le mystère du Règne de Dieu est donné, mais pour ceux du dehors tout devient énigme pour que, tout en regardant, ils ne voient pas et que, tout en entendant, ils ne comprennent pas de peur qu'ils ne se convertissent et qu'il leur soit pardonné. » (Mc 4, 11-12)

« Va trouver ce peuple et dis-lui: Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez pas; vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. » Car le cœur de ce peuple s'est épaissi, ils sont devenus durs d'oreille, ils se sont bouché les yeux, pour ne pas voir de leurs yeux, ne pas entendre de leurs oreilles, ne pas comprendre avec leur cœur et pour ne pas se tourner vers Dieu. Et je les guérirais. »  (Actes 28, 26-27)

A propos de Lc 22, 67-71

La citation d’Isaïe à laquelle renvoie Lc 8, 10 : « pour qu'ils voient sans voir et qu'ils entendent sans comprendre » peut être :
- Soit : Is 6, 9a : « Ecoutez bien, mais sans comprendre, regardez bien, mais sans reconnaître » ;
- Soit : Is 6, 10a : « Que de ses yeux il ne voie pas, ni n'entende de ses oreilles! »

Les deux segments de versets Is 6, 9b et Is 6, 10b concernant « l’endurcissement du cœur » et « la guérison » ne sont pas directement cités - même si, selon la tradition juive, ils sont certainement évoqués.

« Lorsqu'il fit jour, le conseil des anciens du peuple, grands prêtres et scribes, se réunit, et ils l'emmenèrent dans leur Sanhédrin, et lui dirent : «  Si tu es le Messie, dis-le-nous. « Il leur répondit : « Si je vous le dis, vous ne me croirez pas ; et si j'interroge, vous ne répondrez pas. Mais désormais le Fils de l'homme siégera à la droite du Dieu puissant. »  Ils dirent tous : « Tu es donc le Fils de Dieu ! » Il leur répondit : « Vous-mêmes, vous dites que je le suis. » Ils dirent alors : «  Qu'avons-nous encore besoin de témoignage, puisque nous l'avons entendu nous-mêmes de sa bouche ? »  (Lc 22, 66-71).

« Nous l'avons entendu dire: « Moi, je détruirai ce sanctuaire fait de main d'homme et, en trois jours, j'en bâtirai un autre, qui ne sera pas fait de main d'homme. » (Mc 14, 58)

« Joseph envoya alors chercher Jacob son père et toute sa parenté, en tout soixante-quinze personnes. » (Ac 7 14)

En fait la référence à Ac 7, 14 est erronée. La parole en question est un chapitre plus haut : « Ils ameutèrent le peuple, les anciens et les scribes, se saisirent d'Étienne à l'improviste et le conduisirent au Sanhédrin. Là ils produisirent de faux témoins : L'homme que voici, disaient-ils, tient sans arrêt des propos hostiles au Lieu saint et à la Loi ; de fait, nous lui avons entendu dire que ce Jésus le Nazôréen détruirait ce Lieu et changerait les règles que Moïse nous a transmises. »  (Ac 6, 12-14)

Dans les trois cas Luc et Marc et Actes ce sont de faux témoins qui se présentent devant le Sanhédrin et les paroles sont de ces faux témoins - et non Jésus. Il est cependant possible que la répétition en communauté ou en public par Etienne des vraies paroles (logia, au sens premier) et actes de Jésus signifiant le rejet du Temple (Lc 13, 6-9 ; Mc 11, 13. 20-21, Mt 21, 18-19) aient été mal interprétées et aient entraîné la condamnation et la lapidation d’Etienne.

NB : la prophétie du rejet du Temple – qui concerne en premier l’alliance - est au centre de la prophétie de Jésus – et non la question de la destruction du temple. Les deux questions ne sont pas nécessairement liée, non plus - comme l’explique Benoit XVI (Jésus de Nazareth, tome I).



2. Luc aurait souci de faire œuvre d’historien ou de biographe à la façon gréco-romaine ?

Ici nous ne contestons pas complètement l’avis de l’auteur. Notre conviction à ce sujet est très mesurée en raison de l'incertitude qui existe dans le domaine des comparaisons sur le style et la forme des évangi(http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t1976-la-parole-de-jesus-christ-a-la-sauce-marguerat#42196 ). Ce que nous avons compris jusqu'à maintenant de la Formgeschichte, loin de nous jeter dans un nouveau dogmatisme - nous rend certes plutôt sceptique (la lecture du livre ne nous a pas enthousiasmé). Je reste certes accessible aux questions, mais très prudent sur les réponses ...

Nous voulons seulement souligner deux choses :
- D’une part, l’ouvrage collectif de Marguerat a comparé un peu tous les styles littéraires gréco romains de la même époque avec les Évangiles : récit à la manière de la Bible, biographie idéalisée,  récit à contenu merveilleux ou arétalogie, roman grec, pour insister de façon toute particulière sur la biographie. L’Évangile selon l'école de Marguerat serait donc une « sous-catégorie » de la biographie gréco-romaine (Voir : http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t1976-la-parole-de-jesus-christ-a-la-sauce-marguerat#42196 ) Et voila, maintenant que l'auteur rajoute que les Évangiles seraient une biographie  dépeignant la biographie d'un homme célèbre ou d'un héros comme dans les Vies des philosophes ou le récit historique de Flavius Josèphe. Tout a été dit, tout a été proposé – mais mon idée reste que rien n’est vraiment totalement convainquant. Rappelons que Bultmann pensait - à la différence de Marguerat - que les Évangiles avaient un style « sui generis », donc d'un style unique. Je ne vois aucune raison de pencher pour l'un ou l'autre des convictions de ces grands érudits !

- Ensuite dans le spoiler : un paragraphe sur les limites de la Formgeschichte. Comme toujours, il y a un écart entre la théorie et la pratique. La Formgeschichte peut être en échec quand on ne dispose ni de vrai parallèle littéraire, ni d’attestations apocryphes ou autres (http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t1976-la-parole-de-jesus-christ-a-la-sauce-marguerat#41687 ). Dans le cas de l’Évangile de Luc, la critique interne échoue à situer le lieu de rédaction plus précisément que « la partie orientale du bassin méditerranéen », c’est-à-dire : entre Rome, la Macédoine, le Péloponnèse et la Turquie ...et prétendre que la rédaction n'a pas pu se faire en Palestine après 70 n'est pas non plus un scoop !

Spoiler:

« L’auteur s’est efforcé de doter son récit d’un cadre biographique allant de la naissance du héros à la séparation d’avec les siens ; c’est ainsi que se présentent dans l’Antiquité les Vies des philosophes. S’inspirer du modèle des biographies antiques traduit l’insistance de Luc sur la médiation choisie par Dieu pour manifester l’évènement décisif du salut : un homme, Jésus, dont la vie s’est déroulée en ce monde. Mais dans son intention, l’évangéliste rejoint les auteurs des livres historiques de l’Ancien Testament : il veut convaincre plutôt qu’informer. » (INT page 107)

« Suivant la règle, l’auteur de Lc-Ac déploie synthétiquement son programme d’historien : il rappelle le travail des précurseurs (v. 1), indique ses sources (v. 2) expose ses principes méthodologiques (v. 3), dédie son œuvre (v. 3) et énonce la visée (v. 4).On reconnaît ces différents points dans la préface de la Guerre des Juifs écrit par Flavius Josèphe peu avant Lc-Ac … […]. La dédicace manque, mais par contre l’auteur se présente. » (INT page 116)
« Que peut-on savoir du lieu et de la date de rédaction de l’évangile ? Le lieu n’est assurément pas la Palestine (l’auteur connaît assez mal la géographie locale (cf. : 4, 44 et 17, 11). Il a été proposé Ephese, Antioche (à cause d’une mention des Reconnaissances pseudoclémentines 10, 71), l’Achaïe (à cause des prologues antimarcionites), la Macédoine (parce que la première des « sections en nous » des Ac s’y déroule), Rome (parce que les Ac s’y terminent). Cette indécision est révélatrice d’une certaine universalité de l’auteur et de son œuvre : l’auteur de Lc-Ac est localisable dans la partie orientale du bassin méditerranéen, sans qu’on puisse ne dire plus ; son écrit n’est pas destiné à une communauté aux contours identifiables (à la différence de Mt et Mc). » (INT page 119)


3. Lc 1, 2 indiquerait que Luc est un chrétien « de la troisième génération » ?

L’auteur prétend que le verset 2 de Luc : « d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et qui sont devenus serviteurs de la parole. » (Lc 1, 2) signifierait que Luc serait un chrétien de la troisième génération, c’est-à-dire dont l’activité serait située dans le dernier quart du premier siècle.

Le fait de ne pas être témoin oculaire ne donne aucun indication d'âge précise et la notion de génération est assez vague (25 ans ?). Faisons une supposition Luc aurait été témoin (à  cause du " nous " utilisé à partir de Ac 16, 10-17) de la fondation de l'Eglise d'Antioche en 38 par Pierre et Paul. Cela fait entre 10 et 30 ans d'écart avec Paul (né en 8) selon que l'on suppose que Luc était déjà suffisamment adulte (20 ans ?) pour partir pour un voyage missionnaire en Macédoine avec Paul (Ac 16, 10) ou qu'il venait tout juste de naître. Pareillement Luc aura une génération de plus ou une génération de moins selon qu'on le comparera à Jean (né éventuellement vers la même date que Paul) ou à Nathanaël, réputé le plus vieux du groupe des apôtres. Rien dans ce verset Lc 1, 2 ne permet d'affirmer qu'il y aurait eu une génération d'intervalle entre Luc et ces témoins oculaires empêchant éventuellement Luc de les avoir entendus. Le texte de Luc affirme tout au contraire qu'il a bien rencontré ces témoins oculaires. Il ne faut pas être naïf : l'expression : " chrétien de la troisième génération " suggère habituellement la fameuse rupture de contact direct avec les témoins oculaires. Cette rupture de la tradition directeest un des postulats de base de la Formgeschichte.

Et c'est de bien peu d'importance ... En définitive la datation de l’Évangile de Luc pour l’école de Marguerat ne dépend pas de ce verset 1, 2 de Luc, mais plutôt de la prise de position de cette école pour le modèle des deux sources (voir le post suivant : « Les tentatives de modélisation du processus synoptique ») et de l’interprétation du verset sur l’encerclement de Jérusalem (Luc 21, 20).

Spoiler:

« L’indication des sources (v. 2) positionne le travail de Luc comme un travail d’historien à distance des faits : il n’appartient ni à la génération des témoins oculaires, ni à celle des devanciers, donc à la troisième génération chrétienne » (INT page 117)


4. Après son baptême, Jésus aurait concentré toute l’inspiration céleste disponible ?

L’auteur prétend que Jésus, dès son baptême aurait concentré « sur lui toute l’inspiration céleste disponible ».

Il est tout à fait légitime que l’auteur tente de faire une interprétation de la chronologie des manifestations de l’Esprit dans l’évangile de Marc. Mais il est inutile d’en « rajouter ». Nulle part l’évangile de Luc ne parle de motions de l’esprit, de vision ou d’extase de Jésus. A la Transfiguration ce sont les apôtres qui ont une vision, non Jésus. Pour le reste aucune mention de visions, d’extase ou de motion de l’Esprit chez les apôtres dans l’Évangile de Marc, vraiment rien d'extraordinaire, sauf les apparitions angéliques à la résurrection ... et le Christ ressuscité, Lui-même.

De quoi l’auteur veut-il finalement parler ?

Et sur le fond ... le « signe du Messie » n’est pas d’être habité par l’Esprit, c’est le lot commun des prophètes. La « signe du Messie » est que l’Esprit repose à demeure sur lui (Is 11, 1-2 ; Jn 1, 32-33). L'évangile de Marc n'en fait pas mention, il est vrai.

Spoiler:

« La distribution des interventions de l’Esprit est représentative de ce scénario historico-salutaire. L’Esprit est accordé à quelques figures de l’Évangile de l’enfance (1, 13-17.35.41.67; 2, 25-28), mais dès que Jésus est baptisé (3, 22), il en devient seul porteur. Dès sa venue, le Fils concentre sur lui toute l’inspiration céleste disponible : motion de l’Esprit, vision, extase, intervention angélique. Cette puissance il promet d’en faire le don à ses disciples près sa disparition (Lc 24, 49 ; Ac 1, 8) ce qui réalisera la Pentecôte. » (INT page 122)

5. Luc, à la suite des traditions ébionites, interpellerait les riches dans son audience ?

Ici notre critique est légère : on veut bien admettre que Luc ait eu des contact avec les ébionite - sans doute après leur fuite de Jérusalem - qu'il ait adopté les règles de morale stricte de ces groupes plutôt judaïsant, cependant qu'est-ce qui permet d'être si affirmatif sur l'origine ébionite, donc juive et antérieure à Jésus, de cette morale de conversion prêchée par Luc ? On retrouve les exigences semblables chez Jean Baptiste (Lc 3, 10-14) et chez le Rabbi Jésus qui a enseigné : « Heureux les pauvres : le Royaume de Dieu est à vous [...] Mais malheureux les riches : vous tenez votre consolation. » (Lc 6, 20.24). Finalement, on ne voit pas pourquoi l'auteur insiste tant sur les traditions ébionites ... lesquelles pouvaient certainement créer des tiraillements en milieu hellénistique.

Spoiler:

« On identifie dans l’évangile la valorisation des traditions ébionites (1, 46-55; 6, 20-26; 16, 19-26) liées à l’attente d’un renversement eschatologique des valeurs que l’évangéliste a intégrées à son éthique de la conversion. Avec la rupture des liens familiaux et l’acceptation de la souffrance, le renoncement aux biens s’inscrit dans la norme de la suivance. Il n’est pas difficile de pressentir dans cette insistance le souci de Luc de s’adresser à une chrétienté riche, ou plutôt, d’interpeller les riches parmi l’audience chrétienne visée par son œuvre. » (INT page 124)


Évangile de Jean (chapitre écrit par M. Jean Zumstein).


1. Le « Fils préexistant médiateur de la création » ?

Pour l’auteur, Jean aurait la thèse suivante : « le Fils préexistant, en unité avec le Père, est médiateur de la création ».

Plusieurs choses sont très discutables dans cette formulation ;
- D’une part, l’expression « médiateur de la création » est totalement absente des écrits de Jean et - de façon plus générale - de la totalité de la Bible ;
- Ensuite, si l’Évangile de Jean suggère bien une " existence " du Verbe avec le Père, tournée vers le Père : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. » (Jn 1, 1)  et une antériorité du Verbe (Jn 1, 1-2) ou de Jésus (Jn 8, 58, Jn 17, 5) par rapport « à la fondation du monde » (Jn 17, 24) pour autant la notion de « Fils préexistant » n’est pas pensable avant Origène au 3ème siècle (spoiler) ;
- Enfin, l’expression « médiateur de la création » est très ambiguë. Elle risque de déborder et donc brouiller la problématique théologique de Jean sur le Verbe, Fils unique engendré de Dieu :
o Le « médiateur de la création » pourrait être l’intermédiaire « fonctionnel » - comme un messager, un envoyé ou un prophète - entre Dieu et les hommes ou la création ; … et c’est une question du 2ème siècle - postérieure à Jean ;
o Le « médiateur de la création » pourrait être l’agent intermédiaire « opérationnel » de la création voulue et pensée par le Père – dans le même sens que Pr 8, 22 - c’est également une question du 2ème siècle - postérieure à Jean ;
o Dans les deux cas, LA question décisive sera celle de la place du Verbe entre Dieu et Sa création : est-il du coté de Dieu ou du côté de la création ? Mais il n’y a aucune réponse à cette question dans l’Évangile de Jean à la fin du 1er siècle.

L’auteur se permet d’éluder cette question décisive. C’est tout à fait son droit, bien que dans le Prologue de Jean la réponse soit claire : « et le Verbe était Dieu » (Jn 1, 1).

Cependant, si l'auteur veut – par souci de méthode - en rester au seul texte et à l’horizon théologique de l’Évangile de Jean, c’est entièrement son droit. Mais pour autant, il ne devrait pas se permettre :
- d’introduire des notions étrangères à Jean (« médiateur de la création ») ou des notions anachroniques (« Fils préexistant ») ; et
- de présenter comme identifiées et énoncées (préexistence du Verbe ou du Fils) des thèmes qui ne sont qu’ébauchés et « ouverts » dans l’Évangile de Jean.

En effet ces questions ouvertes par les affirmations de Jean ne vont être débattues qu’au 2ème siècle et 3ème siècle, La réflexion sur les Écritures va débattre de questions comme (spoiler) :
- Le Verbe est-il un « autre dieu » ?
- La Sagesse créatrice existe-t-elle depuis toujours en Dieu ou existe-t-elle seulement au moment où la création est décidée par Dieu ?
- Les personnes divines sont-elles fonctionnelles (modalisme) ?
- Le Fils peut-il exister depuis toujours s’il vient (est engendré) « après » le Père ?

Le choix de vocabulaire de l’auteur semble profondément discutable. D’une part il pourrait laisser croire que la notion de « Fils préexistant » dérive simplement et directement de l’Évangile de Jean. Or rien n’est plus faux. D’autre part, la réflexion sur la préexistence du Fils s’appuie certes sur le prologue de Jean qui induit « le paradoxe chrétien », voir : http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t1245-histoire-du-dogme-de-l-engendrement-eternel-du-fils) mais pas seulement. Historiquement, le texte de l’Ancien Testament sur la Sagesse créatrice (Pr 8, 22-31) qui est le point d’appui de la réflexion des apologistes qui mènera à la conception de la préexistence du Fils un siècle et plus tard.

Spoiler:

« Le cadre herméneutique dans lequel le récit de la vie du Jésus terrestre doit être lu est donné dans le prologue (1, 1-18). La thèse fondamentale en est une christologie de l’incarnation. Qu’est-ce à dire ? Le mouvement constitutif qui sous-tend l’hymne au logos est celui de la venue de Dieu parmi les siens, de la consécration de Dieu pour les siens. Le logos, c’est-à-dire le Fils préexistant qui vit en unité avec le Père et qui est le médiateur de la création prend chair (1, 14). Il a un nom, Jésus de Nazareth, et une histoire, celle qui va être racontée dans l’évangile. Dans la personne du Christ, Dieu se fait proximité aimante et présence au sein de la création et de l’humanité. Jésus est la parole de Dieu faite chair. » (INT page 388)
La position de l’auteur qui considère que le contenu de l’Évangile de Jean n’est qu’une « christologie de l’incarnation » est très réductrice. Cette vision du Christ johannique n’ayant qu’une fonction révélatrice et d’envoyé sera discutée dans un autre paragraphe (ci-dessous).

Dans l’immédiat, c’est l’expression « médiateur de la création » qui sera discutée. Si on pose la question : l’expression « médiateur de la création » existe-t-elle dans la Bible ? La réponse est clairement : non, nulle part ! Pris séparément, le mot « médiateur » (μεσιτης) et le mot « création » (κτισεως) sont totalement absents  des écrits de Jean, sauf dans un verset (Ap 3, 14) où il est question de « principe de la création de Dieu » (της κτισεως του θεου).

De fait, l’Évangile de Jean et la notion de « Fils préexistant » ont probablement un siècle et demi d’écart. Le point d’appui de cette réflexion au milieu du 2ème siècle  est d’abord Pr 8, 22-31 et la notion de « préexistence du Fils » ne sera explicitable qu’avec Origène au 3ème siècle. L’évolution de la réflexion chrétienne est illustrée par quatre textes : le livre des Proverbes, Justin de Naplouse (mort en 155), Théophile d’Antioche (mort en 183-185) et Origène (mort en 256) :

Le livre des Proverbes (TOB)
« Le Seigneur m'a engendrée, prémice de son activité, prélude à ses œuvres anciennes. J'ai été sacrée depuis toujours, dès les origines, dès les premiers temps de la terre. Quand les abîmes n'étaient pas, j'ai été enfantée, quand n'étaient pas les sources profondes des eaux. Avant que n'aient surgi les montagnes, avant les collines, j'ai été enfantée, alors qu'Il n'avait pas encore fait la terre et les espaces ni l'ensemble des molécules du monde. Quand Il affermit les cieux, moi, j'étais là, quand Il grava un cercle face à l'abîme, quand Il condensa les masses nuageuses en haut et quand les sources de l'abîme montraient leur violence ; quand Il assigna son décret à la mer-et les eaux n'y contreviennent pas, quand Il traça les fondements de la terre. Je fus maître d'œuvre à son côté, objet de ses délices chaque jour, jouant en sa présence en tout temps, jouant dans son univers terrestre; et je trouve mes délices parmi les hommes. » (Pr 8, 22-31)
Au début du 2ème siècle, il est acquis que le Verbe est venu dans l’histoire, que Jésus est le Verbe (Jean). Il est également clair que la Sagesse est créatrice (Pr 8, 22-31) et qu’elle existe – comme le Verbe – « dès avant la fondation du monde » (Jn 17, 24). Par contre ce qui n’est pas réglé c’est la question de savoir si cette Sagesse ou Verbe a « existé » uniquement pour l’œuvre de création ou si cette Sagesse ou Verbe a « existé » depuis toujours.

A cette époque la lecture de Pr 8, 22 fait pencher clairement pour la première hypothèse : la Sagesse ou le Verbe n’ont existé qu’en vue de l’œuvre de création. C’est ce qui peut aussi être compris dans l’Apocalypse : « Ainsi parle l'Amen, le Témoin fidèle et véritable, le Principe de la création de Dieu. » (Ap 3, 14) La règle de réflexion de l’époque est la méditation de la Bible. L’œuvre de création (Genèse) y apparaît implicitement « après que Dieu l’ait décidé ». On en déduit donc aussi que la Sagesse créatrice ou le Verbe créateur apparaissent à ce moment opportun, décidé par Dieu.  

Justin de Naplouse : la préexistence de la Sagesse liée à la création
« Comme principe (archè) avant toutes les créatures, Dieu engendra de lui-même une certaine puissance de Verbe (dynamin logikén) que l’Esprit saint appelle aussi la gloire du Seigneur, ou encore tantôt Fils, tantôt Sagesse, tantôt Ange, tantôt Dieu, tantôt Seigneur et Verbe … Elle peut recevoir tous ces noms parce qu’elle exécute la volonté du Père et qu’elle est née de la volonté qui provient du Père […]. Ainsi voyons-nous d’un premier feu naître un autre feu sans que soit diminué le feu auquel il a été allumé.

J’en aurai pour témoin le Verbe de la sagesse […] Il a dit par Salomon : «  Le seigneur m’a établie principe de ses voies en vue de se œuvres … » (Pr 9, 22 ; Justin cite ici Pr 8, 21-36). (Dialogue avec Tryphon, 61, 1-3).

Comme le montre la fin du passage, Justin reporte ici sur le Christ envisagé comme Verbe tout ce qui est dit de la Sagesse en Proverbes 8, 21 -36. Il pose ainsi la question de la préexistence du verbe envisagé en liaison avec la création, à cause de Pr 8, 22 : « Il m’a créée commencement (archè) de ses voies, en vue de ses œuvres. » Ce verset devient dès ce moment le verset par excellence de la préexistence liée à la création. »
 :arrow:  Histoire des dogmes. Le Dieu du Salut. B. SesBoüé et J. Wolinski. Desclée. P. 154. ISBN : 2-7189-0625-1)
Théophile d’Antioche : Le Christ engendré quand Dieu décida de créer.
« Le Verbe existe toujours immanent (ediathétos) dans le cœur de Dieu. Avant que rien ne fût, [celui-ci] tenait conseil avec lui qui est son Intelligence et sa Sagesse ; Et quand Dieu décida de faire tout ce qu’il avait délibéré, il engendra ce Verbe au dehors (prophorikon), « premier-né de toute créature » (Col &, 15), sans être privé lui-même du Verbe, mais après avoir engendré le Verbe s’entretenant en toutes choses avec son Verbe ». (A Autolycus, II, 22).
Dans le cadre de la théologie du Verbe chez les apologistes (2ème siècle), il n’y a pas grande difficulté - à partir de la Bible - à penser la préexistence de la Sagesse et du Verbe en Dieu « depuis toujours ».

Il en est autrement pour la préexistence du Fils, car le fils dans la logique humaine vient toujours après le père, le fils dépend du père. Tant que ce type de représentation prévaut, il est impossible de penser la « préexistence du fils », car elle implique évidemment un di-théisme : le Fils étant différent et postérieur au Père, dit autrement : la génération du Fils signifiant un « changement » en Dieu. Devant cette impossibilité théologique, le penseur chrétien qui est fondamentalement monothéiste reste sur la position des apologistes : la « préexistence » de la Sagesse ou du Verbe.

Origène va enfin comprendre qu’avoir son origine dans le Père ne signifie pas que le Fils a un commencement. Origine et commencement sont deux notions différentes et indépendantes. La question de la « génération éternelle du Fils » deviendra pensable et par conséquent la « préexistence du Fils » pourra être pensée en Dieu - et sans relation avec la création. C’est à ce moment que la réflexion sur les « économies » cède le pas à la théologie conceptuelle nourrie de philosophie au début du 3ème siècle.

Origène : Dieu est Père de Son Fils unique sans commencement, ni fin
« Ou l’on dira que Dieu n’a pas pu engendrer cette Sagesse avant qu’il ne l’ait engendrée, de sorte qu’il a mis au monde ensuite ce qui n’existait pas auparavant, ou bien qu’il pouvait, certes l’engendrer, mais – supposition que l’on ne doit pas faire, - qu’il ne le voulait pas. L’une et l’autre hypothèses sont absurdes et impies, cela est clair, qu’on imagine que Dieu ait progressé de l’impuissance à la puissance ou que, pouvant le faire, il ait négligé ou différé d’engendrer la Sagesse. C’est pourquoi nous savons que Dieu est toujours Père de son fils unique, né de lui, tenant de lui ce qu’il est, sans aucun commencement cependant. » (Traité des principes, I, 2, 2).

2. Le Christ est « véritablement Dieu dans la mesure où il est Son envoyé » ?

Pour l’auteur, le récit johannique est un récit christologique, donc centré sur la personne du Christ.  « Le Christ johannique est fondamentalement présenté comme le Révélateur de Dieu dans le monde. » Cette fonction révélatrice serait développée d’une double façon : une « christologie de l’incarnation » et une « christologie de l’envoyé ».

En clair, la conception de Jean serait la suivante : le Verbe, uni au Père, s’est incarné pour être Son envoyé. Mais l’auteur, corrige substantiellement cette vision, somme toute assez neutre, voire classique lorsqu’il ajoute : « le Christ est véritablement Dieu dans la mesure où il est Son envoyé ». Cette « divinité » serait donc liée à l’exercice de la fonction révélatrice du Christ. Une divinité « fonctionnelle », en quelque sorte, et non « de nature », une « divinité » sous condition ou transitoire … nous aurons l'explication de cette bizarrerie un peu plus bas.

Cette réduction du Christ à une seule fonction : la fonction révélatrice est une lecture sélective du texte de Jean. L’auteur a une position réductrice et partiale. On peut facilement trouver, au moins, trois autres « fonctions » dans le court texte de prologue de Jean :

1.- La fonction créatrice : « Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui. » (Jn 1, 3) ;
2.- La fonction " d’apporter ce que Moïse n'a pas apporté ", que nous appellerons fonction d'accomplissement : « Si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. » (Jn 1, 17) L’auteur suggère que « Le Christ réalise ensuite sa fonction de révélateur par ses discours » (INT page 390), mais rien ne permet d’écarter l’autre thèse que « le Christ est révélateur par la réalisation de sa personne ou de son être-même » ;
3.- La fonction de " donner au croyant le pouvoir de devenir enfant de Dieu ", que nous appellerons fonction de restauration et d'empowerment (pour éviter : " fonction salvatrice " qui est souvent mal compris) : « Il est venu dans son propre bien et les siens ne l'ont pas accueilli. Mais à ceux qui l'ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. » (Jn 1, 11-12).

Ce n’est pas parce que Jésus « ne prononce pas ses propres paroles », mais celles du Père, « n’effectue pas ses propres œuvres », mais celles du Père ou « ne fait pas sa volonté », mais celle du Père qu’il n’est " rien " pour les hommes. Qui est-il d’après Jean ? Le prologue suggère une réponse sur la position du Verbe par rapport à Dieu et qui est le Verbe pour Dieu : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. » (Jn 1, 1).

Spoiler:

J'ai été tenté de dire que Jean donne, dans ce verset, la définition ontologique du Verbe. Si on regarde de près le vocabulaire et la manière dont se construit le sens dans l'Evangile de Jean, on voit immédiatement que le fonctionnement par rapprochement de mots, de phrases et d'images, par glissement des représentations, par développement polysémique en parallèle - complémentaire ou non - ne fonctionne pas du tout comme la philosophie conceptuelle et même pas du tout comme la théologie pétrie de philosophie sur Dieu " en soi ". Il faut donc établir les correspondances entre la compréhension de la Bible et le langage philosophique avec la plus grande prudence - et parfois avec des restrictions mentales quand on est conscient de ne pas avoir totalement " repris " le contenu de sens de la Bible par l'exposé linéaire, logique de la philosophie conceptuelle.

Donc, dire que le verset Jn 1, 1 donne la définition de l'être (ontologique) du Verbe n'est pas totalement faux, mais est certainement réducteur ... et anachronique. J'ai essayé de faire un petit développement sur la spécificité du vocabulaire johannique (probablement judéo-chrétien) sur : http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t170p15-la-theologie-de-la-trinite-selon-levangeliste-jean-en-cinq-clics#5587 .

Comme dit plus haut, le Prologue de Jean ne permet pas de répondre à la question de savoir, si cette divinité est « fonctionnelle » ou « de nature ». Ce type de problématique, totalement absente au premier siècle, renvoie aux siècles suivants.

Spoiler:

« La quatrième évangile précise, dans les discours d’adieu (chapitre 14-16), le lieu théologique à partir duquel l’histoire du Christ est racontée. Cet acte d’anamnèse est entrepris à partir de la foi pascale (2,17.22;12, 16;13, 7 ; 20, 9) et l’agent de ce travail est le Paraclet (=l’Esprit saint). Seul le Paraclet (14, 15-17.26; 15, 26; 16,7-11.13.15), en effet est le témoin fidèle de l’herméneute qualifié de la vie et de l’œuvre du Christ johannique. Seule le rétrospective pascale agie par l’Esprit, permet de découvrir le sens achevé de l’incarnation, du ministère terrestre, de la Passion et de l’élévation du Fils. L’évangile est donc pas excellence un témoignage rendu au Christ incarné, dans la force de l’Esprit, lequel à la fois conserve le souvenir du Christ terrestre et en dit l’actualité pour l’aujourd’hui de la foi.

Cette description de l’activité du Paraclet laisse d’emblée présager que le récit johannique est fondamentalement un récit christologique : c’est la personne du Christ, son histoire et sa signification qui sont l’objet central de l’évangile. Quelle est alors la conception christologique défendue par Jean ? Le Christ johannique est fondamentalement présenté comme le Révélateur de Dieu dans le monde. Cette fonction révélatrice est développée d’une double façon :
- La christologie de l’incarnation […]
- La christologie de l’envoyé […]. » (INT page 388)
« Il ne veut rien être d’autre que la voix et la main de Dieu parmi les hommes. Dans la logique johannique, le Christ est véritablement Dieu dans la mesure où il est son envoyé – à la fois pleinement un avec Lui et portant différent de Lui. Cette affirmation est d’une importance décisive, car personne n’a jamais vu Dieu (1,18). » (INT page 389)

On notera que la référence au Paraclet ne contient probablement aucune réalité dans l'esprit de l'auteur. Ce sera juste une façon pour Jean de se parer d'une autorité incontestable. Bien logiquement SI l'homme Jésus a été érigé au rang de Dieu en montant sur les autels après sa mort - comme en sont convaincus les partisans de Bultmann - on ne voit pas l'utilité d'un rajout comme le Paraclet (ou l'Ascension). En effet, la fin de l'histoire de Jésus à la croix et au tombeau est tout à fait suffisante pour construire la supercherie du " culte de la personnalité " et de la divinisation de Jésus.

3. Ne pas prendre les notions de préexistence et d’incarnation à la lettre ?

Lorsque l’auteur ajoute que les deux notions de préexistence et d’incarnation « ne doivent pas être interprétées de façon objectivante, mais elles qualifient Jésus comme le révélateur du Père » on a un peu du mal à suivre, cela paraît obscur ... (spoiler)…

L’auteur semble vouloir dire que c’est - essentiellement - la fonction révélatrice du Christ johannique qui est à retenir et que pour le reste, les notions de préexistence et d’incarnation sont des « figures de style » et ne sont donc pas des réalités. Nous émettons une hypothèse sur la position philosophique de l’auteur : la « fonction révélatrice » serait un absolu philosophique - c'est à dire la réalité fondatrice et ultime, la seule réalité qui vaille, donc, supplantant toute autre idée : de « préexistence », « d'incarnation » ou même de « divinité ». Il est naturellement tout à fait impossible de démontrer que c’est l’idée implicite de Jean, mais il est clair, par contre, que l’auteur, lui, en est convaincu.

L’auteur présente la mission du Christ johannique en deux activités : des miracles « qui renvoient au Dieu créateur et donateur de vie en abondance »  et à des discours, puis par la croix il fait « son retour » vers le Père.

Cette présentation est, de nouveau, très sélective et partiale. On ne voit pas pourquoi l’auteur qui est sensé présenter le Christ selon Jean passe sous silence d’autres aspects de la mission et de l’œuvre du Messie bien identifiables dans l’Évangile de Jean. L’auteur omet certainement des aspects importants du Christ comme :
- L’œuvre du Messie « pain descendu du ciel » pour se donner en vraie nourriture ;
- L’accomplissement du Messie, c’est-à-dire : une œuvre unique, singulière en sa propre personne qui apporte au monde, aux hommes ce qu’aucun autre n’a jamais apporté.

Du fait du parti pris de l’auteur, sa présentation du Christ johannique est très partielle et redoutablement faussée.

L’auteur dit que le Christ johannique a fondamentalement une fonction révélatrice. Mais le problème est que l'auteur ne voit que cela, il ne dit rien d’autre. Ceci fait que le Christ johannique, vu pas l’auteur, est en quelque sorte « unidimensionnel » : il est révélateur, messager ou envoyé du Père (quelque soit la dénomination) et rien de plus. Cette construction intellectuelle du Christ johannique autour de la seule idée de « l’envoi » n’est évidemment qu’une vision universitaire et même une " idéologie " au sens où elle masque la complexité et les contradictions éventuelles du Christ de Jean.

Pour finir, disons que traiter du « contenu » ou de la « visée théologique » de l’Évangile de Jean sans aucun développement sur deux expressions spécifiques de Jean comme « μονογενους »  et « εγω ειμι » semble également très partial. Une belle preuve de culot.

Spoiler:

« Le parcours de l’envoyé. Comment s’effectue alors concrètement l’envoi du Fils dont on vient de souligner la signification ultime ? On peut distinguer trois moments dans le parcours de l’envoyé :

La première étape de l’envoi comprend la préexistence et l’incarnation. Ces deux notions ne doivent pas être interprétées de façon objectivante, mais elles qualifient Jésus comme le révélateur du Père. Sa véritable origine se situe auprès de Dieu.

Le deuxième moment est celui de l’accomplissement de la mission. Le Christ johannique effectue d’abord sa mission en accomplissant des miracles. Pour Jn, les miracles sont des signes (σημεία), c’est-à-dire des actes qui renvoient au-delà d’eux-mêmes, à la réalité décisive que Jésus dévoile : un Dieu créateur et donateur de la vie en abondance. Le Christ johannique réalise ensuite sa fonction de révélateur par ses discours. A la différence des synoptiques, le contenu de ses discours est strictement christologique (cf. les parole en « Je suis »). […]

Le troisième moment dans le parcours de l’envoyé est le retour. Ce retour s’effectue sur la croix, qui dans le quatrième évangile est interprété comme le lieu de l’élévation et de la glorification. » (INT page 389-390)
L’auteur soutient donc que Jésus est un envoyé. C’est tout à fait dans la ligne de ce qu’il a déjà dit plus haut : Le Christ johannique est fondamentalement le Révélateur de Dieu dans le monde ou a fondamentalement une fonction révélatrice ou le Christ est  véritablement Dieu dans la mesure où il est Son envoyé.

Lorsqu’il ajoute à cela que les deux notions de préexistence et d’incarnation « ne doivent pas être interprétées de façon objectivante, mais elles qualifient Jésus comme révélateur du Père », que faut-il comprendre ? Au premier abord, cette formule nous a paru obscure, nous devons l'avouer. Mais en faisant un effort de relecture et  d'interprétation (!), nous croyons comprendre ceci :
- L’auteur veut dire que c’est la fonction révélatrice du Jésus johannique qui est la dimension fondamentale ;
- Dire que la préexistence et l’incarnation « qualifient Jésus comme révélateur du Père » veut dire que ce ne sont que des « figures de style » pour désigner, spécifier cette fonction révélatrice.

Il sera naturellement impossible de démontrer que la pensée implicite de Jean est celle que prétend l'auteur, mais il est clair que l'auteur en est convaincu en son nom personnel. L’auteur veut signifie – à peu près - que la « fonction révélatrice » ou la « prise de conscience » ou la « maïeutique » est l’absolu et que tout le reste est accessoire. Si le Christ johannique n'est véritablement Dieu que par sa fonction révélatrice, cela signifie que pour l'auteur le vrai Dieu, centre et base de tout, c'est bien cette fonction révélatrice. Cet absolu de l'auteur se substitue logiquement à Dieu.

Deux remarques.

- En premier lieu : l’auteur a lui-même introduit ces notions alors qu’elles n’appartiennent pas au vocabulaire johannique comme nous l’avons dit plus haut. Maintenant il les retire comme « accessoires »! Mais quel est l’objectif de ce « tour de passe-passe » ? Quel est l’effet de cette « opération blanche » sinon de permettre un simulacre de réflexion ?

- En second lieu : si les notions de « préexistence » et « d’incarnation » ne sont donc pas des réalités objectives, il en va de même de cette « divinité fonctionnelle » conditionnée par  l’exercice de la fonction révélatrice du Christ johannique. Tout cela semble assez " linéaire et épuré " au niveau des idées, mais beaucoup plus lourd au niveau de la formulation : contournée et bien complexe pour dire une chose simple que cette histoire de préexistence, d’incarnation ou de divinité de Jésus, l'auteur n’en voit pas l’utilité et n’y croit pas du tout. C’est son droit le plus strict, mais ne s'agit là que de la conviction de l'auteur - non celle de Jean.

L’auteur présente également « un parcours de l’envoyé » en trois temps : l’envoi, la mission et le retour. C’est encore une manière d’habiller la conviction de l’auteur que le Christ johannique est fondamentalement un envoyé, un révélateur du Père. La présentation par l’auteur de ce Christ johannique passe par deux activités : des miracles : « qui renvoient au Dieu créateur et donateur de vie en abondance » et des paroles : « Le Christ johannique réalise ensuite sa fonction de révélateur par ses discours. »

Les omissions de l’auteur :

Cette présentation d’un Christ comme « messager » qui ne réalise sa mission que dans la transmission d’un message omet l’œuvre principale du Messie qui est de se donner Lui-même. Cette œuvre du Messie est d’être « pain descendu du ciel » (Jn 6, 41), est de se donner Lui-même en nourriture et boisson aux hommes : « Il faut vous mettre à œuvre pour obtenir non pas cette nourriture périssable, mais la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que le Fils de l'homme vous donnera, car c'est lui que le Père, qui est Dieu, a marqué de son sceau. » (Jn 6, 27),  et « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas en vous la vie. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraie nourriture et mon sang vraie boisson » (Jn 6, 55) On retrouve le thème du don, dans l'entretien avec la Samaritaine où Jésus se présente comme Messie : " Jésus lui répondit: " Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit: " Donne-moi à boire ", c'est toi qui aurais demandé et il t'aurait donné de l'eau vive. " (Jn 4,10), don qui est encore souligné par Jean : " Voyez de quel grand amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu ; et nous le sommes! Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître: il n'a pas découvert Dieu. " (1 Jn 3, 1)

Cette présentation omet que Jésus a réalisé un accomplissement, c’est-à-dire : une œuvre unique, singulière en sa propre personne qu’aucun autre homme ne peut donner au monde. Tel est pourtant le sens de la dernière phrase de Jésus : « Dès qu'il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est achevé » et, inclinant la tête, il remit l'esprit. » (Jn 19, 30). La croix - contrairement à l’interprétation de l’auteur - n’est pas platement que le « retour » vers le Père. L’instant de la mort de Jésus est le point culminant et nécessaire de sa vie d’homme (de son accomplissement) où se fait l’offrande de Son amour et de Sa vie, conforme à la surabondance d’amour du Père et qui permet au Messie de devenir réellement en Lui-même, par Lui-même vraie nourriture et vraie boisson descendus du ciel.


Nous pensons avoir repéré chez cet auteur, un de ces délicieux glissements de sens dont l'INT a le secret. Lorsque l'auteur dit : " A la différence des synoptiques, le contenu de ses discours est strictement christologique (cf. les paroles en " Je Suis ") En tant qu'envoyé du Père Jésus répond aux besoins les plus fondamentaux qui se manifestent dans toute existence humaine : il les comble." ... il est bien probable que " christologie " signifie seulement une parole sur l'homme Jésus Christ - sans aucun rapport avec la " théologie " qui serait une parole sur Dieu, voire sur la Trinité. La référence à la formule " Je suis " (ego eimi) serait un manière de dire que Jésus ne parlerait que de lui-même au sens limité de l'homme Jésus " sans rapport avec la théologie ou Sa divinité " ... Une façon en quelque sorte astucieuse de banaliser les occurrences de " ego eimi " et d'en disqualifier le contenu théologique ...

4. Don du Fils et don de la vie seraient « un seul et même événement » ?

L’auteur conclut finalement : « Don du Fils et don de la vie sont un seul et même événement : ils constituent le contenu de l’évangile qui appelle à la foi. »

C’est un peu la cerise sur le gâteau ! Reprenons la thèse de l’auteur : 1. un Christ johannique dont la divinité dépend de sa fonction d’envoyé, 2. dont la préexistence et l’incarnation ne sont que des figures de style … et 3. qui finalement délivre le message suivant : « le don du fils et le don de la vie c’est la même chose » … un message insignifiant !

C’est un peu comme de dire : « le Fils est venu célébrer la bonté de Dieu, la vie, les fleurs, l’amour … quoi d’autre dans les Évangiles ? ». Selon l'accentuation, c'est soit un message déjà contenu dans l'Ancien Testament (Jésus ne sert à rien), soit même le paganisme le plus courant.

Il semble qu’on soit dans la dilution complète du message évangélique. Un message où le Messie ne tient finalement aucune place. Cette vision à la fois intellectualisante et inconsistante concorde très bien avec la mise en doute radicale que l’Évangile ait contenu une quelconque parole propre de Jésus. C'est le postulat bultmannien qui, par un juste retour des choses, mène à ne saisir moins que des bribes, qu'une ombre ou qu'une illusion de Jésus, mais jamais rien de " vrai " à son sujet - si tant est que la Formgeschichte ait la capacité de distinguer le vrai du faux. L’excès d’intellectualisme - comme un soufflé raté - retombe dans une naïveté sans fond et l’image « new âge » de Jésus retombe avec ce soufflé raté !

C’est ce genre de vision du Christ qui rend la lecture de l’INT si insipide et ennuyeuse, par moments !

Spoiler:

« La confession de l’envoyé du Père dans la personne de l’homme Jésus donne accès à la vie éternelle, c’est-à-dire à la vie telle que Dieu l’offre en plénitude. Don du Fils et don de la vie sont un seul et même événement : ils constituent le contenu de l’évangile qui appelle à la foi. »  (INT page 390).

Roque

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Message  Roque le Mer 16 Avr - 11:24

LES TENTATIVES DE MODELISATION DU PROCESSUS SYNOPTIQUE


Les trois premiers évangiles sont « synoptiques », c’est-à-dire qu’ils peuvent être « regardés ensemble ». Ces évangiles se ressemblent donc. Le trait de ressemblance le plus apparent est l’enchainement presque identique des péricopes, l'ordre de Marc est suivi par Luc plus fidèlement que par Matthieu.

Il existe des « dépendances littéraires » entre ces trois textes, c’est-à-dire que non seulement l’ordonnancement des péricopes est semblable, mais encore un nombre significatif de versets sont identiques au mot près entre ces synoptiques. Désormais se pose donc la question de savoir comment ont été élaborés ces évangiles compte tenu des emprunts qu’ils se font les uns aux autres. C’est le « problème synoptique ».

Depuis Reimarus, au 18ème siècle, de multiples tentatives d’explication – donc de modèles - ont été proposées pour tenter d’expliquer ce processus d’élaboration des synoptiques. C’est alors qu’est apparue la notion de « source » pour désigner les textes antérieurs qui auront servi de base au travail d’élaboration des évangélistes.

L’analyse moderne du problème synoptique en arrive à quelques conclusions principales :

1. Aucun modèle simple ne peut rendre compte de la complexité des rapports entre les évangiles. On suppose actuellement que les états finaux des évangiles ont été précédés par des étapes rédactionnelles intermédiaires ce qui remet immédiatement en cause le modèle des deux sources ;

2. Les étapes initiales de la constitution des documents écrits nous échappent en grande part, faute de documentation. On est donc dans une sorte d’impasse pratique puisque l’intégration dans le modèle de sources inaccessibles rend ce modèle inutilisable par les exégètes.

3. Le processus d’élaboration des évangiles s’est étalé dans le temps et a comporté plusieurs étapes de relectures et d’harmonisation entre les documents – on ne peut exclure qu’à chacune de ces étapes le recours ou l’accès aux sources ait pu varier (sans même parler ici de la question des relations entre tradition orale et l’écrit).

De fait, en ce début du XXIème siècle, les tentatives de modélisation du processus synoptique sont parvenues à une impasse. L’impasse est d’abord pratique parce que toute complexification du modèle rend ce modèle inutilisable en exégèse. Marguerat, lui-même a été amené à proposer un nouveau modèle (INT page 47), mais il ajoute : « Dans cette perspective, les sources littéraires à disposition des auteurs des évangiles de Mt et Lc nous seraient définitivement inaccessibles, puisqu’ils auraient eu accès à Mc au travers d’un « deutéro-Mc » et à Q au travers de deux versions spécifiques (QMt et QLc). »

En clair : personne ne connaît ni ce « deutéro-Mc », ni QMt, ni QLc et, par conséquent personne de peut connaître « Q » d’où proviennent QMt et QLc … Sans changement de perspective les exégètes n’ont plus rien à dire sur ce sujet !

L’impasse est aussi théorique, parce que la plupart des exégètes restent attachés au modèle des deux sources – refusant de le modifier bien que l’analyse moderne des textes synoptiques démontre que ce modèle simpliste devrait être modifié. Le modèle des deux sources n’explique pas en effet : 1. Les « accords mineurs » ; 2. Les deux versions de Q ; 3. Les reprises de Marc par Luc moins nombreuses que par Matthieu et 4. Les « leçons confluentes » de Marc (voir le texte).

L’analyse moderne de la Source Q plaide pour la cohérence notamment théologique de cette source. Mais plusieurs incertitudes persistent à son sujet. Citons trois des principaux points encore débattus concernant cette source Q : la fonction d’usage courant de cette source (vadémécum du prédicateur, catéchisme aux païens, ... etc.), la stratification littéraire de cette source et surtout la communauté se servant de cette source. Si dans un sens - la Formgeschichte suppose que toute situation de vie (Sitz im Leben) produit ses propres textes, l'inverse dans l'autre sens n'est pas nécessairement vrai. Ce n'est pas parce qu'on pense avoir trouvé un texte qu'on peut nécessairement trouver une communauté spécifique qui lui corresponde.

Pierre Perrier  - s’affranchissant du modèle des deux sources - propose une interprétation alternative : la source Q ne serait pas une source complétant Matthieu et Luc vers 80 ou plus tard, mais serait l’indice d’un travail d’harmonisation des textes (araméen et grec) de Luc lors de l’année sabbatique 53/54 sur la catéchèse-liturgie araméenne de l’Eglise Mère laissée par Matthieu en 37 à Jérusalem, avant son départ pour Antioche.

La tradition orale est ou peut être une source à part entière. Pour Marguerat, les micro-unités sont identifiées à la tradition orale, c’est-à-dire que les logions ou péricopes seraient des produits par la tradition orale directement traduits en grec. En fait le postulat des micro-unités littéraire indépendantes, postulat fondamental de la Formgeschichte, sert à la fois de présupposé de base et de réponse à la question de la tradition orale. On est typiquement dans un raisonnement circulaire, c'est à dire qui ne s'appuie que sur les présupposés initiaux.

L’ouvrage de Marguerat confond ce qu'on entend par « tradition orale » - par exemple selon la méthode rabbinique du premier siècle (INT page 37) – avec la « communication orale », c’est-à-dire la transmission déstructurée du  « bouche à oreille », voire de la rumeur. L’ouvrage n’a, en fait, aucune conception consistante sur la tradition orale et n'a aucune idée sur « comment pratiquement ou réellement »  s'est fait ce passage de l’oral à l’écrit. Finalement, la tradition orale ne joue aucun rôle dans la modélisation du processus synoptique, car la plupart des auteurs - et pas seulement Marguerat - n’en ont qu'une vision anecdotique et confuse

Par conséquent ce que l’ouvrage de Marguerat nomme « histoire » des textes évangélique n’est que l’analyse de la « stratification » ou des « médiations littéraires », c’est-à-dire de la « généalogie littéraire » du texte grec. Cette « histoire » ne commencerait qu’avec la mise par écrit des micro-unités. L’oralité telle qu’elle a pu fonctionner dans la catéchèse ou dans la liturgie - en tant que telle - est totalement méconnue et ne joue aucun rôle. Malgré l’ambition affichée de Marguerat et de la Formgeschichte de dévoiler l’histoire – voire la préhistoire des textes – l’ouvrage, de ce point de vue spécifique, reste enfermé dans la seule logique de l’écrit grec. L'ouvrage qui revendique son approche historico-critique, n’est pas dans l’histoire. Il ne décolle pas du registre littéraire..

Pour les écrits marqué par une structuration orale (les « colliers ») comme les évangiles en araméen du second siècle, il existe une autre méthode d’identification des étapes de composition du « texte oral » . Une fois repérés des « colliers » de récitation par un travail foncièrement « synoptique » car comparatif sur les quatre évangiles, on peut classer les colliers par ordre chronologique de superposition : les colliers imbriqués les derniers cassant les colliers dans lesquels ils s'insèrent, et les colliers des différents synoptiques attestant des colliers dans des états plus ou moins développés. Puisque les méthodes menant à la source Q ou à ce « récitatif » ou Karozoutha source sont des hypothèses, il est légitime de les comparer du point de vue de leur produit final : d’un côté la Source Q et la Karozoutha source ou K0. La cohérence théologique est nettement en faveur de K0, par contre la teneur théologique de Q est plus incertaine.



1. Le fait synoptique

Le terme synoptique appliqué aux évangiles de Matthieu, Marc et Luc signifie que ces évangiles peuvent être « regardés ensemble ». Il semble que ce soit une configuration littéraire unique.

Cependant ce terme n’explique pas grand choses par lui-même. Il est facile de reconnaître que l’enchaînement des péricopes est très voisin dans ces trois évangiles - Luc suivant plus fidèlement Marc que Matthieu. Mais si certains versets sont identiques au mot près, on ne peut cependant pas prétendre que ces textes, dans leur ensemble, soient identiques, ils sont juste similaires ou « homologues ».

Du point de vue qui nous occupe qui est l’étude des parentés littéraires entre les évangiles, ce terme de « synoptique » masque quelque peu la complexité du problème. Au fil de l’analyse on va s’apercevoir que cette « ressemblance » entre ces synoptiques qui évoquent une « source commune » ne provient pas pour autant d’une « source unique », avec l’exemple de la Source Q. Inversement, cela ne signifie pas, non plus, que des sources « différentes » ne pourraient produire des récits  ou des enseignements « similaires ». Et c’est à ce titre que ces textes sont « synoptiques ».

Spoiler:

C’est Greisbach (1776) qui introduit le terme « synoptique » pour signifier que les Évangiles de Matthieu, Marc et Luc peuvent être « regardés ensemble » : le déroulement d’ensemble du récit est parallèle, de nombreuses péricopes sont pratiquement identiques et certains versets sont identiques au mot près.

Quand Saint Augustin (4ème siècle) affirme la primauté de Matthieu et que Marc serait un résumé de Matthieu, il commente la parenté littéraire de Marc par rapport à Matthieu. Il est donc faux de penser que cette singularité des évangiles n’aurait pas été remarquée dès les premiers siècles.

Ce qui est nouveau, dès le 18ème siècle, c’est l’avènement de la critique textuelle sur les manuscrits de différentes traditions, recensés en grand nombre à partir de cette époque. La nouveauté , c'est donc cette démarche rationnelle de la critique textuelle qui vient se confronter à l’autorité de la tradition, représentée par Saint Augustin.

Le fait que les trois premiers Évangiles soient « synoptiques » ne signifie pas du tout qu’ils soient nécessairement élaborés à partir d’une « source unique » ou « commune ». Il est plus prudent et exact de parler de textes « homologues ».

Inversement, des sources complètement différentes peuvent aboutir à produire des récits, des paroles de sagesse ou des paraboles évangéliques très similaires – donc « synoptiques » - au sens de leur structure et de leur sens qui contribuent à livrer des leçons très proches sinon identiques dans les péricopes « homologues ».  


2. Le problème synoptique

Le problème synoptique nait de la volonté d’expliquer la dépendance littéraire, telle qu’elle est comprise à partir du 18ème siècle. Cette dépendance littéraire est déduite des multiples identités entre les synoptiques : au niveau de l’enchainement des péricopes ou au niveau des versets – souvent au mot près. D’après Kloppenborg, c’est à partir de Reimarus (publié en 1778) que se « déchaina un flot de tentatives pour résoudre le « problème synoptique » (1, page 228). Autrement dit les tentatives de modélisation du processus synoptique commencent à cette date. Dès lors on va utiliser la notion de « source » pour désigner les textes antérieurs qui auront servi de base de travail à l’élaboration des évangélistes.

Il existe un ample jeu de modèles hypothétiques :

Modèle
Avec médiation littéraire d'un autre évangéliste
Avec source écrite extra évangélique
Par dérivation
Non
Non
Généalogique sans source extra évangélique
Oui
Non
Généalogique avec source extra évangélique
Oui
Oui
o
Seules les hypothèses « généalogiques avec source extra-évangélique » sont actuellement retenues.

Spoiler:

L’exposé le plus clair sur cette question de modélisation me semble être sur (2) : http://introbible.free.fr/p2syn.html . C’est ce plan d’exposé que nous avons suivi :

1. On a des hypothèses où on suppose que les évangiles ont été élaborés en l’absence de contact les uns avec les autres. Ce sont les hypothèses « non  généalogiques » ou par « dérivation immédiate », c’est-à-dire sans médiation littéraire. Ces hypothèses supposent nécessairement soit un évangile primitif ou soit un corpus de fragments, logia ou péricopes parvenus jusqu’à l’évangéliste par oral ou par écrit.

Ces hypothèses très simplistes sont maintenant écartées. Elles ne rendent pas compte des ressemblances finales entre les évangiles.

2. On a des hypothèses où on suppose que les évangiles ont été élaborés grâce à la lecture des textes des autres évangélistes. Ce sont les hypothèses « généalogiques » où, par exemple, le texte final de l’évangéliste « y » passe par l’élaboration intermédiaire ou la « médiation littéraire » de l’évangéliste « x ». Avec de deux types possibles :

a. Hypothèses sans source extra-évangéliques. Ces hypothèses très simplistes sont également écartées. Elles ne rendent pas compte des dissemblances finales entre les évangiles.

b. Hypothèses avec intervention de sources extra-évangéliques. Ces hypothèses rendent d’autant mieux compte de la composition finale des évangiles qu’ils sont plus complexes.


A l’heure actuelle, le modèle des deux sources initié par Weisse (1838) est le plus largement adopté par les exégètes. Il faut reconnaître à ce modèle un mérite : il a permis à la communauté scientifique de penser ce problème synoptique depuis plus d’un siècle. On comprend que les exégètes y soient attachés. Si on voit « la bouteille à moitié pleine » ce modèle peut être qualifié de « simple et efficace » (2).

La Parole de Jésus-Christ à la sauce Marguerat - Page 2 200px-13

3. Ce que le modèle des deux sources n’explique pas

Plusieurs choses sont ici, en cause (2) :
1. Les accords mineurs ;
2. Les deux versions de Q ;
3. Les « omissions » de Luc ; et
4. Les leçons confluentes de Marc.

1. Les accords mineurs : il s’agit de 700 accords entre Mt et Luc qui sont absents de Marc. Le postulat de l’absence de tout contact entre Mt et Lc posé par le modèle des deux sources doit être assoupli. On imagine alors soit un évangile primitif en amont de Mc, soit la lecture de Mt, sont une médiation par  un texte intermédiaire comme un proto-Mt, un proto-Lc ou un deutéro-Mc et un proto-Mc (INT page 47).

Spoiler:

Les accords mineurs
« Si sa plausibilité [du modèle des deux sources] apparaît forte, il bute néanmoins sur un problème résiduel : les « accords mineurs » (minor agreements) Mt/Lc. Il s’agit de petites modifications du texte marcien (adjonctions, suppressions, substitutions de termes) adoptés uniformément par Mt et Luc ; d’importance mineures quant à la signification, il en a été dénombre pas moins de 700. Or la théorie des deux sources postule l’absence de tout contact entre les deux évangélistes dans leur réception de Mc. Comment expliquer cette profusion de minimes identités verbale ?  Le modèle de l’utilisation en rend compte par la relecture lucanienne de Mt, mais comme on l’a vu cette hypothèse pose à son tour de nouvelles difficultés (comment expliquer les fortes divergences de langue et de contenu entre Lc et Mt ?). Des solutions combinatoires ont été proposées, articulant à l’hypothèse d’un évangile primitif l’existence d’un proto-Mt et d’un proto-Lc et ajoutant d’une source commune Mt/Lc (P. Benoit-M.-E. Boismard ; Ph Rolland) ; le risque est de grever la reconstitution d’un indice de complexité qui la rend peu opératoire en exégèse. Une solution plausible consisterait à penser que Luc, rédigeant son évangiles sur la base de Mc, de la Source Q et de ses traditions propres a eu également connaissance de Mt et a jeté sur son texte un regard latéral (H. J. Holtzman). (INT page 46)

2. Les deux versions de Q : la lecture du texte de Q comparée dans Luc et dans Matthieu montre parfois une identité complète – au mot près – sur plusieurs versets et parfois des récits « similaires » du point de vue du récit ou du seul point de vue de la parénèse, mais avec un vocabulaire nettement différent – ce qui témoigne de l’existence de deux versions dans cette source Q.

Spoiler:

Deux versions différentes de Q
« Les neuf béatitudes matthéennes (5, 3-12) et les quatre de Luc augmentées des malédictions (6, 20-26) dérivent-elles d’un même texte ? La parabole des talents (Mt 25, 14-30) et celle des mines (Lc 19, 12-27) sont-elles des variantes de la parabole de Q ? Il est très vraisemblable que la Source est parvenue aux deux évangélistes sous deux versions différentes, par exemple, sous la pression de la tradition orale : ces deux version ont été dénommées QMt et QLc (M. Sato). » (INT page 43)

Si Q est parvenu à chaque évangéliste sous deux formes différentes, il ne s’agit plus d’une seule source, mais de deux sources différentes. Le raisonnement est le même : si le texte a été modifié sous la pression de la tradition orale. Chaque version « QMt ou QLc » constitue une source en soi – même s’il nous parvient par la tradition orale.


3. Les « omissions » de Luc : la question est de savoir pourquoi Luc a abandonné tant de textes de Mc alors que Matthieu les a conservés. L’explication habituelle qui est que Luc aurait disposé d’une tradition propre plus abondante, mais cette « réponse » ne répond pas entièrement à la question ;

4. Les leçons confluentes sont les cas où Marc combine le texte de Mattieu et de Luc. Ce fait pose évidemment soit la question d’une commune à Mc, Mt et Lc différente de Q (!), soit d’un texte rédigé en deux temps : un premier temps d’élaboration de Mc, puis second temps d’harmonisation sur les textes de Mt et Lc. Ceci suppose aussi que les rédactions intermédiaires – ou finales - sont  pratiquement simultanées.

Ce bref aperçu mène à trois conclusions, au moins (2) :

1. Aucun modèle simple ne peut rendre compte de la complexité des rapports entre les évangiles. On suppose actuellement que les états finaux des évangiles ont été précédés par des étapes rédactionnelles intermédiaires ce qui remet immédiatement en cause le modèle des deux sources ;

2. Les étapes initiales de la constitution des documents écrits nous échappent en grande part, faute de documentation. On est donc dans une sorte d’impasse théorique puisque l’intégration de sources inaccessibles dans le modèle rend ce modèle inutilisable par les exégètes.

3. Le processus d’élaboration des évangiles s’est étalé dans le temps et a comporté plusieurs étapes de relectures et d’harmonisation entre les documents – on ne peut exclure qu’à chacun de ces étapes le recours ou l’accès aux sources ait pu varier (sans même parler ici de la question des relations oral/écrit).

La fréquence statistique de ces observations – qui contredisent le modèle des deux sources – va conduire Marguerat à proposer un nouveau modèle. Cependant Marguerat conserve une position ambiguë : d’une part il dit que c’est ce modèle des deux sources est celui « qui a la plausibilité le plus forte » (INT page 46), mais en même temps, il propose cet autre modèle (INT page 47). La modélisation devient un peu floue : historiquement on a donc trois « modèles des deux sources » : le modèle simple de Weisse (1838), le modèle complet : avec la source Q (XIXème siècle) et le modèle complexe proposé par Marguerat.

Spoiler:

« Mais la fréquence statistique de ces accords reste troublante. Elle a poussé à postuler qu’une révision stylistique de Mc aurait eu lieu avant la réception de l’évangile de Mt et Lc, et que les deux évangélistes auraient travaillé sur un « deutéro-Mc » aujourd’hui perdu (A. Ennulat). D’autres pensent à un « proto-Mc », mais on s’expliquerait al pourquoi la version révisée aurait rétabli les difficultés stylistiques.
Si l’on intègre les deux recensions de la Source des paroles signalées plus haut ; le schéma modifié du modèle des deux sources se dessine comme suit :
[voir image ci-dessous].
Dans cette perspective ; les sources littéraires à disposition des auteurs des évangiles Mt et Lc nous seraient définitivement inaccessibles, puisqu’ils auraient au accès à Mc au travers d’un deutéro-Mc et à Q au travers des deux versions spécifiques (QMt et QLc ). » (INT page 47)

La Parole de Jésus-Christ à la sauce Marguerat - Page 2 Modale21

Marguerat ajoute – sans doute à regret - que si tel est le modèle, « les sources littéraires nous seraient définitivement inaccessibles ». Pourquoi « inaccessibles » ? Parce que modèle de Marguerat intercale entre les évangiles finaux ou la source Q trois textes intermédiaires hypothétiques : deutéro-Mc, QMt et QLc - inconnus à l’heure actuelle. En clair, personne ne connaît ni ce « deutéro-Mc », ni QMt, ni QLc, ni - par conséquence - « Q » d’où proviennent QMt et QLc !

Il devient clair que tout ajout raisonné au modèle des deux sources rend ce nouveau modèle trop complexe et donc inutilisable en exégèse !

Les incertitudes sur la rigueur d’analyse conduisant à l’adoption du modèle des deux sources fait que certains auteurs modernes considèrent ce modèle – à l’égal des modèles les plus anciens – comme « simpliste ». C’est bien le cas de Rolland (3). Un autre auteur dit même, sans grand ménagement, que le choix de Marguerat et de la majorité des exégètes serait « une solution de facilité » (4) :

Spoiler:

« Depuis fort longtemps, j’ai acquis la conviction que la dépendance de Matthieu et de Luc par rapport au Marc actuel était impossible, et que le schéma généalogique des évangiles synoptiques était plus complexe qu’on ne l’admet communément. Je tiens une position médiane entre le simplisme de la théorie des « deux sources » (Mc + Q à l’origine de Mt et de Lc) et l’extrême complication du système de Boismard (7 documents écrits antérieurs à nos évangiles actuels).

En ce qui concerne la datation des évangiles synoptiques, le schéma généalogique que je propose (comme d’ailleurs celui de Boismard) permet de laisser ouvertes les questions de chronologie: Matthieu et Luc peuvent être postérieurs à Marc, mais ils peuvent aussi lui être antérieurs. » (3)

L’option de Marguerat : une solution de facilité ?
« Un bon exemple en est l'ouvrage collectif intitulé Introduction au Nouveau Testament paru sous la direction de Daniel Marguerat, professeur à la faculté de théologie protestante de Lausanne en Suisse. Seules sont développées les anciennes théories du XIXème siècle ainsi que les différents modèles de la théorie des Deux Sources. Les autres théories sont citées et réfutées en quelques lignes (Farmer, Boismard, Streeter) ou tout simplement ignorées (Vaganay, Lagrange, Parker, Gaboury) alors qu'elles sont développées en plusieurs pages dans la présente étude. Et cet ouvrage se présente « comme synthétisant les acquis de la recherche sur l'écriture du Nouveau Testament » !

En conséquence directe de cette façon de faire, Elian Cuvillier pour l'évangile de Matthieu et Daniel Marguerat  lui-même pour l'évangile de Luc basent exclusivement leurs analyses sur le modèle des Deux sources, à l'exclusion de tout autre et sans en souligner le caractère hypothétique !

Les exégètes, dans leur majorité, optent pour la solution de facilité qui leur convient (remarquons que la version complexe de la théorie des Deux sources n'est pas exploité lui non plus car trop complexe) et ne dissocient pas suffisamment les niveaux d'études : 1. Données statistique ; 2. Elaboration d’un modèle à partir de ces données et 3. Interprétation d’un texte à partir de ce modèle.

Cette situation n'est pas saine car l'antériorité de Marc, transformée parfois en supériorité,  est présentée à priori comme fondement des analyses. Marc devient ainsi l'inventeur d'un genre littéraire nouveau, celui de l'évangile. Nous retrouvons ici la notion de modèle fermé qui trop souvent bloque l'exégèse moderne. »

Un article de Rolland (3) montre bien – sur deux pages - la complexité des relations entre les évangiles. Cet article de Rolland donne six exemples de versets homologues (Mt // Mc // Lc) qui présentent des indices d’une activité rédactionnelle ayant deux caractéristiques apparemment contradictoires :
- Des accords entre Mt et Lc contre le texte de Mc
- … et dans ce même verset
- un texte de Mc intégrant des formulations de Mt et Lc, parfois même cumulant les deux formulations, celle de Mt et celle de Lc (phénomène dit de « dualité »).

Spoiler:

La conclusion de Rolland est que Marc aurait harmonisé des textes intermédiaires – différents des évangiles finaux - : le pré-Mt et le pré-Lc.
« De tels faits, qui se relèvent tout au long de nos trois premiers évangiles, ont confirmé d’année en année ce qui au début n’était qu’une hypothèse de travail : Matthieu et Luc ne dépendent pas de Marc, mais de deux sources, le pré-Matthieu et le pré-Luc, que Marc a harmonisées. » (3)
D’autres arguments sur le temps des verbes, sur les sémitismes et les attestations patristiques, lui font retenir l’hypothèse d’un évangile sémitique antérieur dont les textes intermédiaires ci-dessus ne seraient que des dérivations généalogiques.


Cet article de Rolland montre bien que cette complexité est apparente par la méthode d’analyse comparative au mot à mot entre versets homologues. Lorsque l’analyse est faite par la méthode plus globale de plus grands ensembles de « matériau littéraire » commun ou non entre les évangélistes, cette complexité n’est plus apparente. Or c’est de cette seconde méthode d’analyse qu’est déduit le modèle des deux sources. Par conséquent cette modélisation ne peut être qu’approximative.

Le modèle Boismard (1972) comporte sept sources (spoiler)

Spoiler:

Le modèle BOISMARD (2)

Dans une première phase : quatre documents, un pour chaque évangile synoptique et un quatrième commun :
1. document A : palestinien et judéo-chrétien, vers 50 ;
2. document B : interprétation de A pour des convertis, avant 58 ;
3. document C : palestinien et en araméen, très archaïque, source de Jean. Ce document reste hypothétique car il contient surtout ce qui ne peut être attribué aux autres ;
4. document Q" : matériau commun à Matthieu et à Luc, différent du Q ci-dessus

Dans une seconde phase, trois documents intermédiaires, sources des évangiles actuels
1. Matthieu intermédiaire : dépend surtout de A, aussi de Q" ; source principale de Matthieu, secondaire du proto-Luc ;
2. Marc intermédiaire : dépend surtout de B, aussi de A et de C ; source principale ce Marc, secondaire de Matthieu et Luc ;
3. Proto-Luc : dépend surtout de C pour la Passion, aussi de B et Q" ; source principale de Luc.

La Parole de Jésus-Christ à la sauce Marguerat - Page 2 Modale22

« Les modèles de Boismard et Rolland considèrent Matthieu et Luc comme indépendants du Marc actuel ce qui laisse ouverte leur chronologie relative : Marc n’est pas nécessairement plus ancien. P. Rolland propose même la datation suivante : entre 62 et 67 et peut-être dans l’ordre Matthieu – Luc – Marc, mais sans certitude. La théorie des deux sources propose une autre datation : Marc avant 70, Matthieu et Luc vers 80 » (2)

Roque

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Message  Roque le Ven 18 Avr - 12:11

(Suite)

4. L’hypothèse de la Source Q

La Source Q est une hypothèse. Elle est logiquement déduite de l’analyse des évangiles synoptiques par « grandes masses de matériau narratif » permettant de distinguer :
1. Le matériau narratif commun à trois évangélistes ;
2. Le matériau narratif commun à deux évangélistes ; et
3. Les traditions propres à un seul évangéliste.

Le source Q est, donc, définie comme le texte commun à Matthieu et Luc, mais absent de Marc.


A. Origine de la source Q

Marguerat situe la naissance en Galilée – éventuellement en araméen – avec une rédaction en grec entre les années 40 et peu avant 70 - date présumée de rédaction de l'évangile de Marc.

Spoiler:

« La source des paroles de Jésus est née en Israël (en langue araméenne ?). Sa géographie interne (Chorazain, Bethsaïda, Capharnaüm) indique la Galilée comme lieu de naissance probable. Aucun écho de la destruction de Jérusalem et de son Temple n’étant perceptible (cf. Lc 13, 34s), sa fixation littéraire a précédé l’an 70. Ses porteurs furent des missionnaires itinérants dont le discours d’envoi (Lc 10, 1-12) configure l’existence, mais aussi de petites communautés locales de l’espace syro-palestinien (M. Sato). La mise par écrit de la Source en grec est située dans la fourchette allant des années 40, où la mission juive est encore en cours (G. Theissen) à peu avant 70 dans la proximité de la rédaction de Mc (P. Hoffman). » (INT page 45)
De notre point de vue, cette fourchette de temps très ample n’est pas très informative sur un point capital : la proximité de temps éventuelle avec les témoins oculaires. En effet, en 40 tous les apôtres étaient tous vivants – sauf Judas Iscariote, alors qu’en 70 la plupart étaient morts ! Jacques le Majeur meurt en 41, Nathanaël en 44, André en 47, Simon en 50, Matthieu en 54, Jacques le mineur en 62, Jude en 65, Pierre en 67, Thomas en 67, (Paul en 68), Philippe en 81 et Jean en 98 (4).



B. Contenu de la source Q

Cette source comporterait 200 à 300 versets. Étant donné que le texte de cette hypothétique source Q n’a pas été retrouvé son étendue est inconnue.
« L’étendue exacte de la Source Q reste incertaine, dans l’impossibilité où nous sommes de savoir si des logia ont été retenues par un seul évangéliste ou ignoré par les deux. » (INT page 44)
Si on en croit Kloppenborg (2003), un spécialiste américain de cette source Q, plusieurs conclusions pourraient déjà être retenues concernant cette source Q reconstituée (1, pages 242-243). La conclusion principale est que cette source Q ne serait pas un ensemble de versets disparates, mais qu’elle serait le produit d’une histoire de composition assez complexe. Kloppenborg explique le silence relatif de la source Q sur les miracles (un seul récit : celui du centurion) ou le silence complet sur la passion et la mort de Jésus, sur les controverses sur le sabbat ou la rareté des logia concernant la Torah comme une théologique propre à cette « communauté Q ».

Spoiler:

« La Source des paroles de Jésus, telle que la critique récente la reconstitue, compte un peu plus de deux cents versets ou fragments de versets sûrs, auxquels il faut ajouter une petite centaine de versets ou fragments de versets incertains. Cela représente environ 4.500 mots pour un lexique d’à peu près 750 mots. On peut préciser que 2.400 mots environ sont rigoureusement identiques et se suivent dans le même ordre chez Matthieu et chez Luc, ce qui plaide fortement en faveur d’une source commune, qu’elle soit orale ou écrite. » (10)
La reconstitution de cette source Q a présenté des difficultés. Nous n’en connaissons pas exactement les causes, mais cette reconstitution a été très laborieuse et longue : 10 ans de travail au moins.

Si on en croit Kloppenborg (2003), un spécialiste américain de cette Source Q, appartenant au mouvement de « la troisième quête » du Jésus historique (http://fr.wikipedia.org/wiki/Qu%C3%AAtes_du_J%C3%A9sus_historique ) plusieurs conclusions pourraient déjà être retenues concernant cette source Q reconstituée (1, pages 242-243) :
- Q n’est pas une collection disparate de logia, mais le produit d’une composition mûrement réfléchie ;
- La polémique contre  « cette génération » est un principe clé de son organisation. Elle s’associe au thème du jugement qui vient ;
- Q est le produit d’une histoire de composition assez complexe, indépendamment de la possibilité de déterminer précisément les étapes de cette histoire.

Plus loin, plusieurs paragraphes très intéressants, de Kloppenborg toujours, abordent quelques questions qui peuvent se poser à propos des « omissions » cette source Q :
- Le silence relatif de Q sur les miracles qui est « un problème en soi » ;
- L’absence de récit de la Passion dans Q, mais il serait absurde de supposer que ceux qui ont conçu Q ignoraient la mort de Jésus ;
- L’absence de controverse sur le sabbat en Q, de même que la rareté des logia concernant la Torah représentent des problèmes difficiles à résoudre.

Ces « omissions » ne sont pas mises sur le compte d’une ignorance ou d’une négation de ces thèmes, mais d’une conception théologique propre ne mettant pas ces thèmes au centre de la conception de la figure de Jésus dans ce groupe utilisant la Source Q.



Kloppenborg cite Downing (1. page 258) concernant les relations fonctionnelles entre la mise par écrit du texte évangélique et la prestation orale. La composition littéraire dans le monde antique était une activité sociale.
« Il semble que la prestation orale aurait fait partie, souvent sinon toujours, de la production de n’importe qu’elle œuvre – de sa production, et non seulement de son but. De plus, une audience réduite ou plus considérable aurait toujours (ou le plus souvent) participé à la phase préparatoire d’une œuvre et à sa création. La composition littéraire dabs le monde antique était une activité sociale. » (1. Page 258)
Cette conception est totalement à l’opposé du scribe chrétien « inspiré » travaillant à la mode d’un écrivain : seul à forger de nouvelles paroles « dans la fidélité au Maître » comme le suggére Elian Cuvilier dans l’ouvrage de Marguerat (INT page 95). Cette citation Downing décrit aussi en pratique la relation entre la tradition orale et la composition et la mise par écrit de l'oralité (texte oral) dans une communauté vivante - alors cette perspective semble complètement hors de portée de l’ouvrage de Marguerat..


C. Les débats sur la source Q

Il y a un débat sur l’existence ou l’inexistence de la source Q (10), mais ce n’est ni le plus intéressant, ni le plus moderne. Comme pour le modèle des deux sources, on peut poser plutôt la question du point de vue des « fruits », c’est-à-dire des réalisations théoriques et pratiques découlant de cette hypothèse. En effet, si l’on admet que l’effort modélisation du processus synoptique est en impasse, cette hypothèse de la Source Q est pourtant un « fruit » du modèle des deux sources. Ainsi l'hypothèse de la source Q peut bien être vue comme la dernière chance de justification de tout l’effort de modélisation depuis 200 ans et plus.  

L’existence de doublets communs serait, d’après Marguerat, un argument fort en faveur de cette source Q. Notre étude de profane (en français) de ces doublets communs – mot à mot - nous a convaincu plutôt que ce fait indéniable pourrait aussi bien correspondre à un modèle à 3 ou 4 sources – validant donc l’existence de plusieurs « versions » ou «  sources » à l'intérieur de Q.

Spoiler:

Les doublets communs
« Un argument vient renforcer l’hypothèse d’une seconde source à coté de Marc : le phénomène des doublets communs. On appelle de ce nom la récurrence dans le récit d’un texte analogue, sinon identique. Or à plus d’une reprise, Mt et Lc reprennent un logion une première fois suivant la version de Mc et une seconde fois suivant celle de Q. Ainsi le logion de Mc 4, 25 (« A qui a, il sera donné ; à qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera retiré ») est repris en Mt13, 12 et Lc 8, 18 ; il se retrouve aussi en Mt 25, 29 et Lc 19, 26, où il provient de Q. Autres exemples : Mc 8, 35 (sauver ou perdre sa vie) est repris en Mt 16, 25 et Lc 9, 24, tandis qu’un logion semblable de Q apparaît en Mt 10, 39 // Lc 17, 33 » ; Mc 8, 38 (avoir honte de Jésus) a un parallèle Mt 16, 27 et Lc 9, 26, et dans la version de Q Mt 10, 32s // Lc 12, 8s. Lc présente même deux discours d’envoi aux disciples, l’un tiré de Mc (Lc 9), l’autre de la Source des paroles (Lc 10). Ces contacts permettent-ils de conclure à une connaissance réciproque de Mc et de la Source des paroles ? Leur faible nombre conduit plutôt à attribuer les éléments communs à la tradition orale (F. Neirynck). » (INT page 43)


Par contre, ce qui est débattu, c’est d’abord la question de l’utilisation pratique de cette source Q. A quel public était-elle destinée ?
- Ce serait une catéchèse complémentaire à l’usage des convertis du paganisme (2) ; ou
- Elle aurait été « portée » par les missionnaires itinérants et dans certaines communautés locales (INT page 45) ; ou
- Ce serait un vadémécum pour missionnaires itinérants, vivant radicalement l’utopie du Royaume de Dieu (9).

La question des étapes de rédaction de la source Q, c’est-à-dire de sa stratification littéraire est aussi très discutée et de multiples hypothèses sont avancées (spoiler). Enfin, la « communauté Q » est typiquement « une hypothèse bâtie sur une autre hypothèse ». Si dans un sens - la Formgeschichte suppose que toute situation de vie (Sitz im Leben) produit ses propres textes, l'inverse, dans l'autre sens, n'est pas nécessairement vrai : ce n'est pas parce qu'on pense avoir trouvé un texte (première hypothèse) qu'on peut nécessairement trouver une communauté spécifique qui lui corresponde (seconde hypothèse).

Spoiler:

Dans l’ouvrage de Marguerat
« Peut-on reconstituer l’histoire de la Source et la généalogie de son texte ? L’ordonnance des sentences et des quelques textes narratifs qui la composent dénote en effet un agencement rédactionnel (D. Lürmann). La recherche d’une stratification littéraire de la source conclut à plusieurs conjectures : faut-il différenciera une couche archaïque palestinienne axée sur la Torah d’une couche hellénistique plus tardive pointant sur le retard de la parousie et du jugement d’Israël (S. Schluz) ? ou une tradition prépascale d’une tradition secondaire centrée sur les questions communautaires (A. Polag) ? ou une strate sapientielle d’une strate ultérieure à teneur apocalyptique (J. S. Kloppenborg) ? UN accord tend à se dessiner sur le constat d’une évolution de la source à partir de sentences archaïques (Lc 11, 52 ; 16, 17) en direction de regroupements de logia (par ex. Lc 9, 57-60 ; 11, 39-51), pour aboutir à un texte plus élaboré à tendance biographique (la tentation de Jésus : Mt 4, 1-11). Ce processus évolutif est marqué par la séparation avec Israël et une accentuation progressive du thème du jugement eschatologique.  (INT page 44)

Plusieurs théories qui morcellent Q en de multiples documents et sous-documents (8 )
« En étudiant l'histoire de la formation des évangiles, les exégètes en sont venus naturellement à reconstruire l'histoire de la source Q. De nouveau, plusieurs théories ont été proposées qui morcellent Q en de multiples documents ou sous-documents :
• Plusieurs éditions successives : Q1 , Q2, Q3 (Haupt, Patton) ;
• Ajout de documents supplémentaires (Streeter) ;
• Deux versions différentes QMt et QLc, chaque évangile suivant l'une d'elle (Sato) ;
• Reconnaissance de différentes couches en perpétuelles croissance, sans plus (Dibelius, Meinertz) ;
• Distinction entre une couche archaïque palestinienne, à tonalité sapientielle et axée sur la Torah et une couche plus récente hellénistique, à tonalité eschatologique et axée sur le jugement d'Israël. (Schultz, Kloppenborg). »


D. Les deux versions de Q

Nous avons vu plus haut que ces deux versions de Q sont reconnues par Marguerat. Le débat sur ce sujet précis semble inconnu sur le net (10). Nous ne trouvons ce constat que dans l’ouvrage de Marguerat, mais pas dans le livre de N. Siffer et D. Fricker (11). Nous avons été très surpris de constater - par une petite étude de profane  :)  (spoiler) - que cela semble pourtant sauter aux yeux : plusieurs passages présentent des différences très repérables lesquelles correspondent, pour nous, à des sources différentes. Par exemple : la parabole des invités remplacés par les pauvres (Lc 14, 16-24) et la parabole du festin de noces royales - terminée par l'homme qui n'a pas mis son vêtement de noce (Mt 22, 2-10) n'ont rien à voir au niveau de la formulation et pas nécessairement non plus au niveau de la parénèse ... alors qu'elle sont présentées comme " homologues " par Marguerat (INT page 42). Et cet exemple n'est pas unique ... Il nous semble très curieux que ce fait - également indiscutable d'après nous - soit passé sous silence  :) 

On a donc un problème de cohérence de la source Q, si ces passages correspondent à des sources différentes, ils ne devraient pas être comptés dans la source " commune " qu'est sensée être Q. Il en va de même pour les passages de Jésus au désert, mais pour une autre raison : en effet Marc résume ce passage en 2 versets (Mc 1, 12-13) et on ne peut considérer qu'il serait absent de Marc, il ne s'agit donc pas d'un accord Mt/Lc contre Mc mais bien d'une triple tradition Mt // Mc // Lc, juste résumée par Marc.

Spoiler:


Plusieurs reconstitutions existent, notamment : dans l’ouvrage de Marguerat (page 42) ou dans l’ouvrage de N. Siffer et D. Fricker (11). Sur le net, les sites les plus pratiques sont :
- http://www.jlturbet.net/article-34016881.html (12) ;
- http://protestantsdanslaville.org/gilles-castelnau-spiritualite/gc62.Q1.htm (13)

Nous n’avons travaillé qu'à partir du premier site. Puisque nous sommes complètement profanes en cette matière, nous avons constaté en examinant l’exemple des doublets communs (plus haut) donné par Marguerat que chaque mot compte pour juger de l’identité ou de la différence de source. Donc notre étude est faite au mot à mot, au mot près.

Nous avons pu en trouver une version de 237 versets grâce au lien : Puis les passages parallèles Mt/Mc/Lc ont été reconstitués. Ainsi, plusieurs passages attestent de sources nettement différentes, par exemple :
- Les Béatitudes : Lc 6, 20-26 ≠ Mt 5, 1-12 ;
- Les Paraboles sur les Invités : Lc 14, 16-21  ≠  Mt 22, 1-13 ;
- Les Paraboles sur les talents ou les mines : Lc 19, 16-26  ≠  Mt 25, 14-30.

Lorsqu’on compare les textes parallèles entre Matthieu et Luc dans cette source Q, il apparaît que dans 2/3 de ces textes la formulation s’écarte notablement du texte parallèle et que les sources sont donc différentes (critère de différence : moins de 50% de termes identiques).


Nous avons vu plus haut que la source Q qui est commune du point de vue du modèle des deux sources (analyse par grande masses de « matériau littéraire ») était immédiatement plus complexe, si on pratiquait la comparaison au mot à mot. Ici la source dite « commune » est finalement l’assemblage de plusieurs sources, deux ou plus ….


E. Un autre point de vue : « Q » pourrait être le témoin des corrections de Luc sur Matthieu quand le texte de Marc fait défaut

Pierre Perrier compare - à égalité - l’hypothèse de la source Q et sa propre hypothèse (14, page 709 à 715) :

- D’une part : une source Q intégrée par un évangéliste matthéen – donc pas par Matthieu – et sans contact avec Luc pour composer l’évangile final selon Matthieu en grec [vers 80 ou +] ;

- D’autre part : Luc en provenance de Troas se rend à Jérusalem lors de l’année sabbatique 53/54 homogénéise son texte de référence écrit de catéchèse-liturgie annuelle dont la base est l’évangile oral [en araméen] reçu par lui de saint Paul  sur le texte de catéchèse-liturgie de Jérusalem qui est usage dans cette Église-Mère depuis 37 où Matthieu leur a laissé son texte de référence au moment de quitter la ville [pour Antioche].  

La première différence importante entre ces deux hypothèses est que la première porte sur la composition d’un texte écrit directement en grec vers 80 (Matthieu meurt en 54), alors que la seconde s’appuie sur un tradition orale en araméen, fixée par écrit en araméen - conservés à ce jour par plusieurs églises orientales - dont la première version est structurée en « colliers de récitation » (ou Karozoutha en araméen) est en 37 – et qui a été ultérieurement traduite en grec.

La seconde différence capitale est l’inversion de logique : ce n’est pas l’évangéliste matthéen qui rassemble ses sources : Marc et Q (selon l’hypothèse des deux sources), c’est Luc qui vient de Turquie consulter à Jérusalem et combler les lacunes de Marc sur la catéchèse-liturgie de Jérusalem composée en 37 par Matthieu et qui est en usage dans l’Église-Mère.

Spoiler:

Pierre Perrier décrit les présupposés de la source Q :

Premier présupposé : il ne peut y avoir eu de composition et de transmission orale catéchétique ou liturgique voulue et poursuivie depuis l’origine ;

Second présupposé : les concordances et les divergences entre les évangélistes sont évaluées sur le mot à mot littéral (ce qui est la méthode de reconstitution de Q) et non sur le sens du texte dans son contexte biblique vétéro- et néotestamentaire.

A. Analyse d’un raisonnement logique à présupposé mal cerné : la source Q
« Q est la source hypothétique postulée par la plupart des spécialistes pour expliquer ce que nous avons appelé ci-dessus la Double Tradition, c’est-à-dire les accords (souvent mot à mot) entre Matthieu et Luc sur des éléments absents de Marc. Cette hypothèse repose sur une suggestion plausible : l’évangéliste matthéen ne connaissait par Luc et vice versa : ils devaient donc avoir une source commune. La reconstitution de Q exige beaucoup de précautions (…) la plupart des reconstitutions suivent l’ordre lucanien (…) »
Voici un excellent résumé de l’hypothèse Q donnée dans Brown. Notons tout de suite trois énoncés qui vont nous orienter dans la recherche du présupposé amont […]

On notera d’abord que l’évangéliste matthéen nous place face à une hypothèse (apparemment évident pour Brown) que l’auteur du premier évangile n’est pas l’Apôtre Matthieu ; ensuite beaucoup de précaution est nécessaire pour identifier ce texte amont ; enfin la présentation de l’auteur insiste sur le fait que Q est une suggestion plausible […]

Ceci serait contraignant que s’il n’y avait pas d’explication autre de la double tradition. Or si on fait le présupposé inverse alors la source Q est le témoignage des corrections mot à mot de Luc sur Matthieu quand le texte de Marc fait défaut pour que cette correction mot à mot, ce qui est conforme à Lc 1, 3 et ne peut porter uqe sur des éléments secondaires (ainsi Q n’a pas plus d’intérêt que la collection des phrases où furent appliquées des corrections d’épreuves d’imprimerie sur tel ou tel livre moderne dès lors que la tradition de base est fiable.)

B. Bâtissons maintenant notre explication sur un autre présupposé :
« Luc lui-même ayant reçu (et transmis comme les autres évangélistes d’Antioche dont son ami l’évangéliste Théophile d’Antioche) des textes oraux longs, importants (et non pas des logia) et précis, transmis de cœur à cœur, selon une forme mémorisable (en colliers), profite de son pèlerinage pour apporter une collecte financière à Jérusalem pour l’année sabbatique 53-54 venant de la base d’évangélisation (Alexandrie de Troade : nouvelle ville de Troas refondée par Alexandre en -322). Il apporte sa collecte de textes catéchétiques au « saints » de Jérusalem ; il a en vue de préciser son texte de référence écrit de catéchèse-liturgie annuelle dont la base est l’Evangile oral reçu par lui de saint Paul, pour le transmettre avec précision aux parant grec de la communauté.
Il homogénéise ce texte sur le texte de catéchèse-liturgie de Jérusalem qui est usage dans cette Eglise-Mère depuis 37 où Matthieu leur a laissé son texte de référence au moment de quitter la ville. »
La confrontation des deux approches que nous venons d’exposer (A et B) permet de déterminer (avant même tout jugement sur le fond) le double présupposé sur lequel repose l’hypothèse « Q » :

- Un présupposé de forme : ce présupposé est qu’il ne peut y avoir eu de composition et de transmission orale catéchétique ou liturgique voulue et poursuivie depuis l’origine. Autrement dit, les multiples disciples de Jésus ne se sont pas sentis investis de la responsabilité vis-à-vis des générations ultérieures de transmettre le plus exactement possible ce dont ils avaient été témoins (cf. Jn 18, 20). Ce présupposé doit être concilié – on ne voit pas très bien comment – avec le fait qu’à l’époque apostolique ou immédiatement postapostolique (en 54, Jacques le Mineur, Jean et beaucoup parmi les 500 sont encore à Jérusalem) les Églises apostoliques sont en contact soit constant, soit à l’occasion des pèlerinages – notamment lors des années sabbatiques précédentes [Dates des années sabbatiques : 26/27 ; 33/34 ; 40/41 ; 47/48 ; 54/55 ; 61/62 ; 68/69 … 131/132. (14, pages 767-768]

- Un présupposé de contenu : la méthode suivie pour établir Q possède le mérite de l’objectivité puisque l’on considère comme commun à des évangélistes que ce qui est identique mot à mot. Q se propose donc d’expliquer les divergences entre les Évangiles du point de vue du mot à mot. Cette objectivité possède un inconvénient majeur : elle ne prend pas en compte les concordances et les divergences portant sur le sens du texte. […]

Si au contraire Q n’est que la trace d’un corpus des corrections minimes et secondaires d’homogénéisation sur Matthieu des formules évangéliques qui ont évolué un peu avec leur usage dans des dialectes différents de ceux de l’Église de Jérusalem, alors on ne peut que trouver normal leur faible contenu théologique et doctrinal. Il ne peut en effet s’agir que de rectifications de détails, si le corps de doctrine est stable depuis le début. […]

Ainsi l’homogénéisation du texte de Luc sur les textes originaux a-t-elle permis de vérifier la stabilité des traditions, car les traditionneurs étaient conscients du caractère précieux de chaque mot, de chaque phrase. De la sorte Luc a vérifié une tradition orale sur le texte araméen d’une autre tradition orale et a bien entendu aussi homogénéisé les traductions grecques mot à mot ; de sorte que l’existence de divergences entre les Évangiles peut aussi bien être la preuve d’une datation tardive des Évangiles (hypothèse Q) qu’une vérification de la précocité et de la solidité des témoignages sur le Christ et de la conviction qu’en avaient les catéchistes (notre hypothèse). Bien entendu, le choix de l’une ou l’autre hypothèse dépend de la fiabilité des présupposés initiaux.

Conclusion de Pierre Perrier :

- soit il s’agit de l’hypothèse de la source Q , alors elle témoigne d’une élaboration tardive par Marc peu avant 70 ;

- soit il s’agit de l’hypothèse de Luc venant vérifier en 53/54 sa tradition orale araméenne et son texte grec sur la tradition orale laissé par Matthieu en 37, alors c’est une vérification par Luc sur une tradition précoce et solide.

Pierre Perrier conclut sobrement : « le choix pour l’une ou l’autre hypothèse dépend de la fiabilité des présupposés initiaux ».


5. La phase orale et la généalogie du texte

Venant de la lecture de Pierre Perrier, cette question de l’oralité est la première que nous avons étudiée dans l’ouvrage de Marguerat. Mais cette question de l’oralité n’apparait que par petites touches dispersées. Cependant nous avons pu retenir quatre paragraphes plus développés sur cette question (spoiler).


A. Qu’est-ce que l’ouvrage de Marguerat nous apprend sur l’oralité ? Quelle est sa conception de l’oralité ?

+ Le premier paragraphe est intitulé « Les lois de l’oralité » ;
+ Le second paragraphe traite de la transmission rabbinique ;
+ Le troisième paragraphe décrit le langage maladroit de Marc en grec ;
+ Le quatrième paragraphe concerne « l’hypothèse de la tradition orale ».

Spoiler:

Lois de l’oralité
« Les lois de permettent de comprendre comment s’est fixé la mémoire de Jésus. 1) Chaque micro-récit (miracle, controverse, rencontre, parabole) est régi par l’unité de temps et de lieu : l’événement rapporté se déroule en cadre précis. 2) Les détails jugés superflus sont éliminés au profit d’une concentration sur la parole ou le geste que le récit veut mettre en évidence. 3) Dans les scènes de dialogue, la règle de la dualité s’applique : deux partenaires se font face (Jésus et un individu ou un groupe), qui illustrent chacun deux positions contradictoires ou un rapport de maître à élève.

De façon générale, les micro-récits dégagés par l’analyse de la forme littéraire se signalent par une extrême sobriété narrative, à laquelle les évangélistes ont souvent remédié en les insérant dans un cadre narratif ou discursif plus ou moins élaboré. On s’en convainc en comparant la façon dont Matthieu (18, 10-14) et Luc (15, 1-7) ont différemment mis en valeur la parabole de la brebis perdue dû aux petits, le second en réponse à la critique des Pharisiens et des scribes contre l’accueil par Jésus des collecteurs d’impôt et des pécheurs » (INT page 27)
De façon surprenante, ce paragraphe ne se réfère à aucune publication. L’unité de de temps et de lieu, l’élimination des détails superflus et la dualité des scènes dans les dialogues sont des procédées non spécifiques de l’oralité. Ces procédés d’exposé se retrouvent cependant dans l’oralité de témoignage, c’est-à-dire quand les récits construits par le « traditionneur » à partir de couples de témoins comme il est exigé par la Torah. L’insertion dans un cadre narratif ou discursif peut être jugée arbitraire si la structure en « perles » et « colliers » du texte oral n’est pas identifiée (même genre d’erreur qu’avec l’hypothèse des « micro-unités », voir :  http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t1976-la-parole-de-jesus-christ-a-la-sauce-marguerat#41413 ).

Le modèle de la transmission rabbinique
« L’exégète scandinave Birger Gerhardsson a proposé un modèle inspiré de la formation de la tradition rabbinique. Même s’il concède que la fixation littéraire de Mishnah et du Talmud s’est produite bien plus tardivement que les évangiles, il estime que le principe de transmission de l’enseignement rabbinique était déjà en vigueur au premier siècle. Ce principe était la mémorisation de l’enseignement du maître par les élèves, afin de préserver la conservation de la tradition. Selon Gerhardsson, Jésus a enseigné ses disciples en usant à la fois de formules à mémoriser et de formes plus flexibles. La préservation de ses paroles s’est déroulée d’une manière analogue à la transmission de l’enseignement haggadique (c’est-à-dire narratif) chez les rabbins. Un collège composé de disciples de Jésus, les Douze ou un cercle plus large, a exercé une fonction de régulation dans la conservation et et la transmission de la tradition de Jésus. Un autre chercheur scandinave, Harald Riesenfeld, a supposé que Jésus avait enseigné à se disciples une Parole sainte, sorte d’Evangile primitif, qu’on aurait fait mémoriser et qui aurait été récité durant le culte de la communauté.

Ce modèle explicatif a le mérite d’établir un lien fort entre l’enseignement e Jésus et sa réception par les disciples. Mais sur quels indices se base-t-il ? Jamais les évangiles ne font allusion à un quelconque devoir de mémorisation des paroles du maître. La trace a plutôt été conservée que les foules étaient frappées par son  enseignement, parce que Jésus « enseignait en homme qui a autorité et non pas comme les scribes » (Mc 1, 22). Le modèle de transmission rabbinique convient aux parles répétées identiquement dans les évangiles synoptiques ; mais elle échoue à expliquer leurs divergences. Par ailleurs, l’hypothèse d’un collège régulateur de la tradition de Jésus n’est nullement attestée ; la diversité très tôt observé de dans l’interprétation de la tradition de Jésus contredit l’idée d’une centralisation précoce et d’une normalisation originelle de l’héritage de Jésus. On retiendra cependant de ce modèle l’hypothèse d’une école de scribes chrétiens, attachée à préserver et interpréter l’enseignement de Jésus ; une telle école pourrait être à l’origine de la tradition d’interprétation de la Torah recueillie par l’évangéliste Matthieu (voir Mt 13, 51-52). » (INT page 15)
Marguerat reconnaît que ce modèle établit « un lien fort entre l’enseignement de Jésus et sa réception par les disciples », et – naturellement -  écarte cette explication sous différents arguments – mais sans en discuter la probabilité historique.  Cependant la présentation de ce « modèle » par Marguerat est triplement faussée :
1. D’une part, aucun auteur ne défend l’idée que l’ordonnancement actuel des évangiles résulterait de la seule tradition orale ;
2. D’autre part le schéma est totalement « vide » (lignes pointillées divergentes) sans aucune structure, il repose sur une confusion entre « tradition orale » et « communication orale », c’est à dire le colportage déstructuré de l’histoire de Jésus par le « bouche à oreille », voire selon les " lois " que la rumeur.
3. Par définition, un modèle étant la représentation d’un système telle qu’elle résulte de l’analyse des relations entre ses composants, il n'y a ici aucun modèle, c'est à dire aucune ni analyse des composants ou des relations entre eux.

Pour finir, Marguerat ne fait pas mention d'un autre livre que Birger Gerhardsson a consacré aux évangiles; où il jugeait fiable la tradition appuyée sur cette transmission rabbinique (15).

L’écriture maladroite de Marc en grec
« On a souligné que l’évangile de Marc est un écrit de langue grecque teinté de sémitismes, proche de traditions orales araméennes, au réservoir lexical pauvre, à la syntaxe élémentaire, juxtaposant des propositions plutôt que les hiérarchisant (parataxe), faisant un large usage du présent historique et dont les maladresses d’écritures restent apparentes. On précise aujourd’hui que ces traits ne le disqualifient pas, mais l’inscrivent de plein droit dans le champ reconnu de la littérature populaire hellénistique. » (INT page 69)
Ce paragraphe décrit, du point de vue d’une l’helléniste experte, le langage de Marc : maladroit bourré de sémitismes et de parataxes, au vocabulaire pauvre avec un usage des verbes au présent historique … sans mentionner que tous ces arguments peuvent être retenus en faveur d’une traduction en grec d’un texte oral sémitique - par un traducteur pas très cultivé en grec (notamment pour le temps des verbes : en araméen et en hébreu, il n’existe que l’accompli et l’inaccompli).

L'hypothèse de la tradition orale
« On discerne ici derrière l’écriture des évangiles, non pas des textes déjà fixés, mais un flux de tradition orale remontant aux apôtres. « Une loi doit être mise par écrit ; une Bonne Nouvelle on la proclame » (J.G. Herder, 1744-1803). Les accords entre évangiles sont dus à la régulation apostolique de la tradition orale, tandis que les divergences traduisent l’inflexion imprimée par chaque évangéliste en fonction de son cercle de lecteurs (J.C.L. Gieseler, 1792-1854). B. Reicke (1986) fait remonter la tradition commune de l’église primitive de Jérusalem d’expression araméenne, d’où Mc l’aurai reçu et traduite en grec.

Le double mérite de cette théorie est sa valorisation de l’oralité dans la préhistoire des évangiles lors de la mise par écrit de la tradition. Mais, au-delà des ressemblances sectorielles, des analogies structurelles d’un évangile à l’autre dépassent les capacités de rétention de la mémoire ; par ailleurs, les fortes différences peuvent-elles être attribuées à la seule liberté interprétative des évangélistes ? » (INT page 37)
Même si Marguerat reconnaît (encore) à cette hypothèse quelques mérites : « valorisation de l’oralité dans la préhistoire des évangiles lors de la mise par écrit de la tradition », il conclut rapidement par quelques arguments qui règlent définitivement son compte à cette hypothèse :

+ « On discerne ici derrière l’écriture des évangiles, non pas des textes déjà fixés, mais un flux de tradition orale » … ;
+ « Les accords entre les évangiles sont dus à la régulation apostolique de la tradition orale ». Mais par ailleurs Marguerat écrit le contraire - cette fois pour disqualifier l'hypothèse du modèle de transmission rabbinique : « l’hypothèse d’un collège régulateur de la tradition de Jésus n’est nullement attestée » (INT page 13) ;
+ « Mais, au-delà des ressemblances sectorielles, des analogies structurelles d’un évangile à l’autre dépassent les capacités de rétention de la mémoire. »


B. Finalement comment Marguerat voit-il la transition entre la tradition orale et l’écrit ?

La réponse, tirée de deux autres paragraphes (spoiler), est sommaire : « ce sont ces « micro-unités » ou « micro-récits » qui seraient le produit de la mise par écrit en grec directement à partir de la tradition orale. »

Il y a là deux ou trois hypothèses enchainées - tenues pour des évidences ... et c’est le postulat des micro-unités indépendantes (postulat fondamental de la Formgeschichte, INT page 15) qui sert de réponse à la question de la nature et de la fonction de la tradition orale par rapport à l’écrit grec. On est typiquement dans un raisonnement circulaire, c’est-à-dire où la réponse ne repose que sur le présupposé fondateur. Nous pouvons situer l’ambition de l’école de Marguerat sur la question de la transition de la tradition orale à l’écrit à partir que quelques paragraphes (spoiler).

Spoiler:

« Après avoir identifié la forme littéraire on cherche à reconstituer son histoire en remontant de sa fixation littéraire au stade de l’oralité. L’analyse de la forme littéraire recourt à deux disciplines : l’esthétique littéraire et la sociologie. En esthétique littéraire, elle étudie la forme du texte et adopte une classification des formes fixes en usages dans le Nouveau Testament. A l’aide de la sociologie, elle relie la forme littéraire au lieu de vie (Sizt im Leben) qui génère cette forme, et détermine la fonction qui lui est affectée. Tout lieu de vie régule en effet sa communication en adoptant un code formel pourvu de fonction spécifiques : le culte recourt à diverses formules liturgiques (plusieurs types de prières, amen, bénédiction, consécration, l’enseignement à des formes didactiques, etc. Cela signifie que la mémoire de Jésus a été préservée dans les différents lieux de vie des communautés chrétiennes, et que la forme donnée à cette mémoire (surtout au stade oral) dépend directement du lieu de vie e de la fonction affectée par ce lieu à la parole ou au récit remémorés. C’est également dans ces lieux de vie que des collections des paroles ou de récits de même type (collection de logia, de paraboles, de récit de miracle ou de controverse) ont été constitués au stade oral, puis au stade écrit. » (INT pages 15-16)
« La préhistoire des petites unités, avant leur intégration dans le texte des évangiles a été éclairée par la critique formiste (Formgeschichte) : paraboles, récits de miracles, controverses, logias ont reçu leur empreinte formelle au cours de leur transmission au stade d’oralité. Car la tradition de Jésus n’a pas été retenue par les premiers chrétiens dans un intérêt documentaire ; elle l’a été en vue de répondre aux besoins d’enseignement, de proclamation missionnaire, de célébration liturgique ou de codification éthique des premières communautés chrétiennes. C’est pourquoi elle s’est fixée, déjà oralement, en des formes littéraires dictées par le milieu de vie communautaire (Sitz im Leben)  dans lesquelles elles s’inscrivaient : catéchèse, culte, débat avec la Synagogue, etc. » (INT pages 31-32)


A la lecture du titre même de l’ouvrage : « Introduction au Nouveau Testament, Son histoire, son écriture, sa théologie » et des deux paragraphes ci-dessus (spoiler), on prend la mesure des ambitions de la Formgeschichte - et de l’école de Marguerat. Il est même suggéré que la critique formiste - de la forme, donc - aurait éclairé la « préhistoire » de micro-unités - c'est le postulat fondamental de la Formgeschichte, nous le répétons encore une fois ... parce que Marguerat ne cesse de le répéter lui aussi !

Mais cette prétention « à éclairer la préhistoire des textes » (INT page 31) est tout à fait exorbitante parce que :
Spoiler:

1. L’analyse de la forme a juste proposé des critères de classement des versets ou péricopes (paraboles, miracles, controverses, logias, etc …) et n’a rien démontré quant aux étapes concrètes et historiques à « l’origine » des textes et, avant les textes, : dans la « préhistoire » de la tradition orale ;
2. L’hypothèse des micro-unités indépendantes n’est qu’une hypothèse ou postulat non démontré (voir le point de vue alternatif de Pierre Perrier : http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t1976-la-parole-de-jesus-christ-a-la-sauce-marguerat#41413 ) ;
3. Le plan d’analyse est strictement littéraire. L’ouvrage livre des interprétations sur la stratification littéraire, les médiations littéraires ou la généalogie littéraire lesquelles ne sont – au mieux - que l’histoire littéraire - et non l’histoire sociale et politique, « concrète » des fait et des événements ; de plus l’analyse ne donne aucune vraie perspective sur la tradition orale, elle ne débouche en rien sur la tradition orale qui serait la « préhistoire » du texte écrit. Elle se contente par un procédé rhétorique d’assimiler les « micro unités » ou « micro récits » au produit direct de la tradition orale (hypothèse non démontrée, un fois encore !).


L’ouvrage de Marguerat ne répond ni à la question du passage de la tradition orale à l’écrit en grec - du point de vue pratique et historique -, ni à la question du fonctionnement de la tradition orale dans la catéchèse ou la liturgie – toujours du point de vue concret et historique.

Ici, notre conclusion est négative : l’école Marguerat n’a aucune conception claire la tradition orale. Les paragraphes dédiés à cette question sont particulièrement pauvres - dépourvus de référence bibilographique. Il est probable que Marguerat confond « la tradition orale » et la « communication orale », c’est-à-dire le fonctionnement déstructuré du « bouche à oreille ». L’ouvrage, de ce point de vue spécifique, reste enfermé dans la seule logique du processus littéraire de l’écrit grec. L’ouvrage qui revendique son approche historico-critique n’est pas dans l’histoire, il ne décolle pas du registre littéraire.

Il nous semble assez remarquable que selon Marguerat la source Q aurait donc une « histoire » (INT page 44) alors que l’ouvrage tend à démontrer que les évangiles, eux, seraient « une narration, mais pas une histoire » au sens où le récit évangélique ne renvoie nécessairement ni à une origine (Jésus), ni à des souvenirs exacts, ni à une généalogie de la transmission. On est dans le glissement de sens ou le travestissement des mots et on a un peu l’impression de marcher sur la tête ! Ce constat très négatif n’est pas vraiment contrebalancé par quelques observations plus justes sur le tout début du christianisme au lendemain de la Résurrection (spoiler)

Spoiler:

« La chrétienté palestinienne centrée à Jérusalem dès les lendemains de la résurrection (Ac 1-5) se remémore les paroles et gestes de jésus sa langue comme celle de Jésus, est l’araméen » (INT page 17)

« L’abondance des mentions géographiques présentes dans le récit de la Passion (Mc 14-15) a fait supposer qu’un tout premier récit avait eu une visée liturgique, dans le but d’accompagner une célébration ou un pèlerinage sur les lieux du martyre ; ce récit archaïque a pu naître dans les années 40 au sein de l’église de Jérusalem. » (INT page 19)

En dehors « l’histoire littéraire » du texte grec, l’ouvrage de Marguerat laisse complètement dans l’obscurité le fonctionnement et les réalisations de la tradition orale « vers 30 » jusqu’à « peu avant 70 » – date présumée de l’élaboration du premier évangile de Marc.

Pour terminer, il ne semble pas exister d’alternative - pour remonter l’histoire de l’évangile de Marc - que cette hypothèse de la source Q  

Spoiler:

« L'auteur de l'évangile a hérité de traditions, qu'on repère sous son remodelage ; mais il est difficile de se prononcer avec précision sur leur étendue et leur teneur, de même que de rétablir les contours d'un éventuel proto-Marc. Sans-doute a-t-il bénéficié à la fois de sources écrites et de matériaux oraux, de premières ébauches du judéo-christianisme de Palestine et d'autres plus marquées par 1a culture hellénistique. Un récit de la Passion, par lequel les communautés dans leur liturgie la mort et la résurrection de leur Seigneur peut être formé le noyau de sa narration : tissé de citations des Écritures qui évoquent des figures de juste persécuté, il a donné à 1'évangile sa tension dramatique. Pour les paraboles, les controverses, les miracles, il semble que la tradition ait opéré un travail de regroupement. Marc a repris aussi des sentences isolées qu'il a maintenues ici ou là alors même que les circonstances les avaient démenties (comme l'assurance que le règne viendra avant la mort de certains auditeurs de Jésus, 9,1), ou qui avaient déjà été développées en petite collections (comme l'appel à tout homme à suivre au prix de sa propre vie. 8.34-38). » (INT p. 71)


C. Malgré l’absence de conception claire sur l’oralité, on a cependant quelques affirmations dispersées …

+ Des affirmations plus ou moins discutables sur :

- La tradition orale s’est surtout développée dans les milieux étrangers à la Grande Église (INT page 27) ;
- Les traditions empruntées à la Source Q sont supposée sous forme écrite parce qu’elles apparaissent dans le même ordre (INT page 41) ;
- Les traditions propres à Mt et Lc sont supposées non écrites en raison de le manque de constance littéraire et théologique (INT page 45) ;
- L’absence d’un évangile sémitique ou de trace historique d’une version ancienne de l’évangile de Matthieu (INT pages 46 et 90) ;
- Etc.

+ Des explications « bouche-trou » lorsque le modèle des deux sources devient insuffisant :

- Sur les éventuels contacts entre Marc et la Source Q : « Leur faible nombre conduit plutôt à attribuer les éléments communs à la tradition orale (F. Neirynck) » (INT page 43)

- Pour expliquer les deux versions QMt et QLc : « … sous la pression de la tradition orale. » (INT page 43)

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Message  Roque le Sam 19 Avr - 14:49

6. Comparons les deux hypothèses sur les « textes sources »


A. L'hypothèse de la source Q

Nous avons en premier lieu, l'hypothèse de la source Q. C'est un texte. Nous présentons ci-dessous la version qui est donnée dans l'ouvrage de Marguerat (INT page 42). Cette version compte 263 versets de Luc (spoiler)

Spoiler:

La Parole de Jésus-Christ à la sauce Marguerat - Page 2 Source10


B. L'hypothèse de la karozoutha source à deux voix

En second lieu, l'hypothèse n'est pas un texte écrit ... puisqu'on le situe dans la tradition orale.

C’est une tash’ita – du verbe araméen she'a : gestuer. C’est une récitation gestuée à la façon des chansons de geste ou des contes. A l’origine, cette tash’ita est issue d'un témoignage qui ne peut reposer que sur deux témoins conformément à la Loi juive. Si « texte oral » est plus développé en rassemblant plusieurs tash'ita mises bout à bout, cet ensemble de témoignages est appelé karozoutha, c’est-à-dire : une proclamation d’un texte oral enchaîné selon un ordrage bien construit lui conférant une unité « littéraire ». La récitation de ces karozoutha était pratiquée lors des qoubala, c’est-à-dire : des « Banquets de la Parole » pouvant prendre place lors des noces, des deuils ou lors d’autres rencontres festives. Les qoubala sont des assemblées sans consécration eucharistique à la différence des qourbana. Ces karozoutha sont structurées en « perles » et « colliers » qui sont des moyens mnémotechniques – entre autres. L'annonce de la karozoutha signifie explicitement - encore aujourd'hui dans la liturgie en araméen - qu'il s'agit d'un rassemblement de témoignages et donc de voix diverses par l'évangéliste. Par contre, l'évangéliste est bien responsable de l'ordrage. Les questions de savoir si l'évangile serait de untel ou selon untel ou pourquoi l'évangile de Pierre par exemple serait appelé Evangile selon Marc sont donc sans objet, sauf pour ceux qui sont immergés dans le grec et on oublié les règles de la tradition orale.

Dans le spoiler un exemple qui permet de comprendre une des méthodes de reconnaissance de ces « perles » et « colliers » dans le texte araméen. C'est le « collier des petits » qui est entier et d'un seul tenant en Marc, mais est brisé et défectueux en Matthieu et Luc.

Spoiler:

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La Parole de Jésus-Christ à la sauce Marguerat - Page 2 Collie10


C’est la récitation à deux voix à la manière des psalmodies qui a précédé la récitation à une voix. Les évangiles individualisés, par exemple, selon Marc (Pierre) et selon Jean ne sont apparus qu’ensuite – après plusieurs années - du fait du développement de la matière propre et donc de l’enrichissement de la cohérence propre de chaque tash’ita ou karozoutha individualisée.

Le témoignage alterné de Pierre (Marc) et Jean entre dans le contexte des cinq premiers chapitres des Actes des Apôtres où on voit que les « piliers de l’Eglise » sont Pierre et Jean, ces 5 premiers chapitres correspondant aussi au quatre premières années de l’Eglise Mère. D’après Pierre Perrier cette karozoutha source à deux voix comprend 571 versets - soit deux fois plus que la source Q - aurait été mise en point dans le cercle des apôtres, des diacres (les « 72 ») formés par Jésus et les Douze et par le cercle des femmes, dont Marie. Cette karozoutha source aurait été réalisée dans les deux années après l’Ascension, soit en 32 (16, page 193) - en situant l’Ascension en 30.

Spoiler:


La Parole de Jésus-Christ à la sauce Marguerat - Page 2 Litani10


Il semble que ce soit un concours de circonstances qui ait permis la reconstitution de cette karozoutha source à deux voix. Au départ, c’est le Père Lagrange (1885-1938) qui a remarqué une complémentarité surprenante de certains versets de Marc et de Jean (16, page 164).

Ensuite – plus de 50 ans plus tard et sur le texte araméen - Pierre Perrier a identifié cet ensemble de versets complémentaires comme un « texte oral » à deux voix - parce que l’ensemble est constitué de 40 « perles » orales de Marc et de 40 « perles » orales de Jean – soit une structure parfaitement régulière de « 8 colliers » de « 5 perles » constituant deux karozoutha alternées, intriquées. L’ensemble compte 571 versets, soit deux fois plus que la source Q (196 versets de Marc, 40 versets de Luc et 335 versets de Jean). Par la suite cette karozoutha source à deux voix sera portée à deux fois 50 perles.



C. L’intérêt comparé de ces deux sources hypothétique

L’hypothèse de la source Q a des problèmes de cohérence comme signalé précédemment : certaines péricopes semblent être de sources différentes et le récit de Jésus au désert n'est pas absent de Marc. Par conséquent l'appartenance de ces péricopes (Lc 6, 20-26 ; Lc 14, 16-21, Lc 19, 16-26) et du récit de Jésus au désert (Lc 4, 1-13) à la source Q reste discutable (33 versets).

Cette source Q montre une théologie appuyée sur le thème du Fils de l’Homme qui vient – aussi distante des controverses sur la Torah que de la fin tragique de Jésus. Par ailleurs la « communauté Q » est complètement hypothétique, ainsi que le rattachement éventuel aux ébionites.

L’hypothèse de la karozoutha source à deux voix est surprenante par sa précocité. Elle l’est moins si on prend en compte l’hypothèse d’un enseignement initié et organisé par Jésus, Lui-même : un enseignement de premier degré ou malpanoutha comme le discours sur la montage de Matthieu, puis un enseignement en cascade par les Douze, prenant chacun 6 disciples à la manière rabbinique, ce qui donne lieu aux « 72 ». Cet enseignement au « 72 » aurait été le second degré, le troisième degré – toujours à la manière rabbinique - étant l’enseignement de Jean.

Cette karouzoutha source à deux voix est appuyée sur de multiples thèmes depuis Jean-Baptiste – citant en particulier les textes où Jésus appelle la totalité des Apôtres - jusqu’à la Résurrection avec un « collier central » sur le Pain de Vie. La communauté de la Grande Eglise, l’Eglise Mère de Jérusalem, celle de Jacques le mineur, frère du Christ n’est pas du tout hypothétique. Cette hypothétique karouzoutha source à deux voix pourrait très bien lui appartenir par la forme de récitation orale et par le fond clairement rattaché à trois grandes branches du témoignage de l’Eglise : Pierre (Marc), Jean et Paul (Luc). Mais cette karouzoutha source à deux voix ne peut pas être un texte ébionite puisqu’ils ne reconnaissent pas que Jésus puisse être le Fils de Dieu, dénomination présente à plusieurs reprises dans cette karozoutha source (Jn 1, 34 ; Jn 1, 49 et 51 ; Jn 3, 36 et Jn 5, 25).


I
II
III
IV
V
VOCATIONS
MIRACLES
PAIN DE VIE
PASSION
RESURRECTION
Jean Baptiste
Noces de Cana
Multiplication
Gethsémani
Myrrhophores
Jean Précurseur
Possédés
Pains et poissons
Arrestation
Marie Madeleine au tombeau
Jean Baptiste enseigne
Belle mère
Marche sur la mer
Procès du Sanhédrin
Femme et ange
JB / Messie
Enfant de Cana
Rituels
Procès de Ponce Pilate
Pierre et Jean au tombeau
Jean baptise Jésus
Paralytique
Transfiguration
Flagellation
Jésus et Marie Madeleine
Jean témoigne
Paral. Jésus
Pain de Vie
Condamnation à mort
Jésus et Marie Madeleine
Jésus est tenté
Aveugle de Bethsaïda
Entrée au temple
Croix
Manque de foi
JB envoie à Jésus
Aveugle au Temple
Célébration de Pâques
Jésus - Marie
Jésus et les 10
Jésus appel des 4
Fille de Jaïre
Lavement des pieds
Lance
Jésus et Thomas
Jésus appel des 2
Lazare
Eucharistie
Tombeau
Envoi
Commandement d'amour


Plusieurs choses nous semblent difficiles à expliquer, cependant :
- La coutume du témoignage à deux voix veut que ce soit le témoin le plus important qui parle en premier. Cependant on voit qu’à plusieurs reprises, c’est Jean qui témoigne en premier ;
- La taille très variable des « perles » : de 1 à 45 versets !! On a l’impression d’un découpage arbitraire destiné à justifier la « régularité » des 8 « colliers » de 5 « perles » de cette karozoutha source à deux voix. Ces 45 versets – par exemple ceux du passage sur la résurrection de Lazare - constituent en fait le « collier de la montée et de la dernière semaine » qui compte 10 «  perles » (17, page 911). Il y a donc une contradiction dans les termes.
- La présence de versets selon Luc paraît incongrue. Mais l’explication pourrait être que ces versets faisaient à l’origine partie de l’enseignement de second degré aux « 72 disciples-serviteurs » c’est à dire les diacres. Ces versets auraient donc existé pendant la vie publique de Jésus (spoiler)

Spoiler:

L’analyse textuelle orale de l4evangile de Luc par dès-imbrication de se colliers permet d’isoler un texte primitif sur le contenu de l’ordre de mission donné aux soixante-douze serviteurs disciples (en grec : diacres). Ce tex est tout à fait cohérent avec la Karozoutha-source de Jean et Pierre, mais on développement est différent.

En 32 Saul, qui deviendra Paul, arrive à Damas, aveuglé par la rencontre avec le Christ ressuscité qui l’a jeté à bas de son cheval sur la route. Ananie lui rende la vue et l’instruit de la Voie Véritable qui est le Christ. Ananie porte en lui la tradition des 72 qui ont fui la persécution du Sanhédrin en début 32, après le martyr d’Etienne (Act 8, 1) Or ils étaient en charge de la première formation catéchétique et liturgique, en assistants des apôtres. L’analyse de l’Évangile de Paul qui constitue la partie ancienne de notre Evangile d Luc actuel, montre une collection étendue de petits colliers de dix perles brèves, en général par groupes mnémotechnique sur les doigts en deux fois cinq. Très probablement, on a là un contenu primitif venant de la tradition des diacres en charge de l’enseignement des quobala-liturgies de tradition de la Parole de Jésus, la deuxième année après la Pentecôte, mas structurée par Paul, selon la forme hébraïque traditionnelle d’un collier à pendentifs de cinquante perles.

Le groupe le plus ancien, brisé par des additions ultérieures de compléments ayant d’autres structures de colliers aux perles plus importantes, comprend au centre trois colliers de dix perles : le premier donne des instructions de discernement du temps nouveau après le venue du Messie (Luc 12, 54 ; 13, 35), le second détaille les conseils pour l’organisation des qoubala (Luc 14, 1-35), et l’attitude du cœur et de l’esprit pour y participer pleinement, le troisième définit l’attitude juste du serviteur, croyant disponible, en action de grâce dans sa vie intérieure (Luc 17, 1-37). Il se complète par un collier de vocation et une vision apocalyptique du temps du retour du Messie déjà contemplé au cœur de l’Eglise dans l’Eucharistie. En écho, Jésus annonce qu’il va laisser son corps-Temple entre les mains des disciples.

On peut élargir cette première collection en constatant qu’elle fait partie d’un ensemble de cinq colliers et que ceux-ci sont complétés à leur tour par cinq autres qui les encadrent : un résumé de l’enseignement sur le replat de la montagne et des paraboles, la vocation des 72, l’annonce de la Passion et la mémoire des enseignements au cours de la dernière montée à Jérusalem avant la Passion. On remarque que cet ensemble de deux fois 50 perles se complète, très exactement avec les deux fois 50 perles de la karozoutha-source de Pierre et Jean. Or la première prédication de Saul (Paul) dans les synagogues est d’affirmer que Jésus est Fils de Dieu, ce qui est l’entame, et la conclusion de la karozoutha source. Les textes des Actes et des Lettres confirment que Paul ‘est formé aussi par la méditation au désert de la tradition, en cours de développement à Jérusalem, et transmise à Damas par l’incessant échange alimenté par les voyageurs hébreux. Il rencontre ensuite (donc en 35) Jacques le Mineur en charge de l’Eglise judéo-chrétienne, et Pierre à Jérusalem. On doit alors dater la complémentarité (Lc 3, 1 à 6, 19) de son Evangile par un texte parallèle, très proche du début de celui de Pierre, recueilli dans Marc, sous une forme indépendante de Jean, couvrant la vocation et le choix des douze comme écho de ce qu’il avait recueilli pour les 72 » (16, pages 180-182)


Sources

1. Jésus de Nazareth. Nouvelles approches d’une énigme. D. Marguerat ; E. Norelli et J.M. Poffet. Ed. Labor et Fides. 1998. ISBN 2-8309-0857-0. Chapitre rédigé par Kloppenborg : pages 226 à 268 ;
2. http://introbible.free.fr/p2syn.html
3. http://larevuereformee.net/articlerr/n200/la-datation-des-evangiles
4. Évangiles de l’oral à l’écrit. Pierre Perrier. 2007. Page 292. Ed Sarment. ISBN : 2-86679-296-3
5. http://wiki.ebior.be/index.php?title=Synopse_(I_)_:_Le_fait_synoptique
6. http://wiki.ebior.be/index.php?title=Synopse_(II)_:_th%C3%A9ories_et_mod%C3%A8les
7. http://wiki.ebior.be/index.php?title=Synopse_(III)_:_La_th%C3%A9orie_des_Deux_Sources
8. http://wiki.ebior.be/index.php?title=Accueil*
9. http://evangile-et-liberte.net/elements/horserie/001.html
10. http://fr.wikipedia.org/wiki/Probl%C3%A8me_synoptique
11. « Q » ou la source des paroles de Jésus. N. Siffer et D. Fricker; Ed. Cerf. Lire la Bible. 2010. ISBN : 978-2-204-08388-1
12. http://www.jlturbet.net/article-34016881.html
13. http://protestantsdanslaville.org/gilles-castelnau-spiritualite/gc62.Q1.htm
14. Évangiles de l’oral à l’écrit. Les colliers évangéliques. Pierre Perrier. Ed. Sarment. 2003. ISBN : 2-8667-9358-7.
15. Birger Gerhardsson : « Préhistoire des Évangiles. 1978. Lire la Bible n° 48 »
16. La transmission des Évangiles. (pages 125-128). Pierre Perrier. Ed Sarment. ISBN : 2-8667-9422-2
17. Évangiles de l’oral à l’écrit. Les colliers évangéliques. Pierre Perrier. Ed du Sarment. ISBN : : 2-8667-9358-7.

Comme illustration une vidéo, malheureusement trop longue et médiocre du seul point de vue vidéo, mais qui donne quelques informations intéressantes sur la karozoutha (34 mn) et sur les 5 perles alternées de la karozoutha source à deux voix (1 heure) : https://www.youtube.com/watch?v=VhJR2CFgPU0


Dernière édition par Roque le Mer 23 Avr - 11:14, édité 8 fois

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Message  -Ren- le Sam 19 Avr - 17:28

Merci pour ton travail !
(et bravo pour le tableau ;) )

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>> Mon blog change d'adresse pour fuir la pub : https://blogrenblog.wordpress.com/ <<
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Message  rocheclaire le Sam 24 Mai - 18:25

Deux liens entre autre concernant André Sauge qui a écrit longuement sur Luc (à partir du grec ancien) :

blog médiapart

livres

Après on peut aussi considérer que les récits qui se sont construits autour de la vie de Jésus au fil des siècles, sont de l'ordre d'une mythologie contemporaine et à ce titre intéressante comme production humaine (voir Jung et la mystique !)

rocheclaire

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Message  Roque le Sam 24 Mai - 23:42

rocheclaire a écrit:Deux liens entre autre concernant André Sauge qui a écrit longuement sur Luc (à partir du grec ancien) :

blog médiapart

livres
Je ne connais pas cet auteur, par contre j'ai vu l'émission à laquelle il fait allusion.

rocheclaire a écrit:Après on peut aussi considérer que les récits qui se sont construits autour de la vie de Jésus au fil des siècles, sont de l'ordre d'une mythologie contemporaine et à ce titre intéressante comme  production humaine (voir Jung et la mystique !)
Cette idée a pénétré même le milieu catholique. J'ai une amie catholique qui pense a peu près cela des Evangiles : " c'est un mythe, on peut y croire parce que cela porte sens " (j'ajoute : " même si ce n'est pas vrai - car un mythe est indéniablement utile car porteur de sens mais repose sur des fables).

Avant de se jeter sur les conclusions des uns et des autres, il est capital de bien identifier les prémisses et la méthode (*) :

Je lis dans l'article Wikipédia sur Bultmann : " Il a développé la « démythologisation » du Nouveau Testament en cherchant à replacer la prédication de Jésus-Christ dans son contexte historique pour en dégager le noyau intentionnel. "

L'expression : " Bultmann a cherché à replacer .... " signifie qu'il s'agit de son intention. Mais qu'en est-il en réalité ? C'est à dire qu'en est-il du fonctionnement rationnel objectif, par exemple dans l'ouvrage collectif dirigé par Marguerat (Introduction au Nouveau Testament) que j'étudie dans ce sujet et dont le fondement théorique repose en grande partie sur la théorisation de Bultmann, c'est à dire la Formgeschichte ?

En effet, ce très long sujet, sans doute très mal écrit (mais ce n'était pas le but), m'a quelque peu éclairé sur ces questions : en quoi consiste la position de la Formgeschichte, comment fonctionne-t-elle rationnellement ? Et avant de vous en dire quelque chose, j'aimerais savoir ce que vous en pensez : vous, si vous avez eu le temps de vous pencher sur cette question.  :) 

Ma question sera donc la suivante : " D'après vous, croyez-vous (*) que la démythologisation -  dans sa rationalité donc - résulte :

1. d'un travail d'analyse aboutissant à découvrir, puis à opérer, effectivement, la distinction entre les mythes et le " noyau intentionnel " des Evangiles

ou bien :

2. de postulats commandant le choix de la grille d'analyse, même et tout ce qui suit (je veux dire : l'estimation de la cohérence textuelle, le découpage du corpus, la sélection des styles ou des contenus jugés mythiques, le choix des sources patristiques valides ou non, la sélection des arguments allant dans le sens des postulats ou des arguments critiques des thèses adverses, etc ... et enfin : les options d'école : historiques, exégétiques, stylistiques, etc ... en un mot les prises de position dans les cas où plusieurs solutions historiques, exégétiques, stylistiques, etc ... sont également possibles ou sont difficiles à départager ? ")

Autrement dit : cette belle rationalité repose-t-elle sur des déductions ou - au contraire - sur des postulats cherchant à se justifier par la construction d'un argumentaire approprié ?

Autre question  :)  : " Croyez-vous à une vérité critique sur les Evangiles en ce début du XXIème siècle, établie par cette méthode historico-critique, spécifiquement celle qui fut initiée par Bultmann, c'est à dire la Formgeschichte ? " (en effet, il existe d'autres méthodes historico critiques que celle de la Formgeschichte).

Roque

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La Parole de Jésus-Christ à la sauce Marguerat - Page 2 Empty Je ne crois en rien je sais intuitivement

Message  rocheclaire le Dim 25 Mai - 10:36

André Sauge a étudié l'évangile de Luc par une analyse scientifique des écrits les plus anciens grecs ! il a découvert qu'il y avait des ajouts plus récents en grecs et en enlevant ses ajouts il conclue que le Christ en tant que tel n'est pas Jésus, que l'enseignement de jésus n'a rien à voir avec la fondation d'une Eglise, qu'il n'y avait pas spécialement d'apôtres, etc.
C'est un ami très proche d'André Sauge qui m'a expliqué cela...
Après je trouve tous ces débats intellectuels passionnants mais pas foncièrement nécessaire à mon rapport à la religion à la foi... En quoi cela va modifier mon comportement dans la vie de tous les choses ?
J'ai une formation de conteuse et considérer les récits bibliques comme une mythologie fondatrice de l'occident m'est plus abordable [url=ww.cgjung.net/publications/jung-et-la-mystique.htm]livre qui aborde le point de vue de Jung [/url]

Livre qui m'a passionné parce qu'ils ouvrent des perspectives très intéressantes sur le concept de Dieu lui même et en quoi et comment incarner cette libido dieu comme il dit lui-même et son point de vue sur Jésus est à ce titre instructive !

Le problème pour moi n'est pas la vérité scientifique mais comment cette histoire qui est dans nos consciences occidentales voire plus nous imprègne et modifie notre comportement...

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La Parole de Jésus-Christ à la sauce Marguerat - Page 2 Empty Pour éclairer le lien sur Jung et la mystique

Message  rocheclaire le Dim 25 Mai - 10:56

Jung et la mystique
Jung et la mystique de Steve MelansonSteve Melanson est l’auteur du livre "Jung et la mystique", ré-édité au mois d'août 2011. A cette occasion il a accepté de répondre à nos questions.

cgjung.net La mystique aujourd’hui a une connotation péjorative, comment l’expliquez vous ?

Steve Melanson Comme bien des mots, celui de « mystique » est galvaudé, utilisé à toutes les sauces. En Amérique, c’est même le nom d’une voiture ! Mais il faut comprendre que la mystique est aussi une expérience si rare qu’on ne peut qu’exceptionnellement savoir de quoi il s’agit réellement.

Si nous n’étions que deux sur mille à tomber amoureux, le mot « amour » aurait la même connotation péjorative. En plus de cela, le rationalisme et le positivisme scientifique ont réussi à bien ridiculiser tout ce qui ne correspondait pas à leurs dogmes.
Comment définissez-vous la mystique chrétienne ?

La mystique chrétienne est une noyade dans un feu puissant qui surgit de l’intérieur de soi. On s’y perd dans une énergie qui a la saveur de l’amour et de l’infini. Au réveil de l’expérience, on est convaincu d’avoir été uni à Dieu.
Quel rôle a joué l’œuvre de Maître Eckhart auprès de Jung ?

Maître Eckhart a offert à Jung un point de repère historique lui montrant que d’autres avant lui avaient considéré que le Dieu de l’expérience mystique, celui qui nous prend, est avant tout connu dans l’âme.

Une telle perspective change tout, car on sait alors que la source d’un tel vécu psychique demeure inconnue. Eckhart aurait été ainsi le premier à penser « la relativité de l’idée de Dieu ». Dieu, en tant qu’expérience, est toujours relatif à la psyché, c’est-à-dire vécu dans et connu par la psyché. De la source de l’expérience, on ne peut ni rien dire ni rien connaître…
Quelle est la place de l’expérience religieuse dans la pensée et la psychothérapie jungienne ?
« Pour Jung, on ne guérit totalement que lorsqu’on a vécu une telle expérience intime et fondatrice au sein de sa propre psyché. »

Fondamentale. Pour Jung, on ne guérit totalement que lorsqu’on a vécu une telle expérience intime et fondatrice au sein de sa propre psyché. Ce type d’expérience a toujours une saveur religieuse. Elle donne du sens et rend autonome dans sa pensée.

Mais Jung reconnaissait que tous n’avaient pas à se rendre à ce degré de guérison qui exige souvent un cheminement hors du commun.
Peut-on augmenter les chances de connaître l’expérience religieuse ?

Oui, mais sur cette voie, il y a de réels écueils, comme l’inflation ou même la schizophrénie. « Plus Dieu est proche, plus le danger est grand, » écrivait Jung. Alors, ne devraient y cheminer que ceux dont leur nature l’exige et surtout lorsqu’ils sont bien accompagnés par un « directeur de conscience ».
Quelle place accordez-vous à la synchronicité ?

Dans la vision jungienne qui explique le sens des choses (son mythe, dirait-il), la synchronicité est centrale. C’est de cette source que tout émane, c’est par celle-ci que tout advient et c’est vers celle-ci que tout retourne.

La synchronicité c’est l’ici et le maintenant. Objectivement, il n’y a, au fond, rien d’autre que l’expression de la synchronicité. Subjectivement, l’homme doit y harmoniser son existence pour réaliser l’œuvre de sa propre individuation.
Quelle est la part du mal dans le christianisme moderne ?
« La question du mal est pressante et le christianisme l’élude depuis toujours. »

Pour être moderne et continuer d’exister, le christianisme doit se renouveler. La question du mal est pressante et le christianisme l’élude depuis toujours en disant, d’une part, que le mal n’existe pas (privatio boni) ou, d’autre part, que le mal c’est toujours l’autre qui l’incarne (les non-chrétiens, Satan, etc.)

Le mal existe – et dans la chrétienté aussi – , il fait partie de la création. Le mal est un fait. Le christianisme se doit de se confronter à la question et expliquer d’une manière ou d’une autre comment son Dieu qui a tout créé… a pu aussi créer le mal. Le christianisme moderne doit prendre conscience du mal. C’est la seule voie pour quiconque veut cesser d’en être le jouet.
Y a t’il une mystique moderne ?

Si la mystique moderne existe, elle ne peut plus se contenter de se fondre dans le feu divin. Aujourd’hui, l’homme doit être responsable de « sa part » et marcher d’un pas assuré au côté du divin qu’il expérimente. Jung utilisait l’expression Deus et homo, Dieu et l’homme.

La mystique moderne doit tenir compte du terrestre, du temps et de l’espace, du mal et de l’humain. Dorénavant, l’expérience se doit d’éclore dans la conscience où tout se joue, et non plus se fondre dans le seul Dieu bon, unilatéral.
Comment peut-on empêcher les forces destructrices de poursuivre leur œuvre de destruction ?
« On est toujours la marionnette de ce dont on est inconscient en soi. »

On ne pourra empêcher les forces destructrices de poursuivre leur œuvre de destruction qu’en devenant chacun réellement autonome. C’est-à-dire en devenant conscient des influences extérieures et intérieures (inconscientes) qui nous agitent malgré soi.

L’essentiel de l’œuvre des forces destructrices est fait par l’entremise de notre inconscience : on est toujours la marionnette de ce dont on est inconscient en soi. Une addition suffisante d’hommes et de femmes conscients du mal qu’ils portent pourrait ainsi prévenir le pire.
À qui s’adresse votre ouvrage ?

À tous ceux qui s’intéressent à Jung en général, car ce livre synthétise d’une manière nouvelle et éclairante les notions clés de la pensée jungienne. Aussi à tous ceux qui s’intéressent aux questions de l’expérience religieuse et en particulier à celles la mystique. Enfin, et peut-être surtout, à ceux qui cherchent un point de vue réconfortant sur les questions religieuses qui leur permettrait de mieux développer une vie spirituelle pleine, ouverte et sans culpabilité.
Steve Melanson

Professeur de philosophie au Québec et œuvrant comme analyste, Steve Melanson est titulaire d’un doctorat en Sciences des religions (Université du Québec à Montréal) et d’une maîtrise en philosophie (Collège dominicain d’Ottawa).
Éditions Sully - Préface de Michel Cazenave - 184 pages

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Message  Idriss le Dim 25 Mai - 18:09

rocheclaire a écrit:Deux liens entre autre concernant André Sauge qui a écrit longuement sur Luc (à partir du grec ancien) :

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André Sauge a écrit:Il y a un peu plus de deux ans j'ai fait paraître chez Publibook une recherche sur les origines des Eglises chrétiennes sous le titre "Jésus de Nazareth contre Jésus-Christ [...] Les deux volumes de la recherche étaient suivis d'un troisième, la traduction en français de l'enseignement de Jésus de Nazareth, précédée d'une présentation (synthèse de la recherche) ; le volume est intitulé "Actes et Paroles authentiques de Jésus de Nazareth". Le travail est fondé sur un examen détaillé, précis, rigoureux des documents les plus anciens du christianisme, sur la lecture du grec aussi attentive qu'il est possible. Il permet de mettre en évidence que la figure du "Christ" est une fabrication, par des prêtres juifs dissidents, dits "sadocides" du début du 2e siècle, que Jésus de Nazareth n'a fondé aucune Église, qu'il n'a jamais eu aucun apôtre auprès de lui, qu'il a remis en cause de manière radicale deux piliers du judaïsme, le temple et la loi d'Alliance

Nous avons là le pendant de En 650/70 Mahomet n'existe pas: http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t2197-sden-650-70-mahomet-n-existe-pas !
Dommage que Cenuij n'en soit plus.... ^^ 

Cependant ici la méthode employé par André Sauge à partir du Grec pour trier semble avoir son intéret, ou pour le moins mériterait qu'elle soit discuté non!
Ceci dit cela à l'air très technique et pointu...je ne sais ce qu'en pense nos spécialistes du grec maison!

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Message  Idriss le Dim 25 Mai - 18:18

rocheclaire a écrit:Jung et la mystique

Bonjour Rocheclaire
Jung mériterait sans doute un sujet à lui tous seul!
Peut-être pourrions nous considérer que le sujet a été commencé ici: http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t1350-sd-les-energies-de-l-ame-cgjung

Mais peut-être serait-il utile de refaire une présentation rapide de Jung et de son œuvre pour ceux qui ne connaissent pas ( Comme cela a été fait pour Guénon...)
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Message  Roque le Dim 25 Mai - 20:31

Je vous situe déjà mieux, c'était un peu le rôle de ma question de départ ... assez hard, je dois l'avouer ...  :)  Si vous ne voulez pas vous situer sur ce terrain aride si loin de la foi, je ne peux pas vous blâmer.
rocheclaire a écrit:André Sauge a étudié l'évangile de Luc par une analyse scientifique des écrits les plus anciens grecs !
Bon, ce n'est pas vraiment un atout. Les exégètes parlent habituellement hébreu, araméen et grec au minimum et vous allez immédiatement voir pourquoi.
rocheclaire a écrit:il a découvert qu'il y avait des ajouts plus récents en grecs et en enlevant ses ajouts il conclue que le Christ en tant que tel n'est pas Jésus, que l'enseignement de jésus n'a rien à voir avec la fondation d'une Eglise, qu'il n'y avait pas spécialement d'apôtres, etc. C'est un ami très proche d'André Sauge qui m'a expliqué cela...
Cette analyse de la stratification littéraire du texte grec est un grand classique. Ce découpage des strates de rédaction se pratique, en partie, par interprétation du développement des thématiques. Or personne ne peut garantir que cette méthode ne soit pas entaché de la subjectivité de l’exégète. Sur le texte grec cette stratification n’est pas parfaitement objecte, c’est une limite indépassable. Ce qui est sûr c'est que la « découverte » de strates dans les Evangiles – si elle est avérée – ne peut mener que vers l’hypothèse d’une « évolution » de la pensée de ces Evangiles, c’est la « théorie évolutionniste » dans les Evangiles. Cette théorie tient une place majeure dans les conclusions de la Formgeschichte et de l’ouvrage de Marguerat - à tel point que pour cette école les Evangiles ont été écrits certainement pas par les témoins oculaires et même probablement par des auteurs inconnus n'ayant pas même connus ces témoins oculaires.

Mais les exégètes qui connaissent les textes d'Evangiles en araméen affirment au contraire que de grands pans des Evangiles ont été rédigés simultanément, les témoins directs collaborant ensemble pour donner chacun les différents Evangiles " selon " Matthieu, Marc, Luc et Jean. C’est la critique interne qui le prouve. Disons pour résumer très fort que les récitatifs sont constitués de « colliers » de 5 « perles » de façon parfaitement régulière sur tout l’ensemble des Evangiles (lequels sont composés à partir de 18 " colliers " avec des variantes.

LES EVANGILES EN ARAMEEN:

Si vous en doutiez, je confirme que ces Evangiles existent (c’est la Peshitta) ce n’est pas un rêve. Les choses avancent très vite dans ce domaine depuis 1995. Ces textes araméens sont même traduits en français par Frédéric Guigain, prêtre maronite qui enseigne à Paris. Et je vous recommande tout particulièrement son dernier ouvrage (n° 5) – très hard je dois l’avouer – mais qui démontre très clairement la cohérente de ces pans entiers des Evangiles – notamment ceux dont la cohérence est la plus décriée à partir du grec et qui paraissent purement mythologiques, comme les Evangiles de l’Enfance. En fait, il ne faut déjà pas confondre le fait que le contenu puisse être « mythologique » (donc un récit inventé) avec le fait que les rédacteurs pourraient être fictifs ou impossibles à situer dans l’histoire concrète. Ce serait comme de dire que La Fontaine n’a pas existé parce qu’il écrivait des fables !
Voici ces livres dont j’ai acheté quelques-uns à Paris :
1. Le texte araméen des quatre Evangiles et des Actes (Peshitta) : http://eecho.fr/l%e2%80%99evangeliaire-peshitta-est-paru/#.U4HmMpVOI5s
2. L’Evangile de Luc traduit en français : http://eecho.fr/levangile-de-luc-traduit-de-larameen/#.U4HmZJVOI5s
3. L’Evangile de Marc traduit en français : http://eecho.fr/nouvelle-alliance-selon-st-marc-traduction-de-larameen/#.U4HmipVOI5s
4. L’Evangile de Matthieu : http://eecho.fr/la-traduction-de-saint-matthieu-sur-larameen7481/#.U4HmxJVOI5s
5. L’Exégèse propre à l’oralité : http://eecho.fr/livre-exegese-doralite-tome-i/#.U4HpJJVOI5s


Sur ces textes araméens on a également découvert des rédactions successives. Elles ont été découvertes - non à partir de l’interprétation des thématiques - toujours subjective - mais sur : 1. Les ruptures de régularité des « colliers » et par 2. La comparaison des mêmes « colliers » homologues entre les quatre Evangiles. Il apparaît que ce sont les « colliers » ou « perles » additionnels qui viennent rompre la régularité des « colliers » les plus anciens. C’est logique et c'est un procédé beaucoup plus objectif de répérage des strates de rédaction, mais certainement rien n’est parfait ! Pour l'Evangile de Jean, notamment, on a identifié quatre strates de rédaction successives.
rocheclaire a écrit:Après je trouve tous ces débats intellectuels passionnants mais pas foncièrement nécessaire à mon rapport à la religion à la foi...
Effectivement si votre foi ne s'appuie pas sur le Verbe de Dieu « venu dans la chair », ces questions de fond sont sans aucune importance. Cependant si convenir que les Evangiles n’ont rien à voir avec le Jésus de l’histoire est sans importance pour vous, nier la valeur de témoignage des Evangiles et c'est faire finalement comme si Jésus-Christ n'avait jamais existé. Je ne peux en dire plus car je n'ai pas encore bien conceptualisé les conséquences de négation de la valeur de témoignage des Evangiles. Le titre : " La Parole de Jésus-Christ à la sauce Marguerat " fait allusion à mon intuition de départ qui est que le questionnement de l'école de Marguerat fait disparaître la Parole de Jésus-Christ sous un amas de questions pour lesquelles la méthode de la Formgeschichte, elle-même, n'a pas compétence pour répondre, que le texte des Evangiles disparaît - c'est à dire est totalement disqualifié - sous un processus d'analyse foisonnant butant sur des questionnement indécidables. Ce titre signifie donc que " Qu'il n'y a plus de poisson (Jésus-Christ) dans la sauce Marguerat " Idriss - qui est musulman, ne s'y est d'ailleurs pas trompé puisqu'il met ce sujet en parallèle avec un sujet niant l'existence de Muhammad.
Idriss a écrit:Nous avons là le pendant de En 650/70 Mahomet n'existe pas: http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t2197-sden-650-70-mahomet-n-existe-pas !
rocheclaire a écrit:En quoi cela va modifier mon comportement dans la vie de tous les jours ?
C’est simple et radical : « S'il n'y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n'est pas ressuscité, et si Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi votre foi. Il se trouve même que nous sommes de faux témoins de Dieu, car nous avons porté un contre-témoignage en affirmant que Dieu a ressuscité le Christ alors qu'il ne l'a pas ressuscité, s'il est vrai que les morts ne ressuscitent pas. Si les morts ne ressuscitent pas, Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si Christ n'est pas ressuscité, votre foi est illusoire, vous êtes encore dans vos péchés. Dès lors, même ceux qui sont morts en Christ sont perdus. Si nous avons mis notre espérance en Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. » (1 Co 15, 13-19)

Je pense que les chrétiens qui persistent dans la foi (c'est bien !) en se disant " Il faut quand même y croire, même si c'est faux, parce que cela porte sens " (c'est la position du christianisme libéral) ont choisi de suivre un leurre qui leur fait plaisir, qui flatte leur sens de l'absolu, mais ils poursuivent une chimère. C'est leur droit. Heureusement que je n'en suis pas là car - pour moi - je risque simplement d'envoyer tout par dessus bord - sauf à conserver la foi en Dieu - mais pas dans le christianisme, alors.

Mon intérêt pour la question de fond - très hard - que je vous ai posée plus haut vient de là. L'évolution du christianisme de " frères " protestants - car enfin Bultmann, comme Marguerat sont, en principe, chrétiens (protestants) - qui annulent ainsi le témoignage du Verbe de Dieu et Fils Unique du Père semble me contraindre à épuiser jusqu'au bout cette théorie de  Bultmann laquelle, au fond, ne repose que sur ses postulats, qui n'est donc ni rationnelle, ni scientifique - mais une opinion comme une autre.
rocheclaire a écrit:J'ai une formation de conteuse et considérer les récits bibliques comme une mythologie fondatrice de l'occident m'est plus abordable [url=ww.cgjung.net/publications/jung-et-la-mystique.htm]livre qui aborde le point de vue de Jung[/url]
Tout d'abord, la structure de conte des Evangiles a été signalée par plusieurs auteurs, j'en connaissais un qui était missionnaire ay Tchad, cela ne peut étonner puisque Jésus a bien pu utiliser des procédés apparentés notamment dans les paraboles. Ce sont aussi des procédés de tradition orale qu'Idriss connaît bien.
rocheclaire a écrit:Le problème pour moi n'est pas la vérité scientifique mais comment cette histoire qui est dans nos consciences occidentales voire plus nous imprègne et modifie notre comportement...
Moi je crois d'abord à la mystique, à la puissance de la grâce de Dieu - c'est à dire à l'avancement intérieur dans le temps long en rapport quotidien avec Dieu - et non à cette approche de la Formgeschichte ou une approche " rationnelle ", théologique ou autre. Mystique, signifie pour moi d'abord la prière régulière, quotidienne (90%) et beaucoup moins à l'intuition (10%). La manifestation de Dieu qui vient nous toucher, nous transformer j'y crois. J'ai découvert cela assez subitement - par expérience personnelle - assez tard alors que ma formation catholique ne m'y avait pas du tout préparé. Je ne connaissais ni ne croyais avant à ce genre d'expérience. Mon expérience comparée de la psychanalyse (11 ans), du zen (15 ans) et du christianisme (60 ans, mini) m'a montré - cela n'est valable que pour moi, bien entendu - que la psychanalyse n'entraîne pas d'expérience spirituelle, alors que le zen et le christianisme : si.

Pour finir, je connais beaucoup mieux Freud que Jung, je ne pourrai pas être un bon interlocuteur sur la question de Jung.

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Message  Idriss le Dim 25 Mai - 22:21

Roque a écrit:[/i][/color] " Idriss - qui est musulman, ne s'y est d'ailleurs pas trompé puisqu'il met ce sujet en parallèle avec un sujet niant l'existence de Muhammad.
Idriss a écrit:Nous avons là le pendant de En 650/70 Mahomet n'existe pas: http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t2197-sden-650-70-mahomet-n-existe-pas !

Le parallélisme était trop tentant, avec la même période de 2 siècles avant la fixation d'un récit structuré. Cependant j'ai précisé aussi que les méthodes dans chacun des cas n'avaient rien en commun.
Quoi qu'il en soit , il me semble que nous sommes bien dans le sujet et que si l'esprit reste bon, la confrontation des arguments peut-être fructueux.
Perso j'ai appris des choses dans le sujet sur en 650/70 Mahomet n'existe pas.
Maintenant le sujet développé ici est extrêmement pointu et l'idéal serait que si ce n'est Marguerat lui-même un spécialiste de son œuvre puisse répondre.

Et en effet et enfin , la rhétorique sémitique trouve-t-elle son compte dans ces thèses? Si il y a eu ajout et strates, la structure rhétorique sémitique devrait s'en trouvé perturbée: "qu'en est-il?"
Cette question a-t-elle été envisagé par Marguerat ou Sauge ...nous le seront sans doute jamais.
Mais si les spécialistes se recoupaient un plus cela permettrait peut-être d'avancer ...

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Message  Roque le Lun 26 Mai - 14:22

Idriss a écrit:Le parallélisme était trop tentant, avec la même période de 2 siècles avant la fixation d'un récit structuré. Cependant j'ai précisé aussi que les méthodes dans chacun des cas n'avaient rien en commun.
Mais ce parallèle est juste en partie. J'avoue que je n'ai pas suivi ce fil sur " en 650/70 Mahomet n'existe pas " ... c'est trop caricatural. Ca me m'intéresse pas plus que " Jésus était Jules César " ou " Jésus et le Migou au Tibet ". Coté Jésus, la critique provient essentiellement des postulats de l'analyse de la forme (style littéraire) des Evangiles (il y a une une critique du Jésus qui n'aurait pas existé historiquement, mais semble qu'elle soit à bout de souffle, je ne sais pas exactement pourquoi, cela est peut-être expliqué par le " Jésus de la première quête " ???), coté Muhammad ça doit venir plutôt du côté historique avec la mise ne cause de la " source " (Descente de la Révélation ou la Bible).
Idriss a écrit:Maintenant le sujet développé ici est extrêmement pointu et l'idéal serait que si ce n'est Marguerat lui-même un spécialiste de son œuvre puisse répondre.
Très peu probable, Marguerat est un grand exégète international, adulé, louangé (mon impression : une " diva " soignant sa communication) dans le cercle du " christianisme libéral " - qui est en fait plus ou moins un " christianisme sans Jésus ", puisque le texte des Evangiles est bidon, selon eux. Mais comme ils disent : " On peut y croire parce que ça porte sens " - une formule hypocrite pour éviter de choquer en milieu chrétien et disant que le Jésus des Evangiles est une imposture. Et pourtant, ce sont bien des " chrétiens " puisse n'importe qui peut se parer de cette appellation.  :) 
Idriss a écrit:Et en effet et enfin , la rhétorique sémitique trouve-t-elle son compte dans ces thèses? Si il y a eu ajout et strates, la structure rhétorique sémitique devrait s'en trouvé perturbée: "qu'en est-il?"
Je vais relire encore le passage là dessus, mais ce qui s'est passé c'est approximativement ceci (par exemple car il faut que je vérifie les chiffres exacts) :
- à partir d'un noyau de petite dimension sur la Passion et la Résurrection (précoce par rapports aux événements) ;
- a été composé un texte plus cohérent  de 25 colliers (?) 5 perles - sur une organisation générale qui serait homologue de l'organisation le Cantique des Cantiques ;
- puis, cet ensemble aurait été porté ensuite à 80 colliers (?) 5 perles (en conservant les 25 premiers colliers), et enfin :
- Une nouvelle addition finale d'autres " colliers " (toujours sur base des rédactions antérieures) avec des formes de tissage complexes : en torsade ou polysémiques comme j'en ai donné l'exemple dans le fil sur la rhétorique sémitique. 

Je ne connais pas exactement d'où viennent ces " colliers " additionnels et s'ils correspondent ou non aux " colliers " des autres Evangiles ... il faut que je travaille ce point, mais c'est toujours le même système oral (colliers et perles) qui prévaut sur la totalité de l'Evangile de Jean - d'après ce que j'ai compris. Il n'y a pas de texte " non oral " dans les Evangiles en araméen. D'après ce que j'ai compris, toujours, cette structure orale se retrouve dans les 12 premiers chapitres des Actes et dans l'Evangile de Thomas (un texte à tendance gnostique).

Les perles additionnelles peuvent réaliser une " brisure " d'un collier comme ABCB'XA'YZY'X' mais en conservant le collier d'origine, c'est parfois nécessaire pour insèrer les colliers additionnels quelque part, lors de la composition pour respecter des questions de cohérence thématique ou rythmique (enfin, il faut que je relise à fond pour ne pas dire des bêtises ...).
Idriss a écrit:Cette question a-t-elle été envisagé par Marguerat ou Sauge ...nous le seront sans doute jamais.
L'existence de texte en araméen est quasiment niée par ces tendances libérales, il ne connaissent que le texte en grec (et c'est un peu pareil chez les catholiques). Dans l'ouvrage de Marguerat ce qui est dit sur la tradition orale (quelques posts ci-dessus), c'est complètement nul : confusion avec le bouche à oreille et de vagues racontars, contestation des capacités de mémorisation des tenants de la tradition orale, postulat d'un " évangile " arrivé en petite miettes incohérentes (dit " micro-unités indépendantes ") en rupture avec toute transmission concrète : humaine de ces miettes ... et remise en forme " au petit bonheur " à partir de rédacteurs totalement inconnus actuellement - n'étant certainement ni les apôtres, ni les témoins oculaires, ni même par l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme ... enfin à deux doigts du néant historique absolu.

En fait cette théorie n'explique rien, reste fixé sur la dimension littéraire des Evangiles (les Evangiles sont un récit, une narration, mais ça on le savait déjà je crois). En dépit de ses déclarations d'intention de " tout expliquer ", cette école de Marguerat consacre l'idée qu'il existe un grand trou noir de 40 ans entre Jésus et le premier Evangile écrit en grec. Rien dans l'ouvrage n'explique ni la place qu'aurait pu prendre la tradition orale pendant ces 40 ans, ni comment s'est fait le raccord avec l'écrit. C'est le silence complet de ce côté dans cet ouvrage que j'ai lu au moins 5 ou 6 fois sur les Evangiles et plus de 15 fois sur les chapitres introductifs traitant de la méthode (ce que disent ces " chrétiens " me choque très profondément  :o   8D )  ... pas difficile ensuite de croire que tout cela est un énorme bobard  :mm:  CQFD

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Message  Idriss le Lun 26 Mai - 18:53

Pointu , mais passionnant...
Tu sais Roque il n'est jamais trop tard pour faire une thèse universitaire...Le travail que tu as accumulé représente une déjà une sacrée base de départ...

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Message  Roque le Lun 26 Mai - 20:21

Idriss a écrit:Pointu , mais passionnant...
Tu sais Roque il n'est jamais trop tard pour faire une thèse universitaire...Le travail que tu as accumulé représente une déjà une sacrée base de départ...
Le temps est passé pour moi, mais toi tu as - à vue de nez 30 à 35 ans de moins que moi ... la thèse c'est pour toi. Le monde musulman a besoin de ton intelligence et de ton ouverture d'esprit - en restant dans la foi, seule vraie boussole en ce monde.

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Message  DenisLouis le Lun 16 Juin - 8:35

"Saveurs du récit biblique" textes de Daniel Marguerat et de André Wenin.
Marguerat sur les styles des différents évangiles.

[L'auteur d'un récit est aussi sont lecteur.
Distinction entre le lecteur encodé, déjà formaté, qui a déjà un cadre et des références par rapport au texte lu, et une attente plus ou moins consciente, et le lecteur construit, plus ou moins vierge, celui que le texte cherche à modeler ]

Je pense que ce ce sont des types idéaux, car tout lecteur doit pouvoir comprendre un minimum l'environnement et s'identifier positivement ou négativement à l'intrigue, ou comprendre la problématique, sinon il ne pourrait lire, ce serait étranger, la rupture elle-même n'a de sens que par rapport à ce dont elle s'éloigne et il n'y a pas de lecteur totalement vierge.

Chaque évangile s'adresse à un type de lecteur, ou construit un type de lecteur.

Marc : le lecteur "dérouté", style haché, rapidité, micro-unités, rythme précipité, Jésus se déplace, se dérobe, logique du déplacement, syntaxe pas lisse mais fracturée, Messie insaisissable, secret de la parole.

Mathieu : redondance, pédagogie, récit mis en discours, alternance de récits et de discours, fonction édifiante, structurante.

Jean : lecteur initié, langage symbolique, sens caché, usage de l'ironie, du malentendu, lecteur aspiré vers le haut, processus d'initiation.

Luc : le lecteur interprète, apprendre à lire, récits différents du même événement, l'ascension  racontée d'une manière différente dans l'Evangile et dans les Actes, qui ne formaient qu'une seule unité, trois variantes de la conversion de Paul, la "syncrisis", parralèle entre deux personnages.

On sait que les évangélistes ont été représentés sous la forme d'animaux et d'un homme, j'y vois un peu l'image des quatre éléments de la cosmologie traditionnelle : Marc et l'air, la rapidité, le changement, déplacement, rupture, Mathieu et la terre, la lourdeur et l'insistance, le caractère nourricier et pédagogique, Luc, l'eau et les reflets, jeux de miroirs, les mentions les plus fréquentes de Marie, Jean, le feu ascendant et transformant.
On voit au passage la pauvreté de la critique musulmane "primaire" sur les contradictions des évangiles, puisque Luc, qui est un lettré, fait usage de variantes d'un même récit.

DenisLouis

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